‹ St. Ignace de LoyolaChapitre 10 sur 17 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ÉTUDIAP^T ET APOTRE A l'uNIVERSITÉ DE PARIS.

Un des premiers historiens de la Compagnie de Jésus, Bartoli, voulant expliquer tous les liens qui existent entre elle et les principaux Etats du monde, écrit ceci : « L'Espagne lui a donné un père dans sairtt Ignace, la France une mère dans l'Université de Paris. »

Les témoignages d'Ignace lui-même ne sont pas pour démentir ce jugement. Il avait déjà passé quatre années à Paris, quand il écrivait, le i5 juin i532, à son frère aîné Dom Garcia, dont le fils, qui se destinait îiux ordres sacrés, devait venir étudier à son tour dans la célèbre Université. Ignace avoue que le souci de la vie, les honoraires des maîtres, les exigences de l'étude y demandent plus de sacrifices qu'ailleurs ; mais il ajoute : « A mon avis, si vous considérez les frais, ils seront moindres dans cette université où l'on profite plus en quatre ans que dans telle autre que je sais en six ans; et si je disais plus encore, je ne m'écarterais pas, ce me semble, de la vérité. »

L'Université de Paris sans doute n'avait plus tout à fait cette grande situation que lui avaient donnée dans la chrétienté tout entière les deux siècles précédents. Elle avait atteint son apogée quand, à la clôture du Concile de Constance (i4i8), elle avait, par d'Ailly et

Gerson, préparé le dénouement du grand Schisme. Depuis lors, ses prérogatives avaient diminué h mesure que s'étendaient les pouvoirs du roi et que se resserrait Funité de la monarchie. D'autre part, le moment était proche où attaquée à la fois par Tesprit de la Réforme et par celui de la Renaissance, elle allait perdre la direction du mouvement intellectuel. Cependant, k l'époque même où l'étudiant espagnol, si peu satisfait d'Alcala et de Salamanque, venait suivre ses cours, la Sorbonne était encore une sorte de parlement théologique international que peuples et souverains consultaient sur les grandes questions politiques et religieuses. Ignace n'avait pas encore quitté notre pays lorsqu'Henri VIII demanda une consultation à l'Université de Paris (comme du reste a celles d'Angers, Bourges, Toulouse) sur l'annulation de son mariage avec Catherine d'Aragon. François P*" qui favorisait alors le roi d'Angleterre (i) et qui était fort porté à imposer son bon plaisir aux grands corps de l'Etat, ne négligea rien pour obtenir de la Sorbonne une déclaration conforme aux désirs d'Henri VIII. Il l'obtint enfin, ou plutôt « il la surprit, dit Dareste, par la manière captieuse dont les questions furent posées, et les autres universités donnèrent leur approbation. »

L'Université de Paris n'en restait pas moins contre les hérésies et les schismes un rempart derrière lequel aimaient à s'abriter nos monarques. En Espagne, Ignace n'avait entrevu que de loin les luttes de l'Eglise contre la révolte luthérienne : il devait les voir de près h Paris. Dès iSai, l'Université avait condamné bien des propo-

(i) On sait que l'entrevue de Boulogne en iSSa, avait eu pour but une alliance de François P^ et de Henri YIII contre Clément VII et Charles V.

sitioDs de Luther extraites de son livre, Captwité de Babylone. En 1627, elle avait condamné les colloques d'Érasme, et, en arrivant au milieu d'elle, Ignace pouvait trouver la justification des soupçons qu'il avait conçus dès ses premières lectures, contre le brillant écrivain (i). En iSag, le protestant Louis Berquin était brûlé en place de Grève par ordre du roi. Quelques années plus tard, Tannée même (i535) où Ignace allait retourner en Espagne, puis à Rome, un groupe de réformateurs négociaient avec François P*" un voyage et des conférences de Mélanchton à Paris. Le roi s'adressait alors à son Université; celle-ci arrêtait les propositions fondamentales qu'il s'agissait d'imposer d'avance comme bases de toute discussion, et la rencontre était ajournée (2). Ces propositions étaient rédigées avec autant de sûreté que d'élégance, et le P. Watrigant estime que l'auteur des Exercices spirituels a dû en conserver avec une certaine précision le durable et utile souvenir.

Ceux qui n'ont appris à voir figurer François I" que dans les batailles et dans les plaisirs seraient peut-être

(i) Ce n'est pas qu'Erasme fût ouvertement hérétique, et on peut croire que ia réfonne ne plaisait pas plus à sou humanisme sceptique que la tradition purement catholique. Ses critiques contre le ce'libat des moines et les mœurs des gens d'Eglise étaient assaisonnés de détails scabreux qui augmentaient la vente de ses livres. Un imprimeur de Paris tira jusqu'à 24,000 exemplaires des Colloques. Il défendit souvent Lulher^ mais fit des efforts prudents pour paraître au moins rester orthodoxe. « 11 mourut, dit Pallavicini^ avec la réputation de mauvais catholique à la vérité, mais non pas pourtant de luthérien. » (Conc. de Trente, I, 23.)

