‹ St. Jean Chrysostome considéré comme orateur populaireChapitre 15 sur 22 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'Orateur.

L'Eloquence des Pères.

Lorsque Ton embrasse par la pensée les quatre premiers siècles du christianisme , et qu'on analyse l'œuvre de ce temps si court et si fécond, ces conquêtes accomplies par la seule force de la vérité et de vertus qui étonnèrent le monde ; lorsque l'on voit la société païenne passer tour à tour du mépris envers les chrétiens à la fureur, aux persécutions , au respect, à l'admiration ; se transformer insensiblement dans ses coutumes, ses mœurs, et jusque dans l'inflexible rigueur de ses lois : il semble que de tout le passé il ne reste plus rien, et que l'humanité ait attendu le christianisme pour comprendre, penser et sentir. C'est là une illusion naturelle , mais une illusion. Le christianisme apporta au monde bien des nouveautés ; mais dans le domaine de l'art ses conquêtes furent restreintes : s'il transforma, il ne fit pas oublier. Les chrétiens de cet âge, que charmaient les vers de Grégoire

do NaziaDze , les homélies de Basile et de Chrysostôme , purent bien s'imaginer que les génies anciens allaient disparaître avec les dieux de rOKmpe; et quelques modernes . plus pieux qu'éclairés , poursuivent encore cette i^ponmce. Elle est chimérique. Les Pères latins et grecs furtMit en général supérieurs à leurs contemporains païens: iluis le piissé il faut leur chercher non des rivaux , mais dins; uiaitrcs. L*art antique neste encore aujourd'hui la plus {Kirfaite nunifesutioD du génie de Thomme. Si puissant que fût Tesprit des Pères, si ardente la foi qui les animait « si vrais et si pr»fonds les sentimeots et les idées qu*ils ex|unnKMrent . ik subirent h tyrannie des temp m isômMes ihi ils vectinent. et des nécessités que leur im- |H^$a le triiMupho méoie de leur nrfigîoo.

CV'st lUiis une sodrte fociefliefit cooslitiiée, aimant et IhMh^rAîï t W vVii^ Tvs Je TespRl. que se produisent lesche&d\vuvt\\ trait J^' Ix^ kt^î^s . éUboros daoïs le silence 01 U |v»i\ . ^;;i <cc; cccsiae k $|:4«deiir léfleriiîe d*an mN le siir *:;^ ^,;;-:::«^CA\ il sœlf^tkl n aivir diantre but q«o lowr jv'OfCf ;*«:TtVvo:c. A;;:x r^ço^iMs de coofusioD et d AiMrv^hn\ ^ ,5JLrc ii :u-r.i^ 3fs :=i^cîr^:ixls JDCîeiines, des n>*v«rs. *î;" *i :vC^:*i:c.. e^c rûii-iwi:;», suis qu^un noovel otAt jvN';;jo.ir. <o.-iJk ^c :rej;f ie-OL icc prè définitivement b plvo iîr .•;: :.:. ,x».: .-«ic:: irsuni 'ikçaart^i partout, AU ^)<^h,^:s, ,\*if;;.v >^ ô^iiiTî?, h< iîr& refait d*étreb

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qui emporte toutes choses , semble entraîner aussi les hommes et leurs œuvres. On écrit en courant , on parle en courant. Quand les barbares envahissent les frontières, apportantavec eux la ruine, l'esclavage, l'ignorance; quand les ténèbres s'épaississent sur le monde, qui pourrait songer à composer à loisir des œuvres dont nul ne comprendrait la parfaite et froide beauté? Ce n'est pas aux connaisseurs qu'il faut plaire, c'est à cette foule immense qu'une religion nouvelle a tirée de l'abaissement où la retenaient les malheurs du temps et la politique des despotes. L'abandonner un seul instant à elle-même, c'est la livrer à toutes les misères de l'âme et de l'esprit qu'elle aspire si ardemment à secouer. Les nécessités de cet enseignement élémentaire et quotidien, distribué à la hâte, comme s'il eût fallu redouter que l'œuvre de la régénération morale des peuples n'eût pas le temps de s'accomplir, expliquent la merveilleuse fécondité des Pères, et surtout le nombre incalculable de leurs homélies, ou conversations familières avec le peuple. Elles expliquent aussi ce qu'il y a d'inachevé, de défectueux sous le rapport de l'art dans ces œuvres si rapidement produites, et souvent improvisées. Supérieures en élévation morale à tout ce que les anciens ont produit, il leur manque cette pureté de forme, cette délicatesse de goût , cette mesure exquise, que l'on ne connaissait plus de leur temps. Orateurs, il n'avaient pas consacré leur jeunesse entière, une partie de leur âge mûr à ces fortes et patientes études, à ces exercices continuels où se formaient un Démosthènes, un Cicéron. Prédicateurs, ils réunissaient autour d'eux non un sénat, des juges éclairés, un peuple intelligent, capable de comprendre et 'd'admirer les plus hautes qualités de l'éloquence ; mais un auditoire souvent grossier, ignorant, peu attentif, qu'il fallait à tout prix instruire , éclairer, moraliser. La matière même sur laquelle s'exer-

