‹ St Francois de SalesChapitre 27 sur 68 · I. Traité de l'amour de Dieu, 1. V, chap. viii-xii · texte numérisé non relu

I. Traité de l'amour de Dieu, 1. V, chap. viii-xii

parce qu'il complaitplus au bien aymé et lui rend plus d'honneur : il lance et chante des hymnes d'allégresse quand Dieu lui enseigne ses commandemens et justifications. Et comme le pèlerin qui va gayement chantant en son voyage adjouste voirementla peyne du chant à celle du marcher, et néanmoins, en effect, par ce surcroist de peyne il se désennuyé et allège du travail du chemin, aussi l'amant sacré trouve tant de suavité aux commandemens, que rien ne lui donne tant d'haleyne et de soulagement en ceste vie mortelle que la gracieuse charge des préceptes de son Dieu*. »

Conformité à la volonté de Dieu exprimée par les conseils. Il ne s'agit point ici de cette conformité téméraire d'une âme qui, ne songeant pas que tous les conseils ne sont pas pour tous, s'y jette à l'étourdie sans tenir compte des conditions particulières où elle se trouve et sans savoir si elle est appelée à les suivre. Saint François, dont le zèle est toujours sage, la condamne non seulement comme imprudente, mais comme contraire à la pureté de l'amour. « Car le cœur amoureux ne reçoit pas le conseil pour sa propre utilité, ains pour se conformer au désir de Celuv qui conseille. Et partant il ne reçoit les conseilz sinon ainsi que Dieu le veut ; et Dieu ne veut pas que chacun les observe tous, ains seulement ceux qui sont convenables selon la diversité des personnes, des temps, des occasions et des forces, ainsy que la charité le requiert*. » Mais il n'en faut point conclure qu'une âme qui n'est point appelée à suivre tels ou tels d'entre ces conseils n'a

I. Traité de l'amour de Dieu, 1. VIII, chap. T. a. Ibid., chap. vi,

rien à faire avec eux. Ils sont une certaine volonté de Dieu; à ce titre ils demeurent pour elle un objet de respect et d'affection. Elle témoignera donc qu'elle les aime tous, d'abord en observant fidèlement ceux qui lui seront convenables, ensuite en plaçant très haut dans son estime et ceux qui ne sont pas pour elle et les âmes à qui ils s'adressent*.

Ainsi s'établit, sous l'empire de l'amour, une admirable harmonie entre les divers besoins et les divers emplois de la société chrétienne. Ainsi chacun est au poste où Dieu le veut : les uns dans l'état ecclésiastique ou religieux, parce que Dieu les veut dans le sanctuaire ou dans le cloître ; les autres dans les conditions ordinaires de la vie domestique et publique, parce que Dieu les veut dans le monde. Et ceux-ci, à leur manière, se conforment aux conseils de l'Evangile comme à ses préceptes : d'abord en ne s'ingérant pas de leur propre mouvement là où ils ne sont pas appelés ; puis en honorant ces degrés supérieurs et en favorisant de tout leur pouvoir les saintes vocations qui se révèlent autour d'eux. Ainsi, enfin, la famille devient la pépinière du sacerdoce par l'atmosphère qui s'y respire dès le berceau et par la générosité des pères et des mères à ne point disputer à Dieu ceux que Dieu veut pour Lui seul.

Enfin conformité à la volonté de Dieu envoyant l'épreuve et la souffrance : « Ouvrant les bras de nostre consentement, embrassons-les très amoureusement, acquiesçons à sa très sainte volonté et chantons à Dieu

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