RHUMATISME
« S'il fallait s'en rapporter aux trop nombreux écrits dans lesquels chaque médecin vante les merveilleux effets de ses eaux contre les affections rhumatismales, il semblerait, dit M. Constantin James , que la thérapeutique de ces affections est aussi facile que leur guérison est assurée. Autant de sources, autant de spécifiques. Malheureusement quand on vient à examiner les choses par soi-même et à consulter non plus seulement les livres, mais les malades, on voit qu'il s'en faut énormément que les résultats soient tels qu'ils se trouvent annoncés, ou du moins qu'à côté d'éclatants succès dont on parle, il y a de pénibles etdouloureux mécomptes dont on ne dit rien. A quoi tiennent ces différences dans l'action des eaux ? C'est qu'au lieu de faire d'abord un choix, on envoie indistinc-
tenient aux bains les plus proches et les plus vantés, une foule d'affections qu'on décore du titre de rhumatisme , bien qu'elles n'aient de commun que l'obstacle apporté par elles à l'exercice des mouvements. »
Nous verrons plus loin que cette manière de voir est partagée par M. le docteur Pidoux dont on connaît les importants travaux sur la question qui nous occupe et qui sont insérés dans le septième tome des Annales de la Société d'hydrologie.
Nous ne pouvons dans l'état actuel de la science définir la nature du rhumatisme, mais ce qui est bien certain c'est qu'il est toujours accompagné d'un état congestif qu'il soit cause ou effet, lequel, suivant qu'il s'adresse à tel ou tel système de l'économie, se traduit par des symptômes propres aux congestions des organes eux-mêmes.
Je m'explique : Que le rhumatisme s'attaque au système musculaire, nous verrons survenir la douleur et l'embarras des muscles atteints.
Si les articulations sont prises et si l'inflammation est la suite de l'invasion du rhumatisme, tous les symptômes seront ceux de l'inflammation articulaire.
La paralysie accompagnera le rhumatisme cérébral, comme la bronchorrée l'état congestif du poumon.
Véritable Protée, le rhumatisme, je le répète, change d'allure et se traduit par mille symptômes divers suivant le lieu dont il fait choix.
J'ai parlé du rhumatisme cérébral, cette terrible affection jusqu'ici presque toujours suivie d'une mort rapide, alors qu'elle se présente à l'état aigu. Gomme le rhumatisme articulaire aigu, le rhumatisme cérébral a aussi son diminutif en douleur et en gravité.
J'ai le premier, dans un travail présenté en 1861 à la société d'Hydrologie, fait connaître cette affection plus fréquente qu'on ne le pense et dont j 'ai pu observer depuis quelques nouveaux exemples :
Suppression ou diminution des douleurs rhumatismales existantes, coloration de la face, pesanteur de la tête, somnolence, céphalalgie, vertige allant jusqu'à causer la chute du malade, marche vacillante et semblable à celle d'un homme ivre , pensées plus ou moins tristes , nécrophobie , perte ou diminution de la mémoire, surdité plus ou moins complète, insomnie, diminution progressive des forces, inter-
mittence dans le pouls, inappétence, constipation: tels sont les principaux symptômes qu'il m'a été donné de reconnaître dans cette affection que je nie suis permis de nommer rhumatisme cérébral chronique.
Quelque soit la partie ou le système atteint de rhumatisme, la congestion est le seul phénomène qu'il nous soit permis d'apprécier, congestion du reste dont la cessation ou la diminution est toujours suivie d'une amélioration définitive ou passagère.
MM. Trousseau et Pidoux qu'il faut toujours consulter alors qu'il s'agit de thérapeutique ont sur le rhumatisme des idées à peu de choses près identiques.
« La fluxion rhumatique . disent-ils, a pour siège d'élection les séreuses ; fixée sur une ou plusieurs articulations , elle produira le rhumatisme articulaire chronique primitif , les hydarthroses chroniques ; sur la séreuse intra-vasculaire, les troubles circulatoires, les palpitations, les mouvements fébriles ; sur la plèvre, le cœur et les méninges, des épancheinents séreux qui pourront revêtir au cerveau la forme apoplectique . sur le névrilême de la moelle épinièreet des nerfs, des accidents névralgiques.
choréiques, paralytiques; sur la peau, des sueurs profuses ; sur les muqueuses des bronchorrées, des gastrorrhées, etc., etc.
