‹ St. Jean Chrysostome considéré comme orateur populaireChapitre 6 sur 22 · S VI · texte numérisé non relu

S VI

Quelles furent les dernières pensées , ou plutôt quels

(1) Socrate, 1. vn, c. 45.

(2) Théodoret, l. v, c. 36.

(3) Ibidem.

furent les derniers sentiments de Ghrysostôme ? L'exil , les persécutions, les souffrances du corps et de Tesprit, eurent-elles le pouvoir d'abattre cette âme si haute et si fière ? En mourant, pardonna-t-il à sei^ ennemis, ou prononça-t'il au fond de son cœur le mot superbe de Grégoire VII : « Je nai eu d'autres ennemis que ceux de VEglise. » — Cette inflexibilité hautaine est le trait dominant de son caractère. Il mourut calme, résigné, mais sans avoir courbé la tête, sans qu'une plainte indigne sortit de ses lèvres ; il tira sa grandeur et sa joie de son abaissement. Dans le dernier de ses ouvrages (1) éclate une sérénité puissante et orgueilleuse qui force l'admiration , méprise la pitié. Dans la solitude oii la mort s'approche, si loin de ses ennemis , si près de Dieu , en proie aux souffrances auxquelles il va succomber , il se ranime pour fortifier et consoler ceux qui sont persécutés pour sa cause. C'est l'austère tristesse du stoïcien prêt à mourir, et qui veut mourir debout. Mais le rayon d'une espérance divine adoucit cette froide et hautaine majesté de la douleur. Le stoïcien ne voit point resplendir par delà la mort les horizons sans tache de la vie éternelle , de l'incorruptible justice. Chrysostôme se repose en cette foi. Sûr de lui-même, il est également sûr de la bonté de Dieu qui l'éprouve, sans exiger qu'il s'abaissa. S'il a toujours refusé de se courber éevant les hommes, devant celui en qui il voit un père, un juge équitable; il s'humilie avec confiance. Il vit toujours au-dessus de cette terre son maître et son juge.

(l) Chrysost. , t. lïl. — Nemo lœditur nisi a se ipso. — Contra eos qui scandalizati sunt ob ea quœ evenerant...

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