‹ St. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 25 sur 38 · ÉCOLES NORMALES. ÉCOLES DOMINICALES · texte numérisé non relu

ÉCOLES NORMALES. ÉCOLES DOMINICALES

gement solennel de ne jamais abandonner l'Institut, quand même ils ne seraient plus que trois et qu'ils devraient demander l'aumône pour avoir du pain. Quelques années plus tard, hélas! il devait tout oublier : le curé de Saint-Hippolyte mourut et croyant assurer l'avenir de sa fondation, la légua au Frère Vuyart. Celui-ci se laissa égarer et retint la donation pour lui-même. Quittant l'habit, il se fitrelever de ses vœux et renia M. de la Salle. Le safnt, toujours plein de mansuétude, pardonna cette trahison perfide, qui ruinait une fois encore le séminaire des maîtres de campagne.

Après l'école normale, le pensionnat. Le premier essai de cet enseignement secondaire, qui sera définitivement créé un peu après à Saint-Yon, se fit pour instruire une cinquantaine de jeunes Irlandais que leurs familles avaient envoyés à Saint-Germain, auprès de Jacques II, afin qu'ils fussent élevés dans la foi catholique. Les résultats excellents dont le roi d'Angleterre témoigna sa haute satisfaction en venant remercier le fondateur, attestent une fois de plus et le dévouement d'apôtre et les aptitudes d'éducateur de M. de la Salle.

Il en donna encore la preuve dans une fondation entreprise a la demande du curé de Saint-Sulpice et qui devint le modèle des patronages et des cours d'adultes, des œuvres de jeunesse et des institutions post-scolaires, aujourd'hui si importantes : c'est l'école dominicale 1 . Ouverte à ceux qui, toute

i. Il y avait eii, dès le début du siècle, quelques essais d'écoles dominicales en Flandre, mais elles avaient seulement pour but l'enseignement du catéchisme, et la lecture comme l'écriture n'y étaient qu'un accessoire.

la semaine, sont a l'atelier, elle donne, avec de pieux exercices et quelques distractions honnêtes, des cours complets pour ceux qui sont arriérés, et pour les autres des leçons de dessin, de géométrie, de mathématiques. Aussi plus de deux cents jeunes gens, âgés de moins de vingt ans, s'y pressent aussitôt, et y trouvent en outre une protection contre toutes les tentations de l'oisiveté. N'étaient-ce pas déjà des « universités populaires » — mais saines et pratiques — que ces institutions faites pour le peupleet auxquelles le chanoine Blain donne (en 1 y 33) le nom « d'académies chrétiennes » ? N'y doit-on pas voir le germe de ce qui sera plus tard école d'arts et métiers ou école commerciale? Mais, comme toutes les choses utiles, les œuvres dominicales eurent de difficiles commencements. Si elles étaient bienfaisantes en permettant de suivre les écoliers passant de l'école à l'atelier et commençant l'apprentissage delà vie, elles nécessitaientdes maîtres plus instruits que les autres, surtout pour le dessin et les mathématiques. Il les fallut former; mais plusieurs prirent vanité de leur savoir et, se laissant entraîner par l'intérêt, désertèrent les écoles. Effrayés par leur exemple, les autres Frères se refusaient à acquérir les connaissances nécessaires pour les remplacer. Les écoles dominicales, comme le séminaire pour les maîtres d'école de la campagne, furent ainsi compromises et perdues par l'infidélité de ceux qui en avaient la charge; et le saint, accablé de reproches, voyant périr les plus fécondes de ses œuvres, eut encore la douleur d'être regardé comme la cause de ces désastres.

Une persécution douloureuse, en effet, s'exerçait

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alors contre lui et, sous des formes diverses, pour des motifs variés, devait le poursuivre jusque sur son lit de mort. Non seulement quelques-uns de ses enfants l'avaient trahi et abandonné, mais ses meilleurs protecteurs s'étaient retournés contre lui. Déjà, a maintes reprises, M. de la Chétardie, quoique dur pour lui- même, avait réprouvé comme trop sévère la discipline du noviciat et cherché à modifier les règles de l'Institut, en plaçant les Frères sous l'autorité des curés de paroisse bien plus que sous la direction de leur supérieur. De son côté, M. de la Salle, s'il obéissait docilement pour la tenue des écoles au curé dont elles dépendaient depuis l'arrangement conclu avec l'écolâtre, insistait avec fermeté pour maintenir indépendante la communauté dont la régularité faisait la force, et qui aurait vite perdu toute influence sur ses membres si chacun de ses protecteurs avait pu la conduire à son gré. Un incident, pendant un voyage du saint à Reims, suffit a faire éclater le conflit.

