‹ St. François de BorgiaChapitre 23 sur 38 · Le voyage en Portugal. — Le cardinalat · texte numérisé non relu

Le voyage en Portugal. — Le cardinalat

Saint Ignace regrettait qu'on eût naguère arrêté Borgia sur le chemin du Portugal, et tous ceux qui voulaient du bien à la Compagnie, en ce royaume, appelaient, de leurs vœux, la venue de l'ange pacificateur. Le roi lui-même le pressait d'arriver. Après avoir, pendant huit mois, évangéHsé la Castille, le 23 août i553 François parvenait à Coïmbre; le 3 1 il était à Lisbonne. Aussitôt, le roi, la reine.

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les infaDtes, dépêchèrent des officiers pour prendre de ses nouvelles.

Le 3 septembre, François était mande au palais. A sa vue, le roi et la reine se lèvent, vont à lui, et, contre tout usage, le roi se découvre. François écarte le siège qui lui est présenté, et pendant toute l'audience, il reste à genoux. Il était un peu sourd, disait-il, et, a genoux, il entendrait mieux la reine. Il est impossible, qu'à cette heure, le souvenir de leurs anciennes injustices n'ait pas été présent à la pensée des deux souverains. Voilà donc le majordome, si obstinément écarté! Quelle erreur c'avait été, mais comme Dieu en avait tiré parti! A présent, le grand d'Espagne n'existait plus, ni l'homme qu'ils avaient affligé. Un saint leur apparaissait, plus grand qu'eux. Il était agenouillé. <t Je ne puis souffrir, s'écria Jean III, de vous voir ainsi »; et il fit conduire François chez sa belle-fille, la princesse Jeanne, les infantes ses sœurs, et son frère l'infant don Luiz.

Chaque jour, la reine, la princesse, les infantes envoyaient, chacune de leur côté, un repas tout préparé au P. François, qui ne faisait honneur qu'à un ou deux plats de la table commune. Le premier médecin de la cour eut ordre de le visiter, et les tapissiers du palais d'attacher des rideaux à son lit. Un soir, la reine apprend que le Père a heurté, du front, contre une porte. Elle lui envoie son médecin, et un léger bonnet de lin. « Enfin, écrivait le compagnon du Père, émerveillé, Leurs Altesses le traitent comme s'il était leur propre fils. »

De telles faveurs sont débilitantes, et les âmes les plus fermes se laissent gagner par leur charme subtil. Aussi, François mandait-il à saint Ignace de prier « pour qu'il ne gardât rien des poussières d'Egypte ». Aucun honneur n'altérait, du reste, son invincible humilité ; il n'allait au palais que sur une invitation expresse et à pieds, et, quand le roi le cherchait, on le trouvait, souvent, dans les cuisines, causant avec les derniers serviteurs.

François retrouvait, à Lisbonne, la princesse Jeanne de Castille, mariée au prince héritier, et se plaisant fort peu en Portugal. Elle reprit vie à l'aspect du saint. L'année précédente, à Toro, François l'avait guérie de la passion du jeu. Elle exigea, qu'en dédommagement, il lui composât un jeu des vertus. François se plia à ce caprice, et son jeu devint de mode à la cour.

Mais, composer des jeux innocents était le moindre souci de l'apôtre ; à toutes les âmes et à tous les auditoires, il prêchait les solides vertus. Sinion Rodriguez avait enfin quitté Lisbonne ; après son départ, le P. Nadal était venu promulguer, en Portugal, les constitutions de l'ordre nouvellement achevées. Par sa discrète influence et son exemple, Borgia allait faciliter l'œuvre de Nadal et répafer celle de Rodriguez.

Le premier dimanche d'octobre, en présence du roi, on inaugura la nouvelle église de la maison professe de Lisbonne. A cette occasion, trois profès, deux coadjuteurs spirituels et deux novices, pronon-

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cèrent leurs vœux ; deux postulants demandèreut et reçurent Tbabit de la Compagnie. Un des profès était le futur martyr du Monomotapa, Gonzalve de Silveyra; un des coadjuteurs, le grand apôtre du Brésil, François Vieyra. Borgia expliqua éloquemment Tinstitut de la Compagnie, et, par cette apologie, dissipa ce qui restait encore, à Lisbonne, de fâcheuses préventions.

