PHTHISIE PULMONAIRE
Nous ne pouvons pas faire remonter avant 1813, époque à laquelle écrivait Bacon, le traitement de la phthisie pulmonaire par les eaux de Saint-Honoré. En 1817, Pillien qui n'a fait du reste que copier presque textuellement les observations de Bacon , citait le cas suivant, que je tiens d'autant plus à faire connaître, qu'il le donne comme un exemple de phthisie pulmonaire rhumatismale.
« M. Morelle . brigadier de gendarmerie dans le département de la Nièvre, âgé de trente-huit ans, d'un tempérament lymphatique, avait ressenti à diverses reprises des douleurs de poitrine; il avait eu plusieurs rhumes dont la terminaison laissait toujours une altération clans la voix et la respiration.
Depuis longtemps il souffrait de rhumatismes vagues, lorsque, après une course de huit lieues par un temps très-humide, il éprouva une toux violente, des douleurs vives dans le thorax, et enfin une expectoration muqueuse plus abondante le matin.
Cette maladie résista à divers remèdes, et déjà
la maigreur, la fièvre, les sueurs nocturnes. taisaient juger cet état incurable , lorsque le malade se lit transporter à St-Iîonoré. Il y resta trente deux jours, prit vingt-sept bains , but depuis douze onces jusqu'à trois livres d'eau minérale par jour, et s'en retourna guéri d'une maladie qui fait le désespoir des médecins et enlève le sixième de la population. »
En I800, mon confrère et excellent ami M. le docteur Thollé (de Moulins-Engilbert), écrivait sur Saint-Honoré plusieurs articles , dont l'un se terminait ainsi :
« Celui qui écrit ces lignes essaya, il y a vingt ans, de prouver les analogies médicales qui existent entre les sources de Saint-Honoré, et quelques-unes des Pyrénées. Malbeureusement on ne sait pas assez dans le monde que ces eaux jouissent d'une grande efficacité dans les maladies des voies respiratoires.
« Leur analogue dans les Pyrénées, écrivait en 1856 M. Racle, dans le Moniteur des Hôpitaux, est la source des Eaux-Bonnes. Seulement, les proportions sont plus faibles ; aussi les eaux de Saint-Honoré sont-elles plus faciles à supporter que ces dernières. »
M. le docteur Racle pensait que. tandis que
les eaux des Pyrénées ne pouvaient être administrées avec avantage que dans la première et seconde période de la tuberculisation, celles de Saint-Honoré avaient d'autant plus d'efficacité qu'elles agissaient sur une maladie plus avancée. Il appuyait son opinion sur trois faits qui ne semblèrent pas, avec raison, assez concluants au savant rapporteur de son travail, M. Bourdon. (Annales de la Société d'hydrologie. Tome II.)
Dans la discussion qui suivit le rapport , M. Durand-Fardel fit remarquer qu'on admettrait difficilement que la troisième période de la phthisie fût précisément celle pour laquelle les eaux de Saint-Honoré étaient surtout indiquées.
Cette opinion, du reste, ne fut pas longtemps soutenue par M. Racle lui-même, car il écrivait dans le Moniteur des hôpitaux du 26 avril 1856 : « Il n'est pas besoin de dire que dans cette période, les eaux sulfureuses sont tout aussi inefficaces que tous les autres agents thérapeutiques. »
Ce fut pendant cette même année, 1856, que furent inaugurées les salles d'inhalation de Saint-Honoré, sous l'inspection médicale de notre confrère Al lard.
Pour mon prédécesseur, c'était pendant la
deuxième période qu'il fallait conseiller les eaux de Saint-Honoré, alors surtout que la phthisie était compliquée d'herpétisme, d'état catarrhal, d'œdème, d'engouement ou de pneumonie chronique.
Il admettait le traitement de la troisième période, mais avec une extrême réserve et comme les médecins qui déjà avaient écrit sur St-Honoré, il reconnaissait une certaine analogie entre les effets médicaux et la composition chimiques de tes sources, et ceux des Eaux-Bonnes.
Avant de donner sur Saint-Honoré, au point de vue du traitement de la phthisie pulmonaire, mon opinion basée sur les observations que j'ai laites, qu'il me soit permis de poser cette question préalable : Existe-t-il, aussi souvent qu'on veut le dire, une phthisie essentielle? Ou bien le tubercule n'est-il presque toujours qu'un produit morbide accidentel, résultat d'une maladie constitutionnelle ?
La réponse à ces questions nécessiterait seule tout un travail, et encore arriverait-on à la résoudre d'une manière satisfaisante ?
Déjà le nombre des phthisies essentielles tend à diminuer tous les jours, à mesure que grandit d'avantage l'étude des maladies constitution-
nelles. Les désignations de phtliisies dartreuses, scrofuleuses, arthritiques, syphilitiques même, sont admises aujourd'hui par la plupart des médecins.
