‹ St. Augustin de Canterbury et ses compagnonsChapitre 9 sur 15 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Saint' Augustin se hâta de renseigner le pape sur les merveilles accomplies en Angleterre. Dans le courant de 598 (i), il dépêcha à Rome le prêtre Laurent et le moine Pierre. Aussitôt le pape fit proclamer la bonne nouvelle aux quatre coins de TEglise. Il l'écrivait à Brunehaut en France, et au patriarche Euloge en Egypte (2) : on le savait bientôt jusqu'à Constantin ople (3). Vers ce lemps-lh, il retouchait ses homélies sur Ézéchiel : il ne put s'empêcher d'y intercaler ses effusions de joie : « Voici que la langue de Bretagne, qui ne savait rendre que des sons barbares, vient d'apprendre à faire éclater dans les louanges de Dieu V alléluia des Hébreux. Voici que rOcéan, hier gonflé d'orgueil se calme et s'étend sous le pied des serviteurs de Dieu. Les princes de la terre n'avaient pu, j^ar la force des armes, venir à

(i) ReversusBritanniani... imsxx. continuo.,. (Becle, I, 27). (2)Ep.XI, 6i; VEII, 3o.

(3) Ep. XT, 29.

bout de ses mouvements impétueux ; la bouche des prêtres, avec quelques simples paroles, l'enchaîne dans la crainte du Seigneur. Lui qui, encore infidèle, ne craignait pas les bataillons armés, fidèle aujourd'hui, redoute la voix des humbles. On a entendu les enseignements du ciel, les miracles ont éclaté au grand jour, l'Océan reçoit l'infusion de la connaissance divine, la crainte de la divinité est désormais son frein ; il craint le mal, et, de tous ses désirs, aspire a la grâce de l'éternité. »

Quelque temps après, — la date ne nous est pas connue, — des lettres du pape étaient expédiées en Angleterre. L'une était pour la reine Berthe (i). Grégoire ne voulait pas tarder à lui marquer sa reconnaissance. Il la comparait à sainte Hélène et l'exhortait à achever son œuvre auprès de son royal époux. Certaines restrictions discrètes laissaient voir qu'au gré du pape, le zèle de la princesse eût pu être plus ardent, chrétienne et instruite comme elle l'était. Enfin, il concluait en lui disant que Rome n'était pas seule k avoir les yeux fixés sur elle, mais (|u'à lîyzance même, à la cour de l'Empereur, on se préoccupait des Anglais et de leur conversion.

Une autre lettre était à l'adresse d'Augustin luimême, document unique dans Thistoire de la littérature ascétique. Grégoire connaissait trop son ami cl son frère pour s'étonner des miracles qui naissaient en Angleterre sous ses pas. Le prêtre Laurent venait de le renseigner, et une inquiétude, mais une inquiétude mêlée d'admiration, lui montait au

(i) In Jol). 27-8.

('2) Ep. XI, 29.

jôur. Il étaît sur le point de mettre le comble à sa anfiance, en donnant à Tévêque la plus haute diaité qui fût sur terre après celle du chef de l'Église aiiverselle ; mais auparavant, il avait à prévenir les langers de l'orgueil. Il n'avait pas l'ombre de doute iWt ces prodiges; on peut dire que lui-même en |jmrlait à tout venant ; il y croyait si bien qu'il craignit pour son cher thaumaturge le péril de la vaine gloire, et il lui écrivit :

« Grégoire, à Augustin, évêque des Anglais.

« Gloria in excelsis Deo, et in terra pax honiinibus honse voluntatis. Le grain de froment tombé sur le sol y meurt et produit une moisson abondante; et ainsi, il n'est pas seul à régner au ciel, celui dont la mort fait notre vie, dont la faiblesse fait notre force, dont la souffrance nous délivre de la souffrance. Par son amour, nous cherchions en Bretagne des frères que nous ignorions; par sa grâce, ceux que nous cherchions sans les connaître, nous les avons trouvés.

« Mais qui pourrait dire la joie qui a grandi dans le cœur de tous les fidèles , en apprenant que le peuple des Anglais, par le secours du Dieu tout puissant, et les travaux de votre fraternité, a dissipé les ténèbres de l'erreur et est inondé des lumières de la sainte foi? D'un cœur vaillant, il foule aux pieds les idoles qu'il redoutait follement jadis. D'une âme pure, il s'est mis sous la main de Dieu. Les lois de la sainte prédication le dirigent et le protègent contre les chutes dans les œuvres mauvaises; son cœur est soumis aux préceptes divins, et son intelligence est relevée. Dans la prière il s'humilie jusqu'à terre,

N2 SAINT Alt.;rSTIN DE C.VNTERBURY.

pour n'avoir pas là me ravalée jusqu'à terre. Et c'es l'œuvre de celui (jui a dit : « Pater meus usque moic^ operatnr et ego operor ». Pour bien faire voir que ^ ce n'est pas la sagesse humaine qui convertit, mais la vertu, ([uand il a envoyé des prêcheurs au monde, il les a choisis sans lettres. Et il le fait encore, car dans le peuple des Anglais, il a accompli de grandes choses par des hommes faibles. Mais c'est à propos de ce don céleste, frère très 'aimé, qu'à une grande joie il faut unir une crainte énergique. Je sais que le Dieu tout-puissant a voulu par votre dilection produire de grands miracles dans le peuple qu'il a choisi. 11 faut donc, dans ce don céleste, unir la crainte à la joie et la joie à la crainte. Réjouissez-vous puisque Tamc des Anglais est attirée à la grâce par les miracles. Craignez, car, au milieu des prodiges qui s'o- |)èrent, il se peut que Tàme infirme s'élève par la présomption, et que, là même où grandit sa réputation au 'dehors, elle tombe au-dedans parla vaine gloire. Souvenons- nous des disciples, qui, revenant tout joyeux de leurs prédications, disaient au maître : (( Domine in îiomine tuo etiam dsemonia éjecta sant. » Et on leur répondit : « JSoIite gaudere super hoc, sed potius gaudete quia nomina vcstra scripta sunt in cœlo. » Ils avaient mis toute leur âme dans une joie temporelle et particulière, eux qui se réjouissaient de faire des miracles. Mais, de la joie particulière, on les rappelle à la joie universelle, de la joie temporelle à la joie éternelle quand on leur dit : fc In hoc gaudete quia nomina çestra scripta sunt in cœlo, » Tous les élus ne font pas des mira- - (les, et cependant tous ont leur nom écrit dans le

cieK Les disciples de la vérité ne doivent se réjouir que du bien qui leur est commun avec tous et qui leur promet une allégresse sans fin.

« Il reste donc, frère bien-aimé, qu'au milieu de

^os œuvres extérieures, faites avec la grâce de Dieu,

"VOUS vous jugiez humblement, qu'humblement vous

Compreniez ce que vous êtes, quelle grâce agit dans

c^lte nation, puisque, pour la convertir. Dieu vous

^ donné le don des prodiges. Et si parfois il vous

**^vient en mémoire que vous ayez péché de parole

^u d'action contre le Créateur, gardez présent ce

Souvenir, et que la pensée du châtiment mérité

étouffe la vaine gloire qui vous monterait au cœur.

Quelque pouvoir que vous receviez, ou que vous ayez

l'eçu, de faire des miracles, songez que cela n'est

pas pour vous, mais pour ceux dont le salut vous a

été confié.

« Or je me rappelle à ce propos ce que Dieu fit pour un de ses serviteurs choisi entre mille. Moïse, quand il conduisait le peuj)le de Dieu sortant d'Egypte, accomplit, votre fraternité le sait, de grands prodiges, en cette contrée. Il jeûna quarante jours et quarante nuits sur le Sinaï, reçut les tables de la loi, au milieu des éclairs et des tonnerres; tous étant glacés de crainte, il entra seul, pour le service du Tout-Puissant, dans un entretien familier avec iui. Il ouvrit la mer Rouge; il eut pour guide sur sa route une colonne de feu; au peuple qui avait faim, il donna la manne tombée du ciel ; ceux qui Voulaient se nourrir de viandes, il les en nourrit miraculeusement jusqu'à satiété. Puis vînt la sécheresse, et comme il était près du rocher, il se

défia, il ne crut pas pouvoir en faire jaillir de l'eau; mais Dieu ordonna, et il ou>Tit dans la pierre un large courant. Tout ce qu'il fit ensuite, pendant trente-huit ans au désert, qui pourrait l'énumérer? Qu'un doute lui traversât l'esprit, il courait au tabernacle, appelait Dieu en secret; et aussitôt Dieu lui donnait ses instructions. Dieu s'irritait contre son peuple : Moïse intervenait dans la prière, et Dieu s'apaisait. Des hommes se gonflaient d'orgueil et nourrissaient la discorde : la terre s'ouvrait, et ils étaient engloutis dans l'abîme. Il gagnait des victoires et faisait voir des prodiges aux Hébreux. Mais quand il arriva à la terre des promesses, Dieu l'appela sur la montagne; et, cette faute commise trente-huit ans auparavant, quand il hésita à frapper le rocher. Dieu la lui reprocha. Moïse reconnut qu'il ne pouvait entrer dans la terre promise. Considérons donc combien nous est à craindre le jugement du Dieu tout puissant qui accomplissait tant de miracles par son serviteur, et gardait toujours le souvenir du péché déjà si lointain.

« Donc, mon très cher frère, si nous le voyons mourir pour une faute, après tant de miracles, cet élu choisi si particulièrement de Dieu, quelle ne doit pas être notre crainte à nous qui ne savons pas encore si nous sommes élus ?

« Vous parlerai-je des miracles accomplis par des réprouvés? Mais votre fraternité sait bien que la Vérité dît dans l'Évangile : « Il y en a beaucoup qui viendront a moi en ce jour, disant : Seigneur, nous avons prophétisé en votre nom, en votre nom nous avons chassé les démons, en votre nom nous avons

fait nombre de miracles. Mais je leur dirai : « je ne vous connais pas; arrière, ouvriers d'iniquité ».

