‹ St. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 9 sur 38 · Ecclésiastique, XLI · texte numérisé non relu

Ecclésiastique, XLI

2. « Je n'ai eu d'autres vues, en recueillant les preuves de la généalogie de ma famille, que de lui être utile en lui laissant sous les yeux les exemples de probité, de décence et de bonne conduite, que nous ont donnés nos pères en nous transmettant de père en fils, et depuis plus de quatre

LA FAMILLE DE LA SALLE

Louis de la Salle, en outre, épousait en i65o Nicole Moët, et s'alliait ainsi à une noble et ancienne famille de Champagne ; sans parler de Jean Moët, qui vivait en 1293, et de Colart Moët, échevin de Reims en i35i, les deux frères Jehan et Nicolas Moët furent anoblis par Charles VII en 1 446. Un de leurs descendants acquit en i555 la terre de Brouillet, mais ce n'est qu'un siècle plus tard que Jean, le père de Nicole, y vint souvent résider après son mariage avec PerretteLespagnol. Il était conseiller au présidial et habitait à Reims la paroisse Saint- Hilaire, à peu de distance de l'hôtel de la Cloche. De rang analogue, rapprochées par une même ferveur de croyances chrétiennes et par le culte commun des mœurs simples et dignes dont la magistrature d'autrefois donnait le salutaire exemple, les familles de la Salle et Moët, par l'union de leurs enfants, formaient ce milieu de foi et de vertu où devait grandir le saint fondateur de l'enseignement populaire. A ce foyer béni, le petit enfant allait épanouir

siècles, le même état et la même fortune.... C'est leur probité qui leur a fait un nom ; c'est l'économie et le bon ordre qui l'ont soutenu. Que leurs descendants ne pensent pas pouvoir rester dans le même état, s'ils n'ont pas les mêmes vertus. Que s'ils méprisent l'état de leurs pères et qu'ils en veuillent prendre un au-dessus, ils ne le fassent que peu à peu et autant que les circonstances le leur permettront; et qu'ils sachent qu'il est plus aisé de retomber, après s'être trop élevé, que de rester dans l'état de ses pères. » (Généalogie de Jean-Marie Monnier, subdélégué de Vlntendance de Bombes, conseiller du roi au bailliage et siège présidial de Bourg, conseiller de la province de Bresse, 1779; citée par Charles de Ribbe, avec beaucoup d'autres, dans Le Livre de famille, P- 79-)

sa jeune âme dans le pieux respect de la tradition paternelle.

Au moment où commence ce récit, l'hôtel de la Cloche abritait Barbe Coquebert, son fils aîné Simon, qui était seigneur de Létang, et le ménage de son second fils Louis. Toutefois, le premier né des enfants issus de ce mariage, Jean-Baptiste, reçut le baptême à la paroisse Saint-Hilaire, sans doute parce que c'était celle de ses grands parents Moët qui le tinrent sur les fonts. Louis de la Salle resta propriétaire d'une partie de l'hôtel après la mort de sa mère, et c'est seulement en 1664 qu'il la céda à son frère pour transporter son foyer dans une maison acquise rue Sainte-Marguerite et qui devait devenir plus tard le berceau de l'Institut des Frères. La plupart des dix enfants de Louis et de Nicole durent donc naître encore rue de la Chanvrerie. Trois moururent en bas âge. Les autres furent, après Jean-Baptiste, Jean-Remy, né en i652, qui épousa Marie-Madeleine Bertier du Rocheret et fut écuyer, conseiller-procureur du roi en la justice de la monnaie de Reims ; — Marie, née en i654, mariée à Jean Maillefer 1 , cousin de

