Les travaux
En Espagne, Borgîa avait uni bien d'autres soucis à ceux du gouvernement. Le ministère apostolique, d'incessants voyages, des missions même diplomatiques le distrayaient. Désormais, il ne sera plus que général. Le prédicateur se tut; le directeur d'âmes n'exerça plus son action que par sa correspondance, immense il est vrai, et qui portait, dans le monde entier, la lumière et la force à des souverains, à des évèques, a des apôtres, presque à tous ceux qui, de son temps, servaient la cause catholique.
En i54o, vice-roi, il disait : « Pour un homme de ma condition, siéger au conseil est plus méritoire, qu'entrer en campagne. » Le tempérament de Borgia n'avait peut-être pas changé, mais, par fidélité à son devoir d'état, de six ans, il n'allait guère sortir de la maison professe de Rome; son activité, son attention, son âme n'auront qu'un but : gouverner.
« Commençons une vie nouvelle! » écrivait-il sur son journal, le lendemain de son élection. A tous, en effet, il apparut, dès lors, un homme nouveau, animé d'une vertu surnaturelle. Remplie si consciencieusement, et avec un tel sentiment de sa responsabilité, la charge de général lui devait peser. Aussi, dans son journal spirituel, une prière, désormais, reviendra-t-elle constamment : « Que Dieu me prenne, ou qu'il m'aide à gouverner, ou qu'il me
délivre de ma croix! » Il attend avec impatience les deux congrégations des procureurs, en i568 et en 1571, espérant qu'elles accepteront sa démission. On lui rappelle l'exemple d'Ignace et de Laynez, qui s'étaient résignés à supporter leur croix, et il les imite dans leur résignation vaillante.
La congrégation générale à peine terminée, Borgia nomme de nouveaux Provinciaux, qu'il est exact à renouveler à la fin de leur triennat. Il envoie des Visiteurs à toutes les provinces d'Europe, au Brésil, dans l'Inde et au Japon. Sa correspondance avec les Visiteurs montre avec quelle intelligente sollicitude il pourvoyait à tous les besoins, secondait, sans les annihiler, toutes les initiatives ; avec quelle paternelle bonhomie il informait les absents des travaux de la Compagnie, de ses soucis personnels, et même de ses joies de famille. Ses instructions aux Visiteurs sont des modèles de prudence, de bon sens, de largeur d'esprit, de charité. Aux missionnaires du Japon ou du Brésil, comme aux Pères délégués par le Pape à la diète d'Augsbourg, aux confesseurs des princes, aux maîtres des moindres classes, il trace des voies larges et sûres. Son dessein constant est de consoler chacun, d'alléger tous les fardeaux, de partager toutes les souffrances.
Il savait être ferme, et prenait trop au sérieux les obligations de la vie religieuse pour tolérer des abus, des singularités, du relâchement; mais sa marque propre est la bonté, et il ne trouve des pa-
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rôles sévères qu'en s'adressant aux supérieurs qui manquaient de suavité.
Borgia travaillait sans relâche à la rédaction des règles. Le 2 juillet 1667, il les promulgue à Rome, les fait imprimer au collège romain, les expédie aux diverses provinces, et ne cesse, dans ses lettres, de les commenter et d'en presser Texéculion. Le texte en vigueur aujourd'hui a été édité, en i58o, sous le généralat suivant; il diffère peu du texte établi par François de Borgia, auquel la Compagnie doit donc l'édition princeps de ses règles, comme celle des Exercices spirituels*.
Si efficace qu'elle fût, l'action des Visiteurs était éphémère, et les règles auraient peu dirigé des hommes incomplètement formés. Pour assurer la formation spirituelle et intellectuelle des jeunes religieux, la formation apostolique de tous, il fallait prendre des mesures durables. L'œuvre de Borgia fut d'établir, dans toutes les provinces, des noviciats sagement réglementés, des maisons d'études florissantes, et de développer la vie intérieure de chacun par la pratique plus recommandée de l'oraison.
En 1 .565, il fonda des noviciats dans chaque province d'Italie. La duchesse Jeanne d'Aragon, veuve de D. Ascanio Colonna, s'offrait à doter le noviciat de Rome. L'évêque de Tivoli donnait l'église de 3aint-André,auMonte-Cavallo. Le 3o novembre 1567,