PRÉFACE. XV
du silence, quoi de plus salutaire que de suivre pas à pas, dans leur modeste carrière, ces existences détachées de la terre et tournées vers le ciel? N'est-ce pas dans un commerce intime avec les âmes d'élite qu'on doit chercher ce repos intellectuel et moral qui nous manque, où Famé se recueille et se retrempe à sa source divine, où elle reprend une énergie nouvelle pour les luttes de chaque jour?
Et puisque l'Église vient de placer sur les autels un de ces humbles qui se sont sacrifiés eux-mêmes pour se consacrer au bien des autres, cherchons à réparer nos forces et à raviver notre courage au contact de l'activité que l'amour de Dieu a fait rayonner dans sa vie. Aussi bien, Jean-Baptiste de la Salle s'est voué au plus nécessaire des apostolats. Obéissant à l'appel de la Providence et pressentant confusément la poussée des générations, il a entraîné ses disciples en leur criant pour mot d'ordre : Instruisons le peuple! Et ceux qui se tournent avec le plus d'espérance ou d'anxiété vers l'avenir doivent souvent redire à notre siècle si engoué de ses progrès : « Sans ce mot-là, que seraistu ? »
Les éléments du récit qui va suivre sont surtout empruntés à trois biographes contemporains de J.-B. de la Salle : le Frère Bernard, qui écrivait au lendemain de la mort du saint et d'après un grand nombre de lettres et de notes adressées au supé-