I. Lettre du 3 mai
vous saurais pas expliquer ni la qualité ni la grandeur de cette affection que j'ai à votre service spirituel: mais je vous dirai bien que je pense qu'elle est de Dieu, et que pour cela je la nourrirai chèrement, et que tous les jours je la vois croître et s'augmenter notablement. Me voilà tout vôtre; Dieu m'a donné à vous. Le lien de la charité et vraie amitié chrétienne qui est entre nous est appelé par saint Paul le lien de perfection. Et vraiment il l'est aussi; car il est indissoluble; il prend de nouvelles forces par la durée; il est exempt du tranchant de la mort. Voilà notre lien, voilà nos chaînes, lesquelles plus elles nous serreront et presseront, plus elles nous donneront de l'aise et de la liberté; rien de si pliable que cela, rien de si ferme que cela*. »
Ainsi est tracé dès le début le double programme; et c'est dans cet esprit que va s'ouvrir devant la pieuse veuve une carrière où chacun de ses pas sera un progrès sous la conduite d'un guide à qui son âme deviendra de plus en plus chère.
Les dernières hésitations furent enfin levées non par correspondance, mais à la suite de longues et sérieuses entrevues qui eurent lieu à Saint-Claude ; ce fut là que le saint évêque se chargea, officiellement et avec une certaine solennité, de l'âme de la sainte \eu\e pour en répondre devant Dieu. Un scrupule restait à celle-ci, la crainte de détourner celui-là de devoirs plus importants en l'encombrant du soin d'une âme aussi chétive que la sienne. Il la rassura en quelques lignes comme