Je sais que l'on objectera qu'il existe des cas nombreux de phthisie survenant chez des hommes vigoureux, à constitution athlétique et présentant tous les extérieurs de la force et de la santé.
Cela n'est malheureusement que trop vrai, mais je répondrai que la dartre et le rhumatisme ne sont point incompatibles avec une forte constitution. C'est la réponse que l'on pourrait faire aux auteurs du Compendium, qui rejettent l'opinion de Laennec, à savoir, que la phthisie est plus commune dans les plaines que sur les montagnes, parce que, disent-ils, elle est fréquente sur les montagnes de l'Auvergne. Je ne suis pas en mesure d'assurer que cette maladie est plus rare chez les montagnards que chez les habitants de la plaine, ce que je crois cependant; mais ce que je peux affirmer, c'est qu'en Auvergne il serait peut-être difficile de trouver un adulte qui ne fût plus ou moins rhumatisant, et la phthisie rhumatismale est parfaitement reconnue aujourd'hui.
Les travaux de iMorton . de Bertrand . de MM. Nivet et Allard, ont suffisamment prouvé la fréquence de cette affection tuberculeuse, expression d'une maladie constitutionnelle, le rhumatisme.
L'hérédité, cette cause de phthisie qui domine toutes les autres, ne vient-elle pas elle-même nous engager à mettre en doute l'existence fréquente de la phthisie essentielle '? Je n'admets pas qu'un enfant né de parents phthisiques , porte d'une manière fatale dans son organisme un germe de maladie qui mettra vingt ou trente ans à se développer, alors que le travail de composition et de décomposition se sera produit si souvent sans qu'il s'en soit montré la moindre trace ; mais je crois que cet enfant, né dans des circonstances défavorables à la vie, sera sous l'influence d'une altération de liquides telle que, plus qu'un autre, il sera prédisposé à l'af-. fection tuberculeuse.
Cette manière de considérer l'hérédité dans la phthisie pulmonaire est consolante. Elle nous permet d'espérer qu'en agissant de bonne heure sur la constitution des sujets, la médecine pourra prévenir une affection qu'elle n'est que trop souvent impuissante à guérir. Comme le dit
M. Piorry, do ce que l'on est né de parents phthisiques on n'est pas voué certainement à la phthisie.
Un rhume négligé , dit-on souvent encore aujourd'hui, est un commencement de phthisie. Oui, un rhume négligé peut devenir tout à coup le point de départ de la tuberculisation pulmonaire, mais alors que le tubercule ne demandait pour se manifester qu'une cause occasionnelle quelconque.
Ajoutons enfin, en terminant, ces remarquables paroles tirées de la clinique d'Andral : « Il est peu de maladies chroniques qui, pendant leur cours , n'aient été vues compliquées de tubercules pulmonaires. L'époque où ceux-ci commencent à se développer est souvent alors fort difficile à saisir, parce que les symptômes locaux peuvent, dans le principe, se réduire à une simple toux qui n'a rien de caractéristique, et parce que, d'autre part, les symptômes de dépérissement qu'on observe sont naturellement rapportés à l'affection chronique primitive. » (Andral, t. IV, p. 49.)
« Pour préciser avec quelque chance de succès une cure hydrominérale, dit Pâtissier (Annales de la Société, t. IV), le clinicien doit avoir
égard, plus à i état général, au tempérament, à la constitution du malade qu'aux lésions matévielles révélées par la percussion et la stéthoscopie. » N'est-ce point indiquer assez clairement que la phthisie pulmonaire est souvent née sous l'influence d'une cause diathésique qui, si elle ne domine pas les manifestations extérieures, ne doit pas moins attirer la sérieuse attention du médecin au point de vue du traitement.
J'ai donné mes soins, à Saint-Honoré, à un grand nombre de malades atteints de phthisie pulmonaire à ses différentes périodes, et ce que je vais écrire sur cette terrible affection n'est absolument que le résultat des observations que j'ai faites.
Il ne faut pas, dans une station thermale, accorder tous les bénéfices des guérisons ou des améliorations obtenues à la thermalité ou à la composition des eaux minérales , une part quelquefois grande doit être attribuée au nouveau milieu dans lequel se trouve placé le malade, loin de ses affaires et de ses préoccupations ordinaires, loin quelquefois delà cause première de l'affection.
Saint-Honoré, nous l'avons dit, se trouve placé dans un site charmant, entouré de forêts et mis
à l'abri des vents du nord et de l'est par les montagnes environnantes. Son climat est doux, et l'on y jouit surtout d'automnes magnifiques.