(2) Ces propositions sont reproduites dans l'opuscule du P. Watrigant :la Genèse des Exercices, p. 71, Aux sources indiquées là, j'ajouterai un volume manuscrit (recueil de documents sur l'histoire de l'Université de Paris) de la bibliothèque de Sainl-Sulpice.

un peu surpris de lîre dans du BouUay Ténumérallon des fêtes religieuses auxquelles le roi-chevalier se mêlait à chaque instant, prenant part à la procession, et tenant à la main un gros cierge dont « la poignée était enveloppée d'un velours cramoisi. » En iSa^, son retour de Madrid avait été fêté, d'abord par une rentrée solennelle, puis par une procession destinée k replacer dans leur séjour habituel les reliques qui avaient été publiquement exposées pendant toute la durée de la captivité. Quand on feuillette l'histoire de l'Université de Paris dans les années correspondantes au temps d'études d'Ignace (i), ce sont à chaque instant des Te Deum^ des processions solennelles où le roi figure — non seulement pour la Fête-Dieu , mais pour divers événements religieux tels que des cérémonies expiatoires, tantôt à la suite de profanations de statues, tantôt en réparation des placards injurieux affichés a Paris contre le sacrement de l'Eucharistie, sous l'inspiration, quelques-uns même prétendent sous la dictée de Calvin. C'est encore l'époque où, nous apprend du BouUay, se développe k Paris le culte de saint Joseph, pour lequel sainte Thérèse allait bientôt travailler dans son Espagne.

Les étudiants de l'Université et leurs professeurs prenaient une large part à toutes ces fêtes où les belleslettres avaient une place d'honneur. En i53o, notre héros put assister h l'entrée dans Paris de la reine Eléonore. « Elle se présenta sur un échafaud dressé devant saint Ladre et s'assit sur une chaise couverte de velours azuré, semé de fleurs de lys d'or, pour recevoir et ouir les harangues des députés de l'Église, de l'Université, Corps de la Ville, du Châtelet, généraux de la Justice,

(i) Du BouUay, t. VI.

des comptes et cour du Parlement de Paris... Après, marchait TUniversité, et devant allaient en ordre bien deux ou trois mille escholiers; puis après marchaient les bacheliers-ès-arts, en médecine, en droit, en théologie, revêtus de leurs chappes noires. Après, suivaient les régents ès-arts et les receveurs des nations avec leurs épitoges. Après, les procureurs des dites nations, vêtus de chappes rouges, devant lesquels étaient les quatre petits bedeaux des dites quatre nations avec leurs masses d'argent : et après marchaient les docteurs en médecine avec leurs chappes rouges et, devant, les deux bedeaux de leur faculté... etc., etc. »

C'était le i6 mars; mais malgré le rôle qu'elle avait joué dans ce beau défilé, l'Université n'était pas quitte. Cinq jours après, elle venait saluer la reine au Louvre, et un professeur « éminentissime » lui adressait une harangue « agréablement enrichie de citations tirées, partie des lettres sacrées, partie des histoires profanes et des annales des peuples (partim sacris lllteris , partim profanis historiis et annalibus non illepide. locupletata).

Pour un étudiant studieux, déjà pénétré de l'esprit de sainteté, la médaille avait un revers. Sous prétexte de réformer, au sens général du mot, l'esprit d'émancipation et de « libertinage » intellectuel essayait de se faire jour. Le i5 juillet i534, la faculté de théologie censurait la proposition suivante, qu'elle avait trouvée, jecrois, dans une de ses thèses (i) : « Qu'avions-nous à faire de tant de constitutions, de décrets et de traditions? Nous nous en fûmes bien passés. Notre loi est faite plus rude que celle des Juifs. Si (cependant) Jé-

(i) Extrait du volume manuscrit déjà signalé de la Bibliothèque de Saint-Sulpice.

sus-Christ a voulu que les chrétiens soient francs et vivent en liberté (i). »

Si cet esprit d'affranchissement théorique était réprimé assez facilement dans Tenceinte de l'Université, il n'en était pas de mêm-e pour la pratique de la vie. A l'exemple (qu'elle eût bien fait de laisser ici de côté) de son roi, l'Université alliait un assez grand nombre de désordres au déploiement de son zèle dévot. Parmi les douze ou quinze mille étudiants qu'elle comptait, il y avait d'abord bien des variétés. A côté des Caméristes, jeunes gens riches, groupés en chambres sous la conduite de leurs pédagogues, a côté des pauvres martinets, externes libres, soit boursiers, soit gagnant leur pain comme domestiques et suivant les cours du mieux qu'ils pouvaient, venaient, comme le rappelle très bien le P. Clair, lesgalocheSy « étudiants amateurs, trop souvent bruyants et paresseux, traînant leurs sabots de cours en cours, sans se -présenter aux examens. »

