‹ St. François d'Assise, le génie de la liberté [microform]Chapitre 11 sur 25 · CLAIRE OU LELAN D AMOUR · texte numérisé non relu

CLAIRE OU LELAN D AMOUR

n'avait plus qu'a s'y engager. Elle le fit avec une confiance lotale. Quand elle comprit la necessite de rompre^avec sa vie de fille riche, elle temoigna d'une 6nergie farouche malgre 1'opposition de sa famille, plus feroce cerles que ne 1'avait etc Bernardone vis-a-vis de Frangois.

Les instances de ses parents devenant trop pressantes, Claire finit par avouer a sa mere son desir de renoncer au monde pour se consacrer a Dieu. On ne possede -guere de details sur 1'accueil qu'une telle .revelation regut de la parjt de.Favorino et d'Ortolane, les parents c}e Claire, mais tout laisse a penser qu'il fut plutdt froid. II devait inciter les Scifi a prcipiter les fiangailles de leur fllle, comme il arrive d'ordinaire en pareil cas. Claire, cependant, avait des allies dans sa famille : une 'tantequi, plus tard, favorisera sa liberation, et les freres Rufin et Silvestre, apparent^s tous deux a la jeune fille. Furent-ils ses premiers . confidents, ses introducteurs aupres de Frangois ? C'est possible. Bienlot, en tout cas, Claire vint trouver le Poverello et lui exposa son desir de vivre, a son exemple, dans la priere et la pauvrete. De toutes les ames qui etaient deja venues a lui, aucune ne dut toucher Francois autant que celle-ci. Sous le Visage d'une blonde enfant de seize ans, elle etait 1'mnocence et la purete, en meme temps que 1'amour le plus ardent et la foi la plus profonde.

Beaucoup de femmes jusqu'alors, en ecoutant precher Francois, avaient senti s'eveiller en elles le remords d'une vie trop materielle, le desir de devenir meilleures. Elles avaient pleure a Saint-Rufin, touche les vetements du saint, quand il parcourait les villages, comme pour s'imprSgner de sa foi. Aucune encore n'avait ose, ainsi que le faisaient les hommes, tout quitter et s'accrocher au Poverello comme des noyes a une epave qui, seule, peut les porter vers le salut. La premiere qui fait ce geste est une enfant ne connaissant rien du monde, ni de la vie, ne desirant pas les connaitre, seulement avide de garder sa purete, 'seulement soucieuse de se montrer digne de 1'amour unique qui 1'attache a Dieu. K

148 SAINT FRANQOIS D'ASSISE

Une telle offrande plongea Frangois dans le ravissement. Tout autre en eut eprouve de 1'inquietude. Lui n'hesita pas a fortifier chez la jeune fille sa volonte de rompre avec le monde. La pensee d'un scandale ne le toucha meme pas. II apportait au Seigneur le plus beau cadeau : un vase de cristal pur. Sans consulter d'autre guide que sa propre conscience, il 1'allait tendre a Dieu. Et qu'importe alors ce qu'en dira le monde, comment 1'Eglise acceptera la chose ! Ces amants spirituels ont toute 1'audace des amants ordinaires, leur mepris de ce qui les entoure et 1'aveuglement de leur passion, Les hagiogr aphes, ecrit Sabatier, semblent ne pas s'apercevoir combien Frangois ignora les lois canoniques. Lui, simple diacre, s'arrogea le droit de recevoir les voaux de Claire et de la tonsurer isans aucun noviciat ..

II ne suffisait pas en effet a Frangois de conseiller a la jeune fille de perseverer dans sa foi. II entendait la guider lui-meme dans la voie ou elle brulait de s'engager. Mais il fallait d'abord qu'elle se delivrat des entraves qu'on opposait a sa volonte. II importait qu'elle fit elle-meme 1'equivalent du geste qu'avait fait Frangois, en rejetant aux pieds de son pere ses biens, son or et jusqu'a son nom. Apres le careme de 1'annee 1212, que Frangois prScha dans l'6glise Saint-Georges ou pieusement Claire 1'allait ecouter, la nuit du dimanche des Rameaux devait marquer les noces mystiques de la jeune fille. Toute la journee, dans le secret absolu qu'elle en avait garde, . Claire .v^cut les heures graves qu'une telle resolution entrainait pour elle. Johannes Joergensen s'est plu a evoquer le tableau de ce dernier office des Rameaux auquel la jeune fille assistait en coinpagnie de sa famille. Ces solennites religieus'es revietaient en effet, a Tepoque et speeialement en Italic, un eclat dont nous n'avons plus une id6e bien exacte. Par6e de sa robe de fete la plus riche, elle se rendit a Teglise avec sa mere et ses so3urs , et parini la foule des femmes et des jeunes filles d'Assise, aucune ne rayonnait en beaute et splendeur aulant que la blonde Claire 1 Scifi.