L'altitude de l'établissement de Saint-Honoré étant de 272 mètres au-dessus du niveau de la mer, tous les médecins comprendront l'avantage de cette élévation moyenne dans le traitement qui nous occupe.
« Si le séjour dans une localité très-élevée. disent les auteurs du Dictionnaire des eaux minérales, a pour effet de surexciter les fonctions digestives, circulatoires et nerveuses, et si de telles propriétés sont éminemment salutaires aux individus lymphatiques, affaiblis, cachectiques, elles ne seront pas moins nuisibles à ceux qui sont disposés aux inflammations ou aux congestions actives , ou à l'exaltation du système nerveux. 11 y a donc là une série de contre-indications sur lesquelles nous ne saurions trop appeler l'attention, car on n'en tient pas en général un compte suffisant. Il ne faut pas seulement considérer la disposition générale des individus, mais les dispositions locales qui peuvent naître de tel ou tel état organique. Ceci s'applique surtout à la phthisie pulmonaire, qui rencontre dans une altitude élevée la plupart
des stations spécialement consacrées à son traitement. Chez les phthisiques disposés aux congestions pulmonaires, et partant à l'hémoptysie ou bien au retour d'accidents aigus ou fébriles, une altitude élevée est une condition nuisible, qui peut compliquer d'une manière fâcheuse l'administration d'un traitement déjà difficile par lui-même. »
On ne saurait trop, alors qu'il s'agit de phthisie pulmonaire, diviser le traitement en prophylactique et curatif.
Quand on consulte les différents travaux qui ont été faits sur cette affection, on est véritablement étonné du peu d'importance accordé dans des ouvrages justement estimés, au premier de ces traitements.
Au point de vue des eaux minérales surtout, cette distinction est capitale et demande à être sérieusement étudiée.
Traitement prophylactique. — On a dit avec raison que le plus grand chirurgien n'était pas celui qui opérait le plus ; il devrait en être ainsi en médecine, et la mission du médecin devrait plutôt consister à prévenir qu'à guérir les maladies. Ces idées sont tellement dans l'esprit de la
médecine actuelle, que nous voyons chaque jour augmenter l'importance de l'hygiène qui devient souvent, comme l'a appelée M. Louis Fleury, une prophylaxie active.
Lés eaux minérales, à ce point de vue, ont une importance capitale et sont malheureusement trop négligées.
On vient trop souvent demander aux eaux une santé à jamais perdue, alors qu'un séjour dans une station thermale aurait pu, quelques années auparavant, modiiier une constitution, un tempérament qui prédisposaient à l'affection dont l'issue doit être fatale.
On ne devient pas phthisique du jour au lendemain, et, avant le dépôt du premier tubercule dans le poumon, qui oserait nier que la santé n'était pas déjà fortement altérée?
« Le traitement préservatif, dit M. Louis, ne peut s'appuyer que sur la connaissance des causes prédisposantes de la phthisie. Or , ce que nous savons de plus positif à cet égard, c'est que l'hérédité et le tempérament lymphatique forment réellement une prédisposition marquée au développement des tubercules pulmonaires. »
Quel est le médecin qui n'a pas rencontré dans le monde, et peut-être plus encore dans les
communautés religieuses, de fis jeunes personnes pâles, chloro-anémiques, d'un lymphatisme souvent exagéré, présentant de la dysménorrhée ou de l'aménorrhée, prises fréquemment de bronchites, quelquefois d'hémoptysies , et devant lesquelles il se demande, sans que l'auscultation puisse le convaincre, s'il a affaire ou non à une phthisie au début.
S'il est vrai qu'il arrive souvent en pareil cas de voir les préparations martiales être suivies des plus funestes effets , comme l'enseigne M. Trousseau, c'est que déjà une poussée tuberculeuse a eu lieu dans le poumon; mais si ce dépôt prochain n'est point encore commencé, ne voyons-nous pas la santé se rétablir promptement sous l'influence du régime aidé des ferrugineux, sous l'influence surtout d'un séjour aux eaux, chez des malades qu'avec raison on pouvait regarder comme placés sous le coup d'une phthisie imminente.
J'ai eu à traiter à Saint-Honoré plusieurs malades qui se trouvaient dans des conditions pareilles à celles que je viens de décrire, elles résultats obtenus n'ont rien laissé à désirer : il va sans dire que l'inhalation n'était point employée seule, et que les bains, l'eau prise en
boisson, venaient compléter ce traitement préventif.
Le lymphatisme exagéré, la scrofule, dans la grande majorité des cas traités à Saint-Honoré, paraissaient préexister aux symptômes pulmonaires. L'emploi de nos eaux dans ces maladies générales a toujours amené des améliorations notables et quelquefois des guérisons complètes; au point que je suis toujours heureux de rencontrer chez mes malades ces diathèses dominant la situation, car je peux leur faire des promesses que je suis à peu près certain de tenir.
