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Il n'existe de lui qu'un très-petit nombre d'ouvrages de polémique proprement dite. Il ne combattit guère directement que les juifs et et les anoméens. G)ntre le polytliéisme il composa une homélie et un petit traité qui portent tous deux le même titre , et font double emploi (1). Mais on rencontre dans ses homélies des attaques partielles si fréquentes contre le paganisme et la philosophie, et cette partie de sa polémique met si bien en lumière les traits saillants de son esprit, qu'elle mérite un examen particulier. Ainsi, l'hérésie d'abord dans ses prétentions les plus hautaines, c'est-à-dire les anoméens; l'aveuglement opiniâtre dans ce qu'il a de moins fondé et de plus misérable, c'est-à-dire les juifs ; enfin l'idolâtrie dans ce qu'elle a de plus grossier, la philosophie dans ce qu'elle a de plus téméraire et de plus vain.
Les anoméens (2), comme leur nom l'indique, mûeat la consubstantialité. Par là ils descendaient d'Anus, dont
1) Liber et homilia in sanctum Babylam, t. II. ^2) Contra Anomœos. De Incomprehensibili, t. I. In Joaunem, passim, t. VIII.
ils furent les continuateurs sans gloire. Us n'eurent pas même de chef; ou le chef est resté aussi obscur que les €Uisc^>les. Ils ne se bornaient pas» à ce qu'il semble^ à nier la consubstantialité ; mais ils prétendaient en outre qu'il est possible de connaître Dieu directement, de définir son essence, ses attributs. Sur quels arguments était fondée cette prétention? C'est ce qu'on ne peut savoir au juste. Mais nous savons du moins quelle réfutation y oppose Chrysostôme. Sur le premier point, la consubstantialité, question si importante qui divisa la chrétienté pendant près d'un siècle ^ problème capital que les Atbanase , les Hilaire, les Grégoire de Nazianze et tant d'autres creusèrent avec une si opiniâtre perspicacité, Chrysostôme se contente d'une démonstration qui put satisfaire son auditoire \ mais qui eût paru peut-être moins concluante aux grands théologiens de la génération précédente.
c En vérité je rougis , je suis honteux d'aborder un pareil discours. Qui ne rirait de nous voir essayer de dé* montrer des choses si évidentes? Qui ne condamnerait ceux qui cherchent si le Fils est consubstantiel au Père? C'est être en contradiction non-seulement avec l'Ecriture, mais avec l'opinion générale de tous les hommes , et la nature même des choses. L'engendré et l'engendrant sont de la même substance : cela se voit non-seulement pour les hommes , mais pour tous les animaux , pour les ai4)res mêmes (1). »
Je n'insiste pas sur la valeur d'une preuve semblable. Elle suffît d'ailleurs pour faire ressortir cette tendance contmuelle à rabaisser à la portée des intelligences les plus grossières les vérités les plus hautes.
A tous les problèmes les plus obscurs il impose à peu près la même solution. — Voici comment il explique ces
(l) Adversus Anomoeos, t. I, hom. t, p. 615.
mots de la Genèse : In prindpio Deus fecit cœluni et : terram. — « Si un manichéen , si un marcionite , un ^
> valentinien, des gentils, s'approchent dfe toi, et te di- —
« sent que la matière existait avant la création, réponds
» leur : — Dieu a fait le ciel et la terre. — Mais quoi?^^^ » S'ils n'ajoutent pas foi à l'Ecriture? Alors détoume-toinr ^i
> d'eux , traite-les comme on ferait un furieux ou uimt::» • fou (1). »
Quant au second point , la prétention qu'avaient le^ tss anoméens de connaître Dieu directement, de déterminea: ^^r par les seules lumières de la raison son essence et ses^5S attributs, il offrait à Ghrysostôme une belle occasion d^^e déployer toutes les ressources d'une argumentation phi— -mlosopfaique exacte et rigoureuse. Au fond , le problèm» .mne n'était autre que l'antagonisme de la raison et de \s^Wh foi. Suivant les anoméens, les lumières de la raison suf^^^fcffisent ; suivant l'Eglise, il y faut joindre les lumières d^ -Kde la foi. Mais de déterminer la part de chacune d'elles dan ^ns l'œuvre de la connaissance , de préciser la nature mêm ^cie de cette connaissance , son degré de perfection ; si ell- -Ke est adéquate ou non à l'objet; si Dieu peut être conni compris en entier tel qu'il est par un être autre que luimême : ces questions si importantes, si obscures, Chry sostôme ne s'en occupe point. Le problème pour lui s — ^^ résout dans une splendide antithèse. D'un côté , misèreis^» faiblesse de l'homme. Combien ses facultés sont bornées^** Que de mystères l'entourent, le pressent, impénétrable=5^=^ à sa raison ! Que s'il essaye de soulever le voile qui cach -^ les vérités dont Dieu seul s'est réservé la connaissance^ -» le châtiment ne se fait pas attendre. S'il ne s'anéantS- 1 devant son auteur, s'il ne croit aveuglément la parole dk^ Dieu transmise par les saints intermédiaires qu'il a cboi-
(1) Homil. in Genesim, t. IV, p. 15.
sis » ce Dieu irrité le frappe dans son orgueil et son manque de foi; Zacharie devient muet (!)• Et l'orateur accumule les exemples : les peintures dramatiques, où il excelle, portent la terreur dans l'âme de ceux qui l'écoutent; la peur opère une conviction momentanée. Puis à cette misère de l'homme il oppose la puissance infinie de Dieu. Il déroule le magnifique tableau de la création , où elle éclate en traits sublimes. Il emprunte au langage poétique des prophètes les plus grandioses images qu'ils aient tracées de la majesté de Jéhovah. Aux prophètes succèdent les apôtres. Enfin lui-même est comme ravi en extase par la contemplation imaginaire de cette souveraine puissance. Il voit les anges, les séraphins, les chérubins, se voilant la face de leurs ailes, incapables qu'ils sont de soutenir l'éclat de cette vision; et il s'écrie avec saint Paul : « altitudo divitiarum sapientiœ et scientiœ Dei ! Quam inscrutabilia sUntjudicia ejm (2). »
Ce n'est plus le théologien qui parle, c'est l'orateur inspiré. Je croisentendreScipion accusé devant le peuple, dédaignant de se justifier , et entraînant la foule au Capitole, pour y rendre grâce aux dieux des victoires qu'il a remportées. Comme le vainqueur de Carthage se mettait au-dessus des lois , Chrysostôme, par un transport de foi et d'éloquence , s'élève au-dessus de la question, et la foule le suit. Il n'a rien prouvé; il a tout obtenu. Je me trompe. Il a compris qu'en dehor» et au-dessus de tous les arguments , de toutes les démonstrations , le sentiment religieux vivait énergique , éternel dans les âmes ; que dans le silence de la raison , il parlait ; que nulle puissance humaine ne pouvait l'éteindre ou le nier; qu il suffisait de le faire vibrer dans les cœurs , pour
(1) Contra Anomœos, hom. 2 et sqq., t. I.
(2) Epist. ad Romanos, XI, 33.
mettre en poudre les objections» dont il ne s'embarrasse guère, invincible qu'il est et immortel. Il sacrifia àcm le raisonnement à la passion » et enleva les cœurs sans démonstration.