‹ St. François de BorgiaChapitre 31 sur 38 · I. Dont il avait fait les frais en i · texte numérisé non relu

I. Dont il avait fait les frais en i

Borgia avait achevé, et inaugurait Téglise et la maison de saint André.

Dieu lui envoya aussitôt des novices nombreux et d'élite. On comptait, parmi eux : Claude et Rodolphe d'Acquaviva, le futur général de la Compagnie, et le futur martyr de Salsette ; Stanislas Varsiviev^rski, le grand poète polonais, et Stanislas Kostka, qui devait mourir, le i5 août i568, et rester le modèle parfait des novices tels que les voulait Borgia;

L^exemple du saint général n'était pas étranger à cet afflux de vocations. C'est sa vue, qui avait gagné à la Compagnie Claude d'Acquavira, camérier favori de Pie V.

Il faisait mieux, du reste, que de bâtir une demeure aux novices de Rome, et d'en susciter ailleurs de semblables ; il écrivait, pour la maison de saint André, des instructions qu'il communiquait aux autres, et, sous ses yeux, il formait les maîtres qu'il animait de son esprit large et généreux.

Plus que personne, Borgia savait quels inconvénients entraînait la pénurie du collège romain. Il voulut parfaire son œuvre d'autrefois, et fonder ce collège, qui, depuis i56p, s'était transporté dans une demeure donnée par une nièce de Paul IV. En 1667, Borgia bâtissait au collège une église, et il lui assurait déjà quatre mille ducats de rente.

L'intérêt, qu'à Barcelone et à Gandie François de Borgia avait porté aux études, il le pouvait, maintenant, plus efficacement témoigner. Par son ordre, à partir de 1 566, le P. Jacques de Ledesma élabora

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ces règlements d'études, dont les rédacteurs du Batio stadiorum, réuDis en i583, s'inspirèrent si largenule le zèle des étudiaols, il est attentif s professeurs; sa vigilance s'étend sur :ges ; il en bannit les opinions suspectes, :s pédagogiques. C'est lui qui demande 1 Alvarez de composer sa grammaire erre de Fonseca de rédiger un cours de destiné à diriger tous les professeurs.

• les maîtres de valeur, escelle à décounts supérieurs et à les développer. Il >mc François Suarezet Pierre Scarga. It ts soins pour Robert Bellarmin, dont il santé autant que les succès. Il exige l, novices et scolastiques aient un congé ire, pris à la campagne. Peu lui importe scandalise. Ils ont besoin de repos : ils ; dont il ne se console pas, c'est de les aturément épuisés.

le Borgia trouvait, dans l'oraison, le prinervenie activité. Homme d'action s'il en t, par-dessus tout, homme de prière, et nant que, parmi ses incessants soucis, il r une telle intensité de vie intérieure. Il le lui, des fragments d'un journal sptridu i" février i566 au i" février 1570.

ire bâtive, et souvent indéchiffrable, il le jour ses intentions, ses anxiétés, les ;s ou désirées. Son industrie caractéris-

tique coDsistait à offrir chaque heure de sa journée pour une intention qu*il marquait, et à laquelle il pensait, tout en travaillant. Sa journée devenait ainsi une méditation continue, et, de son repos même, il semblait faire des heures de prière. Les grands besoins de la Compagnie, de FÉglise, du monde, les principaux anniversaires de sa vie, sont rappelés en ces pages. Il s'y élève aux plus hautes considérations mystiques. Sans cesse, il s'y exhorte à commencer une vie nouvelle, à imiter le Bon Pasteur. Il offre à Dieu sa vie et son sang, et il répète, comme un refrain, cette prière : « Prenez-moi, ou déchargezmoi de ma croix, ou aidez-moi à gouverner! » Une telle assiduité témoigne d'une bien grande fidélité à la grâce, d'une rare puissance de vie intérieure. Une telle facilité à varier ses intentions, à trouver, aux mystères de la foi, de si multiples aspects, indique l'inépuisable richesse de son ascétisme. Un pur contemplatif aurait difficilement pu s'astreindre à un tel régime de prières. La merveille est qu'il soit resté la pratique constante d'un homme surchargé d'occupations.

Saint François de Borgia fut un des principaux orants d'un siècle qui en compta de bien privilégiés, et l'un de ses mérites fut, par charité et par devoir, d'avoir renoncé aux joies de la vie contemplative qui l'attira constamment. Par ses opuscules et ses méditations, il s'est aussi fait, parmi les auteurs ascétiques, une place qui eût été plus large et plus remarquée, si d'autres soucis n'avaient distrait sa

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pensée; et ses études théologiques ayant été sommaires, il faut reconnaître que son maître fut surtout Dieu, entendu dans la méditation.