Alors en effet que nous avons besoin de relever une constitution affaiblie, et je le répète, alors surtout que nous avons affaire au lymphatisme ou à la scrofule, les eaux thermales de Saint-Honoré sont bien supérieures à toutes les préparations pharmaceutiques.
En augmentant l'appétit, en activant la circulation périphérique et par contre la grande circulation, les fonctions de l'estomac se régularisent, l'absorption se fait mieux, la menstruation se rétablit, et le malade peut enfin sortir de ce cercle vicieux qui l'aurait fatalement conduit à une affection plus ou moins grave, qu'un traitement prophylactique a pu lui éviter.
C'est surtout chez les entants et dès le premier âge que le traitement prophylactique de la phthisie pulmonaire doit être conseillé. Il est non-seulement reconnu, mais il est rationnel de penser que la médecine, la médecine minérale surtout , peut arriver à refaire une constitution, à changer un tempérament ; c'est donc le plus promptement possible que la médication devra être employée chez les enfants nés de parents tuberculeux, quelles que soient les apparences de santé, apparences habituellement trompeuses.
Il devra en être ainsi chez ceux qui seront nés de parents dartreux ou rhumatisants.
J'ai dit que les apparences de santé étaient souvent trompeuses ; tous les médecins ont rencontré de ces enfants, devant la force et la beauté desquels les parents étaient en admiration, alors que ce teint frais et rose dissimulait le lymphatisme ou la scrofule.
C'est donc dès l'enfance qu'il faut agir lorsqu'on craint une maladie héréditaire, parce que. comme le disent MM. Rilliet et Barthez : « les modifications qui s'opèrent dans l'organisme sont plus nombreuses, plus complètes et plus rapides dans l'enfance qu'à toute autre époque delà vie. L'enfant qui vient de naître ne
sera plus comparable à lui-même'au moment où il atteindra l'âge de la puberté ; les quatorze ou quinze années qui se seront écoulées auront déterminé une transformation plus complète que celle produite dans un espace de temps plus étendu, par le passage de la jeunesse à l'âge mûr, et de l'âge mûr à la vieillesse. »
Il est impossible, en parlant du traitement prophylactique de la phthisie pulmonaire par les eaux minérales, de ne point y joindre le séjour pendant l'hiver dans les pays chauds, en ayant soin de rechercher ceux où les variations atmosphériques sont les moins brusques. Si ce moyen ne réussit pas aussi souvent qu'on le désire, c'est que les malades, en général , vont demander aux climats privilégiés du Midi non pas un traitement préventif, mais un traitement curatif bien plus difficile à obtenir.
Mais enfin le dépôt tuberculeux s'est opéré, que peuvent sur lui les eaux de Saint-Honoré ? Je vais tâcher de répondre à cette question en abordant le traitement curatif.
Traitement curatif. — La phthisie est curable, c'est l'avis des médecins les plus expérimentés :
les faits cliniques et les résultats nécroscopiques le prouvent d'une manière irréfutable.
Existe-t-il des phthisiques guéris par les eaux sulfureuses? On ne peut le nier en face des assertions de médecins aussi capables que conciencieux.
J'étudierai l'action des eaux de Saint-Honoré, au point de vue du traitement de la pbthisie pulmonaire, en tenant compte des trois degrés de cette affection.
Premier degré (période de crudité). — Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'opportunité du traitement sulfureux pendant cette période de l'affection qui nous occupe ; plusieurs même non-seulement n'y voient aucun avantage, mais redoutent encore les fâcheux résultats de l'excitation produite par les eaux.
L'opinion qu'il était nécessaire que la pbthisie pulmonaire fût arrivée à son deuxième degré pour être heureusement influencée par le traitement sulfureux, m'a toujours paru en contradiction avec le raisonnement, sinon avec l'observation, et je n'ai jamais compris, malgré les théories faites à cet effet, qu'il fût nécessaire pour guérir le malade que la maladie eût fait de plus grands progrès.
Le tubercule dans ce cas ne doit point seul attirer l'attention du médecin, et c'est vers l'état général surtout que ce dernier doit diriger sa médication, état général qui ne va qu'en s'affaiblissant à mesure que l'affection fait des progrès.
« La médication thermale, a dit M. Durand- Fardel, s'exerce dans une direction vraie et suffisante lorsqu'elle s'adresse exclusivement aux circonstances de la maladie, autres que le tubercule lui-même. » (Annales, 1. IV).
