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LE PROCÈS CRIMINEL

troubles ; ce fut aussi une sorte d'exil volontaire qu'il prolongea avec l'humble pensée que l'animosité soulevée contre lui disparaîtrait, au grand profit de l'Institut, si lui-même s'effaçait dans l'obscurité.

Parti de Paris au début du carême de 171 2 le saint veut revoir d'abord les Frères d'Avignon qui le reçoivent avec une joie respectueuse. Il ravive leur ferveur par les pieux exercices de la retraite, fait lui-même la classe aux petits enfants, et le rayonnement de la sainteté autour de son visage frappe ceux qui le suivent aux offices dans les églises de la ville. Il visite ensuite l'école d'Alais, malgré les dangers que présente le passage des Cévennes où les bandes de Camisards molestent fort les catholiques et pourchassent les prêtres. Il prend le chemin des Vans et se détourne pour visiter la petite paroisse de Gravières, dont le saint curé, Pierre Meynier, l'accueille avec une vénération qui déconcerte son humilité. Aux Vans, il réconforte les Frères presque réduits au dénuement par la persistance des querelles religieuses. Enfin à Mende, où il parvient, non sans de grandes peines, a travers les montagnes du Gévaudan, il retrouve, comme en 171 1, le Frère Timothée et se réjouit de voir les écoles bénies de tous. C'est là, sans doute, qu'il apprit quelles dures sentences avaient été prononcées contre lui à Paris. Mais la haute sympathie de l'évêque, la vénération des fidèles, l'affection de ses enfants, le succès des écoles chrétiennes apportèrent de suaves consolations à son âme blessée. Bientôt pourtant M. de la Salle reprend sa marche, s'arrête quelque peu à Uzès dont l'évêque, non moins attaché aux Frères que celui de Mende, ajoute ses encouragements à ceux

que le fondateur a partout rencontrés; en juillet, enfin, il arrive à Marseille où il devait, après avoir semé dans la joie, recueillir dans les larmes d'amères déceptions.

Le séjour de J.-B. de la Salle dans la cité épiscopale de Xavier de Belsunce fut, en effet, fort accidenté. L'école de Saint-Laurent est en pleine prospérité ; aussi partout on reçoit le saint avec des remerciements, des prévenances, des promesses. On lui veut donner toutes les écoles de la ville, on organise des comités, on réunit des ressources, et comme pour toutes ces fondations il faut des Frères nombreux, la création d'un noviciat est décidée et aussitôt réalisée, car les postulants se pressent pour y entrer. Jamais et nulle part le fondateur n'avait rencontré de pareilles facilités et obtenu de si prompts résultats. Aussi fut-il absorbé par les soins qu'exigeait la formation des novices, et l'ardeur recueillie avec laquelle il fallait s'y livrer était une puissante diversion aux douleurs que lui apportaient les nouvelles de Paris. C'est alors que se croyant trahi et renié il ralentit et cessa même sa correspondance avec le Frère Barthélémy.

A cette époque, M. de la Salle multiplie au contraire ses lettres à l'un de ses plus fidèles et de ses plus chers disciples, h Gabriel Drolin, qu'il voudrait depuis longtemps aller rejoindre à Rome : « Je regarde, écrit-il alors, ce que vous avez commencé comme quelque chose de conséquence, mais il faut attendre que le noviciat que j'ai entrepris ici de* puis quatre mois soit bien formé. » Dès 1700, eu effet, nous apprend Blain, le saint, heureux « de planter l'arbre de sa Société et de lui faire prendre

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