LE CANTIQUE DES CREATURES
Loue sois-tu; Seigneur, pour noire
[sceur la Aforf (Cantique des Creatures) ...car elle sera pour moila porte de la
[vie.
(Francois, cit6 par Celano.)
Desormais Francois ne sera plus sur terre qu'un messager dont la tache est accomplie. II attend le signe par lequel il pourra rejoindre Celui dont il fut 1 'envoy e. Et pourtant ces deux annees sont pleines d'une action incessante. II a ; vagabonde, mourant, exactement comme il avail vagabonde vivant , remarque Chesterton. II va revoir comme en pelerinage tous les lieux ou s'est deroulee sa courte vie, si bien remp'lie. Mais les verra-t-il encore? Ses yeux vont se fermer a demi aux choses visibles, et son ame est deja ailleurs.
De 1'Alverne, Frangois se fit conduire au chateau de Chiusi, chez le comte Roland a qui il voulait aussi dire adieu et merci. Puis, raconte Joergensen, il franchit, toujours en compagnie de Leon, le torrent de Rasina et prit le chemin qui traverse les monts Arcoppe, Foresto, et Casella. Parvenu au sommet du mont Casella d'ou, pour la derniere fois, il pouvait apercevoir 1'Alverne dans le
lointain, Frangois fit arreter son ane, descendit et s'agenouilla. Le regard dirige sur ce mont beni qui, a 1'horizon, elevait sa cime parmi les lourds nuages d'automne, il fit un grand signe de croix et cria un dernier adieu, un dernier remerciement et une derniere benediction :
Adieu, montagne divine, montagne sainte ! Adieu, mont Alverne, que Dieu le Pere et Dieu le Fils, et Dieu le Saint-Esprit te benissent ! Vis en paix ; mais moi, jamais plus je ne te reverrai.
Les campagnes voisines attendaient 1'arrivee du saint. De nouveau, et plus encore qu'au temps des predications evangeliques, la foule se pressait au-devant de Frangois, s'elangait a sa rencontre. Les femmes voulaient toucher sa robe, baiser ses mains ; les meres tendaient vers lui leurs enfants malades, des corteges lui faisaient fete, balangant sur son passage des rameaux d'olivier comme on le fit naguere pour Jesus...
Voici le saint ! Voici le saint 1 Ce retour etait une marche triomphale. Et pourtantj nous disent les Fioretti, il ne sentait absolument rien de ce qui se faisait ou disait autour de lui, a la maniere d'une personne insensible .
Peu apres avoir traverse San-Sepolcro-de-Borgo, il s'informa si Ton y parviendrait bientdt. Car, en verite, son ame, toute rayie dans la contemplation des choses celestes, n'avait pergu aucune chose terrestre, ni la diversite des lieux, ni celle des temps, ni celle des personnes qui etaient accourues au-devant de lui (1) .
Frangois faisait deja partie d'un monde qui n'est plus le ndtre. A maintes reprises, desormais, il nous echappera. Le privilege de guerir-'-lu? est accorde. Sur ses pas,, la ferveur populaire fait jaillir les miracles. Son voyage en est retarded A Citta-di-Castella, il sejourne tout un mois, retenu par les habitants. Ce ne'fut qu'apres la Toussaint qu'il put franchir les Apennins, toujburs accompagne du fidele L6on et d'un paysan qui conduisait 1'ane. La neige
(1) Ouatri&me Consideration dsss Saints- Stigtnates.