çait leur éloquence, était encore un obstacle. — L'orateur ancien s'adresse à des concitoyens ; il leur parle de leurs intérêts, il soulève leurs passions, il apaise leurs colères : il combat un ennemi. Cet ennemi, c'est Eschine ou Philippe; c'est Catilina ou Antoine. Pour l'orateur chrétien , c'est Satan ou le péché. L'orateuç grec ou romain a son adversaire en face ; il est soutenu dans sa haine et dans son éloquence par une partie con3idérable de cette foule qui l'écoute et le jugera. Il faut que l'orateur chrétien aille chercher l'adversaire, le sien, celui de tous , jusque dans les plus obscurs replis du cœur où il se cache. Le premier consacre toutes les forces de son génie à la défense des intérêts d'un homme, d'un parti ou de la patrie : et cette patrie, il en foule le sol sur lequel s'élève la tribune; il a grandi, il a été élevé, il ne vit que pour elle; il la sent en lui, autour de lui. Elle lui parle du haut des monuments que montre sa main , du haut des temples oîi les dieux veillent sur elle, du fond des tombeaux oii dorment les morts qu'il évoque. L'amour qu'elle lui inspire, il le fait vibrer sans peine dans ceux qui l'écoutent : c'est la première et la plus puissante passion qui anime ces grandes multitudes. — Le chrétien n'a pas de patrie. Le prédicateur propose à son auditoire un but invisible, douteux même pour plusieurs, une patrie par delà, la mort. Et pour atteindre cette cité de Dieu , il faut étouffer en soi toutes les passions dont' la cité terrestre faisait un devoir et une vertu : égoisme, esprit de guerre , de vengeance , de rapine. Par quel art prendre possession des âmes toujours peu disposées à sacrifier à un avenir incertain le présent avec ses joies ? Que d'obstacles à l'éloquence ! Et quelle éloquence devait naître de cet esprit nouveau qui transformait le monde? Une éloquence nouvelle. Inférieure d'abord aux monuments admirables du génie grec et ro-

maiDy parce qu'elle apparaît à une époque de décadence universelle, elle semble sommeiller , se recueillir en ellemême pendant de longs siècles, jusqu'à ce que des idiomes nouveaux, des temps plus heureux, en manifestent tout à. coup l'éclat et la puissance incomparables.

J'appelle cette éloquence nouvelle : elle Test effectivement^ Pourquoi? Le fond même de .la nature humaine avait été modifié. Mais, dira-t-on, les hommes sont toujours hommes. Si le christianisme assigne à la vie un autre but, les moyens de persuader. ne varient pas. Un art créé pour les hommes sera toujours tenu de fee conformer à certains principes d'une vérité universelte. L'orateur, quel qu'il soit , païen ou chrétien , devra toujours se proposer de prouver , de plaire , de fléchir , ut probet, ut delectet, ut flectat (1). Il est vrai. Mais quoi? si l'orateur chrétien prouve des vérités que le monde païen ignorait, et que l'homme, par le seul effort de sa raison , ne peut atteindre ; s'il développe les principes d'une morale qu'avaient seules vaguement entrevue les plus excellentes âmes d'entré les païens , et qui n'amt pas encore reçu la sanction des lois ; si les passions qu'il remue dans les cœurs sont toutes nouvelles , comme les cœurs eux-mêmes ont été renouvelés; s'il affecte de mépriser les règles consacrées de toute composition oratoire , et les recherches infinies du langage [omate, copiose varieque dicere) (2) ; si cette fameuse division des trois genres , démonstratif , délibératif , judiciaire , est anéantie , parce qu'il n'y a plus ni sénat , ni forum , ni tribunaux , ni patrie : que devient l'éloqoence ? Et n'est-elle pas détruite , si elle n'est entièretnent renouvelée? — Elle fut renouvelée. L'art y perdit, le monde y gagna. Aussi bien, il était impossible qu'une

\i) Cicéron. Orator., eh. 21.

(3) Cicéron. De Orat., 1. n.

