CHAPITRE III
Ui Charité.
SI
Les vertus de Jean Chrysostôme , son génie, ses malurs , ne suffisent pas à expliquer la popularité dont il lit de son vivant, et qui ne mourut pas avec lui. Quoiil n'ait attaché son nom à aucune doctrine nouvelle, à une œuvre qui lui survécût, sa mémoire fut protégée tre l'oubli par un sentiment plus fort encore que miration, je veux dire la reconnaissance. H fut en efle plus éloquent avocat des pauvres , le plus infatile prédicateur de l'aumône, j'ajoute le plus téméraire. ^ l'on retranche de ses œuvres les innombrables pases où il retrace les souffrances et les besoins des inents, le faste et la dureté des riches, et l'on ne pourra s comprendre l'ardente affection qu'il inspira, les aes qui se soulevèrent contre lui. Gommentenvisageace problème, non encore résolu aujourd'hui, de itinction de la misère? Quelle solution imagina-t-il? ^il concilier avec les droits du pauvre le respect dû à Propriété? Réussit-il à calmer les impatiences , l'en- , les mauvaises passions , qui trop souvent éloignent
malheureux la pitié que méritent ses souffrances? ^uva-t-il , lui si persuasif, si pathétique , les paroles
commandent la résignation d'un côté, le dévouement, iharité de l'autre? En vain voudrait-on écarter des estions si importantes : elles se représentent toujours;
mieux que tout le reste, elles expliquent le rôle de Chrysostôme, son caractère , sa déposition , son exil. Mais je voudrais d'abord indiquer brièvement le caractère général de l'assistance publique telle que l'avait organisée le despotisme inintelligent des empereurs, pour opposer ensuite à cette grossière institution les merveilles de la charité chrétienne, et ses écarts dans un de ses plus purs représentants.
sn.
Trimalcion , dans le feslin monstrueux qu'a imaginé Pétrone , entend prononcer le mot pauper, et s'&rie avec étonnement : Quid est pauper? — Un pauvre, .qu'est-ce que cela? En effet, la société païenne ne sot point ce que c'était qu'un pauvre , et elle périt surtout par cette ignorance. Egoïste et insensible , dure à l'esclave, dure à la femme, à l'enfant, elle fut sans entrailles pour les misères dont elle était l'auteur, et qui furent sa condamnation. Ces misères étaient effrayantes et uni?»selles, et elles s'accrurent sans cesse à mesure que Rome se fit le centre de tout , absorba tout , sans rien rendre. Le sol de l'Italie couvert d'immenses et stériles domaines, l'agriculture, gloire des anciens Romains, abandonnée aux esclaves, l'industrie dédaignée, et par suite l'oisiveté toute-puissante, telles furent les causes générales delà ! corruption et de la misère. De ces deux fléaux, ruine de \ toute société, les empereurs , loin de chercher à détruire le premier , firent tous les efforts pour le maintrair et , l'étendre : il était un des soutiens de leur trône. Quant au second, les moyens qu'ils employèrent pour le combattre étaient dignes du but qu'ils se proposaient. Ik minèrent le reste du monde pour nourrir et amuser k
populace de Rome. — Les citoyens riches faisaient distribuer à la foule affamée de leurs clients les aliments grossiers que ceux-ci se disputaient sans pudeur. Mais ces ressources de l'assistance privée étaient insuffisantes. Les empereurs se chargeaient d'approvisionner la ville : au moyen d'impôts énormes et toujours croissants , ils concentraient dans les greniers de Rome tout le blé^ '"^ rhuile et la viande de porc qu'on pouvait enlever aux provinces sans les exposer à périr de faim. Ces provisions étaient distribuées au peuple, gratuitement quelquefois, toujours à un prix excessivement modique. Si elles avaient été suspendues , la moitié des habitants n'avait plus de moyens d'existence et devenait menaçante (J). Sous Jules César déjà, les trois quarts des habitants recevaieift l'aumône. Sous Auguste, les distributions de blé avaient lieu tous les quatre mois. Sous Yalentinien R, on distribuait pendant cinq mois quatre-vingt-dix mille livres de pain (2).
