‹ St Francois de SalesChapitre 65 sur 68 · I. Lettre d'avril · texte numérisé non relu

I. Lettre d'avril

fait entendre qu'il veut que vous pratiquiez celle de Marie ? Votre oraison de simple remise en Dieu est extrêmement sainte et salutaire, il n'en faut jamais douter ; elle a été tant examinée, et toujours on a trouvé que Notre-Seigneur vous voulait en cette manière de prières; il ne faut donc autre chose que d'y continuer doucement. »

De même un temps viendra où, après l'avoir longtemps retenue dans le monde pour y croître en renoncement et l'embaumer de ses vertus, il la prendra luimême par la main pour la conduire à ce dépouillement total qu'on ne trouve que dans la vie religieuse.

Lorsque saint François de Sales se chargea de la direction spirituelle de Mme de Chantai, ni lui ni elle n'eurent autre chose en vue que sa sanctiflcation dans le monde. Ce fut seulement un an après, que la pensée d'une vocation religieuse traversa pour la première fois leurs entretiens. Au premier mot qui lui fut dit sous forme d'une aspiration vague, il répondit avec une certaine solennité, en homme qui parle sous une inspiration supérieure : « Oui, un jour vous quitterez toutes choses, vous viendrez à moi, et je vous mettrai dans un total dépouillement de tout pour Dieu » . Puis il n'en fut plus question. Le saint évêque estimait qu'il faut

s'attacher au devoir présent, qu'à chaque jour suffit sa peine, et que c'est perdre son temps qne de se lancer en conjectures vaines sur un avenir qui peut-être ne se réalisera jamais, « n'y ayant rien, » disait-il, « qui empêche tant de nous perfectionner en notre vocation que

, d'aspirer à une autre ». Peut-être aussi jugeait-il que la tâche maternelle de Mme de Chantai était encore

> trop loin de son achèvement pour qu'elle pût songer de longtemps à changer sa forme de vie. Sa direction demeura donc tout à fait indépendante de ces prévisions lointaines. Quelques mois plus tard, il répond à une seconde ouverture : « Je ne vous dirai rien. Je ne veux point parler. Dieu vous veuille bien éclairer et faire voir son bon plaisir! car, au péril de tout ce qui est en nous, nous le suivrons quelque part qu'il nous conduise*. » L'année suivante, sollicité de nouveau, — car l'idée avait poussé de profondes racines, — il écrit ces paroles tranquillisantes : « Or sus, je veux dire ce mot de vanterie, j'y pense plus que vous, que je crois; » mais c'est tout, et il lui recommande « que sa diligence soit résignée * » .

Sur ces entrefaites, les admirables filles de sainte Thérèse ayant établi un Carmel à Dijon, Mme de Chantai entra en relations avec elles et, ravie de leurs vertus, se crut appelée à les suivre. Elle consulta son guide, qui se réserva de plus en plus, renouvelant toutefois sa première déclaration qu'un jour elle de\aittout quitter. « Mais que ce soit pour entrer en religion c'est grand cas ; il ne m'est pas encore arrivé d'en être d'avis. Don-

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