révolution radicale dans la foi religieuse de rhumanité n'entraînât pas avec elle une révolution radicale dans les arts , et particulièrement dans les arts qu'on peut appeler sociaux , c'est-à-dire ceux qui , par leur nature etleur but , ont une action directe et toute-puissante sur lasociété. Or le christianisme anima d'un souffle nouveau

lapoésie, la peinture, là musique, l'architecture : il était d toute nécessité que l'éloquence précédât les arts dan cette rénovation. Elle fut l'instrument des conquêtes d la religion , l'arme avec laquelle elle combattit : 1 autres arts ne furent que l'ornement de la victoire. Il ne faut donc pas appliquer aux œuvres inspi

rées par le christianisme les règles de critique sui vaut lesquelles nous jugeons les monuments des litté ratures anciennes. Les termes de comparaison man quent. I^a prédication de l'Evangile a creusé un abim entre les deux mondes et les deux littératures, gracieuses fictions de la poésie hellénique, ceà allé gories charmantes ou terribles , ce merveilleux qui pla çait sur l'Olympe et souvent faisait descendre sur la terr les objets de l'adoration de l'homme si semblables l'homme , ces légendes si dramatiques et si profonde parfois : tout cela est mort, tout cela est méprisé, poésie , désormais , devra se faire un ciel nouveau , u autre Elysée, un autre Tartare , d'autres héros, d'autre amours. L'orateur devra toujours avoir un langage nou veau , une dialectique nouvelle , un pathétique dont 1 source n'avait pas encore jailli sur le monde. Un im mense orgueil conduit et soutient l'homme de la sociét ancienne. Depuis Ajax , qui , sur l'écueil où il vient d'é— ^ chouer , relève contre Jupiter qu'il provoque son fro battu par la vague, jusqu'au sage du stoïcisme que ruine du monde ne peut émouvoir , et qui se proclama dieu par la seule puissance de sa volonté libre , l'homi

a vécu dans une foi hautaine en soi-même , et s'il s'est

pit>sterné devant des dieux , ces dieux n'étaient que d'un

<l^gré supérieures à l'humanité : l'infini ne les séparait

P^s^'Delàdes vertus étranges, saisissantes, l'exalta-

*^H de toutes les forces de l'individu , l'estime de soi

Poussée jusqu'au mépris des autres ; un amour invin-

^J^le de Id Uberté et de la gloire , qui sont la plus écla-

'^^te splendeur de l'homme; et enfin un isolement presque

^5^lDpIet , sinon d'homme à homme , du moins de cité :à

^^Xé , de peuple à peuple. Voilà les sentiments dont l'o-

^^leur ancien est l'interprète , les passions qu'il doit re-

*^uer, les intérêts qu'il doit défendre.

L'humilité , le repentir , la charité,, voilà les vertus du ^îirétien. Chez les anciens , l'homme est semblable à ce ^Is de la terre , à ce Prométhée , le dernier représentant ^'une race divine tombée du trône , mais dont le génie ^t l'audace font trembler l'usurpateur Jupiter. Chez les Kîhrétiens, l'homme est déchu, faible, impuissant, abattu. Une terrible malédiction pèse sur lui. Dieu seul ^eutle relever. Souffrances, expiations, mépris de la gloire , des biens et des joies de la terre qu'un souffle fBmporte , espérance des biens éternels ; détachement de lacitéd'iei-bas, contemplation et attentede la cité céleste, charité universelle envers ses compagnons de servitude (ô/xoSouXoc), si loin qu'ils soient placés de lui parle hasard de la naissance ou de la fortune : tels sont les devoirs de l'homme nouveau , telles sont ses vertus. La tâche de l'orateur chrétien , c'est de s'y préparer. Il doit donc puiser à des sources jusqu'alors inconnues. Les longues études, laborieuse préparation d'un Desmothènes ou d'un Cicéron , ne réussiraient qu'à former un habile artisan de paroles. Jadis c'était la nature et Vinstitution qui faisaient l'orateur ; désormais ce sera la nature et Véducation. A défaut de génie , si le prédicateur possède

la science de la religion et la vertu , il est à la hauteur de sa mission. Toutes les ressources de l'art ne seront plus rien, si elles n'ont pour base une longue préparation morale qui les relève et les ennoblisse par Tusage qu'en fera l'orateur, A l'étude des lois a succédé l'étude de la Loi ; aux recueils des jurisconsultes les Livres saints ; à la cause d'un accusé celle de l'humanité tout entière. L'éloquence nouvelle sera donc plus générale, mais moins précise. En s'adressant à tous , et non à quelques-uns , elle produira lentement la conviction , reprendra sans cesse le même thème , plaidera éternellement la même cause. Elle n'aura ni l'éclat, ni la variété, ni le brûlant intérêt de la tribune antique , d'où un échec pouvait précipiter l'orateur dans l'exil ou la mort. Souvent languissante, décolorée ,. vulgaire, forcée de se rabaisser au niveau des plus humbles intelligences , condamnée à une fécondité dangereuse, elle sera réduite à s'affranchir de toutes règles, à subordonner l'art à l'utile, si bien qu'aujourd'hui encore , après saint Basile et Chrysostôme , Bossuét, Bourdaloue et Massillon, une rhétorique delà chaire est impossible (1). L'éloquence chrétienne est un domaine sans limite , un genre sans lois.

Edtœation de VorMeur. — La mère, la Bible. —

Le désert.