« Humilions donc notre âme au milieu des signes et des miracles, pour ne pas y chercher notre gloire et nous réjouir de notre grandeur. Par les miracles, il faut chercher le salut des âmes et la gloire de celui qui nous donne une telle puissance. Il n'y a qu'un signe, dont nous devions nous réjouir fort, auquel nous reconnaissions en nous la gloire de l'élection divine : « On reconnaîtra que vous êtes mes disciples si vous vous aimez les uns les autres. » Et c'est le signe que réclamait le prophète en disant : « Faites en moi, Seigneur, un signe pour mon bien afin que mes ennemis voient et soient confondus. )>

« Je dis cela par le grand désir que j'ai de voir celui qui m'écoute abîmé dans l'humilité. Mais que votre humilité ait confiance. Moi, pécheur, j'ai un ferme espoir; c'est que par la grâce du tout-puissant Créateur et de notre Rédempteur, Dieu et maître, Jésus-Christ, vos péchés vous sont remis, et que vous avez été choisi pour remettre ceux des autres. Non, vous n'aurez plus tard ni à gémir ni à expier, vous qui travaillez à donner au ciel la joie de grandes conversions. Le même Créateur et Rédempteur, parlant de la pénitence des hommes dit : « Je vous l'assure, il y a plus de joie au ciel sur un pécheur qui fait pénitence que sur quatre-vingt-dix-neuf justes qui persévèrent » . Et si telle est l'allégresse du ciel pour un pénitent, quelle joie quand tout un peuple quitte ses erreurs, arrive à la foi, condamne par son repentir le mal qu'il a fait ! Donc, dans cette grande joie du ciel et des anges, répétons l'hymne angélique,

dîaail. lisiKiM nuis tilurift ut ercWjuA*4

I j)iiiptwo*l>^m (jui*. Ji* celte aJnnnU« kibc, k IliMorîr"^ nrotMtuau awnt tire un n^nacM «■ & VBOr di hème bvnrî : ■ Sa^aabM iSain ■

pHJIlMn ■ li le soccra (iitsail perdre b iMr' ■

répondant en 601 , lc« x envoTés de i An^iMltn, l^err«et Liiurent, it encorda Rome 1 n •'iiffÎMalt c«Ue fois d'obte t du pape de doO* < «•ilux oavrier», rar la moisson s'élargiss^iit, et )#J ini««mnnaîrM ne pmivnîenl sunîre. Ils araient ett'^ crtrf. à pAHor rnrtains cas de conscieDce ou d'ad" minl^lrntion que leur évèque o'osail résoudre paf liii-mAmc, nu b la solution desquels il voulait ajon' 1er \i\ <timction papale (!i .

Il<i Iroiivi^rent le pape souffrant d'un accès dp KOiiKe qui lui rendait le travail difficile. Ils lui re-

(,, l',|.. lib. XI, »«.

f.) (I r»iil, <ii-ml>li;-l-il, ilisliiisucr <leu\ vojagw, celui de lofl f It'ilc, I, »7, iiii.sit onlimio) (|ui eut pour but de rensH- |{ner te |>a|iii .lur les suci-jtï olileniis, et celui de Ooi. Il est invrHÎteiiitiluliln '|iie dans l'intervalle, les en voyiis soient restes à llimic, Je le roncln» du la Ii3te qu'ils avaient de revenir, et qui ne liiisHii pas nu pnpe le temps d'éerire pour A.ngnslin les lettres

'il lui destinait. Il s'en excuse sur son accès de goiUle : vet

.t-il d

ri- 3 ai

(1) Kp. XI, H. [Kdit. Hartn

I, Xr, 50.)

îiîrent le mémoire de saint Augustin et s'occupèrent le se recruter des compagnons. Douze moines se proposèrent, et plusieurs parmi eux devaient un jour jouer dans l'histoire d'Angleterre un rôle important. Mellitus, qui avait le titre d'abbé, fondera le siège de Londres ; et Justus, celui de llochester ; tous deux succéderont h Laurent comme archevêques. Paulin aura la gloire de rétablir Tévêché d'York et de porter la foi au Northumberland.

Le Pape les chargea de présents et d'aumônes. Il y avait pour Augustin et ses prêtres des autels portatifs, des pai*ements d'autel, des vases sacrés, des chapes, dont une était bleue, et des chasubles de soie et d'or. Il y avait des reliques; le chroniqueur Elmham parle de fragments de la vraie croix et de Isitunica inconsutiliSy des reliques des apôtres, des cheveux de la sainte Vierge, et — qui le croirait? — un morceau de la ver^e d'Aaron.. Surtout il v avait des livres. De nombreux manuscrits faisaient le fond de cette bibliothèque, la première de l'Angleterre chrétienne. Plusieurs étaient ouvrages de grand luxe. On montrait aux pèlerins du moyen âge qui visitaient le monastère de Saint-Augustin la Biblla Gregoriana sur feuillets roses ayant d'étranges reflets 5i la lumière. Sur le rétable du grand autel, au rnilieu des reliquaires de toutes formes, étaient exposés les Psautiers, les Passionnaires, les Evangéliaires à reliure d'argent ciselé ornées de bérvls et de cristaux, tout cela, présents du grand pape.

Ces livres, « primitia; librorum », n'ont peut-être pas péri jusqu'au dernier. La Bibliothèque du Corpus Christi de Cambridge et la Bodléienne d'Oxford

SALM .M'iisiix (iK r,\yri:i[»i'iiv.

qufl anglican Dr peut signer un nclc dp nisiriilion»nn!i \ m Mire 1» mnniue tie Home

Sur ijtii et comment, àann In pensée du pape. d( tnil M'excrcer cc-tto hauicjurîdiclîoD d'Augustin ?Li lettre Tixc une ligne do coiiduito précise, mais qae In suilp di>& ôvéncmcnta devuit contredire. Il faat le rcconnnltrc, on n'iivait » Komi! qu'une idée encore [itwpy. cunTiite de l'AngloIerre. On jugeait un peu trop sur des souvenir» historiques, d'îiprès rorf,'anîsstion de l'église insulaire »u temps des llomains, quand il y avait un évËquc à York et a Londres. On (Tovoii il une certaine unité politique qui était loin d'exister,

» Vous ordonnerez, disait snint Grégoire, douze i''vèi[ues qui vous seront soumis. L'évèque de Londres devra, il l'avenir, être consacré par ses saffragants réunis en synode, et il recevra l'honneur du pallium de ce saint sîéjjc apostolique dont je suis de par nieu le serviteur. A York, vous enverrez, comme évoque celui que vous jugerez à propos. Si cette ville ol lesJieu.x voisins reçoivent la parole de Dieu, son évéque en consacrera douze autres, dont il sera métropolitain: car, à lui aussi, nous avons résolu, si Dieu nous prête vie, d'envover le palHum. Nous voulouscependantqu'il demeure sous votre obéissance. Alais :i votre mort, restant à la tête de sa province, il ne sera plus sous l'autorîtc de l'évèque de Londres. Puis, entre l'évèque de Londres et celui d'York, il y aura celle distinction que le plus ancien de consécration aura le pas sur l'autre. Ils travailleront en commun et en pleine concorde à l'œuvre de Dieu, et garderont l'unanimité de vues, et d'action. »

Laurent et Mellitus emportaient d^autres misûves pour l'Angleterre ; la plus importante était une lettre ouverte pour Augustin, accompagnant Tenvoi du pallium, constituant le saint primat d'Angleterre et réglant la division en provinces ecclésiastiques (i).

Le pallium, cette longue bande de laine blanche jetée par-dessus les ornements pontificaux, était le symbole de l'union avec Rome, l'église maîtresse. Il avait été posé une nuit sur le tombeau de saint Pierre; et, comme s'il s'y fût imprégné de l'esprit de l'apôtre, ce n'était plus un simple insigne, c'était comme le manteau même de l'évèque des évèques ; par suite, la marque d'une juridiction plus élevée, une sorte de participation au Pasce ot^es meas,

Augustin était donc constitué métropolitain : son église possédait le signe visible de l'union avec Rome, source de toute juridiction. Le pallium forma plus tard les armoiries du siège archiépiscopal de Canterbury. Aujourd'hui encore, a toutes les clefs de voûte de la vieille cathédrale, dans tous les vitraux, sur toutes les tombes d'archevêques, on voit Técusson d'azur au pallium blanc. Ironiques souvenirs des jours passés, les monnaies royales portent toujours l'exergue defensor fidei, et l'archevêque

(i)Ep. XI, 65.

LES LETTRES DE SALNT GRÉGOIRE. 9:î

Le pape ne pouvait manquer d'écrire au roi Ethelbert (i). Il le fit dans ce grand style pontifical et dogmatique où il savait si bien mêler des traits personnels et vivants :

« Au très glorieux seigneur, notre très excellent fils, Ethelbert, roi des Anglais, Grégoire, évêque.

« Si le Dieu tout-puissant prend les meilleurs parmi les hommes pour leur confier la conduite des peuples, c'est qu'il veut s'en servir pour répandre par eux sur leurs sujets les dons de sa miséricorde. Ainsi de la nation anglaise. Votre Gloire a été mise à sa tête afin que les biens supérieurs qui vous furent concédés fussent répandus aussi sur le peuple qui vous est soumis. Aussi, mon glorieux fils, cette grâce que vous avez reçue de Dieu, gardez-la d'un cœur soigneux, hâte^-vous d'étendre la foi parmi vos peuples, multipliez votre zèle en toute rectitude pour leur conversion, poursuivez le culte des idoles, détruisez les temples, introduisez dans les mœurs une grande pureté, exhortez, effrayez, caressez, corrigez, prêchez par l'exemple de bonnes œuvres. Et vous aurez pour récompense au ciel celui dont vous aurez dilaté la gloire sur la terre. Mais lui, il glorifiera aussi votre nom dans la postérité, parce que

(i)Ep. XI, 6i.

jhrase touchante dans sa paternelle simplicité : « Je ous ai envoyé de petits présents ; mais il ne vous îaraîtront pas si petits, quand vous saurez qu'ils /ous apportent les bénédictions du bienheureux apôtre Pierre. »

Ces présents consistaient en un vase d'or, un plat d'argent, une chemise brodée, une tunique militaire en soie, un miroir d'or, une selle avec un frein orné rfor et de perles. Ekhelbert légua plus tard au trésor de l'abbaye de Saint-Pierre ces témoignages de Tamitié du grand pape ; on les montrait encore au moyen Age parmi les reliques du monastère.