Avec beaucoup de réserve, le bienheureux P. Le Fèvre, qui avait devancé Ignace à Paris, nous fait part dans son Mémorial des troubles que lui causait la vue des défauts du prochain et des scrupules qu'il eut (entre plusieurs autres) en présence des « innombrables imperfections » qui lui avaient été jusqu'alors inconnues ; et i( cette épreuve, ajoute t-il, dura jusqu'à mon départ de Paris. » — Le bon Le Fèvre était venu d'un pieux village de la Savoie. Ignace, quant à lui, en avait déjà tant vu en Espagne, que ce genre de scrupules dût vraisemblablement l'épargner. Plus tard, François Xavier, causant familièrement au-delà des mers avec

(i) Ouvrage déjà cité du P. Gros, p. 263. — Ce livre est très riche de documents autographes, curieusement reproduits.

un chapelain de S. Tome, en disait plus encore que son ami. II racontait comment un grand nombre de ses camarades étaient livrés à la débauche « et notre maître ai>ec eux, ajoutait-il... Bien des fois, la nuit, ils sortaient du collège (malgré les" nombreux arrêtés que l'autorité était obligée de prendre pour empêcher les étudiants de « pernocter ») et ils m'amenaient avec eux : le maître s'y trouvait ; mais je fus saisi d'une telle appréhension de contracter les [plaies] dont je voyais atteints les écoliers et le maître que je n'osai jamais me comporter comme eux. Cette crainte me soutint un an ou deux, jusqu'à ce que le maître mourût de ces maladies honteuses et qu'il nous arriva un maître chaste et vertueux [Don Juan Pena] dont je suivis les bons exemples. »

Si maîtres et élèves s'entendaient ainsi pour la satisfaction des plaisirs les plus grossiers, il n'est pas étonnant que les uns et les autres lussent également responsables d'autres abus, que les procès fussent si fréquents pour « les grands brigues, monopoles et scandales, forces et voies de fait » qui signalaient les élections des Recteurs. En i533, les Conseillers commis par le roi pour la réforme de l'Université, exposaient dans leur rapport comment ils avaient vu « les statuts de la faculté de décret » et trouvé qu'il n'y avait « pas un seul article d'iceux gardé ». Ils ajoutaient qu'en la dite faculté, on faisait « de grandes exactions et superflus banquets... dans les vêpreries », d'où il résulte que le pouvoir se voit obligé de rendre des édits pour tarifer les frais d'examen, régler le nombre des convives que tout licencié fraîchement reçu aura le droit de rég^aler.

Tel était le « milieu » où allaient vivre Ignace et ses immortels compagnons. Comme en tant d'autres et je dirai volontiers comme dans tous les autres milieux,

chacun pouvait y trouver à peu près ce qu'il voulait, ce qu'il cherchait ou du moins ce à quoi le prédisposait la pente de son esprit. Chacun a coup sûr y rencontrait de quoi s'aider à réagir selon ses forces, et de quoi construire , sur son propre plan , avec les matériaux qu'il lui plaisait de choisir, son édifice spirituel. Saint Ignace, ai-je dit, arriva à Paris au commencement de février iSaS. L'Université voyait à peine se terminer les longs démêlés qui l'avaient troublée à l'occasion de l'élection du principal du collège de Montaigu. Il ne paraît pas qu'il en ait ressenti le contrecoup ni qu'il se soit mêlé à ces agitations autrement que pour donner individuellement de bons conseils à l'un ou à l'autre.

Son origine le destinait à faire partie de la « nation )> de France. On sait qu'il y avait rue de Fouarre quatre anciennes écoles publiques entre lesquelles se partageaient les étudiants suivant leur nationalité. On comptait ainsi « quatre nations » : nation de France, — nation de Picardie, — nation de Normandie, — nation d'Allemagne. Avec le temps et l'accroissement du nombre des écoliers venus de partout, cette division, dont on avait cru devoir se contenter, était devenue assurément bizarre. Comme à l'Université tous, de quelque province qu'ils fussent, devaient également parler latin, on n'avait pas vu trop d'inconvénients à envoyer les étudiants anglais à la nation allemande et à grossir la nation de France des étudiants d'Espagne, de Navarre, de Savoie, d'Italie, d'Egypte, de Syrie. Quoiqu'il en soit, il est intéressant de le remarquer, cette classification destinait le futur fondateur de la Société de Jésus à se trouver tout de suite et d'une façon plus intime en compagnie de Navarrais comme François Xavier, de Savoyards comme Pierre Le Fèvre et

enfin d'Espagnols tels que nous allons bientôt en voir groupés autour de lui.

Il était arrivé en février i528 et il ne devait repartir qu'en mars i536. Ce furent donc huit années de séjour et à coup sûr un peu plus de sept ans d'études réelles et sérieuses. Comment les divisa-t-il? Comment les emplo j a-t-il ?