Une des plus importantes réformes introduites par le christianime dans la société, ce fut le respect de la femme ; et c'est peut-être un des côtés par lesqueb il

(I) Le livre du cardinal Maory en est une preuve.

attira à lui les peuples de la Germanie , dont la rudesse était si heureusement tempérée par la douce influence d'un sexe qui sait si bien rendre en dévouement et en cocirage ce qu'on lui donne en affection et en estime. Le nnsiriage cessa d'être simplement une institution civile, et quelle institution ! Il eut un caractère religieux et saint. L'épouse cessa d'y jouer le rôle passif d'iine esclave; elle devint la véritable compagne de l'homme. Elle n'avait eu jusque-là que des devoirs, elle eut des droits. Des entraves salutaires furent apportées au divorce , à la répudiation. Le foyer domestique se forma, se réchauffa par une plus étroite communauté de sentiments, une confiance réciproque plus complète, et l'indissolubilité même de l'union. Enfin , la famille acquit une plus intime unité Pai* l'association de la femme à la tâche délicate de l'éducation dés enfants. Chez les Romains , l'enfant de- '^^ aurait jusqu'à sept ans entre les mains des femmes ; P^is il s'éloignait de sa mère, ne voyait plus que des "tînmes, grandissait, se développait, les yeux et le cœur ^^Urnés vers la vie publique qui le réclamait, portant ^^JB à quinze ans je ne sais quel orgueil de citoyen en ^^^•tie , dont les froides jouissances suffisaient à l'enfant, ïiai croissait ainsi sevré des tendresses maternelles j ^^Orime avant l'âge, tremblant devant la majesté du père ^ famille, et montrant en sa personne, dès la robe pré-

e , un maître à celle qui l'avait allaité. Il y eut, je le ^^^ , quelques exceptions.

l'acite , dans le dialogue où il déplore si amèrement la

^ine de l'éloquence, l'attribue en partie au vice de l'é-

^^Oation. « On abandonne, dit-il, l'enfant à peine né aux

^ rtiains de quelque misérable esclave, à laquelle on ad-

^ Joint un ou deux de ses compagnons de servitude, les

** plus vils d'ordinaire et les plus incapables d'aucun em-

* ploi sérieux. » — C'est dans une telle société que

— as» —

grandit et se développe le rejeton des nobles familles. Du temps de nos ancêtres, c'était la mère qui présidait à l'éducation de ses fils ; c'était elle qui formait des hommes et de grands citoyens. Telles furen t Cornélie , mère des Gracques , Aurélie , mère de César , Atia , mère d'Auguste (1).

Trois noms de femmes qui furent réellement mères , voilà tout ce que Tacite peut emprunter à l'histoire de huit siècles. Et quel fut le caractère de ces éducations maternelles ? Â quel titre les historiens romains ont-ils célébré la mémoire de ces femmes illustres? Ce qu'ils ont admiré en elle, c'est une force d'âme qu'ils jugeaient impossible à un sexe frivole et lâche. Ces héroïnes sont des hommes : voilà pourquoi le Romain les honore. En effet, elles ne furent guère femmes. Cette galerie , fort peu nombreuse du reste , commence à Clélie et finit à Arria. Les mères illustres y tiennent fort peu de place. Cornélie est même la seule dont le nom soit réellement célèbre. Quelle éducation donna-t-elle à ses (ils? On ne sait trop. Elle en était fière plus que de ses bijoux , on le conçoit aisément. Leur inspira-t-elle le courage de braver en face l'aristocratie oppressive? Est-ce une profonde et sincère pitié pour les misères du peuple qui les poussa à une lutte inégale? ou ne furent-ils que des ambitieux couvrant d'un voile honnête leur ambition ? Tous ces doutes sont permis. Et ce qui est incontestable, ô'est cpie le rôle de la mère dans l'éducation de l'homine, du citoyen, de l'orateur, fut nul ou presque nul.

Il fut considérable chez les chrétiens : l'Evangile 'avait relevé et émancipé la femme ; elle s'en montra digne. Epouses , mères , vierges , veuves , l'Eglise des* pruniers siècles cite avec orgueil plus de noms illustres qu'il n'y

(1) Tacite. Dialogue des orateurs, eh. 28 et 29.