Il y avait dans la lettre au roi du Kent une phrase qu'à la réflexion le pape trouva exagérée : celle où il disait de détruire les temples. L'Eglise, au jour de «on triomphe, n'avait pas suivi une ligne de conduite uniforme. Constantin, tout en promettant la tolé- Tance, faisait détruire les sanctuaires païens, dès qu'une raison de police ou de moralité l'exigeait. ' Parfois, comme à Alexandrie, la foule prenait l'ini- , tiajtive; ou bien un saint, comme Martin de Tours, menait en personne l'assaut contre les idoles. Ail- : leurs on se contentait de purifier. Un concile de Carthage veut qu'on laisse debout les temples qui contribuent a la beauté des villes. Une loi ■ d'Honorius veut qu'on les convertisse en églises. Ainsi fait saint Benoît pour un temple d'Apollon au MontCassin. Rome donnait l'exemple de celte tolérance : le temple de Janus était encore fréquenté au sixième siècle ; le Panthéon ne fut purifié qu'en 6 1 o . Saint Grégoire pensa qu'on pouvait tirer parti des édifices sans les détruire. Rien n'était plus sage : à

dansent, en Thonneur de leurs dieux, devant des autels chargés de victimes ; les veilles nocturnes des femmes et les mascarades de janvier, quand on s^affoble de peaux de cerf ou de vache, avec une tête d'animal sur le crâne. Grégoire écrit :

« Les Anglais font de grands sacrifices de bœufs au démon. Là encore, il faut changer la coutume en quelque fête chrétienne. Ainsi, au jour de la dédicace, au jour anniversaire des saints mart>Ts dont on vénère les reliques en cet endroit, qu'ils se fassent autour des temples ainsi changés en églises des tentes de feuillage et qu'ils célèbrent la fête par des festins religieux. Qu'ils n'immolent plus d'animaux au diable, mais qu'ils les tuent pour l'honneur de Dieu, afin de s'en nourrir; que, rassasiés, ils rendent grâces à l'auteur de tout don. Ainsi, tandis qu'on leur ménage des joies au dehors, ils sont plus disposés a accueillir les joies intérieures. Tout retrancher aux esprits barbares est impossible, cela est certain. Car si Ton veut atteindre au sommet d'une montagne, c'est pas à pas qu'on y arrive et non par sauts. C'est ainsi que Dieu se fit connaître au peuple d'Israël en Egvpte. Car ces sacrifices qu'ils offraient jadis au démon, il les réser>'a pour son propre culte (Lévit. xvii, 7', et il leur ordonna

de lui faire des sacrifices d'animaux Que votre

dilection communique donc ces conseils à notre frère. Lui qui est sur les lieux verra ce qu'il doit décider. Que Dieu vous garde sain et sauf, mon bien- aimé fils. » Ces décisions si pleines de mansuétude étaient bien dans l'esprit du saint. Il mandait

ailleurs à un sous-diacre de préparer pour les

pauvres un grand festin h une fête de dédicace ; et, au prix de dix sous d'or, il faisait acheter trente amphores de vin, deux cents agneaux, deux barils d'huile, douze brebis, cent poulets (i).

Les conseils de saint Grégoire furent suivis, en partie du moins : les anciennes basiliques et les vieux temples passèrent au culte chrétien. On a prétendu que Saint-Paul de Londres succédait a un temple de Diane et Westminster à un temple d'Apollon. Nombre d'églises, surtout dans le Kent, ont des substructions romaines. Plus tard, entrant dans les intentions de saint Grégoire, le Rituel de Durham et le Pontifical d'York eurent des formules spéciales pour la consécration au culte chrétien des vases païens trouvés dans les ruines. Les fêtes chrétiennes se superposèrent à certaines solennités idolâtriques, leur empruntant même quelquefois leur nom saxon. Ainsi des jours de la semaine. Easter, ou Pâques, était la fête de la déesse Eastre célébrée en avril. Noël, avant de devenir le Cliristmas d'aujourd'hui, se disait l'w/e, nom de la fête saxonne du solstice d'hiver : de nos jours encore, la bûche de Noël s'appelle Yu/e log.

Mais, il faut l'avouer, il y avait quelque chose d'un peu chimérique dans le conseil de compléter les fêtes religieuses par des banquets profanes. Depuis longtemps, les tentatives en ce genre avaient mal réussi; saint Ambroise k Milan, saint Augustin à Hippone, les papes h Rome avaient dû intervenir et prohiber des pratiques qui changeaient les abords

(i) Ep. [, 56.

de l'église, et TégUse elle-même, en lieux de plaisir idtra-profanes. Saint Grégoire allait un peu loin dans son désir de rendre large et facile le chemin de la conversion. Sur ce point et plusieurs autres, l'expérience apprit qu'il valait mieux s'en tenir aux règles communes, les Saxons n'étant pas plus barbares que les Germains du continent. En 747 '^ concile de Clovesho devait donner raison aux docteurs plus austères; il se plaignit qu'aux Rogations on mêlât aux cérémonies religieuses des jeux, des courses de chevaux, des festins. Il était d'autant plus nécessaire de couper court aux abus que le clergé anglais, gardant son vice national, était fort enclin à l'ivrognerie. « C'est là, disait saint Boniface, le mal de notre race. »

La lettre de saint Grégoire à Mellitus était complétée par la réponse aux questions de saint Augustin, que le pape avait enfin pu rédiger, et qu'il envoyait par le môme courrier. Opuscule célèbre ^ûtre tous, où, malgré la hâte évidente avec laquelle *^ î^ été composé, on retrouve tout saint Grégoire, ^^ f>ontife aux vues d'autant plus larges qu'elles sont P'^s élevées, l'ancien magistrat aux décisions juri- "^^ues précises, le vrai père de la chrétienté anglaise

iIJil

LES LETTRES DE SAINT GREGOIRE. h%

consultation une marque de petitesse d'esprit. Ne pouvant faire qu'il n*ait été l'instrument docile de Rome, on cherche à se détacher de lui le plus possible et à Tamoindrir jusqu'à l'invraisemblable . Que le génie ait été du coté de saint Grégoire, cela est évident ; qu'Augustin ait commis des fautes, cela est possible. Mais on lui reproche d^avoir cru opérer des miracles , d'avoir gardé sa dépendance à l'égard de Rome, d'avoir introduit la liturgie latine, d'avoir été un ou\'rier d'idées étroites et d'acti\-ité compromettante, de s'être montré hautain et intolérant, en même temps que timide et sans décision. Le pape en avait une autre idée , lui qui l'avait arraché à la paix monastique pour lui confier la réalisation de son rêve le plus cher. Diminuer saint Augustin c'est diminuer saint Grégoire. Du reste le secret de cette antipathie injusticiable des protestants anglais pour Tapotre de leur île est bien simple : pour eux Augustin, c'est Rome, et Rome, c'est l'ennemi, l'éternel envahisseur.

La première difficulté qui se posa fut l'organisa-

seDce da document dans les archives pontificales, à celle epoqae, a poussé nombre de criliques graves à en nier plus oa moins raulhenticité. -'. Celte lettre est certainemenl inautheDtique. • ^Duchesiic, Origines du culte chre'fien, p. 94.' Cependant, le dernier éditeur des lettres de S. Grégoire* Lud. Hartmann (Monum, Gemi. Hisfor. Epis t. S, Gregorii, t. II, p. 33i) tient pour rautheiilicité. Pour Momnisen nous n'avons que des extraits; pour d'autres une nklaction faite après coup, par Laurent, des instructions données de vive voix (Grisar, S. J. Civilta caitoUca 189^, t. It, p, 4<^)« Jafle {Regesta 188S,' t. I, p. 699) classe cet opuscule parmi les lettres authentiques. J'ai cru pouvoir m'en tenir à l'opinion traditionnelle.

lion de la maison épiscopale. En traversant la Gaule, les missionnaires avaient remarqué que les prêtres ne vivaient pas à part de Tévêque comme en Itafie; ce n'était pas non plus la vie proprement monastique instituée à Yerceil par saint Eusèbe; ni même, comme en Afrique, la communauté de prêtres, astreints équivalemment aux vœux de religion, sans être moines; c'était quelque chose d'intermédiaire, vie commune mais non vie religieuse; tous les chanoines mangeaient à la table de l'évêqiie. De là cette conséquence, qu'ils n'avaient plus droit, comme en Italie, a un quart des offrandes pour leur entretien. Quel régime convenait-il d'adopter à Canterbury?

Puis, c'est la diversité des rites, surtout dans la célébration des -saints mystères. Au lieu des cérémonies romaines, dont notre messe actuelle n'est (ju'une sorte de condensation, les moines missionnaires avaient assisté en Gaule à de longues litanies, h des lectures multipliées. Ils avaient vu des processions où l'on promenait parmi les fidèles les of- \ fraudes à consacrer, presque avec les mêmes marques de respect que l'Eucharistie , le pain dans un vase en forme de tour, le vin dans un calice. La fraction de l'hostie était compliquée au point d'exiger neuf parcelles, chacune représentant un mystère de la vie du Sauveur. Et ils se demandaient, habitués qu'ils étaient à symboliser leur foi dansiez formules liturgiques, comment l'unité de cette foi. s'accordait avec la multiplicité des coutumes, pour-^ quoi surtout cette grande différence entre Rome et: les Gaules jusque dans la messe. Question prudentes

plus pratique qu'elle ne paraît h première vue : s Anglais de Canterbury pouvaient s'étonner, eux ji avaient assisté naguère dans l'église de Saintiartin aux cérémonies gallicanes du chapelain de . reine Berthe, que les moines romains, ayant d'aubes usages, prêchassent la même foi.