CLAIRE Oil L'ttl.AN D' AMOUR 149

Au moment d'aller chercher 'des mains du pretre le rameau benit, Claire, saisie demotion, ne put quitter sa place. Elle demeura immobile, la t6te basse, la gorge serree par les sanglots. Ce fut I'evfique Guido qui s'avanga pour apporter lui-meme a la jeune fille la branche de buis. A cette heure, tout etait d6jk convenu entre Claire et Francois pour un rendez-vous qui ressemble terriblement a quelque romanesque enlevement, ou la tante Dona Guelfucci aurait joue les cameristes, et nos deux heros 1'un de ces couples d'amants eternels dont la legende et -1'histoire se partagent les souvenirs.

Mais si l'imageen est identique, 1'esprit en est tout different ! Ces deux ames n'ont qu'un desir : echanger les plaisirs de ce monde centre le deuil des souff ranees du Sauveur . Pourtant, cette nuit de printemps, le sacrifice de Claire ressemble a une fete. .Apres qu'elle eut, comme chaque soJr, salu6 son pere, embrasse 7 sa mere et ses soeurs, Claire se retira dans sa chambre, mais elle ne dormit pas. L'ombre venue,, la jeune fille quitta la maison et sortit par une porte derobee qui se trouvait au fond du jardin. On raconte qu'un gros tas de bois en barrait Faeces. Claire dut la d6gager de ses propres mains ; enfin, toujours v6tue de sa belle robe de fete et de ses fins souliers, elle rejoignit Dona Guelfucci et prit avec elle le chemin de la Portioncule.

Quelques freres, dep6ch6s par Frangois, vinrent audevaht des deux femmes. Us portaient des torches dont les flammes firent soudain 6clater sur le fond de la nuit et des feuillages la soie chatoyante des robes, la ceinture brillante de pierreries, la blonde chevelure de Claire... Etrange apparition. Aucun mot, sans doute, ne fut pronence. Mais, quand la lumiere toucha la jeune fille, les freres firent demitour et, la pr6ee"dant sur 1'etroit sentier, parmi les jeunes pousses, les fleurs. que 1'aube allait ouvrir, ils reprirent le chemin de la Portioncule. C'e"tait 1'heure des matines. Des voix montaient dans le silence des bois...

Frangois apparut a son tour au seuil de la chapelle.

150 SAINT FRANQOIS D'ASSISE

C'est a la Portioncule, cetle fois encore, au berceau de son esperance, que le Poverello va accueillir le plus beau tresor qu'il lui sera donne d'offrir a Dieu.

Us savent 1'un et 1'autre ce qui les reunit en ce lieu. La jeune fille n'a eu qu'a s'agenouiller devant cet autel d'ou Frangois, trois ans auparavant, partait, pour accomplir sa mission. II etait revenu la comme on revient a un foyer. Et 1'epouse 3u Christ, a son tour, eii franchissait le seuil...

<( Elle remit aiix mains des freres sa robe etincelante et regut, en echange, un grossier sarrau de laine, pareil a celui des freres ; elle echangea sa ceinture, ornee de joyaux, pour une simple corde avec des hceuds ; et lorsque les ciseaux que.tenait Frangois eurent fait tomber sa chevelure d'or, au lieu de reprendre le haut bonnet, elegant qu'elle avait apporte, elle se couvrit la tete d'un 6pais voile noir. Les brodequins de soie dont elle s'elait eh^ussee pour assister aux fetes de I'gglise, elle les remplaga par une paire de sandales de bois sur ses pieds nus. Puis elle prononga les trois voeux conventuels, et jura en outre, ainsi qu'avaient fait les freres, d'obeir a Frangois comme a son maitre absolu (1) .

A 1'exemple de Bernard, de tous les freres, Claire aussi s'est depouillee de ses biens. Elle a laisse sur 1'autel du Seigneur ce qu'elle possedait, ses parures et ses bijoux, tout ce qui marquait son attachement au monde ; et, maintenant, elle n'est plus parmi les freres qu'une ombre grise, un peu plus frele, un pen plus pale...

La messe dite, la ceremonie achev^e, Frangois conduisit lui-meme la jeune fille a une heure de la, dans le convent des Benedictines de Saint-Paul, pres du village d'Isola Romanesca. Us parvinrent a cette retraite comme le ciel s'eclairait. Claire 'devait y sejourner qiielque temps, et surtout y trouver un refuge centre la colere de sa famille.

Francois revint dans le matin, les pieds tout humides

(1) Johannes. Joergehsen : Saint Frangois d*Assise.

CLAIRE ou L'ELAN D' AMOUR .,.

de rose, l'ame ivre de la joie .d'avoir gagn6 a Dieu une si precieuse recrue...

Le monde, pourtant, ne devait pas 1'abandonner si ais6ment. Un deuxieme acte allait se jpuer, donnant & cette Strange histoire de la vocation de Claire 1'allure d'un drame romantique. Des qu'ils eurent connaissance de 1'evenement, ce qui ne tarda guere, Favorino r6unit les hommes de la famille, et ce fut line petite troupe resolue qui arriva au couvent de Saint-Paul, r^clamant la nouvelle recluse pour tenter de la convaincre de revenir sur sa decision. On usa de prieres tout d'abord, de promesses ensuite, et.bientdt de jnenaces. Alors, demeurant in6branlable, d'autant plus ferme dans sa resolution que Ton insistait pour Ten dissuader, . Claire se retira derriere la grille de 1'autel ou, rejetant son voile, elle montra sa t6te aux cheveux ras, comme pour temoigner qu'elle n'6tait plus Claire Scifi, mais sceiir Claire.

