‹ St Francois de SalesChapitre 12 sur 68 · Traité de l'amour de Dieu, 1. III, chap. i · texte numérisé non relu

Traité de l'amour de Dieu, 1. III, chap. i

2. Les théologiens appellent la première de ces deux volontéa volonté déclarée, et la seconde volonté de bon plaisir.

indiquerait une préférence pour quelque autre chose ; mais à l'embrasser joyeusement quelle qu'elle soit, dès qu'elle se manifestera par l'événement. Cette attente paisible de l'amour, c'est ce que saint François appelle indifférence. On le voit bien, ce n'est pas la froideur et l'inertie d'un cœur insouciant; c'est le dernier effort d'un cœur qui aime, c'est le dernier terme d'une immolation qui anéantit l'esprit propre, la volonté propre, le cœur de chair, pour leur substituer l'esprit, la volonté, le cœur même de Dieu.

Ecoutons-le décrire dans une page admirable, qui est un chapitre inconscient d'autobiographie, ces progrès de l'amour par le sacrifice, a L'amour et conformité au bon playsir divin se fait ou par la sainte résignation ou par la tressainte indifférence. Or la résignation se prattique par manière d'effort et de soubmission. On voudx'oit bien vivre au lieu de mourir; neantmoins, puysquec'estle bon playsir de Dieu qu'on meure, on acquiesce. On voudroit vivre s'il playsoit à Dieu, et de plus on voudroit qu'il pleust à Dieu de faire vivre. On meurt de bon cœur, mays on vivrait

encore plus volontiers Ainsy la résignation préfère

Dieu à toutes choses ; mais elle ne laysse pas d'aymer beaucoup d'autres choses outre la volonté de Dieu. Or l'indifférence est au dessus de la résignation, car elle n'aymerien sinon pour l'amour de la volonté de Dieu. Qu'importe que la volonté de Dieu me soit présentée en la tribulation ou en la consolation, puysqu'en l'une et en l'autre je ne veux ny recherche autre chose que la volonté divine, laquelle y paroit d'autant mieux qu'il n'y a point d'autre beauté en icelle (|ue celle de ce très-

saint et bon playsir éternel? Si je ne veux que de l'eau pure, que m'importe-t-il qu'elle me soit apportée dans un vase d'or ou dans un verre puysqu'aussy bien ne prendroi-je que de l'eau? Ains je l'aimeray mieuxdins un verre parcequ'il n'a point d'autre couleur que celle de l'eau mesme, laquelle j'y vois aussi beaucoup mieux. »

On n'entend rien à cette haute doctrine si on croit qu'en tenant l'âme en sainte indifférence quant à l'issue des événements, elle retire quoique ce soit à l'énergie de l'action là où le devoir ordonne d'agir, a Tandis que ce bon playsir de Dieu nous est incogneu, il nous faut attacher le plus fort qu'il nous est possible à la volonté de Dieu qui nous est manifestée ou signifiée. Mais soubdain qu'il comparoist, il faut aussitost se ranger amoureusementà son obéissance. Ma mère ou moy-mesme(car c'est tout un) sommes au lit malades : que sçay-je si Dieu veut que la mort s'ensuive? certes je n'en sçay rien, mais jesçaibienpourtantqu'enattendantl'évenementqueson bon playsir a ordonné, il veut, parla volonté déclarée, que j'employe les remèdes convenables à la guérisou. Je le feray donc fidèlement, sans rien oublier de ce que bonnement je pourray contribuer à cette intention. Mays si c'est le bon playsir divin que le mal, victorieux des remèdes, apporte enfin la mort, soubdain que j'en seray certifié par l'événement, j'acquiesceray amoureusement par la pointe de mon esprit nonobstant toute la répugnance des puissances inférieures de mon âme*. »

Comme il le dit il l'avait fait pour cette mère ellemême. Il nous a raconté comment, après qu'il lui eut

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