‹ St Francois de SalesChapitre 36 sur 68 · I. Introduction à la vie dévote, 1" partie, chap. ir · texte numérisé non relu

I. Introduction à la vie dévote, 1" partie, chap. ir

itions véritables, et ses défaillances qui lui font pren- Jre les vraies inspirations pour des illusions.

Dans le cours ordinaire des choses, quand la route est large et bien tracée, quand le mal est sans masque et le bien sans obscurité, la conscience ne rencontre pas ces perplexités, ces angoisses, ces ténèbres et n'imagine pas qu'elle les puisse rencontrer. Elle les trouvera au détour de la route; et la voici bientôt désorientée et ne sachant quel chemin prendre à l'entrée d'un carrefour, ou bien obscurcie et ne voyant plus même un sentier devant elle, ou bien tourmentée, flottante et perdant même la puissance de distinguer le raisonnable de l'absurde en des cas ou, s'il s'agissait d'autrui, elle rendrait sans nulle peine une sentence motivée et précise.

Ajoutez que la vie morale n'est pas une revue de parade où le soldat une fois dressé exécute toujours de la même manière et avec un même degré de perfection acquise les mêmes mouvements et les mêmes manœuvres au commandement de l'officier. Elle est une marche, et il faut qu'elle soit un progrès. Or le plus souvent nous n'avançons pas, nous tournons dans un même cercle de fautes. Nous gardons nos défauts; ceux de chaque âge nous restent jusqu'à ce que notre entrée dans une autre phase les remplace par ceux de l'âge suivant; derrière eux nous retrouvons toujours les défauts plus intérieurs qui tiennent, soit à la nature humaine en général, soit à la constitution individuelle de chacun; et ce que nous prenons pour un progrès et une victoire n'est le plus souvent qu'une trêve accidentel lement produite par des circonstances favorables.

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Tout cela ne tient pas seulement à ce que nous manquons de courage, mais aussi à ce que nous manquons de lumières. Un évêque que j'ai connu disait spirituellement d'une de ses diocésaines : « Elle voudrait bien être pieuse ; mais elle ne sait comment s'y prendre » . C'est qu'il est difficile de le savoir ; et puisque cela est difficile, il faut sans doute qu'on nous l'enseigne.

Cette manifeste nécessité d'un enseignement qui forme et dirige la conscience a donné naissance à une classe particulière de maîtres et d'écrivains qui s'appellent proprement les moralistes. Mais le livre parle en général, etnous vivons en particulier. Ce qu'il nous faut quand nous connaissons la règle abstraile, c'est son application aux cas individuels qui sont les nôtres. C'est pourquoi tous les sages, vrais ou faux, Socrate, Sénèque et jusqu'à Miclielet, ont donné des conseils et ont été des directeurs. Tout ami, s'il prend au sérieux le devoir supérieur de l'amitié, tout mari pour sa femme et toute femme pour son mari, s'ils veulent tout de bon devenir meilleurs l'un par l'autre, que sont-ils? des directeurs. Et si ces directeurs sont eux-mêmes vertueux et animés d'un généreux désir d'aller en avant,' s'ils ont des principes sûrs et un esprit juste, s'ils ont amassé des trésors d'expériences, si, de notre côté, nous leur découvrons avec une loyauté parfaite nos états intérieurs, qui ne voit qu'à part même toute grâce d'en haut, un tel commerce est d'une immense ressource pour le progrès moral ?

Mais, — et c'est ici l'immense supériorité du directeur chrétien qui non seulement possède seul dans leur plénitude les vrais principes de la vie morale, mais qui

à reçu, avec l'onction du sacerdoce, une mission et des lumières privilégiées, — il ne faut pas que la grâce spéciale d'en haut soit mise à part. Le lien qui, dans Tœuvre de la direction, unit l'une à l'autre deux âmes, l'une dirigée, l'autre dirigeante, ce lien doit être, dit saint François de Sales, « une amitié toute divine et spirituelle. » Et puisqu'il nous est d'une si grande importance de trouver un guide selon le cœur de Dieu, nous devons le lui demander avec instance. « Ne doutes point, car, quand il devroit envoyer un Ange du ciel comme il fit au jeune Tobie, il vous donnera une bonne et fidélie guide. Or ce doit tous-jours estre un Ange pour vous : c'est-à-dire quand vous l'aurez treuvée, ne la considères pas comme un simple homme, et ne vous confies point en iceluy, ni en son sçavoir humain, mais en Dieu, lequel vous favorisera et parlera par l'entremise de cet homme, mettant dedans le cœur et la bouche d'iceluy ce qui sera requis pour vostre bonheur ; si que vous le deves escouter comme un Ange qui descend du ciel pour vous y mener. Traittes avec lui à cœur ouvert en toute sincérité et fidélité, lui manifestant clairement vostre bien et vostre mal sans feintise ni dissimulation • et par ce moyen vostre bien sera examiné et plus as.seuré, et vostre mal sera corrigé et remédié. Ayes en luy une extrême confiance meslée d'une sacrée reverance; confies-vous en lui avec le respect d'une fille envers son père, respectes le avec la confiance d'un filz envers sa mère*. »

Certes une telle autorité est grande, et une telle con-

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