en a dans toute l'histoire grecque et romaine. Gombim de jeunes filles courent au martyre ! Combien de femmes y suivent leurs maris ! Combien de mères y coi^duisent leurs fils! Mais ce sont là les temps héroïques du christianisme. Dès que son triomphe est assuré , dès que la paix com-^ mande d'autres vertus que le sacrifice de sa vie, d'autres devoirs commencent pour la femme. Elle devient comme la plus pure et la plus charmante personnification de l'esprit de la religion nouvelle. Elle est à la fois l'image de k douceur^ de la bonté et de la force. Elle n'est plus , comme la femme romaine, renfermée dans la solitude de la rî^aison , livrée à des occupations sans dignité , esclave parmi des esclaves. Il lui est permis, enfin , il lui est ordonné de déployer toutes les vertus dont le charme est si puissant sur l'homme. Ce qu'on admire eu elle, ce n'est plus cet héroïsme viril qui l'élève pour un instant audessus de son sexe : elle reste telle que Dieu l'a faite, et par là elle est toute-puissante, elle règne. Epouse , elle adoucit pour son époux les amertumes de cette vie ; elle est associée à tous ses actes, à toutes ses pensées ; elle le relève , le fortifie. Il ne rougit plus de lui témoigner sa tendresse ; il se sent indissolublement uni à elle , même dans l'autre vie. Mais c'est surtout dans l'éducation que se fait sentir son influence salutaire. Quel amour ces saintes mères savaient inspirer à leurs enfants ! Qui a donné à saint Augustin cette âme si tendre , cette sensibilité si pénétrante, sinon sainte Monique, la femme simple, aimante, dévouée, opiniâtre dans son amour, s'attachant à ce fils emporté par des passions fougueuses, pour le sauver de lui-même, et ne le quittant pour l'autre vie que le jour où elle l'a enfanté elle-même à une ^îe nouvelle? Grégoire de Nazianze fut, dès sa naissance, consacré à Dieu par sa mère , et de sa mère sans doute il reçut cette âme délicate et rêveuse qui a fait de lui le premier poète de la

mélancolie. C'est l'influence de la femme » sinon de la mère , qui tempéra chez saint Jérôme la violence du caractère. Les saintes amitiés qu'il contracta à Rome , et qui le suivirent dans les brûlantes solitudes de la Palestine, amollirent cette âpre nature, et tournèrent à de plus douces pensées un esprit emporté , avide de lutte et de domination. Aux jours d'épreuve, parmi les persécutions et les souffrances de l'exil , ô'est l'inaltérable et coursh geuse affection d'Olympias qui releva l'âme affligée de Chrysostôme. Mais ce qui fit de lui l'avocat des pauvres, le pasteur tendre et dévoué, l'orateur des laraies et des gémissements, ce fut sa mère. Il a lui-même célébré avec cette émotion que peut seul inspirer un sentiment profond , le dévouement et l'affection de cette veuve de vingt ans, qui voulut ne vivre que pour ses enfants. Ua cité avec l'orgueil d'un fils et d'un chrétien l'exclamalion de son vieux maître Libanius : < Quelle^ femmes ilyu parmi ces chrétiens ! » Hommage involontaire rendu i des vertus nouvelles par un des plus honnêtes païens de ce temps. Et qui pourrait saisir et analyser cette vie domestique pleine de silence et d'un saint recueillement? Qui pourrait par la pensée pénétrer dans cette maison où deux enfants grandissent sous les yeux de leur mère, tout près de son cœur , recevant d'elle, avec le pain qui les nourrit, cette discipline morale de toutes les heures , cet enseignement oii le précepte et l'exemple sont si intimement unis , et qui pénètre dans l'âme jour par jour et s'y empreint profondément par la douce autorité de l'amour, du respect, de l'habitude, si bien que nulle puissance humaine ne saurait plus l'en arracher? De tels mystères ne peuvent s'analyser ; on en devine une partie par l'imagination : heureux ceux à qui le souvenir suffit! D'une telle éducation nous voyons les fruits ; l'éducation elle-même nous échappe. Ainsi nous voyons la phote

croître et fleurir , sans que nos yeux puissent apercevoir au sein de la terre cette vie fécondante qui s'épanche avec une inépuisable richesse. Ghrysostôme reçut donc cette première éducation de la mère que rien ne remplace, mais qui ne suffit pas. Elle développe la sensibiUté de Tenfant, mais souvent au préjudice de la force. Il faut que la mère prépare Thomme; il faut qu'en sortant de ses mains, son fils soit capable d'efforts énergiques, de résistances courageuses, un athlète, non un rêveur. Il n'est pas téméraire d'affirmer qu'Anthuse donna à son fils ce complément de l'éducation maternelle. Elle ne le renferma point jalousement dans la maison, où sa tendresse eût pu l'énerver. Dès qu'il entra dans l'adolescence, elle lë livra à des maifres plus sévères et plus éclairés qu'elle ne pouvait l'être (1). Sans quitter l'asile du foyer maternel i Ghrysostôme se mêla cependant à ses semblables , travailla en compagnie des jeunes gens de son âge , prépara lui-même librement sa vie. Quelle trace les leçons de sa mère ont-elles laissée dans son esprit? Il est diffidie de l'apprécier justement. Cependant c'est au souve^ nir des préceptes d'Anthuse que j'aimerais à rapporter les homélies si touchantes et si élevées qu'il a consacrées à célébrer la piété, la tendresse, la sage prévoyance d'Anna, mère de Samuel (2). C'est encore elle peut-être qui a inspiré les dramatiques homéHes sur les Macchabées (3). Douceur et force, tendresse et héroïsme; Anne d'un côté, la mère des Macchabées de l'autre : n'est-ce pas là l'idéal de la femme?

