‹ St. Jean Chrysostome considéré comme orateur populaireChapitre 11 sur 22 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le C«uitroTei«l«te.

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Jean Chrysostôme porta le même esprit dans la conr" traverse. H y a deux parties dans la controverse : Tune , ft Ton critique et réfute Topinion de ses adversaires ; ^âuûre, où Ton établit et fait valoir ses propres opinions. Ces deux parties sont le plus souvent mêlées et confondes. On ne combat l'erreur que pour y substituer ce î^^o Ton croit être la vérité. On juge d'abord, pour dog- ^^tiser ensuite ; on ne veut abattre le drapeau de l'en- ^^oiî que pour planter le sien à sa place.

u fond de toute controverse est donc la passion :

vr de la vérité d'abord, puis amour de la lutte, de la

^^^Tàination, de la victoire. Si l'erreur, en révoltant notre

n, ne portait en même temps atteinte à la vérité que

s croyons posséder, nous laisserions passer l'erreur,

erents et froids. Mais nos idées exercent sur nous

tyrannie. La foi est un feu ardent qui consume les

^^i^^aUles, qu'on ne peut contenir (1) ; elle exige que

r sa défense on lutte , on souffre , on meure ; elle fait

léros, les martyrs, et, pour rentrer dans le domaine

raire, les grands écrivains.

iMais si la passion est un auxiliaire puissant , elle ne

^^"^^Tait être un guide. Elle anime, elle entraine, souvent

Cl) Fénekm. Sermon sur TEpiphanie.

elle égare. Les œuvres qu'elle inspire saisissent vivement l'âme , mais la troublent plutôt qu'elles ne l'éclairent et ne la satisfont : aussi n'occupent-elles dans le domaine de l'art qu'un rang secondaire : tels sont les pamphlets et la satire.

Le eontroversiste , qui se propose non-seulem«it de combattre une erreur , mais de prouver une vérité , doit posséder la science, le jugement, la bonne foi. Il faut qu'il ait une connaissance parfaite des opinions qu'il attaque ; que cette connaissance soit accompagnée d'up esprit de critique sûr ; que ses raisonnements , si passionnée que soit son âme , aient de la rigueur et forcent la conviction ; enfin , qu'aucun doute ne puisse s'éleva contre la sincérité de ses paroles.

Quant au style particulièrement propre à la controverse, il n'y en a pas, ou plutôt ce genre les comporte tous. Sévérité du langage philosophique , éclat et chaleur de l'éloquence , intérêt et vivacité du récit historique ,. l'ironie même et la plaisanterie, tous les tons peuvent s'y rencontrer sans se heurter. Tantôt elle sera déclamatoire avec Tertullien, philosophique avec saint Augustin , oratoire avec Lactance , Arnobe , Minucius Félix , ironique avec Platon dans la charmante comédie de TËuthvdème , plaisante et terrible avec Pascal dans les Lettres provinciales.

Si j'avais à citer un modèle de ce genre tout moderne, né du christianisme , je ^nommerais sans hésiter rHistoire des variations des Eglises protestantes. Dans ce livre, le puissant génie de Bossuet apparaît avec sa nierveilleuse fécondité. Histoire, philosophie, théologie, critique, éloquence, tous les genres , tous les styles y sont réunis dans la plus harmonieuse unité et la plus variée. Et ce n'est pas seulement un chef-d'œuvre de polémique, c'est un majestueux monument de science dogmatique.

Prouver les variations des Eglises protestantes, Tanarchie dans leurs dogmes, c'était beaucoup. Opposer à cette confusion Tinaltérable unité de l'Eglise, c'était , en assurant son triomphe , rejeter ses adversaires dans les confuses divergences du schisme , et les retrancher du grand mouvement imprimé au monde par la religion de Jésus-Christ.

De ces qualités si nombreuses et si diverses qu'exige la controverse , quelles sont celles que posséda Chrysostôme? ou plutôt quelles sont celles qu'il déploya? Car, je crois l'avoir montré, les misères du temps, les devoirs de son épiscopat, si actif, si rempli, les besoins de son auditoire, pesèrent lourdement sur lui, et ne permirent pas à ce génie heureux de se développer dans toute la richesse de sa nature. Homme d'action avant tout, il parla plutôt qu'il n'écrivit , et il parla au jour le jour. L'improvisation devint presque une nécessité pour Jui. Or, en des matières si ardues, il est dangereux de s'abandonner aux hasards de l'inspiration. Chrysostôme ne fut donc pas toujours à la hauteur de sa tâche, soit qu'il fût moins propre à la controverse qu'à l'éloquence, soit qu'il trouvât ailleurs un plus heureux emploi de ses facultés. Il eut dans l'attaque toute la vivacité , tout l'élan d'un brave soldat, presque jamais le coup d'œil sûr du général. Il semble ne pas connaître parfaitement ses ennemis, leurs ressources, leurs plans de campagne, tant il affecte d'indifférence et de mépris pour eux. Aux plus pressantes objections, il oppose telle fin de non-recevoir qui équivaut à l'aveu d'une défaite. Il est d'avance si fortement convaincu qu'il a raison et que ses ennemis ont tort, qu'il se coûtante de cette double assertion plusieurs fois répétée. i Que s'il essaye de combattre des raisons par des raisons, f c'est au sens commun le plus vulgaire qu'il emprunte ses ^ arguments. A défaut du sens commun, il en appelle à la

passion, à la plaisanterie. Il ne respecte ni les opînîoi», ni les hommes ; un seul mot pour lui résume tous les systèmes philosophiques ou religieux qui sont en dehors du christianisme et de Torthodoxie : ce mot c'est Torgueil. Sa critique est donc étroite, ses démonstratious peu cmcluantes : il est trop sûr de posséder seul la vérité, poor avoir besoin de se mettre en peine de la prouver. -^ En un mot, il semble s'adresser à ceux qui pensent comme lui, jamais à ceux qui pensent différemment.

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