II fallut abandonner 1'esppir de ramener la jeune fille ce jour-la. Fayorino et ses amis, espeYant que quelques jours de cette nouvelle vie 6puiseraient une telle obstination, revinrent bientdt a la charge. Ce fut peine perdue. Pourtant Frangois jugea prudent de transporter Claire dans un couvent plus sur, Samt-Ange-in-Panzo, ou la jeune fiile serait a 1'abri d'un coup de force.

Favorino devait avoir bientdt de nouveaux motifs de colere. Deux semaines apres le depart de Claire, Agnes s'enfuit a son tour de la maison paternelle pour se r^fugier a Saint- Ange et vivre aupres de sa sceur. Agnes 6tait fiahc6e. Le jour du mariage etait deja fix6. Cette fois Favorino resolut d'arracher la jeune fille au couvent et a sa.-folie. Avec son frere Monald et douze hommes arm^s, il se rendit a Saint-Ange, exigeant qu'on liii livrat la fugitive. Les sceurs, effray6es, cederent a la force. La malheureuse enfant opposa a ses ravisseurs une resistance acharn6e.

De nouveau, nous citerons Joergensen, qui a laisse de cette scene un 6mouvant tableau : Elle fut rouee de coups et foul6e aux pieds ; puis les hommes la saisirent par les cheveux et se mirent en devoir de 1'entrainer ainsi hors du couvent. Claire, Claire, viens a mon secours ! criait la malheureuse Agnes, pendant que des boucles de ses cheveux et des lambeaux de sa robe s'accrochaient aux buissons du sentier.

Claire, impuissante a proteger sa sceur, s'etait refugiee dans sa cellule et invoquait 1'aide de Dieu. Et void que, tout a coup, ces douze hommes vigoureux ne sont plus en 6tat de faire avancer d'un seul pouce le petit corps d'Agnes! L'enfant brusquement, devient aussi lourde que si elle 6tait un bloc de pierre. En vain les hommes la secouent, essaient de la tirer. Mais 1'oncle Monald est si enrage de cet obstacle imprevu qu'il souleve son poing gante de fer pour ecraser, d'un seul ooup, la cervelle de la maudite jeune fille. Et yoila que, lui aussi, se trouve comme petrifie et se tient la sans pouvoir. agir, le bras leve, mais paralyse ! Sur ces entrefaites arrive Claire, et force est bien de lui ceder Agnes, a demi morte.

Depuis lors, la famille de Claire renonga a toute tentative nouvelle pour empecher les deux jeunes.filles de vivre de la fagon qu'elles s'6taient choisie ; et plus tard une troisieme sceur, Beatrice, se joignit a elles, en attendant que leur mere elle-meme, la pieuse Ortolane, vint servir Dieu avec elles, apres la mort de Favorino .

On nous pardonnera de nous etre attardes, peut-etre un peu longuement, sur le e6te anecdotique de la vocation de sainte Claire, II se pare de si fraiches couleurs que Ton resiste mal au plaisir de les evoquer. Dans la destinee de Frangpis, Tapparition de Claire offre un charme romanesque qui n'enleve rien a sa grandeur mystique. Elle jette, sur ce moment de 1'aventure franciscaine, un e"clat merveilleux.

Claire et Agnes ne devaient pas demeurer dans le

CLAIRE ou L LAN D'AMOUR 153

couvent de Saint-Ange, n'etant pas benedictines, mais fondatrices d'un ordre qui, comme celui des freres mineurs, allait avoir un jour sa propre regie. Francois obtint pour elles, dee Camaldules du'mont Subasio a qui il etait deja redevable de la Portioncule, le petit couvent attach^ a Saint-Damien etTeglise elle-meme ou, si souvent, Frangois etait venu prier. II offrait aux Pauvres Dames un asile cher a son cceur. C'etait la qu'il ayait commence de lutter et de souffrir pour accomplir sa mission ; les murs de la chapelle gardaient encore 1'empreinte de ses doigts sur le mortier. Saint-Damien allait devenir bientdt un foyer feminin de retour a Dieu, une cellule de foi ardente, un noyau d'ou germerait, comme avait germe autour de la Portioncule, une immense recolte d'ames ! SSduites par 1'exemple des sreurs Scifi, par leur vie paisible, beaucoup de jeunes lilies d'Assise suivirent la mme voie. Les predications de Francois a saint Rufin achevaient leur cycle dans les cosurs. Un magnifique 61an d'amour jaillissait des collines. d'Ombrie, pour s'etendre peu a peu, rayonner ct>mme une lumiere nouvelle sur les terres d'Europe et les annees a venir.

