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Jean Darches, Le saint abbé Bourdoise, t. I, p. a

L'ÉDUCATION et LA VOCATION. 33

en lui traçant de nouveaux devoirs. M. de la Salle devenait en effet chef de famille, obligé de veiller à l'éducation de ses quatre frères et de ses deux sœurs et de gérer l'héritage commun. Rentré aussitôt à Reims, — toutefois après quelques jours d'une fervente retraite, — il les retrouvait tous dans la maison de la rue Sainte-Marguerite, a Dieu permit qu'il fût livré à des incertitudes accablantes », car il se demandait s'il ne devait pas renoncer à sa vocation pour se consacrer tout entier à la tâche dont la Providence le chargeait inopinément. Ce n'était pas l'avis de M. Tronson, ce ne fut pas la décision du chanoine Nicolas Roland, le nouveau directeur de sa conscience. Celui-ci, qui n'avait alors que trente ans, était d'une na ture arden te et d'un caractère généreux . Docteur en Sorbonne, chanoine théologal à Reims, il avait visité à Paris les communautés nouvelles de Saint-Nicolas, de Saint-Lazare et de Saint-Sulpice, séjourné à Rouen en s'associant aux efforts de Mme Maillefer et du P. Barré pour les écoles de charité, et, revenu à Reims, il transformait sa maison en séminaire, s'occupait de dresser des maîtresses d'école pour les petites filles et, aussi austère que laborieux, donnait à la fois l'exemple du dévouement et du renoncement. Une telle volonté ne manqua pas de communiquer son impulsion au tempérament plus réservé de M. de la Salle ; quarante jours après avoir quitté Saint-Sulpice, celui-ci recevait le sous-diaconat à Cambrai le 2 juillet 1672.

Si l'incertitude sur la (direction de sa vie avait cessé, les devoirs de chaque jour demeuraient impérieux et singulièrement variés. M. de la Sal'e se montra administrateur habile des biens qui lui étaient

confiés, et s'occupa personnellement de l'éducation intellectuelle et morale de ses frères et sœurs. Par une incessante et affectueuse sollicitude, il leur avait fait accepter sans peine une vie astreinte, pour les récréations comme pour les études, à une règle strictement obéie. Tous lui furent en des circonstances difficiles tendrement attachés, et sous sa pieuse influence plusieurs, on le sait déjà, entendirent l'appel de Dieu qui les attirait à l'autel ou au cloître.

Quant à lui, la régularité qu'il apportait en toutes choses lui permit d'accomplir très assidûment les obligations de son canonicat, et de reprendre ses études de théologie à la Faculté où il les avait commencées jadis. Dans les intervalles, comme le dit son historien, E. Maillefer, a il se fortifiait par les bonnes œuvres et la prière, toujours guidé par M. Roland qui ne le perdait pas de vue » ; et ces bonnes œuvres, c'était surtout l'enseignement des enfants pauvres. Il ne se pressa pas et ne paraît avoir passé sa licence qu'après avoir reçu le diaconat, en 1676, à Paris, dans la chapelle de l'archevêché, des mains de l'évêque de Béthléem, le capucin Batailler. Il était venu fort anxieux, car Nicolas Roland le pressait de résigner sa prébende de chanoine, peu conforme à sa jeune activité, pour prendre une cure, plus capable d'occuper son zèle apostolique. C'était échanger la richesse pour la pauvreté, abandonner une position élevée pour une condition alors peu considérée. Aussi parents et amis s'émurent, ne manquant pas de représenter qu'à son âge il ne possédait pas l'expérience indispensable, qu'il ne pourrait satisfaire aux obligations

d'un pasteur d'âmes et à celles d'un chef de famille. L'archevêque de Reims, Maurice Le Tellier, en jugea ainsi et refusa son consentement. Jean-Baptiste de la Salle, un peu surpris, s'inclina avec obéissance et dut reprendre la route de Reims pour se remettre d'abord à ses études, et pour se retirer bientôt après au grand séminaire afin de se préparer par la prière à recevoir la prêtrise. Ce fut pour lui un beau jour, tout illuminé de grâce et de joie, que le samedi saint g avril 1678, où Maurice Le Tellier lui donna l'onction sainte. Le lendemain, il disait sa première messe sans apparat, dans une petite chapelle de l'antique cathédrale où priaient seulement avec lui ses frères, ses sœurs, son aïeule vénérée, Perrette Lespagnol, et son guide spirituel, Nicolas Roland.

Pendant toute sa vie, et contrairement à l'usage qui prévalait alors, il ne manqua jamais que par nécessité absolue à la célébration quotidienne du sacrifice de l'autel. Il y apportait une ferveur particulière, pleine à la fois de dignité respectueuse et d'intense dévotion. « Il célébrait les saints mystères, dit Maillefer, avec tant de recueillement que tous les assistants en étaient touchés. Il y eut même plusieurs personnes qui, pénétrées de respect pour la piété avec laquelle il le faisait, venaient le trouver au sortir de la messe et le consultaient sur leurs différents besoins spirituels. Il entrait le plus souvent dans des ravissements extraordinaires après la communion.... Il parlait peu, toujours recueilli en luimême, modeste et retenu dans toute sa conduite, tranquille et paisible dans toutes sortes de situations. »

A travers les années de jeunesse et d'éducation, à la maison paternelle, au collège des Bons-Enfants, à la communauté de Saint-Sulpice, à l'Université de Reims, nous avons vu se former le caractère de M. de la Salle.

L'influence prépondérante fut assurément celle de la famille au sein de laquelle il grandit et resta, dressé par deux générations de parents vénérés aux habitudes de piété forte, initié par eux aux traditions et aux devoirs de la vie domestique, appelé tout jeune a remplacer, vis-à-vis des orphelins, le père enlevé au foyer familial, façonné ainsi de bonne heure au gouvernement des hommes et à la gestion des affaires.

La communauté de Saint-Sulpice fut pour lui une seconde famille : ce que le foyer avait commencé, le séminaire le consacra. Pour la première fois éloigné des siens, il s'inspira profondément de l'esprit que M. Olier avait su donner à sa compagnie. Il y prit des directions, il y noua des relations pour la vie entière ; les unes et les autres l'inspireront et le soutiendront.

Ainsi il nous apparaît fervent et doux, réservé et prudent autant qu'énergique et dévoué, voulant en tout l'exactitude des règles et la lumière des conseils, pratiquant le renoncement, aimant l'austérité, recherchant le sacrifice, s'en remettant à la Providence pour être entre ses mains un humble et docile instrument \

A Paris, comme à Reims, peu à peu il a été asso-

i. « Je me dois souvent considérer, disait-il plus tard dans un règlement de vie, comme un instrument qui n'est

cié aux œuvres pratiques et c'est vers les petites écoles que son zèle Ta porté, sur la paroisse Saint- Sulpice comme auprès de Nicolas Roland. Désormais, Dieu va le pousser presque à son insu et l'engager chaque jour dans la voie de l'enseignement populaire.

bon à rien qu'en la main de l'ouvrier ; ainsi je dois attendre les ordres de la providence de Dieu pour agir, et cependant ne pas les laisser passer quand ils sont connus. »

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