‹ St. Ignace de LoyolaChapitre 9 sur 17 · ETUDIANT ET PELERIN · texte numérisé non relu

ETUDIANT ET PELERIN

l'approuvez ou le désapprouvez. » Cette question à lui demeurait sans réponse ; et comme il s'obstînait à n'en pas dire davantage, on le mit aux fers avec ses amis, tous attachés ensemble à la même chaîne. Il est vrai qu'ils devaient bientôt donner une haute idée de leur esprit d'obéissance. Une nuit, tous les prisonniers s'évadèrent; eux seuls restèrent, bien qu^'ils eussent pu s'échapper tout comme les autres. On les relâcha juridiquement, mais non sans les avertir une fois de plus qu'ils eussent à ne plus parler du péché mortel et de sa distinction d'avec le véniel jusqu'à ce que leurs quatre années fussent bien et authentiquement finies. « Cette sentence vous plaît-elle? » demande l'inquisiteur. — « Non, » fit Ignace. — « Et pourquoi? » — « Je ne comprends pas que n'ayant rien trouvé de faux dans mes écrits en ce qui concerne cette question, vous m'empêchiez de la traiter. » — Et il déclara qu'il aimait mieux quitter Salamanque coi?nme il avait quitté Alcala.

Son parti était pris. 11 trouvait ses études d'Espagne absolument insuffisantes, et il entendait aller les reprendre complètement à l'Université de Paris.

Au préalable cependant, il dut retourner à Barcelone, et il s'y rendit avec un âne qu'il avait chargé de ses livres. Là, on essaya de le détourner de son projet. On lui parla des rigueurs de l'hiver, des obstacles que la guerre qui sévissait alors de plus belle, allait semer sur ses pas. On lui rappela toutes sortes d'histoires qui circulaient sur les cruautés de l'ennemi. Rien ne l'ébranla. Enfin, Elisabeth Roser lui offrit, tant en argent qu'en lettres de change sur Paris, des secours qu'il accepta, et il partit au commencement de janvier iSsS. Au commencement de février, il entrait sain et sauf dans la capitale de la France.

Page 1