On n'en trouverait pas d'exemple au cours de tous les siecles. Aucune theorie philosophique de 1'antiquite, aucun mouvement social, aucun mythe religieux n'a suscite un tel revirement moral, ni porte les Stres aussi spontanement vers cette indulgence, cette amitie, qui restent, du point, de vue humain, le plus emouvant aspect de 1'esprit frariciscain.

Les subtilites de 1'intelligence et toutes les formes de la raison s'effacent devant ce simple miracle de 1'amour. Ge que n'avaient pu faire en son lemps les exhortations pontificates, ni les appels des cites, Frangois, par le seul rayonnement de sa foi, va le realiser. Autour de lui, I'homme cesse enfin d'etre un ennemi pour Thomme. Ce loup de Gubbio dont la legende nous dit qu'il arrMa les ravages, il semble bien qu'il ait visage humain. Des le debut de son apostolat, Frangois a fait r6gner la paix ; maintenant il suscite 1'amour.

154 SAINT FRANQOIS D'ASSISE

Les etres qui viennent a lui ne.d^posent pas seulement les -biens qui les attachaient au monde. Us laissent aussi leur ambition, leur orgueil, leur amertume, aux pieds du saint. Us ne sont plus que tendresse et pardon. Dociles a robeissa"nce, doux a ceux qui sont durs, prompts a s'abandonner; ils sont comme il convient, devant I'indifiterence ou la m^chancete de leurs semblables, sans colere comme sans rancune. Mais ou trouver chaleur plus vive, amitie plus pure que celles qui les unissent les uns aux autres? Ils sont vraiment des freres , lis par une affection dont maints episodes nous permettent de mesurer la ferveur.

Est-il besoin de rappeler, apres tant d'autres, ces tableautins exquis, detaches de la L&gende Doree, des Fioretti, du Miroir de frere Leon ou nous voyons Frangois partager des raisins avec un frere malade qui en avait besoin, mais craignait en les mangeant seul d'etre accuse de gourmandise ; Ou le frere Ricerius, qui se croyait moins aime de son maltre que ses camarades, regut de Frangois 1'assurance de son erreur ; ou le bon Junipere alia couper la patte d'un cochon pour 1'offrir a un frere malade qui en manifestait le desir ?

C'est au travers de tant ^'anecdotes touchantes que nous parvienrient les temoignages de cette affection franciscaine, faite de confiance reciproque, d'un sentiment de camaraderie absolument nouveau dans 1'epoque, et auquel ne saurait etre comparee la fraternite d'armes qui se vit parfois dans les camps ou dans les chateaux. Entre les freres, c'est tin devourment, une tendresse tout nouveaux. Celano nous dit avec quels transports les petits pauvres se retrouvaient devant la Portioncule aux retours de leurs voyages. C'etait alors de chastes embrassements, de douces marques de tendresse, de saints baisers, d'affables entretiens, des rires modestes . Frangois y rencontrait ses fideles ; eux-memes venaient se retremper a sa parole et a son exemple ; ils se reyoyaient comme de vrais freres apres une longue absence. Ils etaient bien d'une meme famille spirituelle. Les liens de sang sont-ils plus forts que ceux de

CLAIRE du L'ELAN D' AMOUR 155

ces ames elues qui se-sont choisies et donnees dans un meme 61an d'amour ? Frangois n'aura garde de rappeler a ses compagnons 1'amitie imituelle qii'ils se doivenl. II 6crira dans la seconde regie : Si une mere nourrit et aime son fils selon la chair, avec combien plus d'affection chacun doit-il aimer et nourrir son frere selon 1'esprit .

Les chapitres de Pentecdte, <jui virent bientdt chaque annee la reunion d'un grand nombre de freres, ont 6te pr6congus par le sentiment d'amitie qui poussait les disciples de Frangois a se'retrouver les uns et les autres sur les lieux ou cette grace particuliere les avait saisis. Apres chacune de leurs randonnees apostoliques, ils rentrent au pays natal comme pour s'y recharger de confiance en leur mission et en eux-memes. Les chapitres gen6raux furent crees pour des necessites d'ordre pratique, mais ils sont nes dans le ccfiurde chacun des mineurs ... .

De tels exemples devaient bien emouvoir, on le devine, les ames des petites sceurs de Saint-Damien toutes fondues dans 1'amour de Dieu. Les memes t6moignages d'affection se rencontrent chez les Clarisses et chez les Franciscains. Claire, raconte Joergensen, -r- ne prenait-elle point la peine de laver elle-meme les pieds des soeurs qui etaient allees mendier pour la communaute, et ne prenait-elle pas le soin de se lever souvent la nuit pour aller voir si quelqu'une des sceurs ne s'Stait point decouverte en dormant et ne risquait point de se refroidir >> ?

La vie des sceurs, aux premiers temps de 1'prdre, etait sensiblement la mfime qile celle des freres. Le vceu de pauvrete y faisait 1'objet d'une egale exigence et le travail venait, la aussi, 1'appuyer. II consistait surtout dans la confection et la broderie des nappes d'autel que Ton envoyait ensuite aux 6glises les plus pauvres des villages de montagne, par les soins des freres.