Peu de saints ont mieux compris que François de Borgia l'apostolat par la prière. Non content "eierccr personnellement, il le recommandait, ent, pour les grandes nécessités des royaumes >ltques ou de l'Eglise, il prescrivait à la Compades prières et des pénitences. C'est en ces armes 1 ces ressources que consistait sa politique. Ceux en savaient l'eUlcacité, y recouraient avec con- :e, et il est touchant d'entendre, en iSya, Marie irt, captive, se recommander, de Fotlieringay, prières de la Compagnie et de son saint général. ;s constitutions de saint Ignace ne prescrivaient, our, qu'une heure d'oraison, et, dans cette heure, !nt compris deux examens de conscience, d'un t d'heure chacun. Borgia fut deceuxquidemannt à la deuxième congrégation générale de proer le temps de la méditation quotidienne. On lui onna le pouvoir, et il le fit. Après divers essais, issa établie la coutume de faire, chaque matin, heure continue d'oraison, et cette coutume fut, lard, définitivement consacrée.

irtifiée par une administration vigilante et an ïissement de ferveur, la Compagnie devait nécesment se développer, et s'il avait conservé l'arquî l'animait en Espagne, Borgia eût bâté ce

développement. Mais docile aux ordres de la congrégation générale et aux leçons de Texpérience, François de Borgia, durant son généralat, refusa, peut-être, plus de fondations qu'il n'en admit.

Le souci de ne pas disperser ses forces, d'exercer ses troupes avant de les employer, ne Tempècha point de les engager au moment opportun. En Espagne et en Portugal, les maisons, nombreuses, demandaient seulement d'être sérieusement et pratiquement gouvernées. Il y veilla. En 1567, il institua la province romaine. Il fonda, en Italie et en Savoie, les collèges de Turin, de Milan, de Mondevi, de Chambéry.

La France et les provinces du nord furent surtout son terrain de conquête. Au début de son généralat, le Parlement et TUniversité de Paris retentissaient des diatribes d'Etienne Pasquier. Borgia vit les inimitiés s'apaiser. Il obtint du Parlement le retrait d'édits hostiles, et, par son influence personnelle auprès du cardinal de Lorraine, dont il était parent, et de la cour de France, il contribua à l'apaisement des esprits. Finalement, il fonda les collèges de Lyon, d'Avignon, de Nevers, de Pont-à-Mousson, de Roanne, de Billom, de Verdun, de Bordeaux.

En Flandre, il ouvrit, et, malgré les troubles suscités par la guerre des Gueux, il maintint les collèges de Saint-Omer, de Tournai, de Liège, de Louvain. En Bohême, il fonda celui d'Olmûtz; en Tyrol, ceux d'Inspruck et de Hall; en Allemagne, ceux de Wurzbourg, de Fulda, de Spire. La province de

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Pologne est entièrement sa création. Il lui donna les collèges de Bramberg, de Ploz, de Vilna, de Posen, de Jarosiaw. Il rêva même d'en fonder un en Russie, à Presmysl.

A Rome, tout se transforme sous les mains de cet homme entreprenant et généreux. Il a bâti, en iSô^, Saint-André et Téglise du collège romain; il hâta la construction du Gesù. En i566, le cardinal Alexandre Farnèse promet de l'entreprendre. « Mais, écrit Borgia, si le cardinal ne peut la commencer bientôt, comme il nous l'a offert, nous nous y mettrons, nous confiant en la bourse de Notre Seigneur, qui est encore plus opulente. » Enfin Farnèse se détermine, mais il ne paiera que l'édifice; il faut acheteç le terrain. Borgia s'endette de cinq mille écus, et, pour les payer, il recourt à ses protecteurs lointains : l'impératrice Marie, femme de Maximilien II, le duc de Bavière, et de nombreux amis d'Espagne. Ainsi, le Gesù de Rome portera le nom du cardinal Farnèse^ et le collège romain celui de Grégoire XIII. Ils seront, cependant, l'un et l'autre, pour une grande part, l'œuvre de François de Borgia.

En sept années de gouvernement, Borgia avait donc renouvelé son ordre, au point qu'il mérite d'en être nommé le second fondateur. Il avait ranimé sa ferveur, assuré sa formation, réduit d'inévitables abus, créé de nouvelles provinces, raffermi les anciennes. Tout ne fut pas, sans doute, son œuvre exclusive. Des Provinciaux comme Pierre Canisius en Allemagne, Émond Auger et Olivier Manare en

France, Quadros dans Tlnde, Torrès en Portugal, Azevedo au Brésil, des Visiteurs comme Nadal et Mercurian eurent, au succès, une part plus immédiate. Moins bien secondé, Borgia eût été impuissant. Mais la valeur même des hommes qu'il employait, dont il restait le conseil et Tàme, qui puisaient, en sa direction, leur force et leur lumière, prouve la supériorité de ses vues, la souveraine efficacité de son influence.

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