On entrevoit encore dans cette série de questions 38 difficultés spéciales à une église oii il y a tout à •rganiser. Augustin était évêque, mais quelle allait •Are sa position en face des hiérarchies de Gaule et le Bretagne (i)? Il vivait au bout du monde, isolé, jyant h jeter les bases d'un épiscopat. Donc , il aurait à ordonner ses collègues ; mais il était seul, et n^avait point où chercher des prélats assistants. Il y wait encore à prévoir certaines lois pénales : la lépslation romaine punissait le voleur d'une restitu- .tion au double ou au quadruple ; par ailleurs la loi Mique poussait jusqu'au décuple : à quoi fallait-il ■l'en tenir pour les vols sacrilèges? Puis il y avait les empêchements du mariage, toujours variables d'après les peuples : or, les Anglo-Saxons permettaient les unions entre beaux-frères et belles-sœurs, bellesmères et beaux-fils. L'usage voulait, surtout dans les familles royales , que le fils épousât la veuve de son père, si, lui, était né d'une autre femme. Le pape répondit en détail .

n veut que la communauté de Canterbury reprodoise autant que possible les mœurs de l'Eglise pri-

(i) Cette question et la suivante, si plausibles sous la plame d^Augustin , n'ont plus guère de raison d'être, si l'on attribue la lettre à une époque postérieure.

meilleurs pour en faire, non pas tout un corps liturgie, mais une coutume, je dirais mu propre, :iine devaient en avoir les autres églises de rite :iain, lui-même avait donné l'exemple. Aux gens oorte yne qui reprochaient certaines modificafts aux usages reçus , et voulaient y voir un émut fait à Constantinople, il répondait : « L'église Constantinople , et n'importe quelle autre, peuiX avoir de bonnes coutumes ; moi qui réprime B subordonnés pris en faute, je suis prêt à les tter s'ils font le bien. Celui-là est un sot qui met primauté \\ ne pas vouloir se renseigner sur ce il y a de mieux. » Il disait à saint Léandre à >pos des rites du baptême : « Pour ce qui est de triple immersion , dès qu'il y a unité de foi , les fférences de coutumes ne sont rien (i). »

Après tout, quelle autre réponse eût pu être lenée? On allait sans doute bientôt entrer en iilact avec les églises bretonnes. Que faire? chertt à leur, imposer tous les usages romains? ou andonner ceux-ci pour prendre les leurs? La suite întra que l'esprit de condescendance était l'esprit

sagesse, et, si tous s'y étaient plies, bien des tes eussent été épargnées qui furent sans profit ar la gloire de Dieu.

En fait, les missionnaires gardèrent leur liturgie maine; ils y mêlèrent des détails gallicans ou iridais, qui, dans le grand mouvement d'unification li eut lieu sous les premiers carolingiens, dîsparent bientôt.

i)Ep. IX, ia;I, p.

\% SAINT AUGUSTIN DE aVNTERBURY.

Saint Grégoîre ensuite permet a Augustin de faire seul les premières ordinations ^ mais il devra fondei les sièges éplscopaux assez rapprochés les uns des autres pour qu'on n'ait plus besoin de cette exception aux règles communes. A l'égard de la hiérarchie franque, la hiérarchie nouvelle sera indépendante. Augustin, primat des Anglais n'aura aucun droit au-delà du détroit ; ce qui ne l'empêchera pas de s'entendre avec l'évêque d'Arles, pour remédier aux abus qu'il aurait pu remarquer dans l'épiscopat gaulois. Il ne mettra pas la faux dans la moisson du voisin, mais il pourra en passant froisser de la main quelques épis, c'est-à-dire, exhorter en toute discrétion et charité. Le pape avertit même l'évêque d'Arles, si Augustin venait à faire voyage en Gaule, de tenir compte des observations que le prélat anglais pourrait lui faire. « Car il arrive souvent, dit-il, que les étrangers, malgré la distance, apprennent vite les désordres qui se commettent au] loin. )) I

En cas de vol sacrilège, restitution pure et simple;! il ne faut pas que l'Eglise tire profit de ses pertes, temporelles et s'enrichisse de la folie des hommes. Décision magnanime et fière, mais trop douce pour les rudes barbares que l'Eglise avait à conquérir. Nous verrons comment le roi Ethelbert régla les choses. Mais le pape ne s'en tient pas là, il élève le point de vue et dit dans quel esprit il faut châtier ; agir en esprit de charité, être comme le père qui frappe son enfant, mais lui maintient ses droilî à l'héritage.

Rien ne s'oppose aux unions entre beaux-frère

LES LETTRES DE SALXT GRÉGOIRE. x 107

elles-sœurs. Il n'en va pas de même s'il s'agît du i-fils et de la belle-mère ; union ordinairement

féconde, dit le pape. Pourtant, comme les ionnaires ont affaire à des âmes grossières, à barbares qui souvent ont contracté ces mariages it leur baptême , sans en connaître l'inconvenance, lise use de mansuétude; tantôt elle emploie le et le feu, et ce sera le cas pour les convertis qui aient retourner à ces coutumes païennes : on les immuniera. Tantôt elle tolère, elle ferme les t, elle dissimule, mais pour arriver plus sûre- Lt à supprimer le mal. Ainsi faisait saint Paul disait à ses fidèles nouveau-nés : « Je vous ai né du lait, non une viande solide. » Donc, on ;artera pas de la sainte table les néophytes antérement mariés de la sorte, on reconnaîtra pour blés ces mariages contractés avant le baptême ; s on les interdira aux fidèles, joutons qu'une partie de ces concessions resta 'e morte. Expérience faite, les archevêques de terbury jugèrent vite qu'il fallait resserrer les Ltes et s'en tenir aux coutumes de l'Eglise uniselle, qui tendait à multiplier les empêchements droit romain. Et saint Bouiface s'étonnait au huine siècle, qu'un homme prétendît avoir la perssion d'épouser la veuve de son oncle, en dépit 5 règlements immémoriaux de l'église anglaise :

avait perdu tout souvenir ou toute intelligence s libertés grégoriennes (i).

Le pape en vient ensuite à je ne sais quels restes

» Ep. XI, 68.

.il:.-:-

(Montalembert). Il va plus loîn : il pose les bases de la sainteté; à ces barbares qu'il traite en enfants, il veut qu'on apprenne les saintes délicatesses de la chasteté. Il ne s'agit plus d'appliquer sans discernement les règles de l'ancienne loi, au sujet des souillures légales; il faut en prendre l'esprit. Si, dans tel cas donné, l'amour de rKucharislie l'emporte, il n'y a pas à blâmer : si l'on s'abstient par scrupule raisonnable, éclairé, ce respect est di<(ne d'éloge. « Car, dit-il, c'est le propre des âmes bien nées que de voir en quelque façon des fautes, là où il n'y a pas de fautes; ce qu'on fait sans faute a souvent une faute pour principe ; si nous avons faim, ce n'est pas un péché que de manger, mais, c'est le péché d'Adam qui est cause de notre faim. » Ainsi tout était réglé par le pape, administration diocésaine, liturgie, mariage, vie religieuse, (tétait comme une charte d'organisation (|ue la colonie nouvelle apportait de Rome à l'église d'Angleterre. Il ne manquait plus à saint Augustin qu'à étendre son champ d'apostolat et à se chercher partout des collaborateurs.

lit la tradîlîon, bâti en osier par les anges, con- •é par Jésus-Christ en personne, et récemment isformé en monastère par le primat gallois saint nd de Mené via. On ne voit pas qu'Augustin y ait se ; mais, à Bath, il avait pu remarquer les ruines n des douze monastères établis par le même it; celui-là, hélas, aussitôt détruit que fondé. 2n face de lui, sur l'autre bord de la Severn, il it les premières pentes du pays gallois, et les ïmiers replis de la grande forêt de Dean. Sur tes les collines, au fond de toutes les vallées, se hait un ermitage, un couvent, une église; tout ïsdu bac, à quelques milles en ligne droite, était monastère de Caer Gwent, le Venta Silurum des mains; en arrière, celui de Llancarvan où avait Us vécu saint Cadoc ; puis Caerleon, antique siège Iscopal abandonné depuis quelque temps, et qui lis avait envoyé son titulaire au concile d'Arles, is LlandafF, la vieille église qui se réclame encore saint Lucius, l'énigmatique roi des Bretons.

Augustin croyait peut-être que, l'autorité de Rome se en avant, les choses iraient d'elles-mêmes, et e ses propositions, fort raisonnables, seraient adses d'emblée. 11 s'agissait de s'unir dans l'apostolat s infidèles; et, pour travailler avec plus d'ensemî, faire disparaître certaines différences liturgiques disciplinaires. Il se trompait : l'heure était mal oisie.

i fond en comble, et Teilo, consacrant de nonîaux évêques, les envoya parcourir la contrée et ormiser des diocèses suivant les besoins du clersré û du peuple (i).

Lorsque, sept ou huit ans plus tard, Augustin parut n face de LlandafT, où en était cette œuvre de resauration? Combien d'égalisés avaient été refondées, ^ était saint Teilo? Combien pouvait-on réunir "ïévêques dans le pays de Galles ? Autant de questions qui restent sans réponse certaine.

Et de plus, quelle était la valeur du clergé gallois? ■On connaît les plaintes de Gildas : « La Bretagne a des prêtres, mais qui sont fous ; en grand nombre, mais impudents ; des clercs, mais rusés voleurs ; des pasteurs, dit-on, mais vrais loups prêts à massacrer les brebis, sans souci du bien de leur peuple, tout ' occupés de remplir leur ventre. Ils ont des églises, mais ils y vont pour gagner un vil salaire. Ils enseignent le peuple, mais lui donnent pour exemples leurs vices et leurs mauvaises mœurs; rarement à Fautel, et jamais avec un cœur pur ; ne reprenant jamais les fautes du peuple parce qu'ils en font tout autant... haïssant la vérité comme une ennemie, aimant le mensonge d'un amour de frère ; regardant de haut les saints qui sont pauvres, comme d'ignobles reptiles ; mais, pour les riches scélérats, les honorant à l'égal des anges... plusa\ides de monter en grade dans la hiérarchie que d'acquérir le royaume du ciel... restant bouche bée et stupides, quand on leur apporte les préceptes des saints, mais tout oreilles

(i) Liber Llandaveosis.

aux folles et aux fables du monde. » Il s'agit Ici du clergé séculier. Le tableau semble bien être poussé au noir : l'auteur a évidemment cédé au plaisir d'accumuler les antithèses, un peu au détriment du >Tai. Le fond reste triste* Ce clergé s'étaît-il amendé dans les dernières années du siècle? est-ce un sacerdoce simoniaque, luxurieux et brutal, qui se trouve en face d'Augustin?