Des le debut de 1'installation des Clarisses a Saint- Damien, Frangois avait pris 1'engagement, au nom de tous ses freres, de subvenir aux besoins mat^riels de leurs compagnes en J6sus-Christ. Dans une sorte de petite regie ,

156 SAINT FRANQOIS D*ASSISE

redigee sans doute aux premiers jours de Saint-Damien, le Poverello 6crivait : ...Je veux et je promets d'avoir toujours par moi-meme ou par mes freres, pour vous comme pour eux, im soin diligent et une sollicitude particuliere . N'6tait-il pas juste qu'il assurat 1'existence mateYielle de 1'epouse du Christ, dont il s'etait fait le serviteur ? Lorsque, vers 1219, les sreurs furant definitivement cloitrees, ce fut aux freres mineurs qu'il appartint d'aller mendier pour elles. Mais deja, depuis les premiers temps de 1'ordre, Frangois envoyait a Saint-Damien, aux soins des Pauvres Dames , les freres malades et les infirmes iqui trouvaient la bien vile la guerison ou la consolation.

Ainsi des relations de profonde amiti6 unirent bientot les freres et les soeurs. La belle- liberte qui ne cessait d'6pandre ses bienfaits sur les petits pauvres , guidait aussi ces rapports dont, a aucun moment, 1'histoire ne nous laisse entendre qu'elle ait pu laisser paraJtre la moindre licence, ternir, si peu que ce fut, 1'exquise purete. C'etajt, en verite une sorte de camaraderie batie sur une confiance qui avait pour exemple celle-la mgme qui unissait Frangois a Claire.

Tant qu'il vivra, le Poverello veillera sur son amie avec sollicitude. A maintes reprises il devra moderer 1'ardeur de son zele, d^fendre contre une excessive rigueur ce corps offert a Dieu. II fallut lui interdire les jeunes trop frequents, la contraindre a remplacer par une paillasse les sarments de vigne sflr lesquels elle dormait, et de mettre sous sa tete un autre sac de paille ou de foin, au lieu de la buche qui lui tenait lieu d'oreiller (1) . - .

De iels faits laissent supposer ce qu'il y a de dogmatique dans certain passage de la Vita Secunda de Celano, dicte pour des fins edifiantes, assurant qu'il faut fuir la frequentation des femmes comme un principe de corruption .. Mais sans doute celles qui etaient venues a Dieu

(I) M; Beaufretoin : Saint 'Ffangois d'Assise.

CLAIRE ou L'ELAN D' AMOUR 157

n'etaient-elles plus pour Frangois et ses compagnons que des ames nues.

Dans les premiers temps de Saint-Damien, Frangois se remlait frequemment chez les soeurs pour leur precher la penitence, 1'obeissance, les rappeler a leurs vceiix, ou s'entretenir amicalement avec Claire. Peu a peu cependant, pour ne point ceder au plaisir qu'il eprouvait de ces visites, Frangois les fit moins frequentes. D craignait, malgre la surete de son cceur, que 1'amitie, radmjration que lui vouaient Claire et 'ses compagnes ne fussent une part d'amour derobee a Dieu. II voulut par humilite s'y soustraire. Ce ne fut point sans reproches de la part des soeurs, ni de celle des freres qui vbyaient dans Fattitude de Fran- Qois une durete immeritee envers leurs compagnes. Sur leurs instances, Frangois vint pre*cher aux Glarisses. Ce jour-la, dessinant autour de lui un cercle de cendres, il en jeta le reste sur sa tete et recita le Miserere, psaume de la penitence.

Lorsque, plus tard, le pape Gregoire IX voulut interdire aux Franciscains de precher a Saint-Damien, Claire pretendit aussi r envoy er les freres qui devaient assurer la subsistance des sreurs.

Si nous pouvons nous priver de pain spirituel, declara sainte Claire, nous pouvons bien aussi nous passer de celui du corps.

Devant une telle logique, le pape dut revenir' sur sa decision. Les freres continuerent d'apporter aux Clarisses leur amitie, le reconfort de leurs exhortations. Souvent meme ils ramenaient de 'leurs voyages dans la Peninsule une jeune fille conquise par 'la grace et la conduisaient a Saint-Damien. D'autres freres, qui furent nomm^s les <( Zelateurs des Pauvres Dames >>, furent charges par Francois d'assurer les gros travaux du couyent des Clarisses. Ils se . construisirent, non loin de la chapelle, des huttes de branchages comme celles de la Portioncule. L'ordre frariciscain reunissait hommes et femmes dans le meme

158 SAINT FRANgOIS D'ASSISE

sentiment d'amitie, dans un commun desir de servir Dieu, par la pauvrete, la chastete et 1'obeissance.