Celui qui a dit : « L'enfantement n'est pas l'œuvre * de la mère, mais l'œuvre de la nature ; l'éducation est

(1) De Sacerdotio, 1. i, t. 1.

(2) In Annam, t. IV.

(8) De Maccbabeis, t. II.

> Tœuvre de la mère , car elle est l'œuvre de la vo-

> Ion té {l) : ^ — celui-là dut sans doute à Ânthuse autre chose que la vie du corps ; et s'-il eut à la fœs nn taam tendre et ^rgique , une éloquence passionnée et ^igooreu^ 4 la gloire en revient en partie à cette veuve qu'ï nous a montrée lui-même si tendre et si courageuse. C'est encore à l'influence d'Ânthuse qu'il faut attribuer cette éloquente et hardie revendication des droits de k femme , de l'égalité complète entre les époux (2) ; et cette longue et touchante digression où il se plait à pandre l'union de deux époux chrétiens aspirant à se proloug(v par delà la mort ; ces paroles si vibrantes d'amour, si pn* res , si respectueuses , que l'homme adresse à celle qu'3 a choisie pour compagne : « Je poiA^ais épouser une 9 femme riche et opulente Je ne l'ai pas voulu. Pourquoi!

Je savais que la richesse n'est pas un bîe[n , mais une chose méprisable ; qu'elle peut être le partage des hr» rons , des courtisanes, des profanateurs de tombeaux. Aussi l'ai-je dédaignée, et je n'ai considéré que la vertu de ton âme, que je préfère à tout l'or du monde. Car une jeune fille sage , vertueuse , pleine de piété , vaut tous les trésors de la terre. Voilà pourquoi je me suis attaché à toi ; voilà pourquoi je t'aime , et te préfère à ma propre vie, car la vie présentC/U'est rien ; mais je t'adresse mes prières et mes vœux, mais je ne recule devant aucun sacrifice , pour qu'il nous soit donné de passer cette vie présente dans un mutuel amour, et d'être encore réunis dans l'autre vie , heureux et tranquilles (3). »

(1) T. II, de Macchabeis, hom. 1.

(2) T. III , de Libelle repudii. — In illud : propter fornicationem.

(3) T. XI, in Epist. ad Ephes., hom. 2t.

Il faudrait citer tout ce long passage d'une grâce et d'une

Enfin, l'éducation par la femme préparait le prêtre à la plus délicate fonction de son ministère : la direction de la femme. Cette direction ne fut pas toujours irréprochable» ni éclairée (i); elle avait des dangers, dont le plus sérieux était de troubler des âmes déjà pleines d'orages. « La société d'une femme, en dehors de toute union légitime ou illégitime^ a en soi un grand charme (2), dit Chrysostôme; mais si elle est périlleuse, die élève encore les grands cœurs , et les purifie. Ces saintes amitiés ont un goût plus vif, plus délicat; elles ouyrent au prédicateur un monde nouveau d'idées et de sentiments : les femmes sont une partie considérable de son auditoire, la plus sérieuse peut-être, la plus atten-

poreté incomparables. J*aJoate seulement ces quelques lignes : . « Si) à propos de la dépense, elle dit : Ceci est à moi, reprends-la , ou plutôt use de douceur. C'est ainsi qu*on fait avec les enfants. Quand Tun d*eux nous prend un objet dans la main, et veut en avoir encore un autre, nous le lui abandonnons, nous disons : Oui, cela est à toi, et cela aussi. Faisonjs de même pour la femme. Qest une âme d'enfant. Si eUe dit : Ceci est à moi, dis-lui : Oui, tout est à toi, et moi aussi par-dessus le marché. »

(1) Je ne parle pas des désordres qui affligèrent l'Eglise. Les ennemis de saint Jérôme calomnièrent ses relations avec Mélanie, Marcella, et toute cette illustre famille. Mais ces relations, qui furent innocentes, ont je ne sais quoi de violent, de dur, qui serre le cœur. Saint Jérôme impose à ces femmes, à ces jeunes filles, à ces jeunes veuves, le sacrifice des plus légitimes affections : elles obéissent, l'âme déchirée^ traînent et languissent quelque temps sous un fardeau trop lourd pour elles , et meurent épuisées d'un effort surhumain. On peut lire une analyse fort exacte et très-bien faite de la direction de saint Jérôme dans un ouvrage intitulé : Essai sur la formation du dogme catholique. L'auteur est une femme. Je ne l'eusse pas cité sans cela.

(2) T. .1 , Contra eos qui subintroductas virgines liabent.

tive, celle qu'il faut convaincre et gagner de préférence; car oii elle ira, elle entraînera l'autre partie (1). *

C'est l'orateur chrétien que nous étudions, c'est a la formation de l'orateur chrétien que nous assistons. L'éducation morale y tient la plus grande place ; l'art et l'étude ne viendront qu'après. Les leçons de libaoias sont bien peu de chose auprès du triple enseignement d'Anthuse, de la Bible et du désert.

