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I. Merlet, archiviste d'Eure-et-Loir, cité par Main

quelle que fût leur origine, étaient sous la juridiction des autorités ecclésiastiques et sous la surveillance des curés de paroisse. En principe, la nomination était faite par ceux qui fournissaient aux frais, les fondateurs, les notables, ou rassemblée des habitants suivant les cas. Les « lettres de régence » qui permettaient d'enseigner, étaient délivrées, après examen, au nom de l'évêquc par l'écolâtre, mais pas toujours requises pour les écoles de campagne. Le programme des classes était au reste fort simple : la lecture, l'écriture, le calcul, les dix commandements et le catéchisme, parfois un peu de comptabilité ou les éléments du latin, et toujours pour les filles, la couture.

Assez bien payée par un traitement fixe, une rétribution des élèves et quelques redevances en nature, la situation de maître d'école était recherchée et honorée. Les maîtres, quoique révocables annuellement, restaient d'ordinaire longtemps au milieu des populations comme auxiliaires de leurs prêtres. Souvent on souhaitait — on voulait parfois — que le maître d'école eût au moins reçu les ordres mineurs. C'est que les laïques instruits et dévoués, aptes à cette tâche, n'étaient pas nombreux partout. En l'absence de toute institution préparatoire analogue a nos écoles normales, les premières études poursuivies par les clercs étaient à peu près la seule initiation à cette collaboration intime du maître d'école et du curé de paroisse. Aussi s'expliquet-on que dans les pamphlets du temps on ait reproché au chantre de Notre-Dame de confier ses petites écoles a à des gargotiers, à des cabaretiers. . . et même à ses propres laquais ». Il n'était pas plus aisé, on

l'enseignement populaire.

le conçoit sans peine, de recruter des maîtresses pour les écoles de filles; mais c'est de ce côté que le remède vint d'abord, par la fondation d'un grand nombre de communautés enseignantes et charitables.

Retirées au fond des cloîtres, les congrégations de femmes étaient jusqu'alors vouées à la prière et h la pénitence. Mais voici qu'à côté d'elles, sans vœux solennels et sans grilles fermées, plus de cinquante communautés nouvelles se fondent en un siècle et demi pour élever les en fants et soulager les pauvres. Telles furent pour l'éducation gratuite des filles, d'abord les Sœurs de Sainte-Ursule — lesUrsulines — établies dès i53y par sainte Angèle de Mérici en Italie, introduites en 1096 en France et dont les maisons se multiplièrent avec une rapidité qui prouve leurs succès; les Filles de la Congrégation de Notre- Dame, fondées aussi en 1597 par saint Pierre Fourrier, et qui au bout d'un siècle, comptaient quatrevingts maisons; puis la Visitation, les Sœurs de la Providence ou Dames de Saint-Maur, et bien d'autres, mais surtout les Filles de la Charité, les sœurs grises, que M. Vincent, avec Mme Legras, fonda en i63o, et qui plus que toutes les précédentes se répandirent partout, « n'ayant d'autre cloître que leur modestie ». Beaucoup de ces maisons remplissaient l'office d'écoles normales, carleurs élèves souvent devenaient des maîtresses pour l'enseignement des filles.

11 n'en allait pas de même alors pour les écoles de garçons. A mesure qu'elles devenaient plus nombreuses, le recrutement des maîtres était plus difficile, surtout pour les écoles de charité fort délaissées. Les premiers essais de congrégations d'hommes échouèrent successivement. Celle des « Frères de

la vie commune » d'Aix-la-Chapelle ne pénétra point en France ; « les clercs réguliers » ou Frères Scolopii des écoles pies de Rome, comme la congrégation de la Doctrine chrétienne du vénérable César de Bus, se tournèrent vers renseignement secondaire dont les Oratorienset les Jésuites s'occupaient déjà exclusivement. Le père Barré à Rouen, M, Démia à Lyon, essayèrent bien de faire des séminaires de jeunes maîtres d'école ; mais leurs œuvres manquèrent de l'esprit de discipline et de sacrifice qui fait les choses durables. Elles ne purent leur survivre, et nous apparaissent seulement comme les tentatives ébauchées par lesquelles se préparait le grand Institut que M. de la Salle était destiné à créer, au prix de labeurs et d'épreuves qui rempliront sa vie.

