I. Traité de Pamour de Dieu, 1. IX, chap. i
LA DOCTRINE* l09
fussent-ils, qu'y pouvons-nous trouver qui les rende aimables ? Le stoïcien a tort quand il dit que la douleur n'est pas un mal ; comment le chrétien a-t-il raison quand il dit, avec l'apparence d'un plus violent paradoxe , que la douleur est un mal et que cependant on peut et on doit l'aimer ?
Deux mots expliquent ce mystère : « Voyes les tri bulations en elles-mesmes; elles sont affreuses et ne peuvent certes estr» aymées. Regardes-les en leur origine, c'est-à-dire en la providence et volonté divine qui les ordonne ; elles sont infinimentaymables, elles sont des amours et des délices. » Et le saint auteur ajoute, empruntant à son Pline une comparaison charmante dont je ne garantis pas la valeur zoologique : « On dit qu'en Béotie il y a un fleuve dans lequel les poissons paraissent tout d'or, maisostes de ces eaux qui sont le lieu de leur origine ilz ont la couleur naturelle des autres poissons. Les afflictions sont comme cela : si nous les regardons hors de la volonté de Dieu, elles ont leur amertume naturelle; mais qui les considère en ce bon playsir éternel, elles sont toutes d'or, aymables et prétieuses plus qu'il ne se peut dire *. »
On reconnaît ici, à son degré suprême, cette très sainte indifférence qui fut pour notre Saint tout à la fois une doctrine et une pratique. J'y ai trop insisté dans un précédent chapitre pour avoir besoin d'y revenir, si ce n'est sur un point qu'il importe de bien entendre cl où nulle explication ne saurait avoir la précision et le charme de celles qu'il va lui-même nous donner.