Les médecins qui ne sont point partisans du traitement sulfureux donnent, entre autres raisons , la difficulté très-grande du diagnostic. Tout en tenant compte de cette difficulté, nous pensons que, grâce aux travaux de quelques-uns de nos confrères, cette tâche est rendue moins difficile aujourd'hui. Nous avons tous apprécié la valeur des signes décrits par M. Bourdon, et la science s'est encore accrue d'un moyen précieux de diagnostic de la phthisie au début, je veux parler de la respiration saccadée.
Cette altération du murmure respiratoire souvent unique au début de la tuberculose, décrite par Zehetmayer, professeur de clinique à Lemberg, fut le sujet d'un article publié dans le*
Moniteur des hôpitaux du 20 juillet 1855. par M. le docteur Imbert-Gourbeyre, et dans lequel il donna la traduction suivante :.« On entend quelquefois la respiration saccadée au début de la tuberculose pulmonaire. L'inspiration ne se t'ait point alors d'un seul coup, par l'expression simultanée des vésicules, mais elle est entrecoupée, et s'accomplit en deux ou plusieurs temps séparés par un très-court intervalle de repos. » (Wien. 1854.)
M. le docteur Bourgade écrivait en 1858. dans le numéro de novembre des Archives générales de médecine , ses recherches sur la respiration saccadée, et terminait son travail par les conclusions suivantes que je demande la permission de rapporter ici, car ce moyen précieux de diagnostic que j'ai bien souvent constaté moi-même, ne me parait pas suffisamment apprécié par le public médical : « Pour établir d'une manière certaine le diagnostic d'une lésion tuberculeuse pulmonaire, il est nécessaire d'invoquer le concours de deux ordres de signes : les signes phijsiques locaux qui indiquent le siège, l'étendue, la forme, le degré de la lésion , et les signes rationnels et généraux qui démontrent principalement sa nature.
« Dès lors, s'il arrive que chez un malade on observe les signes rationnels et généraux d'une affection tuberculeuse commençante , et qu'en même temps l'exploration de la poitrine fasse découvrir l'existence de la respiration saccadée, indice physique de la lésion, je crois que, dans ce cas et avec le concours de ces deux ordres de signes , on pourra conclure avec certitude à l'existence d'une phthisie commençante. »
Malgré tous les moyens diagnostiques que nous possédons, et qui je l'avoue, sont quelquefois insuffisants, je suppose que le médecin ne soit pas convaincu de l'existence de l'affection. Quel danger y aura-t-il à prescrire les eaux minérales sulfureuses, et celles de Saint-Honoré surtout au début de la phthisie pulmonaire ?
Certains médecins craignent avec raison les accidents congestifs si fréquents à cette époque de la maladie ; mais ces accidents peuvent être conjurés en s'en tenant à la période hyposthénisante de l'inhalation. Rester dans l'inaction, au contraire, n'est-ce pas permettre à l'affection de marcher en avant , en même temps que la constitution s'affaiblit ?
L'expérience a confirmé pour moi cette manière de voir, et je n'hésite pas à soumettre au
traitement sulfureux les malades atteints de plithisie au début.
Je n'ai pas de raisons suffisantes pour croire à l'action directe et dissolvante de nos eaux sur le tubercule, mais je crois à la sédation que j'obtiens par des inhalations courtes et répétées. Quant à l'absorption du tubercule lui-même, sommes-nous en mesure de la nier aussi facilement que nous le faisons en général ? Je ne le pense pas. Des savants qui font autorité dans la science , alors surtout qu'il s'agit de plithisie pulmonaire, M. le docteur Fournet, entre autres, croient à la possibilité de cette absorption et la regardent comme un moyen dont se sert la nature pour arriver àlaguérison.
Notre ancien président, M. le docteur Mélier, n'a-t-il pas exprimé lui-même un doute à cet égard dans une des réunions de la Société ?
« On n'admet pas , dit-il , que la matière tuberculeuse puisse être résorbée. en nature; une proposition aussi désolante est-elle vraie dans toute son étendue ? Est-il démontré que la puissance de l'absorption, dont les ressources sont telles et si grandes que nous la voyons tous les jours faire disparaître, non-seulement des liquides en grande quantité , mais encore des
masses énormes de sang coagulé, des fausses membranes et même la substance osseuse, estil démontré qu'elle soit, comme on le dit, tout à fait sans action à l'égard de la matière tuberculeuse? Et en définitive, qu'a donc en ellemême cette matière qui puisse la rendre aussi réfractaire et inattaquable à une force qui pour d'autres se montre si puissante ? » (Annales de la Société, t. VI.)
Abandonnons ici l'idée de résorption de la masse tuberculeuse, ne voyons que les conséquences de son dépôt au milieu du tissu du poumon et ce que peut contre elles le traitement sulfureux.