1. Les fortes mœurs des familles se peignent elles-mêmes dans leurs archives domestiques. Jean Maillefer, le père de celui qui épousa une sœur de J.-B. de la Salle, nous a laissé ses Mémoires dont le manuscrit est à la Bibliothèque de Reims et que M. Jadard a publiés dans les Travaux de V Académie , 1886- 1887. Il y aurait bien des traits à y relever ; citons du moins le portrait de sa mère. Il la montre jeune mariée, a extrêmement subjecte en sa boutique, » dans la vente et le détail des menues merceries, « estant la pratique des pères, alors, de ne pas eslever leurs filles dans les braveries et les vanités ». — « Sa prudence a parue en toutte la con-

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Nicolas Roland que nous retrouverons bientôt ; elle fut la mère de François-Elie Maillefer, bénédictin de Saint-Maur, qui écrivit la première Vie de son oncle ; — Rose-Marie, née en i656 ; « c'était dit Jean Maillefer, une fille d'une grande douceur et qui nous aimait beaucoup » ; elle entra au monastère de Saint-Étienne de Reims et mourut à vingt-cinq ans; — Jacques-Joseph, né en 1659, fit de sérieuses études chez les religieux de Sainte-Geneviève à Paris, enseigna, puis exerça le ministère àBloisetàChauny où il mourut ; — Louis,

duite de sa vie ; mais sa mananimitié (sic) a esté encore bien grande en ce quelle n'a jamais refuzée de faire plaisir, quant elle en a esté priée, mesme contre son intérest.... Sa dévotion, mon Dieu, combien de fois s'est-elle trouvée aux portes des églises de Nostre Dame, de Saint Remy et de Saint Pierre, sa paroisse, auparavant qu'elles fussent ouvertes. Mais combien d'actions de piété, de charité et d'bumilité qui ne sont cognues que de vous, o mon Dieu. Mais pour parler de sa force, de sa constance, de l'amour de Dieu et de celuy qu'elle portait à ses enfants, qui le pourra comprendre, estant demeurée vesve à trente deux ans et ayant souffert un combat dans elle mesme de la nature contre la nature? L'amour qu'elle avait pour Dieu et pour huict enfants que Dieu luy avait donné, fut le vainqueur. Aussi, c'était une femme d'un fort esprit, ennemye du faste et de l'oisiveté, civil dans tout ce quy se peust, affable à recepvoir et à parler à chacun, ménagère pour soy, libérable pour autruy ; un soing merveilleux de nous eslever dans l'amour et la crainte de Dieu et de nous mettre dans des conditions honorables pour subsister.... Ii pleust à Dieu de glorifier une sy belle vie d'une belle mort : la bonne mort suit la bonne vie.... Sa bonne vie et sa belle mort me doivent servir d'exemple pour le reste des jours que Dieu me voudra laisser sur la terre. Je prie Dieu qu'il m'en fasse la grâce de l'imiter dans son vesvage, en sa vie et en sa moru Ainsi soit-il. »

né en 1664, fut le filleul de son frère aîné et lui re 4a toujours fort attaché; docteur en Sorbonne, chanoine de Reims en 1694, il devint ensuite directeur du Grand Séminaire, mais il ne se soumit pas à la bulle Unigenitus et fut alors tenu h l'écart jusqu'à sa mort en 1724 ; — enfin Pierre, né en 1666, qui fut comme son père conseiller du roi au siège présidial de Reims^ épousa Françoise- Henriette Bachelier et mourut en 1741, doyen de MM. les conseillers du roi.

Heureux les temps où les familles mettent leur honneur, comme les la Salle et les Moët, à conserver le respect de Dieu et le respect du père ; où les parents ont la fierté de leurs traditions et le souci de leurs devoirs ; où les fils se pressent nombreux au foyer de la maison souche et où tous ensemble règlent la pratique journalière de leur vie sur les enseignements . des Saints Livres : « L'Eternel considère avec amour la voie des justes ; mais la voie des méchants ira se perdre dans l'abîme. La race de ceux qui craignent Dieu sera en honneur, mais la race de ceux qui violent ses commandements sera déshonorée 1 . »

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