ASTHME
Un asthmatique, disent les auteurs du Dictionnaire des eaux minérales, ne doit jamais être soumis à une médication thermale quelconque, sans un sérieux examen. En effet, les lésions organiques du cœur et des gros vaisseaux, ne sauraient pas toujours se prêter sans danger à une médication thermale ordinaire.
On ne saurait trop prendre en sérieuse considération ces sages conseils, que le médecin d'eaux minérales doit toujours avoir présents à l'esprit.
J'ai reçu en 1863 , à Saint-Honoré , deux asthmatiques atteints d'affections du cœur. Le premier voulut bien suivre mes conseils et repartit le jour même de son arrivée.
Madame X..., au contraire, désira se reposer des fatigues de son voyage.
Cette malade m'avait été envoyée pour suivre un traitement par les inhalations sulfureuses.
Après un sérieux examen , je crus pouvoir affirmer que l'état des voies respiratoires était sous la dépendance d'une affection organique du cœur, et je l'engageai fortement à ne point tenter un traitement sulfureux.
Le départ était fixé au troisième jour , je ne pensai pas devoir m'opposer au désir qu'elle exprima de prendre chaque matin un verre d'eau sulfureuse.
Madame X... but-elle plus d'eau que je ne l'avais autorisée à le faire, ou ces quelques verres suffirent-ils ? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle fut prise d'une congestion cérébrale qui faillit l'emporter, et que son mari, appelé par une dépêche télégraphique dut, après plusieurs jours, qui ne furent pas sans danger, la remmener encore très-souffrante.
Nous avons obtenu chez presque tous les asthmatiques, traités à Saint-Honoré, une grande amélioration dans leur état et quelquefois une guérison que nous espérons ne pas devoir se démentir.
Il y a ceci de fâcheux dans le traitement par les eaux minérales, c'est que, malheureusement, on perd bien souvent ses malades de vue ; tel que l'on croyait radicalement guéri ne l'est pas, tandis que d'autres, au contraire, chez lesquels on n'avait pu constater aucune amélioration pendant leur séjour aux eaux, ont vu, quelques mois après, leurs symptômes disparaître pour toujours.
Connue on le pense bien, je n'ai pas la prétention de taire des eaux de Saint-Honoré un traitement spécifique de l'asthme.
Cette affection est plus souvent un symptôme qu'une entité morbide . le traitement, par conséquent , devra varier suivant les causes sous l'empire desquelles il s'est montré.
Nous n'en devons pas moins indiquer les eaux de Saint-Honoré, comme très-utiles dans certaines espèces d'asthmes.
Depuis longtemps déjà et bien avant nos salles d'inhalation, elles étaient regardées comme trèsutiles dans les affections qui nous occupent. On lit dans l'Annuaire statistique du département de la Nièvre de l'an IX :
« Ces eaux ont produit des effets merveilleux dans les rhumatismes, les asthmes. »
Bacon, dans sa notice, cite les deux cas suivants :
« La ci-devant comtesse Dex. attaquée d'asthme nommé orthopnée convulsif, a t'ait usage des eaux du Mont-Dore qui lui produisirent peu d'effets; elle a ensuite pris les eaux de Saint- Honoré. elle s'en est parfaitement trouvée. »
« L'épouse de M. Lorry, chirurgien à Aunay, éprouvait, dès sa plus tendre jeunesse, une toux
spasmodïqùe catarrheuse qui augmentait particulièrement dans les saisons froides et humides et affectait tellement la poitrine qu'on avait tout à craindre pour ses jours : elle a fait usage de ces eaux pendant deux saisons ; la toux a disparu et la poitrine s'est rétablie. »
On ne peut nier que l'engorgement de la muqueuse bronchique ne soit dans bien des cas la cause d'accès d'asthme. Or, ce que j'ai dit de nos inhalations dans le catarrhe bronchique fait assez voir les résultats que nous pouvons obtenir chez ces asthmatiques par nos inhalations sulfureuses.
C'est surtout dans l'asthme survenant chez les individus qui ont vu tout à coup disparaître une affection herpétique ou présentant une affection cutanée concomitante, que le traitement minéral est suivi des plus heureux résultats. Cette espèce de bascule entre deux affections, en apparence si dissemblables, est chose reconnue aujourd'hui.
On lit dans le compendium de médecine que « Fabrice de Hilden rapporte qu'un jeune homme fut saisi tout-à-coup d'un accès d'asthme après la disparition d'une affection cutanée produite par un répercussif. »
Cullen, parmi les divisions de l'asthme, admet
précisément un asthme exan thématique produit par la répercussion de la gale, d'une éruption, ou par un épanchement acre.
« L'asthme nerveux, dit M. Guersant, chez les enfants comme chez les adultes, survient quelquefois sans lésion organique, je l'ai observé chez des enfants affectés d'eczéma chronique lorsque l'éruption avait complètement disparu. »
« Nous ferons remarquer , dit M. Durand- Fardel, dans son excellent Traité des eaux minérales, qu'il ne faut pas négliger à ce sujet d'interroger avec soin les malades, et que le germe dartreux. rhumatismal ou goutteux peut parfaitement jouer un rôle important. »
Les inhalations sulfureuses m'ont encore paru très-utiles clans les cas d'asthme chez les rhumatisants.
En pareil cas, c'est par une forte dérivation à la peau que l'on voit céder l'accès, tandis que l'inhalation, tout en faisant un appel plus doux, à l'enveloppe cutanée, agit surtout sur la muqueuse bronchique par son action résolutive et stupéliante.