BRONCHITE CHRONIQUE CATARRHALE
Une grande partie des malades, qui viennent chaque année demander le rétablissement de leur santé aux eaux de Saint-Honoré, sont atteints d'affections des voies respiratoires parmi lesquelles se rencontre assez fréquemment le catarrhe bronchique.
Les auteurs reconnaissent aujourd'hui une différence tranchée entre la bronchite chronique et le catarrhe des bronches, deux affections qui, je le crois, sont différentes en effet, mais dont l'une, le catarrhe, m'a paru presque toujours être une complication de l'autre.
Il est un fait bien certain, c'est que parmi mes malades de Saint-Honoré je n'ai eu que rarement à soigner des bronchites chroniques franches, et il était presque toujours facile, en interrogeant et en examinant les malades, de retrouver une cause diathèsique scrofuleuse , herpétique, plus rarement rhumatismale.
L'une et l'autre de ces maladies constitution^ nelles avait prédisposé le malade à l'inflammation des voies aériennes, et cette inflammation, au lieu de se résoudre, comme elle le fait habi-
tuellement chez les sujets à constitution forte, était restée sous l'influence diathésique, de la nature de laquelle elle participait alors.
Rien n'est plus commun dans ces cas que de voir céder une bronchite ou une angine, en même temps que l'on voit apparaître à Ja peau une manifestation diathésique supprimée depuis longtemps; et réciproquement, la disparition de l'affection cutanée coïncider avec un catarrhe bronchique. Je donnerai l'observation d'une jeune personne chez laquelle ce fait s'est montré d'une manière évidente.
Le catarrhe bronchique scrofuleux est fréquent à Saiut-Honoré, et il n'est pas possible de ne pas le- reconnaître; dans la plupart des cas le malade portant les signes les plus évidents de cette maladie constitutionnelle.
Après lui, par ordre de fréquence, nous avons remarqué le catarrhe lié à une affection psorique. Cet état catarrhal assez fréquent chez les nombreux enfants que l'on conduit à nos eaux coïncidait avec des gourmes, ou se remarquait chez des sujets dont les ascendants étaient dartreux, ou avaient été eux-mêmes, dans leur enfance, sujets aux affections catarrhales.
Ces enfants, qu'ils soient dartreux ou scrofu-
leux, portent en général l'empreinte d'un lymphatisme exagéré, et pour qui les observe d'une manière sérieuse, MM. Rilliet et Barthez en ont fait une description frappante de vérité dans leur Traité des Maladies des enfants.
« La prédisposition catarrhale , disent ces auteurs, se reconnaît à la mollesse et à l'exhubérance des chairs qui sont bouffies et comme abreuvées de liquide, à la facilité avec laquelle se produisent les écoulements et les flux de toute espèce. Les enfants prédisposés au catarrhe ont donc tous les attributs du tempérament lymphatique ; ils ont d'ordinaire les cheveux blonds, les yeux bleus, les cils longs et recourbés, etc. La prédisposition catarrhale est quelquefois héréditaire ; c'est ainsi que l'on voit la laryngite spasmodique atteindre tous les enfants d'une même famille, et les parents qui ont été sujets dans leur enfance aux maladies catarrhales, les retrouver et les reconnaître chez leurs enfants. »
Cette description, on le voit, se rapporte bien plus aux enfants scrofuleux qu'à ceux atteints d'affection herpétiques. Je la trouve cependant on ne peut plus exacte, soit que ces derniers aient eu leur constitution détériorée par la diathèse strumeuse, soit que l'affection psorique
ait eu pour point de départ, la scrofule ellemême.
J'ai donné mes soins, en 1862. à une dame atteinte de pityriasis du cuir chevelu, et dont les trois enfants, d'un lymphatisme exagéré, outre les accidents qu'ils présentaient du côté de la peau, étaient atteints, l'un d'une angine chronique, les deux autres de bronchite catarrhale.
Il n'est pas aussi facile de reconnaître si la bronchite est sous la dépendance de l'état rhumatismal : cependant, la coïncidence avec cet élément morbide, l'espèce de bascule qui s'établit souvent entre les différentes sortes de manifestations de cette maladie, permettent de reconnaître l'origine de l'affection des voies respiratoires. Quand je dis origine, j'exprime mal ma pensée, car je crois que l'inflammation franche a, dans la plupart des cas, précédé l'état catarrhal, qui n'est que l'expression du rhumatisme lui-même.
Les malades atteints de ces affections bronchiques se trouvent en général fort bien de nos eaux, que nous donnons en inhalations, demibain, bains, et quelquefois en douches.
L'inhalation est très-efficace , car, indépen-
dammentde son action directe sur la muqueuse bronchique, elle nous sert encore en appelant à la peau une douce moiteur qui en rétablit les fonctions ; moyen précieux surtout chez les malades d'un certain âge, alors que la sécrétion cutanée est presque toujours considérablement diminuée. L'inhalation agit alors comme le bain, mais elle est supportée plus facilement que lui dans certains cas où le médecin redoute pour son malade l'immersion dans l'eau sulfureuse.
D'après ce que j'ai dit sur les effets physiologiques et thérapeutiques de nos inhalations, il est facile de comprendre qu'au début, c'est à la période d'excitation que le malade doit avoir recours dans la plupart des cas : aussi voit-on bientôt la toux augmenter pendant quelques jours pour diminuer ensuite , l'expectoration devenir plus facile et plus abondante , et sa nature surtout être modifiée d'une manière trèsavantageuse, par cette légère irritation qu'il faut savoir diriger ou arrêter à temps et qui amène après elle la résolution de l'état catarrhal.