‹ St Francois de SalesChapitre 5 sur 68 · DOCUMENTATION · texte numérisé non relu

DOCUMENTATION

Mais moi je ne suis encore bon pour prêcher autres que les murailles, comme je fais en cette ville*. »

Le i^"^ juillet i5g5, il gravit la montagne des Voirons pour y relever un oratoire de la sainte Vierge détruit par les Bernois. Il y fut suivi par une foule hostile ; on l'insulta, on le frappa, et il n'échappa à la fureur de ces forcenés que par une sorte de miracle. Cet avant-goût du martyre anima ses espérances. Et en effet, quelques jours plus tard, un premier flottement se manifestait sur la ligne ennemie. Ses tracts avaient fait silencieusement leur œuvre ; sa douceur intrépide excitait Tadmiration et forçait les sympathies; sa longue persistance produisait la curiosité après la surprise; on eut envie de savoir ce qu'un homme si entêté pouvait avoir à dire. Quelques protestants, malgré la consigne, vinrent l'entendre et emportèrent une impression très vive. On revint plus nombreux aux discours suivants. Puis les conversions qui, dans les neuf premiers mois, n'avaient été que de huit ou dix, se multiplièrent*. A partir de ce moment les

I. Lettre à un religieux (7 avril iSgS). — Nous saisissons l'occasion de ces premières lignes que nous citons de notre saint pour avertir nos lecteurs qu'ils ne trouveront son orthographe authentique que dans les citations empruntées aux volumes déjà parus de la belle et définitive édition d'Annecy, actuellement en cours de publication. Pour les autres nous avons dû nous résigner à l'orthographe moderne, celle des éditions antérieures étant incertaine et incohérente.

a. Parmi ces conversions isolées, il faut placer au premier rang celle du savant avocat Poucet que le saint apôtre commença par convaincre et qu'il décida ensuite à se déclarer, malgré les graves conséquences que l'abjuration devait entraîner pour ses intérêts temporels.

ministres semblent avoir pressenti que leur partie était perdue; car ils eurent recours à deux moyens désespérés, dont le premier fut de le représenter comme un magicien qui devait au démon la puissance de sa parole ; on l'avait même vu au sabbat! Le second fut de se défaire de lui. Le soir d'un discours sur l'invocation des saints, dont l'effet avait été immense, il revenait aux Allinges en compagnie de trois personnes, dont l'une était son jeune domestique Roland que M. de Boisy avait fini par lui envoyer, quand deux assassins s'élancèrent sur lui l'épée nue. Les compagnons de François se jettent devant lui; il les écarte, et, s'avançant seul, il arrête les meurtriers par l'intrépidité de sa contenance, les terrasse par la douceur de ses paroles, et les fait tomber à ses pieds, repentants et vaincus. Le lendemain de cette affaire, le baron d'Hermance voulait absolument lui donner une escorte; il la refusa avec une hauteur admirable de courage et d'éloquence. De son côté, Roland écrivit un récit effrayant à M. de Boisy, qui renouvela ses sommations de revenir. Et pourtant ce fut cet incident, si près de devenir tragique, qui marqua le terme de l'opposition du vieux gentilhomme, lorsqu'il eut reçu de son fils la lettre suivante, d'un accent presque militaire : a Monsieur et très honoré père, si Roland était votre fils comme il n'est que votre valet, il n'aurait pas eu la lâcheté de reculer pour un si petit choc que celui où il s'est trouvé, et il n'en ferait pas le bruit d'une bataille. Sans doute les hérétiques nous en veulent, mais aussi on nous fait tort quand on doute de notre courage. Je vous supplie donc de ne point attri-

buer ma persévérance à désobéissance*. » Cela toucha le vieux soldat; il lui sembla que son fils portait encore l'épée ; il comprit que la place de ce brave était à la bataille, et il n'osa plus insister.

Dès le mois de mars, François, sentant le moment venu d'être en permanence à son poste , avait quitté I définitivement les AUinges et était venu loger à Thonon, chez une pieuse dame amie de sa famille. Il savait que le péril y serait plus grand; et, en effet, des assassins s'introduisirent de nuit dans la maison qu'il habitait, en fouillèrent tous les recoins, pénétrèrent dans sa chambre,... et ne le trouvèrent pas.

Mais le temps de la moisson était décidément arrivé. En vain les calvinistes obstinés prenaient à l'égard des nouveaux convertis une attitude menaçante, jusque-là que plusieurs de ceux-ci durent s'expatrier ; le mouvement de retour allait toujours s'accélérant. Et François put écrire à son ami le sénateur Favre : « Un champ plus vaste et plus consolant s'ouvre devant nous ». Le moment était venu de frapper un grand coup en pi'enant pour juge, entre l'hérésie et l'Eglise, ce peuple dontles oreilles commençaient à s'ouvrir. Il annonça donc un sermon où il prouverait par l'Ecriture la vérité de la foi catholique avec une évidence à laquelle tous ses adversaires seraient forcés de se rendre. Il y avait là un défi qui jeta les ministres du Chablais et du pays de Vaud dans le plus grand embarras. Ils redoutaient la lutte, et en même temps ils sentaient que la fuir serait s'avouer vaincus et perdre toute influence sur

Page 1