Le rhumatisme comme la dartre, la scrofule, la syphilis, est une maladie constitutionnelle, et comme ces diathèses, il cause une série nombreuse d'affections qui dépendent intimement de lui, qui sont liées à sa nature et qui demandent pour être conduites à la guérison, non pas le traitement seul de l'affection elle-même, mais une médication qui s'adresse surtout à la maladie générale.
Au dire de la plupart des écrivains hydrologistes , toutes les eaux minérales , pourvu qu'elles soient administrées à une température élevée peuvent être dirigées avec succès contre le rhumatisme. Il faut pourtant faire , selon nous, une distinction que nous croyons capitale, sinon entre les différentes espèces de rhumatisme du moins entre les rhumatisants eux-mêmes.
A tels malades conviendront les eaux alcalines , à tels autres les sulfureuses seront conseillées avec plus de chance de succès.
Que peuvent les eaux sulfureuses ?
Je ne peux mieux faire que répéter ici ce qu'à si judicieusement écrit M. Astrié : « Pléthore
séreuse rliiimalismaleet asthénie fonctionnelle, tel est le tond général de la pathologie du rhumatisme. Un sudorilique et un excitant tel est le fond de la médication que la thérapeutique thermale lui oppose. Les eaux sulfureuses , jouissent en général de températures plus ou moins élevées qui les rendent très-avantageuses et en outre leur principe minéralisateur , le soufre par ses propriétés spécialement sudorifiques et stimulantes, se prête merveilleusement à toutes les indications à remplir.
« Ces indications se résument en ces termes : provoquer une dépression séro-humorale par la peau, relever les fonctions cutanées affaiblies et se laissant entraver, troubler par la moindre impression du froid ; maintenir la dépuration cutanée au niveau des besoins de l'état morbide diathésique , stimuler et fortifier l'innervation languissante , irrégulière et imprimer à tout l'organisme une force de résistance suffisante contre les agents extérieurs.
« La médication thermale sulfureuse mieux encore que la thermale saline . répond à ces indications. »
Nous avons, chaque année, un certain nombre de malades atteints de rhumatismes à soigner à
St-Honoré, et nous obtenons en général d'excellents résultats.
Si chez certains sujets, les eaux sulfureuses fortes sont peut-être préférables, les eaux plus faibles, plus douces de St-Honoré , sont d'un emploi plus sûr chez certains autres plus sanguins et plus irritables.
Nous avons cherché à provoquer chez nos rhumatisants des sueurs salutaires qu'il nous a toujours été possible d'obtenir à l'aide de bains chauds et de douches générales que nous faisons habituellement administrer à 45 centig.
Les douches de vapeur sont encore employées souvent en pareils cas à St-Honoré et les malades eux-mêmes en comprennent tellement les bénéfices qu'ils demandent de leur propre mouvement à les multiplier.
Le rhumatisme, on le sait, emprunnte souvent au lymphatisme et à la scrofule quelsques-uns de leurs caractères.
Pour M. Pidoux, certaines douleurs mises sur le compte du rhumatisme ne sont que des accidents de cette maladie générale. Certains sujets, dit-il , de scrofuleux se voient tout à coup transformés en rhumatisants par leur médecin ou leur amour-propre.
Chez les rhumatisants scrofuleux, les eaux de St-Honoré, dont nous avons dit la puissance au début de ce travail, alors qu'il s'agissait de la maladie constitutionnelle elle-même , sont d'un grand secours , car elles peuvent attaquer à la t'ois ces deux diathèses.
Dans le rhumatisme des viscères, nous avons ohtenu de très-beaux résultats et comme toujours l'amélioration a coïncidé avec le retour des douleurs anciennes dans les parties précédemment affectées.
Cependant, je dois le dire, pour cette classe de maladies plus que pour toutes les autres, c'est au temps qu'il appartient de continuer les observations de guérison.
D'un autre côté, si les souffrances reviennent, il faut tenir compte aussi de la cause première, du milieu dans lequel le sujet est forcé de retourner vivre ; or ce n'est qu'à la condition de faire disparaître la cause , que nous pouvons espérer de combattre efficacement et d'annihiler les effets.