‹ St. François de BorgiaChapitre 28 sur 38 · I . V élection · texte numérisé non relu

I . V élection

De quelque temps, il ne fallait évidemment pas songer à confier à Borgia la charge d'Assistant d'Espagne. Aussi bien, n'aspirait-il qu'à se retirer à Lorette, pour y vivre dans le recueillement. Dieu, pourtant, n'avait permis la grande épreuve dont François sortait meurtri, mais purifié, que pour l'attirer sur un théâtre, pour lui confier un rôle encore plus dignes de lui. Les orages ont leur fonction providentielle. Sans sa disgrâce de i543, le duc de Gandie fût-il devenu religieux? Sans l'épreuve qui l'amenait en Italie, eût-il rempli le rôle qui l'attendait? « Nous aurons soin de votre personne et de vos intérêts, lui avait déclaré le pape Pie IV. Nous y sommes obligés à cause du grand exemple que vous avez donné au monde à notre époque. » La curiosité, puis la vénération entourèrent bientôt Borgia. Pendant le carême de i563, il prêcha, deux fois par semaine, à l'église de Santiago des Espagnols, devant l'auditoire le plus illustre et le plus

empressé. Les cardinaux Othon Tnislies, archevêque d'Augsbourg, Stanislas Hozius, évéque de TErmeland, Alexandre Farnèse, lui vouèrent, dès lors, la plus sincère amitié. Deux hommes, surtout, se réjouirent de sa venue : Michel Ghisleri, le futur pape Pie V, et Charles Borromée. Le cardinal Borromée, ordonné prêtre en i563, voulut célébrer sa seconde messe à Tautel où Borgia la disait tous les jours, où saint Ignace était si souvent monté, et, cette année même, touché surtout par les entretiens du P. J.-B. de Ribera, mais aussi par l'exemple de Borgia, il se détermina à devenir un saint.

A l'automne de 1062, le P. Laynez était appelé de France à Trente, pour la dernière reprise du concile, et le P. Salmeron, Vicaire de la Compagnie, en l'absence de Laynez étant, lui aussi, convoqué à Trente, sa charge échut à François de Borgia. Sitôt repris par des soucis dont il se croyait à jamais délivré, Borgia visita les maisons de Rome, attisant partout la ferveur et le zèle de ses frères. Le 12 janvier 1064, Laynez rentrait à Rome, et, le 16 février, il nommait décidément François de Borgia Assistant d'Espagne et de Portugal. Pendant un an, le nouvel Assistant allait, à l'école de Laynez, se parfaire dans l'art de gouverner, et apprendre ce qu'il ignorait -encore des différentes provinces de la Compagnie.

Désireux d'obéir le premier aux prescriptions du concile. Pie IV, en i564, fonda un séminaire, et en voulut confier la direction aux Jésuites. Des cardinaux lui demandaient aussi d'employer ces religieux à la

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visite des paroisses et à rexamen des ordinands. Cet ensemble de faveurs excita d'inévitables jalousies, et le pape Pie IV, ayant été lui-même ému, plus que de raison, de la « conversion » de son neveu Charles Borromée, les envieux crurent avoir partie gagnée. Ils se trompaient. Pie IV revint bientôt de sa mauvaise humeur, et il mantint sa décision de confier son séminaire aux Jésuites.

Mais des travaux excessifs avaient épuisé Jacques Laynez, et cette dernière tourmente, le trouvant à bout de forces, Tacheva. Il mourut le 19 janvier i565, sans avoir voulu désigner de Vicaire, se conteiitant, pendant son agonie, de regarder longuement François de Borgia. Le lendemain, François était élu Vicaire général de la Compagnie.

Afin de porter moins longtemps cette charge, il convoqua, pour le 21 juin, la congrégation qui devait élire le successeur de Laynez, et lui-même mit tout en œuvre pour la préparer. Les maisons de Rome suffisaient à peine à entretenir leurs trois cents habitants. Pour couvrir les frais qu'entraînerait la réception de nouveaux hôtes, François s'adressa à ses amis d'Espagne et de Portugal. Il tendit la main humblement, et personne ne sut, peut-être, à Rome, à quelle initiative courageuse on dut, cette année-là, le pain de tous les jours.

A la date indiquée, tout était prêt. Le 28 juin, François alla demander à Pie IV de bénir la congrégation. L'approche de l'élection l'effrayait. Il recommanda instamment aux profès réunis de ne choisir,

pour général, que l'élu de Dieu, celui qui le méritait, et de bannir de leur esprit toute considération terrestre. II pensait, ainsi, éloigner de lui les suffrages. II voulut même parler plus explicitement, et solliciter de chaque électçur que son nom fût oublié. Dans rintérét même de son humilité, on lui conseilla de n'en rien faire.

Le 2 juillet i565, au premier scrutin, trente et un électeurs, sur trente-neuf, nommaient François de Borgia général de la Compagnie de Jésus. Pie IV apprit cette nouvelle avec joie. En Allemagne, le cardinal d'Augsbourg la salua par des Te Deiim solennels ; Hozius s'en félicita comme d'un bonheur pour la chrétienté; toutes les cours catholiques y applaudirent et celle d'Espagne en fut même flattée. L'élu seul était sincèrement navré.

Mais il ne s'attarda point à gémir. Le jour de son élection, il écrivit simplement sur son journal : « Jour de ma crucifixion! » et, puisque Dieu le voulait, il se chargea vaillamment de sa croix.

François de Borgia n'était aucunement a ce vieillard languissant et débile,... ce caractère concentré, qui avait besoin de recevoir l'initiative des autres... ce tempérament mélancolique » qu'ont imaginé certains historiens \ II souffrait parfois d'attaques de goutte, et, toujours, de maux d'estomac. Les pénitences l'avaient affaibli ; ses travaux dépassaient ses forces,

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