Sous l'influence de Faction sédative et reconstituante de l'inhalation, la congestion pulmonaire disparaît, des hémoptysies fâcheuses à tous les points de vue peuvent être évitées, les forces augmentent en même temps que l'appétit devient meilleur, et le tubercule n'étant plus entouré de cet état subinflammatoire qui l'accompagne presque toujours, peut plus facilement alors, à mesure que la constitution s'améliore, passer à l'état crétacé , forme sous laquelle on le voit, sinon dispararaître,du moins
laisser le malade jouir pendant de longues années dune santé relativement bonne.
Si une maladie constitutionnelle grave , le lymphatisme, la scrofule, par exemple domine la tuberculisation , ne serait-ce point une faute que de ne pas s'adresser aux eaux minérales pendant le premier degré de la phthisie pulmonaire?
Le traitement que nous faisons suivre à nos malades à Saint-Honoré est loin d'être toujours le même ; il varie suivant la nature de l'affection et les indications quotidiennes.
Dans la forme subaiguë, c'est à la période sédative, bypostliénisante de l'inhalation que nous avons recours. Chez quelques malades, il est nécessaire au contraire de provoquer une légère stimulation ; effets opposés, mais que nous obtenons cependant avec assez de facilité au moyen d'inhalations graduées et de l'eau prise en boisson.
C'est surtout à cette période de la phthisie que j'engage mes malades à prendre de grands bains, qui ne tardent pas à régulariser les fonctions de la peau, en même temps qu'ils concourent à faire disparaître l'engorgement pulmonaire. Les bains entiers sont encore d'un puissant secours
alors qu'il existe une diathèse dartreuse. et dans ce cas, il n'est pas rare de voir s'amender les accidents pulmonaires, en même temps que reparaissent à la peau des manifestations morbides supprimées.
Les douches révulsives sur les extrémités inférieures, les demi-bains, font encore partie du traitement suivant les indications. A l'aide de ces moyens, outre l'effet produit sur la congestion du poumon, on arrive souvent à rétablir chez les femmes l'écoulement des règles supprimées quelquefois depuis longtemps, et tous les médecins qui ont observé savent de quelle importance capitale est chez la femme le rétablissement de cette fonction.
J'ai eu à traiter à Saint-Honoré un certain nombre de malades que je considérais comme atteints de phthisie au premier degré, et j'avais d'autant plus lieu de le croire que mon diagnostic était appuyé par celui de confrères recommandables. Après deux ou trois séjours à nos eaux, ces malades ont vu s'améliorer leur santé au point de ne plus en avoir besoin, ou du moins se sont trouvés assez bien pour croire qu'il n'était pas nécessaire de recommencer une nouvelle saison. J'ai revu entre autres cette
année une jeune femme qui avait fait deux saisons à Saint-Honoré, et que j'ai trouvée si bien, queje n'ai point osé, peut-être est-ce un tort, l'engager à poursuivre un traitement dont elle était persuadée de ne plus avoir besoin.
Mais, me dira-t-on , croyez-vous que ces malades sont à jamais guéris et à l'abri de nouvelles poussées tuberculeuses ? A cela je répondrai que nous ne pouvons le prévoir.
Enrayer la maladie, relever une constitution délabrée, rendre au malade des forces qui ne faisaient que diminuer chaque jour, n'est-ce donc point un résultat assez sérieux pour engager des phthisiques à suivre, au début de l'affection, un traitement minéral ?
Un des modes de guérison étant le passage du tubercule à l'état crétacé, dans quelles conditions meilleures pour obtenir un pareil résultat pourrons-nous placer le malade, qu'en améliorant sa constitution après avoir combattu la maladie constitutionnelle, sous l'empire de laquelle était probablement né le tubercule luimême ?
Deuxième période. — Période de ramollissement. — S'il est souvent difficile de diagnostiquer la phthisie au début, il n'en est pas en
général ainsi quand elle est parvenue à sa deuxième période. Alors, en effet, les signes rationnels sont plus prononcés, et les symptômes plessimétriques et stéthoscopiques ne laissent, dans la plupart des cas, aucun doute au médecin. Je dis dans la plupart des cas, car il peut encore arriver à cette période que l'auscultation ne nous donne aucun résultat positif, et l'on sait dans quelles conditions. « La mort ellemême, a dit Andral, peut survenir par le seul fait des tubercules avant que l'auscultation ait pu révéler leur existence. »
Comme je l'ai dit, suivant l'opinion de médecins recommandables, c'est à cette époque de la maladie que les eaux sulfureuses doivent surtout être conseillées. Je suis loin, on a pu le voir, de partager cet avis, et je crois qu'il est possible de retourner, à ce propos , contre leurs auteurs les raisons qu'ils donnent pour soutenir cette opinion.