Après avoir jeté un vif éclat dans les luttes insignifiantes* du barreau d'alors, Chrysostôme, pour qui Libanius rêvait la haute dignité de professeur de rhétorique, prit en dégoût et la gloire qui lui souriait , et le monde qui l'appelait, et tout ce qui peut séduire une âme de vingt ans. Une maladie toute nouvelle, que les anciens ne connaissaient pas , et qu'on peut appeler la soif de l'infini, s'empara de lui. Il voulut fuir au désert, où l'homme est plus près de Dieu. Les larmes de sa mère le retinrent; mais elle ne put l'empêcher de se faire à lui-même une solitude dans le monde, et peu d'années après il s'élança dans le désert. Ce fut la seconde phase de son éducation morale. La dernière fut le diaconat et la prêtrise. Après les longues et salutaires méditations sur son âme, sur Dieu, dont la création révélait la puissance, dont les Livres saints renfermaient la parole, il revint se mêler aux hommes ; il étudia la vie, connut les passions, les misères, les besoins de ses semblables et le^ ressorts cachés par lesquels on agit sur les cœurs. C^^

(l) Sur les devoirs des époux et Téducation des enfants , voir :

T. I, Adversus impugnantes, 1. m.

T. VII, in Matth., hom. 60.

T. Vin, in Joannem, hom. 66.

T. X, in Epist. àd Coloss., hom. to.

T. X , in Epist. ad Ephes., hom. 20.

dernier enseignement tout pratique compléta celui du monastère et de la solitude*

Quel fruit retira-t-il de ces années passées dans la retraite? Il semble que cette fuite du monde, et cette (constante préoccupation de son propre salut, soient peu propres à former l'orateur destiné à agir si puissamment sur de grandes réunions d'hommes. C'était dans les orages du Forum, aux séances agitées des tribunaux, que se préparait l'éloquence des anciens : elle était toute politique. C'est dans la solitude et la méditation que s'élève et se développe l'orateur chrétien : son éloquence est toute morale. Loin du tumulte du monde, il donne à son âme un triple aliment : l'étude des Livres saints, la pensée de Dieu , la lutte contre soi-même. Les Livres saints renferment l'histoire de la religion, le dogme, la morale. C'est toute la matière de l'éloquence sacrée. N'en eut-il pas d'autre, cette instruction, si elle est complète, peut suffire au prédicateur : c'est le sentiment de saint Augustin (1). Mais il est bien difficile qu'un jeune homme, sans autre secours que son intelligence et sa piété, puisse acquérir cette science profonde de la religion : Chrysostôme suivit les leçons de Cartère et de Diodore, qui fut depuis évêque de Tarse, et un des plus passionnés admirateurs de son ancien disciple (2). Diodore, dans la grande persécution arienne de Valens, et après l'exil de saint Mélèce, évêque d'Antioche, avait tenu tête avec Flavien aux ariens triomphants (3). Ils étaient, dit Théodoret , comme deux rochers qui rompaient les flots furieux (4). Chassés d'Antioche, ils

(1) De Doctrina christ. , 1. ni et iv.

(2) Chrysost. Eloge de Diodore de Tarse, t. III.

(3) Socrate, l. vi, eh. 3.

Sozom., l. vni, ch. 2.

(4) Théodoret, l. iv, ch. 22.

des vertus dont il est un vivant modèle! Riche , il a distribué son bien aux pauvres. Qui raccosem de soDger à sa fortune , quand il pressera Favare d'ouvrir à Fioifigent ces coffres ou il enfouit la subsistance de tant de familles ? Instruit , éloquent , il a renoncé aux joibbsances de l'orgueil , aux honneurs dont la carrière s'ouvrait devant lui. Jeune , il a dit adieu aux joies du siède. Sa vie tout entière n'est qu'une série de triomphes è la volonté sur les passions. Ce n'est pas ' à lui qu'eD pourra appliquer la fameuse distinction des mcenrs ontoires et des mœurs réelles. II est tout ce qu'il pmit être , et il s'est fait lui-4néme ce qu'il est. Quand il se mêlera à la société des hommes , les épreuves de h ik ne lui donneront point cette énei^e dans le ïÀen que rien n'abat ; elles ne feront que la manifester : il la p(^ sède déjà.

Le désert , en trempant l'âme , élève aussi l'esprit et féconde l'imagination , cette qualité si nécessaire à Tonteur. La Bible et le désert ! l'aspect grandiose et calme de la nature , les magnifiques images de la poésie primitive la plus exubérante : quel esprit ne' serait vivBé et exalté par la contemplation et la méditation de ces merveilles?

