I. Lettre n, avril
a. Lettre lxxxix, mai 1606.
vivent dans le monde et dans l'état du mariage, il recommande sur toute chose d'aimer cet état où Dieu les a placées et les veut. Il devine, il sait par expérience que, plus ces âmes sont ferventes, plus elles sont exposées à jeter un regard de pieuse envie sur la condition plus haute de celles qui ont choisi la meilleure part; et il les détourne avec force de ce qu'il appelle crûment une tentation : « Je voudrais que vous considérassiez combien de saints et de saintes ont été en votre vocation et état, et qu'ils s'y sont tous accom- \ modes avec grande douceur; que cela vous anime. Il faut aimer ce que Dieu aime, or il aime votre vocation; aimons-la bien aussi, et ne nous amusons pas à penser sur celle des autres. Faites donc diligemment le service de la vôtre et vous mettez en esprit aux pieds de Notre Seigneur, lui disant : Mon Seigneur, soit que je coure, soit que je m'arrête, je suis toute vôtre et vous à moi; vous êtes mon premier époux; et tout ce que je ferai, c'est pour vous. » Et c'est à quoi se rapportent et s'adaptent tous ses conseils, depuis le règlement de ses exercices spirituels jusqu'à celui de sa maison. Il veut que sa vie prêche, et il insiste avec autant de force que de grâce sur l'apostolat de son bon exemple : <' Faites honneur à votre dévotion; rendez-la fort aimable à tous ceux qui vous connaîtront ; faites qu'un chacun en dise du bien* n. Ainsi parlait-il lorsque tout semblait sourire à cette vie déjà déclinante. Quand viendra le temps des grandes épreuves maternelles, nous savons avec quelle force et quelle
/. Lettre dpcxxxt.
tendresse il rappellera à la vieille chrétienne les leçons du Calvaire.
A l'abbesse, il ne se lasse pas d'enseigner le souffrir ei Vagir en conformité avec le bon vouloir divin, — le souffrir, car elle était atteinte d'une plaie à la jambe qui résistait à tous les remèdes et qu'une douloureuse opération ne parvint pas à guérir, — Vagir, car elle était engagée, pour remplir le devoir de sa charge, dans la difficile entreprise de réformer son monastère où s'étaient introduites des habitudes de relâchement fort contraires à l'esprit et à la lettre même de la règle bénédictine.
Rien de plus touchant, de plus paternel et de plus virilement chrétien que les conseils qu'il lui donne pour pratiquer Vart de bien souffrir. Rien de plus sage, de plus saintement habile que le plan de campagne qu'il lui recommande pour ramener sa communauté à la ferveur primitive. Avant tout, travailler à réaliser en elle-même, et pour elle-même, et pour Dieu, ce type de la religieuse parfaite qu'elle veut faire revivre dans son monastère, et se sanctifier pour sanctifier ses filles. — Ne pas prétendre tout faire à la fois et tout emporter de haute lutte. —Ne pas « donner l'alarme », en exhibant du premier coup tout un plan de réformes contre lequel se raidiraient « les esprits chatouilleux », mais procéder par gradation . — Donner si bien l'exemple de la régularité que sa contagion gagne les autres et que la généreuse pensée germe en elles « de se réfoïmer d'elles-mêmes ». — Exercer souvent l'autorité, mais « en choses fort petites, douces et légères, et par là dessus les en louer modestement » , — Présenter
Tordre sous forme de désir : Ma chère sœur^ si je von y prie de ceci ou de cela, ne le ferez-uous pas bien pour V amour de Dieu? et les appeler ainsi à Tobéissance en termes d'amour. Ce sont là, dit-il, ses artifices^.
Artifices de colombe plutôt que de serpent, et bien dignes de celui « qui eût donné vingt serpents pour une colombe ». Artifices qui réussirent; le plus bel ordre et la plus belle ferveur finirent par régner dans l'heureux monastère. Sept ans plus tard la zélée abbesse, aux yeux de qui rien n'était fait tant qu'il restait quelque chose à faire, confiait à son saint guide quelques difficultés qui restaient encore. Et lui qui, se troublant moins qu'elle, pensait comme elle et eût pris volontiers pour devise Semper excelsior, lui répondait avec une familiarité presque militaire : « Ma très chère fille, il faut reprendre votre premier courage et plutôt mourir que de démordre ». Et en même temps il l'encourageait par l'expérience du passé : « Hé bien, ma chère fille, la multitude des diflScultés vous fît peur, et vous eûtes des pensées de tout quitter. Cependant vous avez vu que tout est fait; il en sera de même en tout le reste; la persévérance vaincra tout*. ■
A côté de ces directions si efficaces, si fécondes en beaux fruits de vertu pour toute une famille ou toute une maison religieuse, c'est une grande tristesse d'en rencontrer une autre qui ne fut pas moins pleine de promesses, mais qui, interrompue par la mort du di-