‹ St. Jean Chrysostome considéré comme orateur populaireChapitre 16 sur 22 · III · texte numérisé non relu

III

Libanius.

Libanius était un des plus honnêtes païens de ce temps. Julien l'estimait fort , et lui offrit même la haute dignité de préfet du prétoire, que le sophiste refusa (2). Il ne vécut que pour l'éloquence , et elle avait cessé d'exister ; car elle ne saurait croître à l'ombre du despotisme. Sa vie semble indiquer un sage ; ses écrits

(!) Voir particulièrement THexaméron, œuvre de science dont Chrysostôme eût été incapable. Mais quelle différence dans le ton entre les deux orateurs 1 Saint Basile reproche à ses auditeurs leur nonchalance à venir dans Téglise, et n'admet pas les excuses des pauvres ouvriers forcés de travaiUer pour gagner leur vie. Chrysostôme leur cherche lui-même des excuses.

(2j Eunape, Vie de Libanius.

Tection que oi le temps ni la différence de r purent diminuer. Les leUree qu'ils éclttDf^Dt, 8^1 nouB possédons encore, font honneur au jnaitnAi disciple. Le second ne parle que deux fois de sm ne I professeur d'éloquence, son compatriote, deri^uii^l admirait les vertus d'Aothuse, qtû destinait sa dama 1 (ils de la veuve chrétienne. Dana un petta^.^i^l porte le mot de Ubanius : « Quelles femmee iî ) a pi» 1 ces chrétiens .' > Dans l'autre, il désigne Libanius t^Vi | épithetesdepleurard,bamt^,acélérat(Sp>yiJiKj^. fue^iç) (I). — Il est vrai que Libanius avait d^ilim* cendie du bocage et du temple consacréa à Âpolkn-

Tel fut le maître de Chrysostàme : un païen, « * teur. A cette école l'élève eût pu derenir un aw**! sert, un panégyriste pompeux, un brillant piwWl de rhétorique, jamais un orateur. Il faut i la flaouH*! aliment, à l'éloquence une matière. Or, dam eetbM I de toute liberté, dans ce silence univerael, le dit* I nisme seul vivait et parlait. En lui s'étaiwit réfag*»* I coDcentrées toutes les forces vives de la société; bw* I lui , tout languissait ou s'agitait dans le vide. Que P* I vait être pour une âme ardente, généreuse et iimos^ \ ment tournée vers les choses nouvelles, un enseigi dont de vains souvenirs étaient toute la ressource et bnt 1 l'intérêt? Libanius ne put donc donner à Chrjsosl^ j que ce qu'il possédait lui-même : la connaissaoce «^ | règles de la rhétorique, des principes de l'élocuûa, c'est-à-dire comme le squelette de l'éloquence. Cet aseignement porta ses fruits ; mais ce que noua admitw le plus dans les discours de Gbrysostôme , ce n'est p « souvenir des leçons de Libanius. C'est rînspii'atîon q^i ' fait l'orateur; et l'inspiration vient d'ailleurs, et de ^^

()) T. 11, in fanctum Babylam.

haut. Cependant renseignement de Libanius était à fa fois orat(^ et moraL Si l'Evangile révéla plus tard au chrétien une morale plus comf^ète et plus haute, il re^ çut du moins de son maître ces principes éternels du juste et du bien, cette science des devoirs qui est et sera toujours le fondement de toute éloquence.' Si imparfaites que fussent ces notions» elles suffisaient à faire un hon^ nête homme y un orateur probe. D'un autre côté» ce n'est que par l'étude qu'on acquiert toutes les ressources de l'élocution» cette partie si importante de l'art de persuader. La diction de Libanius était , suivant Eunape» faible, inammée, sans souffU (i): ce qui parait assez peu vraisemblable ; et eùt-eUe eu tous ces défauts, Libanius» sans être un grand écrivain» était un écrivain pur et élégant » et devait être un excellent professeur. Eunape» qui lui refuse la force et l'inspiration» lui accorde cependapt une grâce et un atticisme parfaits. Ses défauts sont ceux de ce temps. misérable ou l'éloquence; ne trouvant aucun sujet digne d'elle» était réduite à orner» à développer sans mesure et sans goût de chétives matières. C'est là le propre de la déclamation dans tous les temps : l'expression est magnifique» la pensée faible et insignifiante. L'intérêt et la grandeur manquent aux sujets ;* l'orateur supplée à l'aridité du fond par de pompeuses et froides généralités. Chrysostôme n'échappa point à ce travers. Comme tous les Pères» il subit l'influence du milieu dans^ lequel se développa son génie. Comme eux» plus qu'eux peut-être» il tomba dans la déclamation. Le lieu commun eut pour lui un charme irrésistible : c'est l'écueil où les prédicateurs viennent toujours échouer. Un sermon n'est guère que le développement d'un principe de morale • qu'il est difficile de plaire et de toucher si l'on se refuse

sévèrement la ressource des peintures un peu forcées rbyperbole et Thypotypose ! Mais au milieu de tous les

écarts où Tentrainent Tima^nation et la smsibilité Cbrysostôme demeure un écrivain pur, cwrect, élégant. S^il affecta de mépriser un grand nombre des règles d< la rbétorique profane, devenues inutiles' à la nouvelle éloquence, il n'affecta point, comme les Occidentaux, uc

mépris insensé pour la pureté du langage , et ne rou^^ pas d'être sur ce point fidèle aux leçons de Tantiquil païenne et de son maître Libanius (1).

(1) Saint Augustin ne fait pas exception. Ce mépris de la pu.retë du style n*était pas sincère. Voyez Lactanee et Prodenc»^ si travaillés, si désireux de plaire, et qui veulent en ^fân paraître indifférents à la gloire d'écrivains.

Saint Augustin ne craint pas de dire : « Qaid enim j^rodest « locutionis integritas quam non sequitur intellectus audientls, ^ quum loquendl omnino nuUa sit causa, si quod loqoimur non » intelligunt prbpter quos ut intelligant lt>quimur? Qui ergo do- * cet, vitabit omnia verba quœ non docent ; et si pro èis alia in- M tegra, quœ intelligantur, potest dicere, id mi^s eliget; si u autem non potest, slve quia non sunt , sive quia in prsssentia M nonoccurrunt, utetur etiamverbis.minus iniegris, dumtamen » rcs ipsa doceatur atque discatur intègre. (De EJoct. christ., I. IV, ch. 10.)

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