De tous les lieux temoiris de 1'aventure franciscaine. Saint-Damien est le seul qui semble avoir garde a peu pres le caractere de ses origines. On y voit encore aujourd'hui, sous les vieux murs et les voutes en ogives, le refectoire des sceurs, la salle ou mourut sainte Claire, et cette terrasse toute parfumee de fieurs qu'on appelle le jardin de Sainte-Claire. De la, la compagne de Francois pouvait voir toute la vallee aux pieds d'Assise, et la forqt qui s'etendait derriere la Portioncule ou vivait Frangois, quand il cessait pour quelques semaines de parcourir les chemins d'Ombrie. Elle devait souvent se souvenir de cette nuit de printemps ou elle s'etait consacree au Seigneur. Elle devait voir tout irradie de lumiere ce petit lot de terre beni de Dieu. ' '

Un jour, elle s'y rendit avec une autre soeur, toutes deux accompagn6es par quelques freres. Cedant a une vieille priere de Claire, Frangois avait accepte de partager son repas avec elle, mais il avait demande que ce fut a la Portioncule et non a Saint-Damien, la ou ses vo3ux avaient etc prononces. .- ,

Ce fut pour 1'un et 1'autre une occasion nouvelle de louer le Seigneur, et telle etait 1'ardeur de leur foi qu'un rayonnement extraordinaire semblait soudain jaillir de la Portioncule. C'etait vraiment comme si une grande fiamme se fut allumee, aussi bien dans 1'eglise et le couvent que dans le bois voisin. De telle sorte que les gens d'Assise accoururent precipitamment pour eteindre 1'incendie, car ils eiaient convaincus que tout^tait en flammes (1) .

Cette irradiation, il semble bien qu'elle enveloppe 1'ordre tout entier en ce moment de plenitude. Entre les hesitations, les recherches parifois douloureuses qui les ont precedes, et les lendemains bient6t .amers, la destinee de

(1) Fioreiti, Ch. XV.

CLAIRE OU L'fiLAN D' AMOUR 159

Frangois louche, non point a sa cime, mais a I'instant de son triomphe. Devant le magnifique elan de sa foi, tout s'incline et tout cede.* II a repris ses vagabondages et parcourt les campagnes, vers Foligno, vers Ancdne, vers Rome, vers Florence. A chaque voyage il fait ample moisson. II laisse tout au long de sa route des foyers qui deviendront a leur tour le germe d'autres vocations. Un souffle d'enthousiasme secoue TEurope, avant de s'elancer vers les contrees barbares.

En cette meme annee 1212, qui marqua 1'entree de Claire dans 1'ordre, Frangois fit, au cours d'un sejour a Rome, la connaissance de Dame Giacomo ou Jacopo de Settesoli, femme d'un noble Romain, de la.faniille des Frangipani. Elle etait alors agee de vingt-deux ans, et allait devenir pour Frangois une fidele amie, celle qu'il appela, a cause de son caractere viril, frere Jacqueline . Elle s'etait mariee vers 1210 et avait eu un premier fils. Qiielques semaines apres le deces de son mari, en 1217, un second enfant naquit. Jusqu'a la mort de Frangois, frere Jacqueline demeura avec Claire, sa grande amitie feminine. Aussi pouvait-il dire a T,un de ses compagnons, ainsi que nous le rapporte Thomas de Celano dans sa Vita Secunda : En toute veritS, mon ires cher, je ne pourrais reconnaitre le visage d'aucune femme a 1'exception de deux Je connais les traits d'une telle et d'une telle, mais je n'en connais pas d"autres .

La personnalite 4e Frangois rayonne maintenant sur toutes les provinces d'ltalie. Elle suscite partoiit radmiration. Elle off re une irresistible seduction. Les nombreux voyages de mission entrepris en 1211 et 1212 consacrent la popularite du saint. Les foules suivent ses pas. Des disciples sans cesse plus nombreux se joignent a lui. Et non seulement de pauvres 6tres assoiff^s de justice ou brises par la vie, mais aussi des hommes influents, des intelligences reconnues. C'est a Cortone, Elie' Bombarone <jui devait devenir 1'un des grands noms de 1'ordre ; a Bologne, Jean Parenti, docteur de TUniversite, alors juge a

SAINT FRANgOIS D*ASSISE

Civita-Castellana, Nicolas de Pepoli, autre savant jurists de Bologne.

En Toscane, Frangois visite Florence, Pise. II revient par San-Gimignano, Chiusi et Cetona. A mesure qu'il approche d'Assise, son voyage prend de plus en plus I'allure d'une march e triomphale . Le temps est bien fini ou Ton jetait des pierres au petit pauvre, 6u Ton souillait de boue sa robe de bure. (( Ouand le saint approchait d'une ville, conte Joergensen, toutes les cloches sonnaient : le peuple venait en foule au-devant de lui, avec des palmes dans les mains, et le conduisait, en procession solennelle, jusqu'a la maison du cure de 1'eglise paroissiale chez qui Frangois avait 1'habitude de loger. L&; on lui apportait des pains, pour qu'il les benit, et ces pains eta ient conserves, ensuite, comme des reliques. Et souvent Ton entendait sortir des foules ce cri, d'ailleurs toujours familier au peuple italien : Ecco il santo ! Voici le saint !

Et neanmoins, Renan pourra ecrire justement : Francois traversa une popularite extraordinaire, sans aucun retour d'amour-propre, sans rien perdre* de sa simplicite. II fut en quelque sorte canonise de son vivant par le peuple, et cependant il resta toujours pur .