Mais il y avait les moines, et c'est a se demander s'ils sont du même peuple et de la même Église. La Thébaïde galloise vivait d'une vie surnaturelle intense : c'était par milliers que se comptaient les vocations, neuf cent cinquante à Llan Elwy (St-Asaph)^ mille à LlandafF, deux mille cent à Bangor y Coed* Un grand village fait de huttes en branches ou d^ cellules en moellons, entouré d'une enceinte, fossé et palissade, voilà le monastère : dans l'église, leschœurs de moines se succèdent sans interruption, et la psalmodie latine ne se tait ni jour ni nuit.

D'après la règle de saint Da\id tout le monde est debout au chant du coq ; on prie jusqu'à l'heure du travail; puis, vêtus de peaux de bête, les moines partent pour les champs, où se jxasse la journée. On vit de son travail, le monastère ne recevant absolument rien des nouveaux arrivés. Silence perpétuel, et, autant que le permet la faiblesse humaine, prière continue. Pas de bœufs pour aider au labour, afin que le travail soit plus rude. Le soir venu, on rentre pour la lecture et l'office; un maigre dîner attend les moines, car le jeûne est ininterrompu : du pain, des racines, du sel, de l'eau et du lait. Trois heures d'oraison achèvent la

journée. Pour mériter de mener cette vie, le postulant doit mendier dix jours durant à la porte la faveur d'entrer; et on ne lui répond que par des refus et presque des insultes.

Puis, quand la grâce pousse à redoubler d'austérités, le moine s'en va, cherche une maison oii la règle soit plus stricte; d'autres s'enfoncent dans les montagnes, ou s'isolent en mer sur un écueiî; la, en pleine solitude, ils passent des heures h psalmodier ou à multiplier les génuflexions, plongés jusqu'à la ceinture dans l'eau glacée.

Un jour même, ce trop plein de sainteté se déversa sur l'Irlande, où l'œuvre de saint Patrice déclinait. David de Ménévia y détermina une floraison nouvelle de vertus : il y fut le père de cette seconde génération de saints dont parle la tradition, qui brilla comme la lune, entre celle de saint Patrice, étincelante comme le soleil, et celle de saint Colman, belle comme les étoiles.

On voudrait plus de détails sur la vie intime de ces gigantesques communautés. Peut-être y trouverait-on l'explication de l'étrange entêtement qui donna pendant deux siècles un si triste renom aux moines celtes, et faillit les jeter dans le plus absurde des schismes. Quand il était venu réformer l'église bretonne, saint Germain d'Auxerre avait vu d'où Rendrait le mal, du manque d'instruction, et il avait fondé des écoles. Il y avait dans l'ignorance mêlée de ténacité, le germe de bien des misères. Ajoutons que les circonstances les isolèrent au bout du '^onde; plus d'un siècle durant, un cordon de peuples païens les séparait du reste de la chrétienté.

Jf

àUCtion un peu sommaire et parfois trop naïve, r, ce clergé séculier, peu digne de sa vocation, moînes si fervents, mais parfois si peu éclairés, icnt leurs vieilles coutumes. Pendant longtemps avaient marché avec tout l'Occident, recevant les -ons qui leur venaient de Rome, changeant la date Pâques avec le pape saint Léon , puis, à la suite la Gaule, de l'Espagne, de l'Italie du nord, laisat la liturgie papale pour s'attacher aux rites orienax qui leur arrivaient de Milan. Mais vint le moent où l'invasion arrêta net leurs rapports avec le îste de la chrétienté. Sur le continent, la liturgie et "i discipline continuèrent a se développer. Quand es relations reprirent, l'Église celte était en retard le plus de cent ans. Elle avait ses coutumes, la tradition des ancêtres, cette chose sacro-sainte à laquelle 11 est toujours imprudent de toucher. Elle gardait une forme de tonsure depuis longtemps condamnée. Ellle célébrait Pâques a la date fixée jadis par saint Léon, mais abandonnée depuis; comme les Russes î'aujourd'ui, elle tenait h son « vieux style » et n'en «roulait pas démordre. 11 y avait des divergences dans la liturgie de la messe, l'administration du baptême, l'ordination des clercs, la consécration des évêques, mais rien au fond qui excédât les variétés légitimes, de tout temps reconnues par l'Eglise.

Plus tard, les tenants des usages romains eurent le tort de perdre leur sang-froid en face des résistances bretonnes ; et, comme il arrive, égarés par la passion, ils virent des hérésies là où peut-être saint Grégoire et saint Augustin n'eussent vu que des usages à to-

lérer : la tonsure celtique devint le signe de Simon le magicien et les partisans du vieux cycle pascal passèrent pour des hérétiques quarto-decimans. Encore, la difficulté .liturgique n'était rien si elle ne se fût compliquée de patriotisme.

De ce côté-là, Tobstacle était insurmontable, et malheureusement saint Augustin ne s'en doutait guère. Il y avait eu vers la fin du seizième siècle un arrêt dans la conquête anglaise. On aurait pu croire que l'entente s'établirait entre les Bretons toujours divisés. Plusieurs belles victoires avaient récompensé des essais d'union ; ils avaient reconquis les vallées de la haute Sévern. Puis, au nord, pendant vingt ans, le pieux roi scot Aedhan, l'ami de saint Columba, avait résisté aux bandes northumbriennes. Malheureusement l'union ne dura pas. Les possessions bretonnes, qui se tenaient encore en une longue bande descendant d'Kdimbourg à Dorcester, se brisèrent en trois ou quatre tronçons. Les Saxon» du sud séparèrent d'abord la Cornouaille ; puis, eii> 6o3, au moment même où Augustin venait demander* aux Bretons leur aide contre l'idolâtrie des Anglais ^ Aedhan était battu et tué par le terrible Ethelfrid un second fragment se détachait au nord (i).

La situation du pays de Galles et autres province s

(i) Green : The making of England^p. 226.

i était déplorable : coupées en morceaux, sans possible, divisées encore à l'intérieur, elles per- .it chaque jour davantage le peu d'énergie leur restait. Les chefs vivaient en vrais bars, avides, cruels et libertins. Le christianisme 3ait dans la superstition : le chaos religieux et ique était complet.

uelle chance de succès pouvait avoir saint Auin? Ce n'est pas Rome qui se présentait en sa onne : pour les Bretons, il était l'évêque des lais. Qu'on le comprenne bien, la question des \ était peu de chose, un prétexte et rien déplus : îritable obstacle était la haine de race. Accepter ustin pour primat, c'était, en somme, accepter le accompli, renoncer aux rêves d'indépendance et joumettre au joug. Reconnaître l'autorité reliise, chez les Anglais, entraînait comme consénee de reconnaître l'autorité politique. N'y a-t-il là, je ne dis pas de quoi justifier, mais de quoi liquer la conduite des Bretons? Le moment vint n, dans la suite, oii les difficultés rituelles dispamt, le schisme cessa. Mais l'espérance d'une resration welche survécut à tout. Le Welche se reiait comme d'une race supérieure, répugnant aux mces étrangères, affirmant son droit exclusif au des ancêtres, qu'il comptait bien reprendre nd le roi Arthur s'éveillerait de son long som- 1. Au treizième siècle, on espérait encore. Les des entretenaient ces illusions et l'on tenait qu'au nier jour, les Gallois seuls, uniques proprié- 'esde la Grande Bretagne, auraient à répondre de T sol devant le juge suprême.

l^j SAINT AOiUSnX DE C.\NTERBURY.

Ainsi les malheurs polidqoes répétés aTaient obscurci le jugement de ces paorres Taincos : ils ne voyaient pas, — et pouvaient-ils le voir? — qu'il n y avait(|u*àse soumettre aux événements. Lear manque absolu de zèle n'était pas, il s'en faut de beaucoop, un défaut de race : leurs frères, les Scots d'Irlande, le prouventassez. Les Irlandaisévangélisaientdéjà TEaropc : saint Columba, dans ses monastères d'Ecosse, ne faisait aucune difficulté d'accueillir des Anglo- Saxons convertis. Mais de missionnaires Gallois ou (lumbriens, l'histoire ne garde à peu près aucun souvenir. L'invasion saxonne les enserrait comme dans une muraille de fer ; les infortunes du pays transformaient la mélancolie native de leur race en je ne sais quoi de farouche et de défiant qu'ils n'ont pas encore tout h fait perdu.

Du reste , comme pour justifier à l'avance toutes les résistances de cette Petite Église, au temps où il restait (|uelque espoir de liberté, alors que les Gallois tenaient ferme encore à tous les défilés, sur la frontlôre de leurs montagnes, un concile de Caerléon, pri'sldé par saint David, avait porté ce décret : « Ceux (|nl guideront des barbares, feront treize ans de pénitence, s'il n'y a eu ni massacre de chrétiens, ni sang" vorH('», ni captifs. Sinon, la pénitence durera toute leur vie, et ils ne porteront plus les armes, w

Augustin, se trouvant à portée des églises breton — nés, lanra son invitation a une conférence. Il s'étala

i;ÉOUSE GALLOISE. 121

*-*r •.»t«tjucs et aux docteurs ; il n'y eut que

..s^j^uadre. D'où venait cette abstention?

..^.peut-être, ou défiance assez excu-

. ...io, les prélats ne voulant pas se

vcc cet allié des Anglais. Ou bien la

.il ne parvint-elle que dans certains

^aris évoques? On ne sait.

Il lieu en pleine campagne, sous un

■rrîtoiredes Ilwicciens, peuple saxon,

naguère combattu contre le Wessex

•odes Gallois.

