‹ St. François de BorgiaChapitre 11 sur 38 · SARAGOSSE ET TORDESILLAS · texte numérisé non relu

SARAGOSSE ET TORDESILLAS

Cette décision allait, pour toujours, séparer François de sa sœur Louise, le seul vivant souvenir qu^il gardât de Gandie. Louise avait alors trois ans. De ses frères, elle n'avait connu que l'aîné, et, au cours de sa vie, elle conserva pour lui une admiration, qui devint un culte, quand François eut, bien qu'après elle, pris son parti de devenir parfait.

François s'achemina donc vers la Castille, et Louise se rendit à San Lucar de Barrameda, chez la sœur de sa mère, la duchesse de Medina-Sidonia. La duchesse adopta Louise, l'éleva, la dota, et, en i54o, l'unit à don Martin de Gurrea, comte de Ribargoza, plus tard duc de Villahermosa.

L'infante Catherine garda, pendant trois ans, François à son service. Eu iSaS, elle dut se rendre en Portugal pour épouser le roi Jean IIL Le duc de Gandie ne voulait pas que son fils quittât l'Espagne. A regret, l'infante se sépara de son menin.

Privée de sa fille, l'infortunée veuve de Philippe le Beau vécut encore trente ans dans son triste palais. Les pages s'étaient, sans doute, raconté souvent l'histoire de la pauvre reine claquemurée. François ne se doutait pas, en quittant Tordesillas, qu'il y reviendrait, un jour, calmer les terreurs et sanctifier l'agonie de l'auguste et malheureuse captive.

Il reprit donc le chemin de Saragosse. Il avait quinze ans. Son oncle, heureux de le retrouver grandi et aflSné, le confia à un ancien professeur du collège de Montaigu, le docteur Gaspard de Lax, qui, pendant deux ans, lui fit, deux fois par jour, un

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cours de philosophie. Pour mieux stimuler sou neveu, Tarchevêque lui donna des compagnons d'études, et François, déjà fort lettré, prit à cœur de devenir dialecticien et philosophe.

Sa vertu, à cette époque, courut de graves périls. Ils venaient de son âge, de sa vigoureuse corn* plexion, des exemples et des délices qui l'entouraient, surtout des conseils pervers de ses serviteurs et de ses amis. Si la société d'alors était si indulgente aux faiblesses des gens d'Église, que n'eût-elle pas permis à un beau jeune homme opulent, qui s'appelait Borgia ? L'archevêque n'était-il pas le premier à s'inquiéter des tendances trop pieuses de son neveu! Aussi bien, fallait-il assurer sa fortune et lui ouvrir la cour de l'empereur. En 1527, Charles-Quint triomphait : Pavie datait de deux ans; le prince héritier, Philippe, venait au monde le 21 mai, le même mois, l'armée de Bourbon marchait au sac de Rome. Aucun nuage ne voilait l'horizon radieux de l'Espagne, et la splendeur de la cour de Valladolie répondait à la fortune du maître. C'était un beau décor pour une entrée en scène. Le duc de Gandie était un des vingt seigneurs d'Espagne auxquels, en i520, Charles-Quint avait reconnu la première grandesse et le titre de cousin du roi. Seigneur terrien, il ne sortait jamais de ses Etats, et ne goûtait aucunement la vie de cour. François, au contraire, revenu de Saragosse à Gandie, s'y ennuyait; l'idée d'aller servir l'empereur lui souriait très fort. Son

LA COUR. Il

père le lui permit, et, le 8 février i528, l'envoya à Valladolid.

En s'y rendant, François passa par Alcalâ de Hénarès. Un jour, dans la grande rue d'AIcalà, s'avançant à cheval, brillamment entouré d'amis et de serviteurs, il croisa un pauvre homme que des officiers de Tlnquisition entraînaient en prison. Frappé de son grand air, touché de son malheur, François s'arrêta à le contempler. Un docteur de l'Université, qui, par hasard, se trouvait dans la rue, fut surpris du regard ému de l'adolescent. Le prisonnier était Ignace de Loyola, en butte aux tracasseries du Saint-Office. Plus tard, François de Borgia et le docteur devinrent, tous deux, les disciples et les fils du condamné, et, dans sa vieillesse, le docteur aimait à raconter quelle fut la première rencontre de saint Ignace et de saint François.

Charles-Quint et l'impératrice Isabelle accueillirent François de Borgia moins en sujet qu'en parent. François avait dix-sept ans; il était grand, très distingué et très beau. Il aimait lesdievaux et la chasse. Son équipage fut toujours superbe. Après l'empereur, auquel évidemment les courtisans laissaient, en tout, le premier rang, Borgia passa bientôt pour le meilleur cavalier. Encore estimait*on que, si l'empereur montait le mieux à l'allemande, le nouveau venu se servait, avec plus d'aisance, des courts étriers arabes. Il triomphait aux tournois et

aux joules, cueillait la bague avec une grâce suprême. De tels succès, en tel lieu, étaient capables de griser un jeune homme entièrement maître de ses actions. Mais, nu)t charmes de son commerce, François joignait une telle rigidité de mœurs, qu'aucune calomme ne l'effleura jamais. Point d'étrangeté : quelques communions par an, ce qui clait alors la mesure ordinaire. Il différait pourtant des autres courtisans, et sa réserve lui attirait tous les respects. Charles- Quint, dès lors, l'aima d'une affection qui ne se démentit jamais, et que Borgia reconnut par un culte auquel il fut toujours fidèle.

En iSag, l'empereur allait se faire couronner à Bologne par Clément VII. Avant son départ, l'impératrice lui demanda de marier Eléonore de Castro, une amie d'enfance et la plus chère de ses demoiselles d'honneur. Eléonore était Portugaise, fille de don Alvaro de Castro et de doua Isabelle de Barreto y Mello. Tout enfant, elle était entrée, avec sa sœur Jeanne, au service de rinfante de Portugal, qui, en i5a6, avait emmené les deux sœurs en Espagne. rtini-lM-Ouini permit à l'impératrice de choisir, égée, le fiancé qui lui plairait. Dona ma aussitôt François de Borgia, L'empeféré un Castillan. Il connaissait les susiragonaises, et craignait que le duc de -efusat, pour son fils, l'alliance d'une l'impératrice insistant, Charles ordonna de ses commandements, don Francisco , d'expédier à Gandie un messager, por-

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