L'éloquence de Bossuet , astreinte à des lois si sévères, et pliée au joug d'un idiome sans richesse et sans flexibilité , semble souvent comme imprégnée d'un parfum biblique. Elle abonde en tours hardis ; les splendides figures de la poésie hébraïque s'y incrustent avec bonheur et projettent sur ce qui les entoure comme un reflet de la belle lumière de l'Orient. Mais qu'à cette luniière vienne s'ajouter l'éclat naturel de la langue grecque ; que l'orateur puisse égaler presque dans les traductions des textes qu'il rapporte les magnificences de l'original , et une éloquence naîtra d'une incomparable

licfa^se de couleur , imprévue dans ses tours , abonjjimte en images éclatantes et démesurées, puissante ff^ le mouvement , mais le plus souvent désordonnée .^loaune toute œuvre d'inspiration rapide et d'élan. — Et .qoe dire du soufiQe religieux qui anime cette enveloppe delà pensée? On le sent, il pénètre ; mais comment le définir ou l'analyser? Ce commerce continuel avec la rJBîble f les impressions ineffaçables du désert donnent à ^|a pensée de Chrysostôme une élévation et une force admirables / à son langage l'éclat et la grâce, mais non la 1 mesure. Pour lui tout se traduit en images , en compaoraisons. Dans la plus simple exposition des préceptes de -4a morale , on est tout à coup ébloui par les.magnifiques ' .peintures du monde extérieur. Les splendeurs de la création se déroulent aux yeux ; le langage tout à l'heure familier, et parfois trivial, s'élève jusqu'à la plus haute poésie d'un élan irréfléchi et naturel. J'en veux citer un exemple.

€ Plusieurs animaux semblent supérieurs à l'homme : le lion en force, le cheval en vitesse, l'aigle par le vol. .Mais l'homme a plié le cheval à son usage. Et l'aigle? — L'homme a inventé les moyens d'arrêter les oiseaux dans leur vol. Mais l'homme a aussi des ailes. Oui, j'ai une aile» bien plus rapide que celle de l'aigle, qui s'élève non à dix stades, non à vingt stades , non jusqu'au ciel , mais par delà les hauteurs du ciel , aux lieux où le Christ est assis à la droite de Dieu (1). »

Voilà les surprises de cette éloquence d'inspiration et d'improvisation. Tel est l'orateur chrétien d'Orient, presque un poète. L'imagination vive du peuple le suivait

sans effort dans ces subits élancements où le prophète succédait au prédicateur.

(1) T. Il^adpopul. Antioch., hom. il.

Cette vie contemplative, cette méditatioa incessante de l'infini, que le désert rend conune visible et sensible, cei ravissements de la pensée qui semble prête à s'abinwr dans rincommensurâble graîideur de Dieu , auraient fà égarer et énerver l'esprit de Cbrysostôme dans un my»ticisme vague et une sensibilité sans objet. D eût été poète : quelques esprits délicats et rêveurs l'eussent seub compris. La société de ses semblables, les pénibles mais salutaires devoirs du diaconat et de la prêtrise le .rendirent au monde sans le détacher de Dieu. Cette senrïbîlité si vive eut un objet et un but; les besoins de cette âme eurent une satisfaction ; la charité transforma le poète en orateur. Sous cette double influence du déa^ et du monde acheva de se former cette éloquence, don naturel que l'étude avait déjà cultivé. Tour à tour pratique et idéale, familière et inspirée, ne reculant devant aucune vérité bonne à dire, devant aucun détail, si bas qu'il paraisse , et comme emportée tout à coup d'un essor imprévu à des hauteurs où Ton peut à peine la suivre , le romanesque et le réel s'y succèdent , s'y heurtent souvent. Le sentiment religieux y éclate avec les plus étincelantes couleurs ; l'amour des hommes, les enseignements de la morale la plus populaire, donnent au langage une vérité, une énergie, une simplicité dont le charme est irrésistible. Cbrysostôme est, de tous les Pères , le seul qui ait su mêler ainsi des éléments si divers, qui ait concilié, sans les sacrifier l'un à l'autre, l'humain et le divin ; qui, des plus hauts sommets où l'âme puisse atteindre, soit redescendu sans effort jusqu'au niveau des plus faibles intelligences. C'est par là que, sans être le plus pur, il est le plus puissant des orateurs sacrés. Saint Basile est plus soutenu , plus grave , mais moins familier, quelques efforts qu'il fasse pour se mettre

à la portée de son auditoire (1). L'éteedue de ses connaissances, le tour philosophique de son langage, le maintieonent toujours au-dessus de la foule qu'il instruit. Ghrysostome l'emporte sur tous pdr la variété et le pathétique^ Ken des qualités lui manquent ; mais il possède au plus haut degré celles qui font aimer J'homme dans Torateur : il est abandonné et sympathique. Enfin , il coônait toutes les ressources de la rhétorique; il sait l'importance d'un exorde habile et insinuant, d'une pérorason animée. Il excelle dans les narrations , les descriptions. Tous les artifices de style lui sont familiers ; mais il emploie de préférence les développements, les tours, les figures que tous peuvent comprendre. S'il est l'élève de sa mère , de la Bible et du désert , on voit qu'il est aussi rélève de Libanius.

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