'*Mfue, dit le Vénérable Hède, se mit à ex-

■lollement les députés, leur demandant

•*' lui dans la paix catholique, et d'entre-

'^ commun, pour Dieu, Tévangélisation

» llien de plus modéré. Il ne parle point

orité de primai, il ne touche pas expressé-

i|uestion liturgique; il s'en tient à cette

n : travailler à la conversion des gentils,

A ailler ensemble, unis dans la charité. Ce

ait devoir aller de soi les arrêta net : en-

îlations d'amitié avec les Anglais, il ne fal-

songer : ils pouvaient bien se faire leurs

i jour dans les guerres fraternelles de Sa-

tre Saxons; mais pousser le précepte de

les ennemis jusqu'à les aider à gagner la

lie, c'était trop leur demander.

ërent pas pour cette fois refuser leur con-

, se jetèrent a côté. Ils comprenaient à

; ce qu'entraînerait pour eux l'union aux

lires de Rome. Peut-être savaient-ils que

tûmes n'étaient point approuvées sur le

tfAisrt -irdl ÛMM, « que l condamné Imr c)cl<> (tascd. Z«nal^

liun d'apuMuUl, ils drcbrérea* ^'3* •■ ahnndunner l«s usagm de* mac H m.

Au^iulin luk fluitit Mir <x trtr:m.

i-xhiirtiitit, uieiiaçanl mfme, Lr« moue (in^noiii. BtitiiMuiictil a m< io9i«nc«9. < to aui Celle* nimbien il éuii drraisuDBaUe i IMiir il r^cari, de proférer leurs i nn\ vues (11' ri-i{{lU(ï univerMilr. Ijts Brrtaniid Icudaïetil rien. L'ud foule de Sa<uii« «ouaral,4 Adifil}* un» doute du spectacle. EaCo. faùgilV la lullir, le Hnint voulut en tinir.

Odiuit il une irupiration de rEsjiril-Sûiit t •• PrioitM Dieu, ilit-il. Dieu qui veut In rnli-D «eux qui habitent la maison de son Pcre, ^1 iiDiiH montrer pnr un sif^^ne céleste a qnelle tndîiîaai il ftiiil M'i)lti<c'lii.'r, qiii'llc \uîc iiii.-[ie li sou r(>\i)uiiie. (^iic I lin iniii-iio im mnliide; et, si quelqu'un d'cDirt I luiuit l(! ^uc^i'it pnr AeH prières, nous lîcndrons t\at I c'oHt H» toi qu'il l'nut suivre, que ses hciÎods plaisent 1 Il IHcii ol penvcnt servir de modèle. j>

I.ON llreloiiH coiiscnlireut à contre-cœur. Od iiiiiriKi un Anglais aveugle. On te présenta au^ pri^lrcs breLons qui ne purent le gui'rïr. Augustin iiloi's se met il genoux et supplie Dieu qu'il lui plaise, en rendant la vue du ciitps :i cet infirme, rendre la vue de l'âme à ces entÈtés, Le miracle eut lieu. Les Bretons confus avouèrent tout ce qu'on 'Voulut; mais quand il fiillai aller plus loin el en *'enir à la pratique, ils se dérobèrent de nouveau, «eclaranl qu'ils ne pouvaient rien sans leurs com-

patriotes. Ils demandèrent donc une seconde réulîon et saint Augustin s'y prêta.

L'annonce d'un second synode se répandit dans tout le pays de Galles, non sans y causer un certain émoi. On vint de très loin. Le grand couvent de Sangor y Coed, envoya les plus savants de ses moines, «eus la conduite de leur abbé Dinooth. Avec eux, "vinrent des clercs en grand nombre et sept évoques. Les chroniques plus récentes parlent aussi de nombreux Pietés et Irlandais.

Qui étaient ces évêques? Quel était leur siège? D'où vient que Bède ne sait pas leur nom alors qu'il connaît l'abbé Dinooth? D'où vient que les moines de Bangor sont plus tard punis de l'obstination de leur abbé, tandis qu'on ne parle pas du châtiment des évoques? Quel est au juste cet abbé Dinooth , que ne connaissent pas les Annales Camiriœ, alors qu'elles parlent d'un prince de ce nom mort dès SgS? Le soi-disant abbé n'est-il pas le prince ressuscité pour la circonstance ? On ne se poserait peut-être pas ces questions, si l'historien n'avait lui-même, comme pour nous inviter a la défiance, enveloppé son récit de formules dubitatives « ut perhibent, narratur, fertnr. » Il rapporte des traditions vieilles de cent ans et plus, et qui ont passé par des imaginations malveillantes. Lui-même est dupe de son antipathie. On souffre de le voir, à cet

UEGUSE GALLOISE. 125

« Arrangez-vous, reprit l'ermite, pour qu'il TTÎve le premier au lieu du synode ; s'il se lève i votre approche, il est le serviteur du Christ : >l>éîssez-lui ; s'il vous méprise et ne daigne pas se ever devant vous, qui êtes nombreux, à vous de loi rendre mépris pour mépris. »

Critérium commode et sommaire, mais où la superstition qui tente Dieu faisait dépendre une résolution à prendre, et des plus graves, de circonstances insignifiantes. Cette consultation, si elle est historique, ne donne pas une haute idée du bon sens ni de la science sacrée chez l'épîscopat breton. Or, il arriva qu'Augustin était assis quand se présentèrent les prélats. Lui laissèrent-ils seulement le temps de les reconnaître et de se lever? « A cette vue, dit Bède, aussitôt [mo.r], ils éclatèrent. » On sent à la rapidité de leur colère, dans quelle disposition fâcheuse ils étaient venus. Ils crient à l'orgueil. Ils y mettent évidemment plus que de la mauvaise volonté; c'est de la mauvaise foi. Ils n'entendent rien. « Ils prennent le contrepied de tout ce qu'on leur dit. »

Mais pourquoi saint Augustin ne s'était-il pas levé? Il agissait modo romanOy dit un chroniqueur; il ne devait pas se lever, étant président de synode, disent les autres; ces évêques n'avaient sans doute rien qui les distinguât, peut-on ajouter, simplement vêtus comme des moines, sans insignes spéciaux : on peut faire cent hypothèses vraisemblables et assez inutiles. Il reste qu'Augustin eut tort, l'événement ne l'a que trop montré, et l'histoire anglicane en triomphe bruyamment, prenant le çatû de%G^llç>\s^

sans même poser la question préalable d'authenticité.

(c Tous les traits personnels sous lesquels on nous le dépeint, écrit le doyen de Westminster, montrent qu'Augustin n'avait pas une grande élévation d'ame ; il ne songeait qu'à lui-même, ou à son ordre, quand il eût dû songer à la grande cause qu'on lui avait confiée. Nous le voyons, quand, pendant son voyage à travers la France, il revient sur ses pas; quand il réclame (!) du pape un surcroît de pouvoir sur ses compagnons ; quand le pape lui envole cet avertissement de ne pas s'enorgueillir des merveilles accomplies en Bretagne; dans la hautaine sévérité avec laquelle il traita les restes de l'église bretonne dans le pays de Galles, ne se levant pas quand ils s'approchaient, et leur lançant la malédiction qui sanctionna leur massacre par les Saxons, si elle n'en fut pas la cause; et jusque dans les légendes qui coururent sur son compte après sa mort (i). »

« On l'appelle, dit Fuller, Augustin le Petit, pour le distinguer de son homonyme, Augustin d'Hippone; mais il faudrait l'appeler Augustin le Grand si on le mesurait h l'aune de son orgueil et de sa superbe (2). »

La bataille était donc perdue d'avance. Pourtant l'archevêque posa la question en ces termes : « En bien des choses, vos coutumes se séparent des nôtres, et des coutumes même de l'Eglise universelle-

(i) Stanley, op. cit., 53.

(i) The Chui-ch of Britain, I, p. i5i. Édit. Oxford^ i84^'

LEGLISE G.UXOISE. !;•:

lais, snr trois points, si vous consentez à vous eodre, célébrer la Pàqoe en son temps, administrer e baptême, par où nous renaissons en Dieu, selon es rites de Rome et de T Eglise apostolique, prêcher avec nous la parole de Dieu à la nation an- ^aise, tout le reste, quelque opposé qull soit à nos icoatumes, nous le tolérerons volontiers. »

Augustin voulait-il leur prouver, autrement que par une vaine marque de déférence, qu^il n*était pas le prélat hautain et intolérant qu'ils imaginaient? n est notable que cette fois encore il ne dit pas un mot de son titre de primat. Il demandait le concours, non la soumission des Bretons. Le reste n'était qu^ane conséquence de Tunion dansTapostolat. S'ils Taidaient à évangéliser les barbares, il fallait de toute nécessité garder les mêmes rites dans le baptême et célébrer les fêtes au même jour, sous peine de scandaliser les néophytes.

Mais, eux, savaient quelle dignité le pape lui avait conférée, et, s'imaginant peut-être qu'elle allait supprimer les primaties ou les métropoles déjà existantes, ils déclarèrent qu'ils ne feraient rien de ce qu'on demandait. « S'il n'a pas voulu se lever devant nous, se disaient-ils, que sera-ce quand nous lui serons soumis? il nous méprisera comme gens de rien. » Puis, Tabbé de Bangor déclara : « Non, nous ne prêcherons pas la foi à cette race cruelle d'étrangers, qui traîtreusement ont dépouillé nos ancêtres de leur terre natale, et nous ont privés, nous, de notre héritage (i). »

(i) Tradition welche. cfr O^ Moran, Irish saints in Girat Britain^p, aïOj 216,

ie<^ <UNT AlùlSTIN DE CVNTERBIRY.