En effet, la difficulté de diagnostic de la première période ne peut-elle pas faire que bon nombre de phthisies sont arrêtées dans leur marche, et cela sans que le tubercule lui-même ait été reconnu ?
Dans la phthisie au deuxième degré, au con-
traire, les améliorations et les guérisons sont enregistrées avec plus de certitude ; on ne peut nier devant l'évidence manifeste des faits.
Les inhalations sulfureuses de Saint-Honoré sont encore précieuses à cette époque de la tuberculisation, et nous avons pu souvent en constater les heureux résultats.
Le médecin qui les conseille doit s'occuper de l'état général du malade et des altérations qui se passent du côté du poumon.
La première indication sera naturellement plus difficile à remplir que pendant la période de crudité du tubercule, parce que l'état général aura plus souffert, que la constitution sera plus altérée, et que les bains entiers ne pourront pas être administrés avec autant de sécurité à des malades pour lesquels il faut craindre les moindres refroidissements. Heureusement l'inhalation vient encore, dans ce cas, nous porter un secours efficace en rétablissant les fonctions de la peau.
Du côté du poumon, il y a à considérer :
1° Le tubercule lui-même , discret ou continent ;
2° L'inflammation du tissu pulmonaire le plus voisin :
3° L'engorgement des tissus ambiants.
Les résultats nécroscopiques nous apprennent qu'après la fonte tuberculeuse, les parois des cavernes peuvent, en se rapprochant, amener naturellement une cicatrisation complète ; c'est donc à obtenir un pareil résultat que le médecin doit s'attacher, et dans ce but prescrire le traitement sulfureux. Nos inhalations sulfureuses, en calmant par leur effet sédatif la sub-inflammation du tissu pulmonaire, peuvent arrêter une fonte tuberculeuse trop rapide, en même temps qu'elles la limitent dans sa marche.
En effet, l'inflammation des tissus qui enveloppent immédiatement le tubercule doit participer, dans un temps plus ou moins prochain, à la fonte tuberculeuse. Or, faire disparaître cette inflammation, n'est-ce pas, comme jele dis, limiter le ramollissement au tubercule lui-même?
Il faut d'autres fois, dans certaines phthisies essentiellement chroniques , indolentes , que l'inhalation vienne apporter aux parties malades une douce stimulation et activer par là un travail trop lent, après lequel seulement la guérison peut être espérée. Les inhalations de St-Honoré agissent donc indirectement sur le produit tuberculeux lui-même.
Il n'est pas rare de voir survenir, à la suite du traitement, un léger mouvement fébrile alors qu'on est allé jusqu'à la stimulation. C'est au médecin à savoir s'arrêter à temps, à revenir à l'action sédative de l'inhalation, et quelquefois à la supprimer elle-même complètement pendant un ou deux jours, en ayant soin, par des douches révulsives sur les extrémités inférieures, de faire disparaître ou diminuer au moins la congestion pulmonaire.
Sous l'influence de ce traitement, nous avons vu bien souvent les forces revenir , l'appétit augmenter, les sueurs diminuer d'abord pour disparaître ensuite, et les symptômes plessimétriques et stéthoscopiques s'amender ou disparaître aussi.
Quand nous avons le bonheur d'arriver à de pareils résultats , nous cherchons par tous les moyens à persuader à nos malades qu'il leur est indispensable d'aller passer les hivers dans le Midi, car cette amélioration, obtenue quelquefois si promptement, cède bien souvent en quelques heures devant un changement brusque de température ou à l'apparition d'une nouvelle bronchite, signe bien évident de l'importance capitale
de la disparition, autour du tubercule, de l'inflammation et de l'engorgement pulmonaire.
Après un séjour aux eaux, dont il est impossible de préciser la durée et qui a varié, à Saint- Honoré , entre vingt et quarante jours , nous avons vu disparaître ou diminuer les signes stéthoscopiques du ramollissement, et chez plusieurs tout nous fait espérer que la tuberculose est enrayée d'une manière définitive.
Hâtons-nous de dire que ces cas heureux se sont présentés chez des malades chez lesquels la tuberculisation pulmonaire était limitée.
Chez d'autres, au contraire, malgré une amélioration très sérieuse et constatée après chaque saison, la fonte tuberculeuse n'a fait que marcher en avant jusqu'à une terminaison fatale.
Cependant, en présence de ces temps d'arrêt si tranchés, n'est-il pas permis de se demander si la guérison n'aurait point été obtenue, ou du moins la vie prolongée encore longtemps, si les malades étaient allés passer les hivers dans les pays chauds, loin des brusques variations atmosphériques ?