Parti d'une ame de petite fille, celle de Claire aux premiers jours des predications a Assise, le courant n'a cesse de s'etendre, creusant de plus en plus large et profond. Les voyages de mission nous le montrent emportant vers Frangois, sur la route, des hommes de toutes condir tions, des femmes de tous les ages... II allait, pareil a 1'eclair, dans 1'elan de l'Esprit, ne faisant attention a chemin ni a sentier (1) .

Imagine-t-on cet.homme dans les campagnes de Toscane et d'Ombrie, tete nue, sa robe grise tramant dans la broussaille, son pas leger foulant 1'herbe des pres, le sol dur de la montagne... Hommes et femmes voulaient s'en aller a sa suite, abandonnant leurs maisons .

(!) Fiorelti, Ch. XVI.

CLAIRE ou L'ELAN D' AMOUR 161

Les creatures intelligentes lui sont soumises. Mais les plantes elles-memes semblent lui faire hommage. Les betes les plus craintives viennent vers lui comme vers un ami. A Alviano, il impose silence aux hirondelles qui couvraient sa voix de leurs cris joyeux ; la predication achevee, elles reprennent leur chanson. Pres de Greccio, v un lievre pris au lacet, et remis en liberte sur son ordre, se blottit centre Frangois comme pour lui demander asile. Sur le lac de Reotino, le saint rejette a 1'eau une tanche qu'un pcheur voulait lui offrir, et le poisson ne se decide a s'eloigner de la barque que sur la priere de Frangois.

Le saint pourra chanter plus tard le Cantique des Creatures... Elles ont reconnu en lui 1'elu du Createur. Par la, deja, le miracle entre dans sa vie. C'est une fagon de depasser rhomme que de se faire entendre des oiseaux, de parler aux beHes et de les comprendre. L'impossibilite ou nous en sommes marque a la fois nos limites et notre isolenient. II est moins surprenant de guerir un paralytique que de precher aux hirondelles. Le rapport ne s'6tablit plus sur le meme plan. Pour cela il fallait bien que Dieu eut son roje dans 1'accord qui se fit .tout a coup entre la belle ame de Frangois et ces etres chantahts qui ne sont point faits pour comprendre le langage humain. Mais ils avaient 6t6 saisis sans doute, eux aussi, par 1'elan d'amour qui jetait les foules vers Frangois. Elan d'amour et de reconnaissance vers celui qui, sur les chemins, reconstruisait le nid des tourterelles avec autant de cceur que les murs des eglises. Si le fait en lui-mme apparait logique et simple a la lumiere de la raison superieure, il n'en est pas moins surprenant' sur le plan de nos habitudes. Un pont etait tendu, comme le dit Abel Bonnard, entre deux mondes qui, avant Frangois, s'ignpraient et qui, depuis sa mort, continuent de s'ignorer. II fut l aussi le conciliateur, majs il a emport^ dans la tombe, ou plutdt il a remis a Dieu ce secret, qui n'etait peut-6tre que le privilege d'une ame

pure.

La predication aux oiseaux est sans doute le moment

le plus populaire de toute la I6gende fraiiciscaine. Les poetes et les peintres out brode sur ce theme simple mille variations. Rien n'en peut. mieux prouver le caractere exceptionnel, la forme miraculeuse, que cette favour universelle attachee a un fait a coup sur beaucoup moins important que bien d'autres episodes de la vie de Frangois. II est pourtant tout eelair6 de poesie ; il ne peut se comprendre qu'a la lumiere divine. On sent bien que, dans ce*tte halte dfu Poverello au bord de la route de Bevagna, le Seigneur et le saint se sont fait signe pour nous donner un temoignage gratuit de leur accord. C'est, dans la longue histoire des miracles, parmi les manifestations tangibles de 1'Etre Supreme, comme une fleur pose~e, qui n'a d'autre mission que d'embaumer et de seduire. C'est le miracle du merveilleux.

On aurait scrupule d'en f aire le re"cit, apres tant d'images d'un Frangois b6nissant toute la gent ai!6e, apres tant de pages touchantes de Celano et de ses continuateurs. Relisons celles des.Fioretti qui ont la ferveur et la grace d'une peinture de primitifs. On ne saurait en dire plus simplement 1'exquise noblesse.

... il... parvint a mi-chemin entre Cannara et Bevagna.

Et il apergut la quelques arbres, tout pres de la route, ou perchaient une telle multitude d'oiseaux divers que jamais dans ces regions Ton n'en avait vu un aussi grand nombre. Et une foule enorme d'oiseaux se tenaient 6galement dans le cbamp, a cdt6 des arbres susdits.

Et saint Frangois, ayant vu cette multitude et s'cn etant 6merveille, fut rempli de 1'Esprit de Dieu, et iTdit a ses compagnons : Attendez-moi ici, -sur le chemin, pendant que je vais aller pp^cher a nos freres, les petits oiseaux ! Et il, entra dans le cbamp, s'avangant vers les oiseaux qui se tenaient a terre .