S'il faut en croire on texle welche, découvert au •iix- septième 5iècle. et r^ardé comme inauthentique par la grande majorité des auteurs même protestants. Dinooth. entraîné par la passion, aurait été plus loin : «« Sachez et retenez bien, que tous taDt v|ue nous sommes, nous et les nôtres, sommes soumis et obéissants à F Eglise de Dieu, au pape de Rome, à tout vrai et pieux chrétien, s'il s'agît d'aimer chacun selon son d^ré. d'une charité parfaite, et de laiJer de paroles et d'actes, à devenir enfauts ie Dieu. Mais d'autre obéissance que celle-là, je ne siche pas que j'en doive aucune à celui que vous -jocume.: le psipe. ni qu'il y ait un Père des Pères... IV '^H-jLS. nous sommes sous le commandement de " /^-^v^ue vie Caerlon sur l'ist. qui est chaîné au nom ,*,* IX-zru. Je veiller sur nous, et de nous faire suivre ji ^o^^ ,{e .esprit. »

Towt tiuv v^u'il est. et plein d'inconséquences, !e d.vîi=:e3L: read assez bien l'état d'esprit des •jju*res pD?Cres et êv^^ue* bretons, engagés sur ur.e -ijLU^jL'Ise pente, et à qui la passion devait ù:re e\j.îerer leurs sentiments intimes. Ils ne vou- 'aîo": pas er.tesL'ire parier d*une soumission quelvv.v:;:e a Vu^j:sda. e%èque des Anglais : de là, à :*;v*:Vrer vies paroles de révolte contre le pape qui \';:r Axjti: <f:i^o\e cet e^^Kjue. il n'y avait qu'un pas; 0', . v"ussc:t:-i s jL:r:sî res^imbê contre le pape loi* .i^Vî^o, vj;îo''o vvKicvusîoa lo^que peut-on en tirer

\lux !v^ vvop eui: p^^rte : b cv>nfèrence était rom-

, s^Ho N^" îcrtttîuji j\ir ces avertissements pro-

^MO'X vW saîttt Vuftiustîtt : • Vous ne voulez pas

i;eglise galloise. 121)

cr la paix que vous offrent des frères; vous

la guerre que vous feront des ennemis; vous

'liez pas prêcher le chemin de la vie aux An-

vous l'expierez en mourant de leur main. »

ette menace, on se sépara. Quelques années

. le massacre des moines de Bangor par le fa-

le Elhelfrid ne vérifiait que trop la prédic-

Je l'archevêque.

j: n'était, hélas ! que le premier épisode d'une

ue lutte de plusieurs siècles, où la charité allait

voir de terribles atteintes. Peu à peu, les tron-

-. de ce qu'on pourrait appeler Tanarcliie bre-

iie se rapprocheront de Canterbury et de Rome ;

.umbrie d'abord, qui, en 704, adopta le cycle ro-

m; puis, dans la seconde moitié du huitième siè-

, les églises galloises, et enfin, sous l'archevêque

jlnoth, au neuvième siècle, la Cornouaille.

ais en attendant, les haines resteront vivaces.

jnt ans après l'entrevue du clergé breton et de

uint Augustin, un moine écrira :

« Voici qui est en contradiction avec la foi caholique et la tradition de l'Evangile : au delà de la •SeYcm, les prêtres de la Demetia, tout fiers de la pureté de leurs coutumes, ont notre communion en «bominatlon ; à ce point qu'ils ne consentent pas à prier avec nous dans les églises, qu'ils ne daignent pas, à table, manger, en signe de charité, au même pht que nous; bien plus, ce qui reste des plats et fo mets. Ils le jettent aux chiens et aux porcs. Les vases, les bouteilles, ils les font laver avec du nble ou la cendre. Ils ne nous donnent pas le salut itUpaix ni le baiser de la piété (ralcrneWe, ?»Aotv

IM) SAINT AUGUSTIN DE CiNTERBURY.

le mot de l'Apôtre : salutate vos in osculo sancto. ne nous donnent point à laver les mains,... cul pieds... Mais si quelqu'un des nôtres, c'est-à-dire des catholiques, va chez eux pour y loger et qu'on daigne l'admettre, ses hôtes sont condamnés a qua-l" rante jours de pénitence. »

Les Bretons, hélas, ne furent pas seuls à mettre en toute cette affaire de la mauvaise volonté. Il y a bien quelque excuse à leur schisme, car à leur obstination, répondit de la part des Anglo-Saxons une attitude hautaine et dure. On connaît saint Wilfrid d'York et sa roideur. Saint Théodore, plus conciliant pourtant, alla jusqu'à déclarer nulle l'ordination de saint Chad, consacré évêque de Northumbrie par l'évèque anglo-saxon Wini, parce ,que, dans l'état de désorganisation de l'église anglaise, le siège de Canterbury étant vacant, il avait pris, comme évèques assistants, deux prélats bretons. Puis il le reconsacra lui-même pour le siège nouveau de Lichfield. Et cette triste rivalité alla si loin, qu'au temps même des grandes persécutions protestantes, sous la reine Elisabeth, le collège anglais de Rome faillit être fermé, les jeunes catholiques de Grande-Bretagne ne pouvant se résoudre à vivre sous un supérieur gallois.

wSaint Augustin avait donc échoué. Lorsque, plus tard, la concorde fut rétablie, les églises w^elches ne purent se résoudre à avouer leurs anciennes tendances schismatiques. Le Liber Landavensis, raconta que saint Oudoceus de Llandaf vint se faire consacrer à Canterbury ; et un de ses successeurs, l'évèque Urbain, dans une requête au pape Callixte II

LÉGUSE GALLOISE. 131

^)y affirmait que tous ses prédécesseurs avaient CHirSy et en tout, reconnu Tautorité des archevè- &. L'imagination ne s*arrèta pas en si beau che- : en dépit de toute vraisemblance, elle mena Au- 311 jusqu'en Irlande, à la cour du pieux roi Coan, où il baptisa, dît la légende, le jeune prince xius, futur évêque et martyr en Germanie. Après t, il se peut que l'opposition n'ait pas été univere. Il a dû se trouver des âmes éclairées pour acfter ce qui leur venait de la part de Rome. Mais mnent dégager cette parcelle de vérité du milieu B légendes contradictoires?

pie et les façonnant peu à peu à la \ie chré-

^t apostolat silencieux n'était pas sans apporavantages même matériels : il se faisait des ements parmi les forêts du Kent : les familles paient autour des monastères et des prieurés: même que si, pendant longtemps, le sud de terre, et le Kent en particulier, eurent des ils le devaient à cette génération de moines . Les Saxons s'essayaient gauchement à imi- :onstructions romaines qu'ils avaient sous les L les moines bâtisseurs leur apprenaient quelcrets de leur métier.

l'apostolat lui-même, il ne nous reste pas de 'ertains. Goscelin, qui écrivait dans la seconde du onzième siècle, parle d'un vieillard, mort longtemps, mais dont le grand-père avait vu ugustin. L'historien a grand soin de nous e, dans cette famille, on jouissait d'une belle :é. Or, voici ce que racontait l'aïeul. Il était me : la foule courait à Augustin comme à '. L'enfant se moquait; il faisait fi des bruits clés. L n jour qu'il était perdu dans la foule, gestes et paroles pour trouver de quoi rire, oup, à la vue de ce visage si bon, si paternel, ris d'une grande terreur. Le saint le regar- Amenez ce jeune homme, dit-il. » L'enfant la tremblant et tomba aux pieds de l'évêqne.

n lui fit quelques reproches, l'instruisit, le »ur son cœur, le baptisa et promit à sa des- :e le don de longue \ie. Augustin, ajoutait le L avait l'air et la beauté d'un grand seisiiewT •.

LES DERNIERES ANNEES. ISf)

i, il avait pu dans son enfance connaître les discies du saint et recueillir ainsi les traditions de la 'iiiération disparue.

« N'allez pas, dit-il, vous élever directement >iitre leurs généalogies de dieux. Laissez-les afBrler que leurs dieux sont nés de l'union d'un omme et d'une femme, et tirez-en la conclusion ne, puisqu'ils ont eu une naissance , ils ne sont que les hommes. Puis demandez-leur si ce monde a eu m commencement. Dans ce cas, qui l'a créé ? où staient les dieux avant qu'il existât? Si le monde est éternel, — point capital a réfuter en toutes manières, — qui le gouvernait avant qu'il y ait eu des dieux? Quand, où, par qui ont été engendrés le premier dieu et la première déesse ? Est-ce que les dieux engendrent toujours? S'ils n'engendrent plus, pourquoi ont-ils cessé ? s'ils continuent, ils doivent être en nombre infini ; mais lequel est le plus puissant? Voilà comment il faut argumenter, sans railleries, sans injures, doucement et avec modération. Par moments, il faut faire la comparaison avec nos dogmes, et attaquer ainsi leurs superstitions comme de flanc. Qu'ils rougissent, mais de confusion, non de colère. Qu'ils sentent que nous n'ignorons aucun de leurs rites, ni aucune de leurs fables. »

Comme on s'adresse à des âmes grossières, Daniel propose des arguments h leur portée : « SI vos dieux sont tout-puissants, bienfaisants et justes, non seulement ils récompensent leurs fidèles, mais ils doivent aussi punir leurs contempteurs. Et s'ils le font dès cette vie, pourquoi épargner les chrétiens qui leur ont arraché le monde? Les chréVi^ws ^q%-

l.r» SAINT AUGUSTIN DE CANTERBURV.

sèdent les terres fertiles en vin, en huile, en toutes productions, ne laissant aux païens et à leurs dieux que des territoires toujours glacés... » Il faut, ajoute-t-il, insister souvent sur ce fait que le monde est aux chrétiens, et qu'en comparaison des chrétiens ceux qui tiennent encore pour les idoles sont bien peu nombreux (i).

Nous savons que la prédication de saint Augustin était accompagnée de miracles. Mais nous n'avons ici que des légendes médiévales. Elles ont du moins ce trait de haute vraisemblance qu'elles supposent un apostolat pénible ; elles montrent que la conversion n'allait pas sans répugnances, et les miracles des missionnaires étaient souvent des miracles de justice.

Un jour, une tribu repousse Augustin les armes à la main, menaçant de le brûler vif, lui et ses compagnons. On répondait par de grands éclats de rire à toutes ses promesses de vie éternelle. Le saint se met en prière, demandant à Dieu d'éclairer les pauvres gens. Et voilà qu'un feu invisible les prend tous aux entrailles ; leur peau se dessèche, se durcit, s'encroûte, se fendille et le sang coule. Vieillards et enfants, hommes et femmes, sont pris de la mystérieuse maladie ; c'était le mal des ardents. On courut sur les pas du saint : on se soumit, et l'eau du baptême fit disparaître l'horrible gangrène.