C'est quand la phthisie pulmonaire est arrivée à la deuxième période , qu'il est possible de la confondre avec certains catarrhes . alors
qu'ils se présentent surtout chez des femmes atteintes en même temps de dysménorrhée ou d'aménorrhée. La percussion, dans ces cas, ne laisse point entendre de matité autour des prétendues cavernes, qui ne sont, le plus souvent, comme on sait, que des dilatations bronchiques plus ou moins remplies de mucosités.
L'état général et les antécédents permettront aussi au médecin de formuler le plus souvent son diagnostic d'une manière précise.
C'est encore à ce degré de la phthisie pulmonaire qu'on peut voir survenir des améliorations surprenantes, en même temps que l'apparition d'affections dartreuses supprimées, alors que les symptômes pulmonaires avaient coïncidé avec cette suppression plus ou moins ancienne.
Mon prédécesseur, M. le docteur Allard. avait parfaitement remarqué dans ces cas les avantages du traitement par les eaux de St-Honoré. « La deuxième période de la phthisie pulmonaire, dit-il, compliquée d'herpétisme, etc., est celle pour laquelle les eaux de Saint-Honoré sont surtout indiquées. »
Pour nous, et nous l'avons dit souvent, tout en tenant grand compte des effets de nos eaux dans la phthisie liée à une constitution rhuma-
tismale ou dartreuse , c'est surtout alors que l'affection sera sous la dépendance du lymphatisme ou de la scrofule que nous serons certains de résultats meilleurs.
Troisième degré. — Nous voici maintenant arrivé à la période ultime de la phthisie pulmonaire, à cette période de l'affection où l'on peut dire que généralement toutes les médications sont impuissantes.
Les médecins qui se sont occupés du traitement par les eaux sulfureuses s'accordent à reconnaître que c'est avec une extrême réserve qu'il faut alors le tenter.
Nous partageons parfaitement ces idées au point de vue du traitement par les inhalations sulfureuses de Saint-Honoré , et qui plus est, nous nions en général l'efficacité de nos eaux à cette époque de l'affection.
Mais d'abord, pour faire comprendre notre pensée, établissons ce que nous entendons par troisième période de la phthisie pulmonaire. Cette distinction, je le crois, suivant qu'elle est appréciée de telle ou telle manière , peut être souvent une cause d'erreur, au point de vue de l'opportunité du traitement.
La première période, ou période de crudité du
tubercule, ne laisse de doutes pour personne, ce temps de l'affection pendant lequel le tubercule se trouve déposé clans le tissu pulmonaire, ne laissant souvent suspecter son existence par aucun signe morbide sérieux.
Le deuxième degré est caractérisé par le ramollissement, la fonte du tubercule lui-même et son expulsion au dehors.
Mais qu'est-ce donc alors que la troisième période ?
Le ramollissement du tubercule, l'existence des cavernes appartiennent aussi bien au deuxième qu'au troisième degré. L'expectoration, la diarrhée, la fièvre, l'hémoptysie, la dyspnée, les douleurs pectorales, les symptômes plessimétriques et stéthoscopiques sont souvent, à la troisième période de la phthisie , absolument semblables à ceux du tubercule arrivé à son deuxième degré.
Que faut-il donc entendre, je le répète, par troisième période de la tuberculose ?
Pour répondre à cette question, il faut, selon nous , beaucoup moins s'occuper de l'état du poumon plus ou moins envahi, que de l'état général du malade.
En effet , à ce moment de la phthisie, à la suite du ramollissement du tubercule et de la fonte elle-même du tissu pulmonaire ambiant, tous les organes semblent participer à l'altération générale. Outre l'infection produite par une absorption qu'on ne peut plus nier alors, c'est à un sang incomplètement oxygéné que les organes viennent demander la force d'exercer leurs fonctions qui s'éteignent.
On voit le malade atteint d'une dyspnée extrême, les muscles inspirateurs se fatiguent en efforts impuissants, le cœur bat avec force, comme s'il voulait remédier par la rapidité de la circulation à la pauvreté du sang que le poumon lui fournit.
Des sueurs colliquatives coïncident avec de la lièvre et une perte souvent complète de l'appétit. Ces sueurs elles-mêmes ne disparaissent souvent que pour laisser après elles des diarrhées incoercibles qui plongent le malade dans l'abattement et le marasme.
Les extrémités inférieures s'œdématient, c'est là souvent le départ d'une hydropisie générale.
Au milieu de ce cortège effrayant de symptômes, l'intelligence reste souvent intacte, dernier refuge d'une vie qui doit s'éteindre bientôt.
Voilà, selon nous, la troisième période de la plithisie pulmonaire.
Que peuvent dans ces cas les inhalations sulfureuses de Saint-Honoré ?
Rien, absolument rien, pas plus que toutes les médications possibles.
Dans cette période extrême, n'engageons pas les malades à se rendre aux eaux minérales, et laissons-les aux soins et à l'affection de la famille.