A Salamanque, il avait tout étudié pêle-mêle et n'en avait pas été satisfait. « Comme rien d'imparfait ne lui plaisait » selon le mot de Polanco , il résolut de reprendre tout en sous-œuvre , et comme si ses études antérieures ne méritaient plus de compter. Il se donna exclusivement au latin et à la grammaire pendant un an et demi, près de deux ans, selon Ribadeneira. A la fin de l'année iSag, il commença ses études de philosophie, et c'est alors qu'il quitta le collège de Montaigu pour entrer à Sainte- Barbe. Relisons ici ce passage si plein du Mémorial du P. LeFèvre. « Cette même année, Ignace de Loyola vint au collège de Sainte-Barbe, pour y habiter et partager la chambre où nous étions, se proposant de commencer avec nous le cours des arts ou la philosophie le jour de saint Rémy suivant. C'était maître François Xavier qui devait occuper cette chaire. Bénie soit pour toute l'éternité la divine Providence qui régla ainsi les choses pour mon bien et pour mon salut! Car ayant

(i) Polanco dit bien « octo fere nnnos ». Le compte des différents cours d'études est, en somme, facile à faire, malgré le trou!)Ie que jettent au premier abord dans les calculs la manière de compter de l'Université de Paris qui prolongeait ime année jusqu'à Pâques de Tannée suivante.

été chargé par maître Xavier de donner des leçons de philosophie a ce saint homme que je viens de nommer, j'eus d'abord le bonheur de jouir de sa conversation extérieure et ensuite de sa conversation intérieure. Comme nous vivions dans la même chambre, que nous avions même table et même bourse, il fut mon maître dans les choses spirituelles, me donnant le moyen de m'élever à la connaissance de la volonté divine et de ma propre volonté. Enfin l'union entre lui et moi devint si grande, que nous n'étions plus qu'un dans les désirs et dans la volonté ainsi que le dessein de choisir le genre de vie que nous avons maintenant et que suivront tous ceux qui dans la suite des siècles, entreront dans cette Compagnie. »

Ainsi donc, avant de devenir le maître de ces jeunes gens, Ignace allait commencer par être, non seulement leur ami, mais leur élève. Sa philosophie terminée, et ce fût vraisemblablement dans l'automne de l'année i533, il commença ses études théologiques et il les poursuivit jusqu'à la fin de i535. — C'était la le cycle ordinaire et celui qu'il s'attacha toujours a faire parcourir à tous les siens, estimant que la théologie ne pouvait être abordée avec succès que si elle avait été précédée de fortes études littéraires, mais qu'à son tour elle devait servir de base à l'étude des langues orientales et à l'interprétation de l'Ecriture sainte (i).

(i) Celte dernière question avait été vivement agitée clans l'Université de Paris en i534. L'hébreu serait-il étudié comme un idiome quelconque, ou bien la langue qui avait reçu le dépôt des inspirations divines demandait-elle, pour être comprise, qu'on y projetât la lumière des enseignements ultérieurs de l'Eglise? Ce fut là l'occasion d'un intéressant procès scientifique. Du Boullay nous a conservé le discours ou réquisitoire prononcé alors par MoDtholon, parlant au nom du Procureur du roi. En voici un pas-

Tous ces travaux, notre héros devait les conduire avec une opiniâtreté, une patience et généralement un succès attesté par les diplômes officiels dont on nous a conservé le texte authentique. Cependant les difficultés ne lui manquaient pas.

En premier lieu ce fut la pauvreté. Il était bien arrivé à Paris avec une somme assez importante que lui avait donnée Elisabeth Roser. Mais il en avait confié la plus grosse partie a un ami qui s'en était servi pour lui-même et s'était trouvé ensuite hors d'état de la lui restituer. Dans sa détresse inattendue, ses biographes disent qu'il dut se faire admettre h l'hôpital Saint-Jacques. Là du moins il n'était exposé ni a coucher à la belle étoile ni à mourir de faim. Mais le règlement de l'hôpital gênait fort ses études : car les portes s'en ouvraient et s'en fermaient à des heures qui ne permettaient h ses hôtes d'assister ni aux leçons du matin, ni aux . leçons du soir, au moins pendant l'hiver.

Pour sortir d'embarras, il chercha une de ces places de domestique qui permettaient de servir un professeur et d'autres étudiants logés chez lui et de profiter, dans

sage qui donne une idée du fond du débat et de ce singulier style, mêle de français et de latin^ qui était dans les habitudes de tous. « Le roi,princeps christianissimus simul et religiosissimus, n'entend que par telle profession des lettres étrangères puisse advenir inconvénient, ne minimum quidem, à Tinterprélation des saintes lettres reçue et approuve'e par TEglise universelle, ce que pourrait être si les interprètes de la langue hébraïque voulaient interpréter les livres de la sainte Ecriture qu'ils ne fussent bien fondes et entendus en la faculté' de the'ologie; car il ne suffit pas à bien interpréter et traduire d'avoir la simple langue et intelligence des mols^ mais il faut prendre sensum medullarum et mvsticnm et non reddere verbum verbn seu adhaerere corlici verborum, ut faciunt Judœi, née verbum verbo curabit reddere fidus interpres »

les intervalles, des cours de T Université. Sa piété, qui se complaisait volontiers dans des images et qui les aimait précises, se représentait d'avance le professeur comme tenant pour lui la place de Jésus-Christ et les autres élèves celle des apôtres. Ainsi, en les servant, il pourrait se dire, « je fais ceci pour saint Jean, je fais ceci pour saint Pierre ». Mais il eut beau chercher, il eut beau prier un chartreux et des moines de l'abbaye de Saint- Victor de lui trouver cette humble situation, recherches et démarches furent infructueuses.