Ailleurs, un pauvre jeune sourd-muet, perclus, se traînait sur les genoux : le saint le rencontre et 1^ guérit; mais voilà le miraculé qui vient à l'église, — '

(i) S. Bonif., Epist,, ij.

LES I-OLNiRES ANXÊES, J^

sa a* Awtut m Oiiit>f rbarv. . — ei, loai fier d'èu* à se» sens. iJ en ose et abuse, il ba^anie, aa «Tuid scandale des fidèles. Aossîtôl il redans son mal. jusqu'à ce que, repentante il i^ne au saint qui le ^êrit une seconde fois, ant une prédication même miraculeuse, le paie ne pouvait disparaître en si peu d^années. d'être complètement vaincu, il devait avoir ites renaissances. Le Kent fut ^îte converti, et lent en somme. Mais il sutlira d^une passion te au cœur d'un prince pour le rejeter un ins« i plein paganisme et entraîner des milliers d*a« îes.

endant. sous l'action persévérante des misires, en dépit des dilIGcultés de tout genre, les commençaient à s'élever. Des deux enfants

roi Ethelbert avait eus de la reine Berthe.

I est ^Tai, qui devait lui succéder sur le trône.

pas chrétien. Mais sa fille Ethelburga se t dès-lors à ces vertus qui allaient bientôt lui îcessaîres, pour jouer à son tour en Xorthumrôle de Clotîlde.

le roi Ethelbert, nous sommes un peu mieux fnés : il nous reste des documents authentie sa piété, des lois, des actes et des chartes. s forment le plus ancien code çènaV de W\\V-

têralare saxonne. A travers un texte obscur, chargé de mots non encore expliqués complètement, on sent vaguement l'influence chrétienne. Tous ces articles ont dû être sanctionnés par le Witenagemot, ce parlement embryonnaire où déjà siégeaient lesévèques. Augustin put donc les discuter, au même titre que les seigneurs laïcs.

Ethelbert ne s'était guère latinisé. Les relations plus fréquentes avec le continent, où la monarchie franque gardait tant de formes romaines, surtout rinfluence des moines italiens, auraient pu contribuer à mettre sur les institutions germaines, en Angleterre, le cachet de Rome. Ce fut peu de chose. La romanisation fut tout extérieure. Les rois, un peu plus tard, cherchèrent à reproduire la cour impériale; Tun d'eux prit le titre de Basileus. On copia vaille que vaille les monuments romains ; on fouilla les ruines et on imita les bijoux trouvés sous les décombres. Les sceaux saxons reproduisirent grossièrement des effigies romaines , comme celui de Durham qui représente un Jupiter tonnant, avec Texergue naïve Caput Oswaldi régis; ou la monnaie d'Ethelbert qui porte au revers la louve du Capitole et les deux jumeaux. Le seul détail important a été conservé par le Vénérable Bède. (( Entre autres biens dont son peuple fut redevable h Ethelbert, on doit compter ces décrets judiciaires qu'il établit, a l'exemple des Romains, en les discutant dans le conseil des sages. »

Il faut admirer la discrétion avec laquelle procéda Au^'uslin. Bien loin de chercher à imposer lesprin- -ipos de la jurisprudence romaine, il respecta les

LES DERNIÈKES ANNÉES. l:îî»

traditions «germaines, se contentant d'v faire

'IV un commencement d'esprit chrétien. C'est

•'lément teuton qui persévère dans le svstème

inpensations pécuniaires, réglé par Klhel-

.1 son conseil. Le détail en est franchement

e. Si, dans une rixe, on se bat jusqu'à mettre

s os de son adversaire, amende de 3 schelinors:

est attaqué, 4 schelings; pour une épaule dé-

3o schelings; pour une oreille arrachée, iti

igs; pour une oreille crevée, 2 5 schelings:

•i lobe de l'oreille percé, 3 schelings; et ainsi

lires membres et de toutes les espèces possi-

le blessures.

is voici qui est d'inspiration ecclésiastique :

.elbert voulait, nous diiBède, donner sa protec-

il eeux dont il avait accueilli la personne et la

rîne. » En conséquence, l'article i" de son code

Jporte sur le vol des biens d'église, et il en fixe le

-gU, e^est-à-dire la proportion à suivre pour les

eales et les restitutions. Saint Grégoire voulait

efon se contentât de la restitution pure et sim-

Ethelbert connaît son peuple, et sait

la dignité de chacun h ce qu'on paie

on lui fait tort. Si un homme libre vole les

dn roi, il en rendra 9 fois plus. Art. 4)

si ce sont les biens de Dieu, le wergild est

I; II pour l'évêque; 9 pour le prêtre, qui se

linsi l'égal du roi : 6 pour le diacre et 3 pour

B T a plus. La vieille coutume germaine, pour un recours aux faibles contre les violew\&<) bit du roi le protecteur de la paiXy cesV-V

-* -Tr-r

-ai

- "Ls.

*»tt .....

I de saint Augustin et des siens? Presque toutes ieilles chartes saxonnes abondent en considé- :>iis semblables. « Les biens de la terre sont tran- LTCs; ceux du ciel sont durables; il faut donc & servir les biens périssables à acquérir ceux qui t éternels. L'homme n'apporte rien en venant xionde, et en partant pour Tautre monde, il n'em- Xe rien. Le devoir de la charité est enjoint à >inme par le commandement : Date et dabitur fis 19. — C'est toujours « pour la guérison de m âme, pour l'absolution des mes fautes, pour Dn âme et celle de mes ancêtres, par amour du leu tout-puissant, par vénération pour la Bîenheu- «se Vierge Marie, mère de Dieu, par désir de la îleste patrie (i). »

C'est ainsi que le saint archevêque et le saint roi «paraient Tavenir. Toutes les grandes vertus qui développeront dans les siècles suivants, toutes les lendeurs spirituelles et temporelles de l'église lonne sont en germe dans ces lois, ces donations, $ considérants. Nous assistons à l'aube d'une civiïdon nouvelle, au commencement de cette ère mtente fraternelle entre la royauté et l'Eglise ifit de l'Angleterre saxonne l'île des saints. Après igustin et Ethelbert, on aura Paulin et Edwin, dan l'Irlandais et Oswald, Deusdedit et Ercomrt, Dunstan et Alfred, Boniface et Ina, toujours piscopat marchant la main dans la main avec la yauté. L'Église sait au besoin se passer des pou-

i) Can. Jenkins, Cantcrbiuy (Diocesan historiés), 1880,

-AiNT W'rV^lZy JE •'.V.NTEaflCaY.

'oin ^ef!Tilier^. miû^ elle ae dédaû^oje pas. qnani *^ile piîtit le r^ncnatrer. l'appui d'an G>iiâtand]i : l'exemple venu de haut e!»t «. fort pour rKHitenir ei baî} !e4 [itinne^ voioatés chancelantes. Autant qa'3s t'ont pu. i«^ misfïioanaires out de toat temps nsé r Idolâtrie a [a r.»^te. non rpiîls estLoiassent plus rame d'un roi que celle don bouvier, mais parce qa*iu bouvier peut <^tre seul à se convertir, tandis qaoi roi ou un sage, Ethelbert ou >ewman, en amènent toujours d'autres avec eux.

Cependant le zèle de saint Augustin ne poavait se borner au.\ limites étroites du Kent. Il avait là désormais une base solide d'opérations, et, au besoin, un lieu de refuge, une forteresse d*oii le pa« ganisme ne pourrait chasser la foi. Cinq ans poor s'y établir solidement, c'était peu. Josqu'oii poussa* t'il, lui ou ses moines, les expéditions apostoliques au dehors, il est malaisé de le déterminer. A en croire les traditions du onzième siècle, il aurait par* couru l'Angleterre du nord au sud.

On le rencontre à Oxford : là il travaille à établir In dîme. ( n seigneur résiste. « Que les excommuniés (juittcnt Tcglise, » s'écrie un jour le saint, au rorfimcnccment de la messe. » Aussitôt une pierre Kmihiile se soulève, un mort sort de terre et s'en va. 'lUiit un Breton excommunié jadis pour avoir re-

LES DERNIERES .VXXÉES. 1 4:î

'usé le tribut ecclésiastique. « Que celui qui porta rexcomniunication paraisse, » ajoute le saiut: et, d'une autre tombe, sort un prêtre breton, qui absout le malheureux; ensuite, quand on Tin^-ite à rester sur terre et à prêcher les Anglais, il refuse, et préfère le ciel à Tapostolat. Le seigneur saxon fut convaincu , T .

Puis, sur les pas de l'archevêque, dans le >'orthumberland, des milliers dinfidèles se convertissent d'enthousiasme. Ici la légende le confond avec saint Paulin.

Elle le conduit ensuite au sud-ouest, dans le

Dorset. Là même où, trente ans seulement plus tard.

un autre missionnaire romain, saint Birinus, se

trouvera en abordant en plein pays païen, Augustin

détruit les idoles, convertit et baptise les foules.

C'est là qu'il rencontre cette bourgade infidèle qui

se raille de lui, et est si terriblement punie du feu

des ardents. A quelques milles, épuisé de fatigue,

de faim et de soif, Augustin est consolé par une

apparition de Jésus-Christ; puis, il suffit d'un coup

de son bâton pour faire jaillir une source où ses

compagnons purent se rafraîchir. Le lieu s'appelait

Cerne. L'ne église plus tard y fut bâtie ainsi qu'un

monastère : la source merveilleuse s'v vovait encore

au temps du moine Goscelin (2\

Mais une historiette plus bizarre et plus célèbre est celle de ces pêcheure qui reçurent les missionnaires au milieu des avanies et des coups, puis, les chassant, leur attachèrent des queues de poissons au bas de la robe. Le fait était populaire au moyeu

;i' Acta SS. Mai, t. VI, p. 39a.

(2) GoscelÎD, op, cit. 44^ 45. Dugdale, Monaslicon, p. 253.

Page 1