LE CANTIQUE DES CREATURES
son manteau, etait en disaccord avec le podestat. On parlait d'excommunication... Une fois encore, dans son propre pays, il allait etre donne a. Frangois de ramener la paix entre deux ames. II fit convoquer aii palais I'eveque et le podestat, en presence de quelques freres, et quand tout le monde fut assemble, deux d'entre eux s'avancerent sur I'ordre de Frangois et ^ntonnerent le Cantique du Soleil... '
Le chant s'achevait a peine que le podestat se jetait aux pieds de I'eveque, tandis que celui-ci reconnaissait ses torts . e.t sa eolere. Que le Seigneur vous donne la paix ! Cette parole du premier jour est aussi ce'lle du dernier. Maintenant, le terme approche. Frangois consulte le m6decin qui le soigne. En a-t-il vraiment besoin? N'a-t-il pas entendu 1'avertissement de Dieu ? Alors, comme il a vecu en chantant, ainsi veut-il mourir. ! Au Cantique des Creatures, il ajoute une derniere strophe :
Loue sois-tu, Seigneur, pour noire sceur la mort corporelle, A qui nul homme vivant ne pent echapper I Malheureux seulement ceux qui meurent en peche mortel, Mais bienheureux ceux qui ont accompli tes tres saintes
[volontes, Car la seconde mort ne pourra leur jaire aucun mat /..-.
Get hymne a la mort est encore un chant de joie. Dans le palais Episcopal, Frangois a demande que frere Leon ou frere Ange se tinssent toujours aupres de lui afin de lui chanter le Cantique du Soleil. Lui-meme entonne, quand il le peut encore, son chant de reconnaissance et de reconciliation. A tel point, dit-on, que frere Elie, toujours soucieux de I'etiquette, lui fit reproche d'une conduite qui lui semblait peu en rapport avec la gravite d'un tel moment.
Par la grace du Saint-Esprit, repondit Frangois, je me sens si profondement uni a mon Seigneur et Dieu, que je ne puis m'emp&cher de me rejouir en lui et de le celebrer joyeusement ! Frangois est redevenu, comme aux
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premiers jours, le jongleur de Dieu. II entrera au domaine eternel une chanson aux levres, et pressant centre soi cette viole invisible dont il a si souvent accompagne ses chants...
Lone, sois-tu, Seigneur, pour noire sceur la mort...
Le voici, maintenant, qui va vers elle. II n'acceptera pas de mourir dans un palais, lui qui a vecu dans des cabanes de boue sechee et sur la poussiere des'chemins. S'il ne put eviter que les sentinelles 1'y suivissent, au moins il ob'tint d'etre transporte a la Portioncule. Sur ce lopin de terre qui avait ete le berceau de sa mission, il fallait qu'il revint mourir. La d'ou il s'etait elance plein de feu, un matin d'avril apres la messe d'aube, il revenait s'etendre a jamais, gisant a la face cbi ciel.
Escorte ,d'une foule immense, le tragique cortege quitta le palais, passa sous la Portaccia et, par les remparts, atteignit 1'hopital des lepreux. La, Frangois demanda que Ton fit une halte. On posa a terre le brancard sur lequel reposait le mourant. Le regard a demi eteint, mais le visage tourne vers Assise , Frangois considera une derniere fois la ville aimee. II n'avait pas besoin des yeux du corps pour voir devant lui ses vieux murs d'ocre, ses maisons groupees autour de Saint-Rufin et de Sainte-Marie de la Mineure et, au dela, les pentes baignees de soleil de la montagne. II les voyait a jamais gravees en lui-meme.
Quand le cortege se remit en marche, Frangois emportait cette vision derniere. II fut depose dans une pauvre cabane de la Portioncule, derriere la" chapelle, et la, vraiment semblable a lui-meme, fidele a son ideal, il attendit la mort. II lui restait une derniere tache a accomplir, une derniere joie a recevoir : dieter son testament a ses heritiers, tous les freres mineurs presents et a venir ; trouver dans 1'affection de frere Jacqueline, une main amie, une main de femme pour lui fermer les yeux.
Le testament dicte sur son lit de mort est a la fois 1'image et le resume de sa vie ; c'est 1'exemple qu'il laisse