C'est alors que des compatriotes lui conseillèrent d'aller, pendant les vacances de l'Université, trouver les riches négociants espagnols des villes de Flandre et de faire appel à leur générosité. Plus d'un étudiant, semble-t-il, en avait déjà éprouvé les bienfaits. Ignace suivit le conseil : trois années de suite, en iSsS, 1529 et 1 53o il se rendit en effet en Belgique, non à Bruxelles (malgré ce que suppose le P. Bouhours) , mais à Bruges et à Anvers. — La troisième année, il alla de plus jusqu'à Londres.

Des travaux tout récents (i) ont éclairé quelques points de ce fragment d'histoire. A Bruges, l'étudiantpèlerin rencontra un noble Espagnol d'une grande réputation et qui, comme beaucoup de gentilshommes de cette époque, s'était adonné au commerce, non sans profit. Il s'appelait Gonsalve d'Aguilei^a et avait pour femme Anne de Castro, probablement parente d'un Jean de Castro, compagnon d'Université, dont il sera question tout à l'heure et alliée à la famille d'un autre camarade d'études, nommé Peralta. Dans l'homme qui venait à lui — recommandé ou non par avance — Gon-

(1) Saint Ignace à Bruges^ par Je chanoine Chambry^ Bruges,

salve sut v.oir autre chose qu'un solliciteur ordinaire, si intéressant qu'il pût être. L'auteur des Exercices avait une manière a lui, humble et fière tout à la fois, soit d'accepter, soit de demander des aumônes. Comme les trouvères des siècles précédents payaient souvent l'hospitalité des châteaux par des chansons et par des vers, lui payait celle qu'il recevait par des secours pieux, par des instructions et des prières. Il était animé déjà de cet esprit qu'il devait manifester plus tard dans ses relations avec les grands et avec les princes. « Il est juste, écrira-t-il de Rome en 1 549 ^^ ^"^ ^® Bavière, que ceux qui sèment les choses spirituelles recueillent celles dont le corps a besoin. » Gonsalve, on est en mesure de l'affirmer, apprécia cette sorte d'échange au prix qu'il valait. Amené à Paris par les nécessités de son important commerce, il ne voulut point aller loger dans une riche hôtellerie : il demanda à Ignace de lui laisser partager sa pauvre chambre, et il resta ainsi près de lui pendant plusieurs mois, pour mieux jouir de son amitié. Dans la suite, enfin, il devait faire de grands efforts pour introduire la Compagnie de Jésus dans la ville de Bruges.

C'est dans cette même cité de Bruges que notre saint fit la connaissance d'un autre espagnol, devenu comme un savant cosmopolite, le célèbre Louis Vives, né à Valence en 1492, qui, après avoir connu faveur et disgrâce à la cour d'Henri VIII, professé à Louvain, devait finir ses jours à Bruges même. Louis Vives est avec Erasme et Budé un des plus brillants représentants de ce qu'on a appelé l'humanisme dans les trente premières années du seizième siècle. Ecrivain moins élégant que les deux autres, il les surpassait par son esprit scientifique et par certaines vues hardies de précurseur. Avant Bacon il préconisa l'emploi de la méthode ex-

pérîmentale.En ce qui touche à l'éducation, l'on a prétendu qu'il avait recommandé bien des méthodes dont les collèges des Jésuites ne devaient pas tarder à se faire honneur : les soins corporels à donner aux enfants, la rareté des punitions, l'enseignement systématique du latin en une série de classes, l'étude des sciences pratiques, de la géographie et de l'histoire unie à l'interprétation des textes, les cahiers d'extraits, etc.

Ayant invité Ignace à sa table, il se sentit plein d'estime et on peut dire d'admiration pour sa sainteté ; il prédit même (le fait est authentique) qu'on le verrait plus tard fonder un ordre religieux. Lui soumit-il celles de ses idées auxquelles il tenait le plus? Les lui fit-il lire dans ses livres? Il est permis de le supposer, sans être à même de le prouver. Son hôte était certainement tout prêt à goûter ce qu'il y avait de précieux dans son talent ; mais s'il aimait — quoique peu capable de les imiter — , le beau langage et l'art de bien écrire, il tenait à ce qu'on en fit un moyen et non un but. Il n'aimait point, nous l'avons déjà vu, ces espèces de théories de l'art pour l'art, surtout quand, s'efforçantde planer au-dessus des doctrines, elles affectaient à l'endroit du dogme catholique une obéissance plus apparente que réelle, mêlée de quelque ironie.