D'un caractère dur et d'un esprit peu éclairé, le Frère Michel, maître des novices, et le Frère Pons, directeur des écoles de Paris, apportaient en tout une rigueur exagérée et maladroite. Deux novices successivement eurent le droit de se plaindre d'être par eux maltraités. La paternelle douceur du saint eut aisément tout apaisé; mais, lui absent, c'est à M. de la Chétardie qu'ils vinrent porter leurs plaintes. La première le troubla, la seconde l'indigna. Elles répondaient trop bien à ses préoccupations antérieures pour n'être pas accueillies comme une preuve de la dureté excessive que le supérieur avait imposée comme règle, et de l'entêtement avec

lequel il la maintenait sans écouter aucun conseil. Un mémoire, rédigé avec adresse pour être remis à l'archevêque, rejetait toute la responsabilité sur M. de la Salle, insistant sur le dégoût inspiré aux Frères par la rigueur de l'Institut et sur l'incapacité du supérieur à les maintenir unis et fidèles. Le cardinal de Noailles, qui de longtemps connaissait Tlnstitut comme son supérieur et appréciait à haut prix les résultats acquis par leurs efforts, ne pouvait, malgré sa surprise, repousser une dénonciation aussi solennelle. Il prescrivit une enquête dont fut chargé un vénérable docteur de Sorbonne, le vicaire général Pirot. Elle n'apporta point de preuves à l'appui des allégations émises; au contraire, elle mit en lumière l'union des Frères entre eux et l'affection profonde de tous pour leur supérieur. Néanmoins, le rapport conclut contre M. de la Salle. Celui-ci était revenu au cours de l'enquête dont le molif avait été tenu secret; il prit les interrogatoires que M. Pirot faisait subir aux Frères et aux novices pour un témoignage visible de la sollicitude de l'archevêque. Aussitôt il court remercier le prélat qui le reçoit avec sa bonté accoutumée, mais pour lui faire cette déclaration inattendue : « Monsieur, vous n'êtes plus supérieur; j'ai pourvu votre communauté d'un autre » .

Aucun coup plus rude et moins prévu ne pouvait être porté au fondateur, uni de cœur et d'àme à la chère communauté qu'il avait créée au prix de durs labeurs. Mais toujours docile à la volonté de Dieu, plein de déférence pour son archevêque, recherchant avec joie les souffrances, il accepte la sentence sans même en demander les motifs et rentre

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calme parmi les Frères pour prendre le dernier rang. Quelques jours après, M. Pirot revint pour présenter à la communauté M. Bricot, désigné par l'archevêque comme supérieur. « Sur ce mot de supérieur, la plupart des Frères se sont écriés qu'ils ne reconnaissaient d'autres supérieurs que Son Eminence et M. de la Salle. M. le grand vicaire leur dit qu'il fallait obéir à Son Éminence, et, leur montrant l'acte signé de Mgr le cardinal, que s'ils refusaient d'y obéir, ils seraient punis comme des rebelles. Les Frères luy répliquèrent qu'ils honoraient beaucoup Son Eminence, mais qu'ils ne pouvaient se résoudre à accepter d'autre supérieur que M. de la Salle, qu'ils aimaient mieux mourir que d'avoir d'autre supérieur que lui, qu'il étaient disposés d'aller en prison et hors du royaume, où il plairait à Son Éminence de les reléguer, et même à la mort.... Pendant que lesdits Frères faisaient ces réponses, M. de la Salle était là présent, qui les priait avec instances à deux genoux, la larme à l'œil et les mains jointes, de se soumettre aux ordres de Monseigneur qui leur estaient signifiés par M. le grand vicaire; mais ils luy répondirent qu'ils lui obéiraient en toutes autres choses, mais que pour cet article ils ne le pouvaient faire et ne le feraient pas 1 . » Une résistance à la lois si modérée et si ferme, de la part de pauvres Frères qui ne se laissent point intimider par les grands de la terre, prouve la sincérité de leurs sentiments; elle atteste

i. Lettre de Charles de la Grange, curé de Villiers-le- Bel à M. Guiart, curé de Laon, citée par partie dans Blain et Maillefer, en entier par M. l'abbé Guibert.

aussi leur attachement pour M. de la Salle et, par suite, l'inanité des accusations formulées contre lui. En vain lui-même insiste et insinue qu'après réflexion les Frères céderont : « C'est ce que vous ne devez pas promettre, répondent-ils; notre résolution est liée à notre vœu; Tune dépend de l'autre, et l'une comme l'autre est une exclusion pour le nouveau supérieur. Si, malgré notre résistance, on l'introduit dans la maison, il y pourra amener de nouveaux sujets qui lui promettront obéissance, il la trouvera libre; car, quant à nous, nous sortirons avec celui à qui nous l'avons promise 1 . »

Les adversaires du saint ne manquèrent pas de donner à entendre qu'il encourageait sous main cette résistance. Pour en triompher, le cardinal résolut de traiter les Frères en rebelles et fit annoncer à M. de la Salle qu'il allait être exilé. Le saint répondit « qu'il était tout prêt d'aller où il plairait à Son Éminence de l'envoyer, que ce qui le consolait était qu'il trouverait Dieu partout, et que ce serait un bonheur pour luy que de souffrir, et que pour ce qui était du vivre et du vêtir, il n'en pouvait avoir moins qu'il n'avait 1 ». Les Frères, de leur côté, passent un jour et une nuit dans le jeûne et la prière, puis se préparent a quitter à la fois les écoles et la maison de Saint-Cassien. A cette nouvelle, le curé de Saint-Sulpice vient trouver M. de la Salle pour qu'il empêche ce départ. Le cardinal aussi retire devant le Parlement la demande de bannissement. Les entrevues, les conciliabules se multi-

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