LA MORT
fois, faîtes ce que bon vous semble, je m'abandonne à vous. » Ce furent presque ses dernières paroles. Il ne fit appeler personne, il ne laissa ni testament, ni recommandations, et, chose plus incompréhensible au premier abord, il ne demanda point TExtrême-Onction. L'un des siens l'a expliqué en disant que les médecins (il les avait toujours « honorés» selon le précepte de Salomon) contestaient la gravité du mal et que dès lors, s'il avait réclamé le dernier sacrement, il eût ou mis publiquement en doute la science de ceux qui le soignaient ou confessé qu'il tenait sa certitude d'une révélation surnaturelle. Son humilité ne voulut cette fois encore leur opposer aucune contradiction , et il laissa aller les choses. Quand on s'aperçut qu'il ne s'était pas trompé, on demanda l'huile sainte; il était trop tard. Après quelques heures oii il avait parlé seul et à haute voix, il venait d'expirer paisiblement.
A la suite de requêtes pressantes qu'appuyèrent successivement Henri IV et Louis XIII, le Saint-Siège ne devait pas tarder à le mettre au nombre des bienheureux. En le canonisant ensuite le i6 mars 1622, Grégoire XV rappela, selon l'usage, les titres que le nouveau saint avait à la reconnaissance du monde catholique. Il laissait à la postérité le soin de mettre en relief le génie d'organisation et de gouvernement de l'illustre fondateur. Mais — et c'est là ce qui fait surtout le prix de ses paroles — il montrait avec une éloquente simplicité où est la source par excellence à la quelle l'Eglise entend que les plus grands de ses serviteurs puisent la sainteté qu'elle attend d'eux.
« Ignace ne cessa de secourir les pauvres et les malades dans les hôpitaux, leur distribuant les aumônes qu'il recevait des personnes charitables. Dès le commencement de sa conversion, il s'employa d'une ma-
nière toute particulière à instruire dans la doctrine chrétienne les enfants et les ignorants.
¥. Cest lui qui, par son exemple, introduisit la coutume de visiter et de soulager les prisonniers. C'est lui qui fonda des missions dans toutes les contrées de la terre, bâtit des églises et des collèges, particulièrement dans cette ville de Rome, où, sans compter le collège romain dans lequel on donne l'enseignement gratuit, il établit le collège germanique. C'est lui qui a créé les hospices des orphelins et des catéchumènes, les couvents de Sainte-Marthe et de Sainte-Catherine, et une foule d'autres institutions pieuses. C'est lui qui apaisa les différends, donna de sages conseils, rédigea le livre des Exercices Spirituels, encouragea la fréquentation des sacrements, réconcilia les ennemis et les fit prier les uns pour les autres. Toutes ces œuvres prouvent jusqu'à quel point il aima le prochain pour l'amour de Dieu. »