Vives avait composé sur la cité de Dieu de saint Augustin un livre qui, pour divers passages sur les guerres entre chrétiens, sur les ordres mendiants, sur la grâce, sur le jeûne, sur les grades académiques, sur les richesses de l'Eglise, avait été mis à l'index donec corrigeretur* Il avait, non sans raison, hélas ! réclamé la réforme de l'Eglise et, h cette même époque (vers ijag), il recommandait la réunion d'un concile; mais il le faisait, semble-t-il, avec une vivacité dans la critique qui dépassait un peu la mesui^e.

C'est dans cet esprit légèrement sceptique qu'offrant a Tétudiant voyageur et quêteur l'hospitalité de sa table, il lui déclara qu'à ses yeux l'abstinence de la viande, en des temps et en des jours prescrits, n'était pas d'une bien grande utilité pour la pénitence corporelle; « car, disait-il, on a su inventer tant d'autres mets et on sait si bien les assaisonner ! » Ignace ne goûta pas cette critique de la tradition catholique. — « Sans doute, répondit-il, vous et tous ceux qui mangent avec tant de délicatesse, vous jie faites guère servir cette abstinence au but en vue duquel elle est ordonnée; mais c'est à la masse des fidèles que l'Eglise doit penser, et comme ceux-là ont moins de raffinement dans leur cuisine, on leur donne bien en réalité une occasion de mortification et de pénitence. » Sa réponse fut louée ; mais il ne garda pas, quant à lui, très bon souvenir de cette conversation. Plus tard, il trouva plus prudent de défendre à ses religieux de lire les livres de Vives aussi bien que ceux d'Erasme, tant il se sentait d'éloignement pour ces esprits plus largement ouverts aux impressions de la nature qu'à celles de la grâce et plus enclins à diminuer leurs propres croyances qu'appliqués à en retirer tout le fruit.

Le voyage fait en Flandre et de là en Angleterre en i53o, fut le dernier. Les négociants espagnols tinrent à honneur de lui épargner ces déplacements. A partir de cette date, ils lui firent parvenir eux-mêmes à Paris leurs libéralités annuelles. En joignant ces aumônes à celles qu'on lui envovait encore d'Espagne, il eut de quoi subvenir aux frais de ses études et même de quoi aider ses compagnons dans le besoin.

Qu'il usât peu de ces ressources pour lui-même et pour ses commodités personnelles, c'est ce que prouvent l'état précaire de sa santé et les maux d'estomac

dont il souffrait alors presque sans relâche. C'était là un nouvel obstacle à ses progrès dans le travail : pour le surmonter il fallait un courage tel que le sien. Dans le procès de sa béatification, les pères Lainez et Salmeron, qui l'avaient connu de si bonne heure, firent la déposition suivante : « Quant à ses études, bien qu'il y rencontrât plus d'obstacles qu'aucun de ses contemporains et peut-être que personne en aucun temps, il surpassa en application, toutes choses égales, les autres étudiants. Aussi ne fit-il pas de médiocres progrès dans les sciences, comme les examens publics et les argumentations soutenues contre ses condisciples en font foi. »

A quoi tenait cette difficulté dont^ malgré ses succès achetés si cher, il se ressentit toute sa vie? Ce n'était certes point à une insuffisance d'intelligence, si nous prenons le mot dans son sens général . L'homme qui a composé les Exercices, organisé la Compagnie de Jésus et dicté ses Constitutions était, il est bien superflu de le dire, un des cerveaux les plus puissants de son époque. Avait-il abordé trop tard les études abstraites et spéculatives? L'imagination, le cœur et la volonté avaient-ils pris trop vite et trop complètement le dessus dans le gouvernement de sa pensée, et son entendement proprement dit avait-il dès lors trop de peine à se plier aux règles étroites de la grammaire, aux sécheresses et aux subtilités de la scolastique? Oui, évidemment, mais l'explication a besoin d'être complétée. A Paris comme i\ Barcelone et à Salamanque, pour remplir avec conscience et profit tout son devoir d'écolier tardif, il a besoin de comprimer ses élans mystiques et ses ardeurs spirituelles. Il sait de longue date que quand il cède à cet attrait puissant, le travail ordinaire lui devient trop difficile ; or, il s'est promis à

lui-mêmfe d'aller régulièrement jusqu'au bout de ses études. Pendant toute la durée de son cours de philosophie, il s'abstient de donner les Exercices. 11 suspend provisoirement différentes pratiques pieuses qui pourtant lui étaient chères. Lui et son compagnon de chambre, Pierre Le Fèvre s'en tiennent à ce qu'il juge être le strict nécessaire : la messe tous les matins, et encore « autant que possible », l'examen de conscience deux fois le jour et la communion hebdomadaire.