A Saint-Sulpice, nous l'avons vu, M. de la Salle avait été mêlé au mouvement général qu'avaient provoqué, en faveur des écoles populaires, Adrien Bourdoise, saint Vincent de Paul et M. Ollier. Au lendemain de son ordination, il est appelé par la mort inopinée de Nicolas Roland, à s'occuper des écoles de Reims. II le fait aussitôt et avec zèle; mais il n'a aucun dessein préconçu, aucun plan d'avenir; il remplit les obligations de chaque jour, et se laisse peu à peu absorber en entier par elles, sans entrevoir un but éloigné. « Je n'y pensais nullement, écrivait-il.... Si même j'avais cru que le soin de pure charité que je prenais des maîtres d'école eût dû jamais me faire un devoir de demeurer avec eux, je l'aurais abandonné. Car, comme naturellement je mettais au-dessous de mon valet ceux que j'étais obligé, surtout dans les commencements,

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d'employer aux écoles, la seule pensée qu'il aurait fallu vivre avec eux m'eût été insupportable. Je sentis en effet une grande peine dans le commencement que je les fis venir chez moi; ce qui dura deux ans. Ce fut apparemment pour cette raison que Dieu, qui conduit toute chose avec sagesse et avec douceur, et qui n'a point coutume de forcer l'inclination des hommes, voulant m'engager à prendre entièrement le soin des écoles, le fit d'une manière imperceptible, et en beaucoup de temps, de sorte qu'un engagement me conduisit dans un autre, sans l'avoir prévu dans le commencement. » Rien ne peint mieux que ces quelques lignes les pieuses dispositions de cette âme douce et modeste, éprise de dévouement, satisfaite par le sacrifice, tranquille dans l'obéissance, qui trouve la règle de sa vie dans l'accomplissement du devoir journalier, et qui pour le surplus s'abandonne toute à Dieu.

Les premières charges qui lui incombèrent furent celles que lui légua Nicolas Roland. Celui-ci, allant prêcher à Rouen, y avait connu le P. Barré, les écoles de filles qu'il avait ouvertes à Sotteville, le concours puissant que lui donnait la générosité de Mme Maillefer, jadis mondaine, alors convertie ; enfin la congrégation qu'il avait fondée en vue des écoles sous le nom de « religieuses de la Providence ». Toujours ardent au bien, Nicolas Roland voulut imiter ce modèle à Reims, et le P. Barré lui avait donné, en septembre 1670, la fondatrice elle-même, Françoise Duval. Bientôt les écoles s'ouvrirent, des maîtresses se groupèrent : ce furent les « Sœurs du Saint-Enfant Jésus » . Mais il les fallait faire d'abord approuver par l'archevêque, qui ne semblait guère favorable,

et, ensuite, reconnaître par l'autorité administrative, ce qui seulement leur donnait une existence légale. Et ce n'était pas chose aisée, d'autant que les villes alors pouvaient refuser de recevoir ceux qui n'ayant pas de moyens d'existence assurés, menaçaient d'accroître les charges publiques. Bien souvent les magistrats étaient enclins à traiter de la sorte les ordres mendiants. Pour que des communautés nouvelles eussent droit de cité, il fallait que l'utilité de leurs services fut manifestement établie. Après de grandes traverses, Nicolas Roland allait essayer de faire reconnaître la congrégation qui déjà instruisait un millier d'enfants sur quatre paroisses de la ville ; mais il mourut subitement, usé bien avant Page par l'ardeur dévorante de son dévouement. Son testament et ses dernières paroles recommandaient l'éducation des pauvres à M. de la Salle et disposaient de généreuses libéralités en faveur de ses chères écoles. Celui qui devenait ainsi l'héritier de la pensée et de l'œuvre de son saint directeur, accepta sans hésiter le fardeau. Il réussit en dix mois à faire approuver la congrégation par l'archevêque qui en devint le haut protecteur, à gagner à sa cause, grâce aux relations de tous les siens, les principaux conseillers de la ville, à obtenir enfin les lettres patentes. Mais à peine cette première mission s'achevait-elle qu'une autre charge, de bien autre importance, venait s'imposer à M. de la Salle.

Les anciennes écoles de charité de Rouen pour les garçons avaient été rétablies en grande partie par l'activité entreprenante d'un homme de bien, Adrien Nyel, qu'avait appuyé le haut crédit de M. de Bimorel. Peu constant dans ses entreprises, Nyel s'en était

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