Nadal pouvait écrire, deux mois plus tard : « C'est une bénédiction que la bonté, l'humilité, l'édification et l'efficacité, en toute affaire spirituelle, de ce bon P. François. Il m'a aidé au delà de toute expression. Réellement, le Seigneur a opéré par lui tout le bien qui s'est fait ici, en ma présence, et qui s'est opéré ensuite, et cela, à cause du grand respect et de la vénération qu'il inspire à Leurs Altesses. »

Le 3 octobre, François, comblé de bénédictions, partait pour Évora. Le i8, il était à Cordoue, où de généreux bienfaiteurs fondaient un collège de la Compagnie. On prit possession du collège le 2 5 novembre, et François commença, le premier, à expliquer le catéchisme aux enfants et à leur enseigner la grammaire.

Il projetait de passer l'hiver en Andalousie, d'aller ensuite, pour obéir à saint Ignace, visiter sa sœur, à Saragosse, et de ne rentrer à Onate que l'été suivant. Mais, le 2 janvier i554, éclatait, à Valence, entre ses frères et des familles rivales, une rixe qui allait lui fermer le royaume d'Aragon, et lui attirer même de redoutables inimitiés.

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Le 27 février, un fils du duc de Segorbe, vice-roi de Valence, était abattu d'un coup d'arquebuse. Ce meurtre était une vengeance des Borgia, irrités qu'un de leurs serviteurs eût été pendu, en punition d'un précédent assassinat. Des luttes s'ensuivirent, qui divisèrent la noblesse de Valence, et mirent les Borgia au ban du royaume. Diego et Philippe de Borgia, compromis dans le meurtre du 27 février, furent épargnés pendant huit ans, grâce, sans doute, au crédit dont jouissait alors leur frère aîné, François, Tardive, mais terrible, la justice royale atteindra plus tard Diego.

François subit le contre-coup de ces violences. En i554, sur une route de Castille, il fut, un jour, rejoint par deux cavaliers masqués, qui le supplièrent de ne plus cheminer sans défense, au risque d'être atteint par les nombreux ennemis des Borgia. François les remercia, mais déclara, que, n'ayant fait de tort à personne, il ne craignait que Dieu, et ne se défendrait jamais. Il comptait que les ennemis de la maison étaient, malgré tout, gentilshommes et chrétiens, et qu'ils ne se déshonoreraient pas en assassinant un religieux désarmé.

Aussi bien, un autre danger menaçait, à cette époque, François de Borgia, Le 3o mars i552, Charles-Quint l'avait proposé pour la pourpre. Jules III accueillit, avec joie, la demande de l'empereur, et il chargea son nonce en Espagne, le cardinal Jean

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Poggio, d'avertir Borgia de ses desseins. Une dignité ne pouvait séduire François, mais, en dépit de ses répugnances, sa conscience scrupuleuse semble avoir été inquiétée par la crainte de désobéir à un désir du pape. Saint Ignace lui-même s'était bien demandé s'il convenait de s'opposer à ce désir, et ce n'est qu'après trois jours d'hésitations et de prières, qu'il avait résolu d'y résister. Le saint fondateur parvint alors a écarter le chapeau de la tète de Borgia, mais, deux ans plus tard, à la prière de Charles-Quint et du prince Philippe, Jules III revint à son idée, et le bruit se répandit en Espagne et à Rome que François acceptait le cardinalat. Il paraît bien que sa conscience fut encore partagée entre la répugnance pour les honneurs, et la crainte de désobéir, lui, profès, à la volonté du pape. Des prières émues, qui lui furent adressées pour qu'il n'acceptât point le chapeau, il paraît ressortir qu'il ne s'était pas cru le droit de refuser. Saint Ignace, cette fois encore, le tira de son doute. Aux vœux substantiels et solennels de religion, les profès de la Compagnie ajoutent des vœux simples, par lesquels ils s'engagent à n'accepter de dignités ecclésiastiques, que sur l'ordre formel du pape. Borgia, en i548, n'avait point émis ces vœux. Saint Ignace lui ordonna de les prononcer. Le 22 août i554» François en transmit la formule écrite. Il conjura ensuite le prince Philippe, alors roi d'Angleterre, de ne plus renouveler ses instances. Dès lors, les menaces du cardinalat, souvent répétées, ne le troubleront guère. Il savait que, seul, un

ordre du pape pourrait l'obliger. Pie IV et Pie V Taimaient trop, pour lui imposer une dignité qui Feût désolé. Grégoire XIII, en 157a, paraissait décidé à vaincre toutes les résistances du saint; la mort affranchit alors François.

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