Ce n'est pas seulement dans sa vie intérieure qu'il réussit ainsi à se vaincre lui-même et à sacrifier pour un temps les consolations auxquelles il tient le plus. Il sait, quand il le, faut, éloigner de lui toutes les occasions de lutte et de contradiction extérieures. Un ami lui faisait remarquer un jour que les temps étaient bien changés, qu'on le laissait en paix, que ses ennemis mêmes le couvraient d'éloges. Voici la réponse qu'il fit : « Attends que mon cours de philosophie soit terminé, et tu comprendras la cause de cette tranquillité : je me lais, ils se taisent; mais dès que je bouge, on m'attaque de tous les côtés. »

On l'attaqua en effet plus d'une fois. Les dangers qu'on lui fit courir à Paris furent moins redoutables que ceux qu'il avait affrontés en Espagne. Nous ne pouvons cependant passer sous silence les chocs plus ou moins graves qu'il eut a subi;*, soit de la part de l'Université, soit de la part de l'inquisition.

Dans l'Université on fut d'abord étonné de sa manière de vivre ; on le traita de mendiant, et le fait, connu, qu'il appartenait à une illustre famille, n'était pas pour diminuer aux yeux du plus grand nombre l'étrangeté de son procédé. Néanmoins ses maîtres ne semblent pas avoir partagé sur ce point les préjugés

de ses camarades. Emu un instant des reproches plus vifs d'un de ses compatriotes nommé Madera, il soumit à plusieurs docteurs, a titre de cas de conscience, la question suivante : « Un gentilhomme qui, par amour pour Dieu, a renoncé au monde, peut-il, sans nuire à l'honneur de sa famille, aller en divers pays demander l'aumône? » Ainsi posée, la question devait obtenir la réponse prévue, à savoir qu'il n'y avait là aucun péché. Elle suffisait à Ignace.

Quelques professeurs et, entre autres, le portugais Govea prirent un instant plus d'ombrage de son apostolat. Certains exercices littéraires, assez mal placés d'ailleurs le dimanche matin, furent peu à peu délaissés par beaucoup d'étudiants qui, sur les leçons et l'exemple de leur camarade de Loyola, allaient plus que d'habitude aux offices des églises. C'est à cette occasion qu'eut lieu l'incident partout raconté de Vaula. Irrité de ce qu'il appelait une désertion des devoirs scolaires, Govea devait faire infliger à Ignace la punition qui consistait à lui donner la salle (aula) c'est-a-dire à le faire fustiger publiquement dans la salle commune. On sait comment, après une lutte intérieure où l'humilité avait élé prête à se résigner, le sentiment de son honneur de chrétien et le devoir de ne pas se laisser discréditer près de ceux qui lui confiaient déjà la conduite de leurs âmes ne lui permirent pas d'accepter ce genre d'humiliation. Déjà les portes du collège étaient fermées, la cloche sonnait le rendez-vous, et les exécuteurs arrivaient les verges à la main. Tout à coup, en une minute d'entretien particulier dans sa chambre, le maître sentait tomber sa colère : il ramenait son élève avec lui dans la salle, mais pour lui demander pardon publiquement de l'avoir méconnu et l'assurer, avec larmes, de son estime.

Tous n'avaient pas la clairvoyance tardive de Govea. On s'étonnait à Paris comme à Alcala de voir un homme encore jeune, non revêtu des ordres sacrés, n'ayant même pas achevé sa théologie, s'arroger la direction spirituelle de ses égaux et parfois de ses supérieurs. Ceux qui l'approchaient de plus près voyaient bien leurs défiances se dissiper, et plus d'un se prenait pour lui d'un véritable enthousiasme. « Vous me donnez des leçons à moi, docteur, lui dit un jour un nommé Martial, membre de la faculté de théologie, il n'est pas juste que vous ne soyez pas docteur vous-même. » Et il voulut lui faire conférer le grade sans plus attendre, ce à quoi Ignace dut s'opposer avec énergie. Mais la foule qui ne faisait qu'entendre parler de lui et jugeait superficiellement sa manière de faire, avait de tout autres préventions. On alla jusqu'à l'accuser de magie et à le dénoncer à l'inquisition. Par bonheur, l'inquisition française ne ressemblait pas à celle d'Espagne, elle se montra beaucoup plus intelligente.

Une première fois, l'auteur des Exercices avait été appelé à Rouen dans des circonstances assez singulières. L'Espagnol qui avait, comme on l'a vu, abusé du dépôt de son compatriote, était à Rouen d'où il devait retourner dans sa patrie. Gravement malade et atteint d'une tristesse où il entrait sans doute quelque remords honorable, il n'hésita point à faire appel à celui auquel il avait causé tant de préjudice. Ignace, lui, hésita quelques instants, comme redoutant que ce voyage ne lui portât un tort nouveau. Enfin cependant il se décida; et il semble que dans cette absence où ses études allaient être forcément interrompues, l'ascète et le mystique, affranchis de la servitude habituelle, aient voulu se donner libre carrière. Non seulement il résolut d'aller à pied (un autre mode de locomotion lui

