‹ St. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 19 sur 38 · PÉDAGOGIQUE · texte numérisé non relu

PÉDAGOGIQUE

L'enseignement primaire existait à cette époque un peu partout. A Paris, écoles et maîtres se trouvaient en grand nombre, M. de la Salle et ses Frères devaient surtout avoir peine à s'y faire une place. C'est dans les « petites écoles » que cette instruction élémentaire était distribuée sous l'entière autorité du chantre de Notre-Dame. On comptait 167 quartiers dans Paris et, dans chacun, une classe de garçons et une de filles; en tout 334 maîtres et maîtresses groupés en corporation. Mais à côté il y avait bien des concurrences. C'étaient d'abord les « écoles buissonnières », ouvertes maintenant de toutes parts dans la ville par des maîtres étrangers à la corporation et soustraits à toute surveillance, comme jadis elles étaient tenues dans les champs, le long des haies, par les protestants. Puis les écoles annexées aux pensions ou collèges pour préparer leurs élèves par des classes élémentaires ; de là de grandes querelles entre l'Université et le chantre qui, par représaille, ajoute aux petites écoles des classes susaint J.-B. DE LA SALLE. 5

périeures. Enfin, venaient les « maîtres écrivains », qui, privés d'une grande partie de leurs ressources par la diffusion de l'imprimerie, s'étaient mis à enseigner l'écriture et prenaient aux petites écoles une partie de leurs élèves. Plus d'une fois le Parlement dut intervenir, confirmant aux « écrivains » le privilège de s'intituler maîtres d'écriture, et prescrivant jusqu'à la longueur, la nature ou la forme des modèles dont on pourrait faire usage dans les autres classes pour apprendre k écrire. C'est que toutes les écoles étaient payantes, la rétribution des élèves faisait le traitement des maîtres, et la clientèle devait, on le conçoit, être fort disputée entre eux. La gratuité elle-même devenait une cause de conflits. En principe les enfants pauvres avaient leurs places gratuites dans les petites écoles, mais en fait, très peu y allaient et les autres vagabondaient. Aussi, la plupart des curés de Paris avaient-ils ouvert des « écoles de charité » pour instruire les indigents de leur paroisse. Mais ils eurent aussitôt contre eux tous les autres maîtres qui prétendaient qu'on leur enlevait ainsi une foule d'écoliers fort capables d'acquitter la contribution scolaire. Cette querelle dura jusqu'en 1699 et se termina par un compromis qui laissait au chantre une espèce de suprématie nominale et donnait réellement aux curés la complète direction des « écoles de charité ».

La paroisse Saint-Sulpice, où arrivait J.-B. de la Salle, offrait les mêmes conditions générales avec ses dix-sept quartiers et ses trente-quatre « petites écoles », ses pensions, ses maîtres « buissonniers » ou « écrivains », et enfin ses » écoles de charité ». M. Olier avait donné à celles-ci un soin particu-

LES ÉCOLES DE SAINT-SULP1CE. 7ï>

lier : dès i65a la paroisse, divisée en sept sections pour l'assitance des pauvres, comptait dans chacune d'elles une école gratuite placée sous le patronage direct de rassemblée de charité et ne recevant que les enfants vraiment pauvres de la circonscription. Mais les aumônes furent insuffisantes, et en 1688, il ne restait plus qu'une seule école de charité, située tout près de l'église, rue Princesse, dirigée par M. Compagnon, et groupant environ 200 enfants, tant dans les classes que dans un atelier de bonneterie.

Appelé par M. de la Barmondière h remettre tout en ordre dans cette école fort abandonnée, M. de la Salle vit s'ouvrir devant lui une période de rudes épreuves. Tout était obstacle : le délabrement des bâtiments, étroits et malsains, l'exiguïté des ressources, l'absence de toute discipline, l'oubli de la piété, l'irrégularité du travail dans les classes comme à l'atelier. Peu à peu, à force de labeurs, de privations et de prières — parfoisM. de la Salle dut faire la classe lui-même — les choses revinrent en meilleure voie; un Frère appelé de Reims remonta la petite usine où l'on dressait les enfants au travail manuel. Mais ces succès mêmes excitèrent chez M. Compagnon une mauvaise humeur d'abord, puis une opposition sourde, enfin une hostilité ouverte . On ameute contre ces nouveaux venus jusqu'aux dames de charité de la paroisse, et M. de la Barmondière circonvenu se décide un jour à renvoyer M. de la Salle à Reims. Tout semble perdu, mais le saint désarme ses adversaires parla sérénité de sa résignation à la volonté de Dieu. Le curé hésite, recule, annonce qu'il veut réfléchir : « Il y pensera

bien encore trois ans avant de rien changer, dit M. Baudrand; ainsi demeurez en repos. » Ce ne fut encore qu'un répit. De nouvelles calomnies portent M. de la Barmondière à faire faire une sévère enquête par M. de Forbin Janson, qui plus tard devait être archevêque d'Arles. Elle fut une complète justification et des Frères et de leur fondateur, dont l'œuvre eut au moins une année de fécond et tranquille développement. M. Baudrand, qui était le directeur vénéré de M. de la Salle, avait remplacé M. de la Barmondière à la cure de Saint-Sulpice dès le 7 janvier 1689. ^ n an a P res s'ouvrit, rue du Bac, une seconde école qui nécessita le concours d'autres Frères de Reims. Tout à coup s'élevèrent des difficultés inattendues : le costume des Frères paraissait étrange, les paroissiens s'offusquaient de les voir ainsi accoutrés, et M. Baudrand entreprit de leur faire abandonner la robe et la capote. Pour triompher de cette prétention qui lui paraissait si dommageable, il fallut toute la douce ténacité du fondateur. Il écrivit à ce propos un Mémoire éloquent, définissant avec humilité la communauté des écoles chrétiennes, décrivant l'habit adopté, insistant sur les inconvénients du changement en général et particulièrement pour les Frères dont l'habit est en usage depuis cinq ans, rappelant enfin comment « M. Vincent a jugé qu'un habit singulier (spécial), en quelque manière, estait nécessaire pour retenir les sujets dans sa congrégation », et soutenant enfin qu'à plus forte raison cela est indispensable « dans une communauté dont les sujets sont sans étude et sans lumière ». M.Tronson, alors supérieur de Saint- Sulpice, approuva et soutint J.-B. de la Salle. On

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