Et a-peine eut-il commence de precher, que tous les oiseaux perches sur les arbres en descendirent, et, tout de meme que ceux du champ, resterent immobiles, cependant

CLAIRE of L'ELAN D'AI^OUR 163

que le saint allait parmi eux, en louchant plusieurs de sa tunique.

Et aucun d'eux ne bougeait si peu que ce fut ; ainsi queTa raconte le frere Jacques de Massa, homme tres saint, qui tenait tous les details susdits de la bouche m&ne du frere Masseo, c'est-a-dire de Tun de ceux qui se trouVaient alors accompagner le saint pere,

' Et saint Francois dit a ces oiseaux : Bien des liens nous altachent a Dieu, mes pelils freres les oiseaux ; et toiijours et parlout vous avez'te devoir de le louer a cause de cette Kbert6 de vdler en tous lieux qui vous appartient, et a cause de votre robe double et triple, et a cause de votre plumage merveilleusement peint et orrie.

<( Et a cause de votre nourriture qui vous est fournie sans travail, et a cause du chant qui vous a 6te enseigne par le Createur, et a cause de votre nombre multipli6 par la benediction divine, et a cause de votre semence que Dieu a jadis conservee dans 1'Arche, et a cause de la maniere clont vous a etc livre 1'element de 1'air.

Car vous ne semez, ni ne moissonnez, et Dieu vous nourrit ; et il vous a donn6 des. rivieres et des sources pour y boire, et des 'montagnes et des collines et des rochers pour y trouver refuge, et des arbres eleves pour y construire vos nids ; et bien que vous ne sachiez ni filer, hi coudre, c'est Dieu qui vous fournitj aussi bien qu'a vos enfants, le vehement necessaire.

D'ou vous poiiveE voir que votre Createur vous aime beaucoup, qui vous a a'ccorde tant de bienfaits. Et e'est pourquoi prenez garde, mes freres les petits oiseaux, de ne pas vous montrer ingrats, mais appliquez-vous toujours a louer Dieu ! ,.

Et, en entendaiit ces paroles du tres saint pere, tous ces oiseaux commencerent & ouvrir leurs bees, a etendre leurs ailes ainsi que leurs cols, el a baisser devotement leurs tdtes jusqu'a terre, el a prouver, par leurs chants et leurs mouvements, que les paroles que leur avaient dites sainl Frangois leur plaisaienl infmimentj

Et saint Frangois, de son cole, en voyant ce prodige, exullait merveilleusemenl en esprit el admirait une telle multitude d'oiseaux avec la variele charmante de leurs aspects, comme aussi leur affection, et leur familiarite pleine de concorde.

El en consequence de toul eela, il louail en eux 1'admirable Createur, et doucemenl les invilail eux-memes a le louer avec lui.

PuiSj lorsqu'ii cut acheve sa predication el celle exhorlation a la louange de Dieu, il fil sur lous ces oiseaux le signe de Ifi croix et leur donna licence ;de s'eloigner, en les exhorlanl encore inslamment a la louange de Dieu.

Et alors tous ces oiseaux, d'un seul mouvement, s'eleverenl dans les airs, et la, tous ensemble, ils firenl enlendre

un grand chant merveilleux ; et puis, ayant fini ce chanl, suivanl la croix que leur avail faite le sainl-pere, ils se reparlirenl uniformemenl el se rangerenl en qualre groupes.

El chaque groupe, s'elevanl au plus haul des airs avec un chant merveilleux, se dirigea vers 1'une des quatre parlies de 1'horizon, 1'un vers 1'orienl, 1'aulre vers 1'occidenl, un troisieme vers le m'idi, et un quatrieme vers 1'aquilon...

...monlranl par la que, de meme qu'ils avaienl enlendu la predication de saint Frangois, ~ qui plus lard devail porler sur soi les signes de la sainle croix, de meme ils se divisaienl en maniere de croix, el, suivanl celle maniere cruciforme, volaienl en chanlanl aux quatre coins du monde...

...en donnanl a ehlendre que la predicalion de la croix, renouvelee par le Ires sainl pere, allail elre porlee a Iravers le monde enlier par ses freres, qui, pareils aux oiseaux, ne possedent sur lerre rien qui leur soil propre, el s'en remetlenl de toul a la seule Providence de Dieu.

Celle predication est un hymne de reconnaissance : Car vous ne semez, ni ne moisonnez el Dieu vous nourril;

CLAIRE ou L'ELAN D'AMOUR

et il vous a donne des rivieres et des sources- pour y boire, et des montagnes et des collines et des rochers pour y trouver refuge, et des arbres Sieves pour y construire vos nids. Et centre tant de bienfaits, pas d'autre mission que celle de chanter dans le matin, de peupler le jour de milje cris jojreux. Fratigois pensait que ses compagnons 6taient aussi et lui-meme avec eux tels des petits oiseaux... Nous sommes les chanteurs de Dieu. Et, comme eux, ils n'ont souci, ni devoir, de Semer ni de recolter, mais de chanter et de prier et la priere n'est-elle pas un chant ? pour elev^r le cceur des hommes et 1'amener a la joie spirituelle .

Page 1