eût été difficile), non-seulement il coucha, une première nuit dans un hôpital, une autre nuit sur un peu de paille (tout cela encore était prévu) ; mais il voulut faire tout le chemin sans boire ni manger. Dansune première partie de sa route, il se sentait comme appesanti et comme retenu par un poids invincible. Mais à partir d'Argenteuil, dont l'église s'attribue encore l'honneur de posséder une tunique du Christ, il ne marchait pas, c( il volait », plein d'une ardeur extraordinaire, ne pouvant retenir son allégresse et conversant à haute voix avec la divinité. Il arriva enfin au bout des trois jours, vit celui qui l'avait réclamé, le soigna, le réconforta et assura dans de bonnes conditions son embarquement. Mais dans les rues mêmes de Rouen, une lettre, qui l'avait comme suivi, lui était remise. On lui disait que son départ avait été l'occasion d'un redoublement de rumeurs, qu'on accusait de tous côtés ses ambitions et ses' témérités spirituelles, bref, qu'il était dénoncé au Saint-Office. Avec cette prudence consommée et presque méticuleuse qui s'alliait en lui aux élans de l'enthousiasme et à l'acceptation de tous les sacrifices nécessaires, il se rendit, accompagné du messager, chez un notairedela ville. Là il se fit donner en présence de témoins, un certificat attestant qu'aussitôt mandé il repartait sans délai. Il revînt ainsi à Paris et alla trouver directement l'inquisiteur, puis lui fournit toutes les preuves possibles qu'il n'avait jamais songé à se dérober h une enquête. Celui auquel il donnait une pareille marque de soumission simple et sans crainte, le dominicain Mathieu Ori, fut promptement gagné. Il laissa l'accusé en liberté, l'assurant qu'il n'avait rien à craindre.

Un peu plus tard, sur de nouvelles dénonciations, l'inquisiteur devait lui demander communication des

Exercices, Milîs a peine les avaît-il parcourus qu'il priait l'auteur de lui en donner une copie pour son propre usage et il n'entamait aucune procédure. Il est vrai que, malgré les calomnies, il devait être prévenu en faveur d'Ignace; car plus d'une fois celui-ci lui avait amené des hérétiques, mais des hérétiques dont il avait obtenu la conversion et qu'il aidait à se réconcilier avec l'orthodoxie et avec l'Eglise.

Le comparant toutefois ne crut pas devoir se contenter de cette marque insigne de bienveillance. Il prévît le moment où, loin de Paris, des ennemis à venir lui demanderaient compte de son passé. Il voulut un témoignage authentique; et comme le bon dominicain persistait à trouver la chose inutile, il fit venir, lui, un notaire et des témoins. Il obtint ainsi et fit enregistrer les déclarations dont il entendait conserver le texte même; il avait par là un écrit en forme destiné à attester plus tard qu'il était sorti de l'Université de Paris parfaitement indemne de toute condamnation, et même de toute poursuite.

Telles furent les principales difficultés contre lesquelles il eut h lutter, comme le dit avec précision Polanco, dans la première et dans la troisième partie de son séjour a Paris. — Dans la seconde, consacrée aux études philosophiques, il avait gardé de tout point une réserve indispensable à la paix de ses efforts scolaires.

C'est encore son précieux secrétaire qui nous le dit, l'expérience de toutes ces traverses fut très utile a ses disciples immédiats et à tous ceux qui vinrent d'année en année leur succéder dans l'institut. Il voulut — et il prit des mesures en conséquence — quç les novices de l'Ordre, tout en restant pauvres et tout en acceptant les règles d'une compagnie pauvre elle-même, fussent garantis contre le besoin. Il se souvint de ses souffran-

ces physiques, et il ne manqua pas de prendre des mesures paternelles pour prévenir les maladies ou les guérir, quand on n'aurait pas pu les éviter, allant jusqu'à ordonner de vendre le mobilier des collèges ou d'emprunter pour ne priver personne de soins « nécessaires ou opportuns ».

Mais ni ces épreuves dans la lulte, ni son recueillement provisoire ne l'avaient empêché d'exercer autour de lui une action, tantôt douce, tantôt énergique, presque toujours irrésistible. On en a vu déjà plus d'une preuve. Ne parlons pas maintenant des victoires qu'il remportait en passant sur tel ou tel pécheur, un jour, sollicité de jouer au billard, finissant par y consentir, mettant comme enjeu la pratique de ses Exercices^ battant son adversaire et gagnant par ce moyen une conversion inattendue — une autre fois réussissant, par d'ingénieux artifices, à faire abandonner à un malheureux un projet de suicide, — ici, allant se confesser à un mauvais prêtre pour le ramener au bien parla contagion de son repentir, — là, se tenant sur le passage du complice obstiné d'un adultère et se plongeant, sous ses yeux, dans une eau glacée, lui déclarant qu'il y restera jusqu'à ce que la liaison criminelle finisse, obtenant encore une fois gain de cause par cette héroïque intervention. Il est temps d'en venir aux rapports plus continus et plus féconds qu'il entretint avec un petit nombre d'amis destinés à partager la gloire de son nom.

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