Mais ces approvisionnements , il fallait aller les chercher au loin , à travers mille dangers. La vie du peuple romain, disait Tibère, est abandonnée à tous les hasards de la mer et des tempêtes (3). Commode institue les Napiculaires, qui sont chargés d'amener à Rome sous leur responsabilité les récoltes enlevées à l'Afrique, à la Si-
(1) C'est une disette qui précipita la chute de Néron.
« Ex annonae quoque caritate lucrantium accrevit invidia. Nam et forte accidit, ut in publiea famé alexandriua navis nuntiaretur puiverem luctatoribus aulicis advexisse. Quare omnium In se odio incitato, nihii contumeliarum defuit quin subiret. » (Sûetonius. Nero, c. 45.)
(2) Voir l'intéressant et savant mémoire de M. Naudet : Seeùurs publics chez les Romains, (Académie des inscriptions, t^ Xni, nouvelle série.)
(3) Tacite, Annales, 1. m, ch. 54.)
cile, à r\sie. Pour la plupart, c'était la ruine. Il faUut bientôt, comme on fit plus tard pour les curiales, les ^rôler de force (1).
Ces distributions étaient à peu près la seule ressource du peuple , trop fier pour demander sa vie au travail, trop lâche pour servir dans les armées. Elles étaient insuffisantes, et elles corrompaient. En entretenant l'oisiveté et la bassesse , elles donnaient au prince une force qui tournait souvent contre lui. Un compétiteur plus riche ou plus généreux achetait l'amour du peuple; et la dégradation était devenue telle, que les plus détestables d'entre les tyrans furent souvent les phis chéris et les plus regrettés : ils étaient les plus prodigues. Réus^ssaient-ils du moins à faire face à tous les besoins d'une seule ville? Aucunement. Les disettes étaient fréquentes, et jamais les étrangers, les provinciaux, même domiciliés à Rome, ne prenaient part à ces distributions publiques. Dans les temps de famine, on les chassait de la ville où ces malheureux venaient en foule se réfugier ; et ils erraient par les champs, hâves, affamés, réduits à vivre de pillage ou à mourir. De cette proscription on n'exceptait que les histrions , les mimes , les baladins. Il fallait que les descendants de Romulus eussent toujours panem et circenses.
Mais quand les barbares eurent envahi et ravagé les provinces des frontières; quand l'Afrique, l'Espagne eurent cessé de faire partie de l'empire ; quand les impôts excessifs et les prévarications inouïes des agents du fisc eurent épuisé les provinces et tari les sources de la fortune publique, l'iniquité et l'impuissance de la société païenne furent étalées au grand jour, et le rôle de b
( t )yoir, sur les charges imposées aux naviculaires, Cod.Tliéod., 1. xm, tit. 5.
charité chrétienne commença. Ses pauvres , voilà tout ce que le christianisme emprunta au polythéisme. Le nombre en était devenu incalculable ; les ressources de la charité furent infinies. Mais elle eut un tout autre caractère, car elle avait un autre principe. Les empereurs écrasaient, pillaient les travailleurs pour nourrir les oisifs : bienfaisance intéressée, qui faisait de l'assistance publique un brigandage et un moyen de corruption. Les chrétiens donnèrent à la charité un fondement plus pur. De tyrannique, ils la firent volontaire. Elle était restreinte, exclusive : ils la rendirent universelle, retendirent à leurs ennemis, au monde entier, que par l'amour et la bienfaisance ils amenèrent à Dieu. Cette admirable devise : J)eo in pauperibus , ouvrait les mains les plus avares et faisait des miracles. Placer si haut un bienfait , et être assuré d'une telle récompense ! Enfin, l'aumône, qui était jusqu'alors une prime offerte à l'oisiveté , et qui dégradait ceux qui la recevaient, l'aumône devenait un devoir, était désintéressée. Elle arrachait le pauvre à tous les maux, à tous les vices qui suivent l'indigence, au lieu de l'y enfoncer, de l'y retenir pour le dominer plus aisément. Elle lui montrait le travail qui dompte la misère et la sanctifie. Au lieu de s'afficher sur des colonnes, elle se cachait ; elle épargnait la pudeur de l'indigent , sa seule richesse ; elle allait le trouver, le fortifiait , le sauvait de la faim, du désespoir, sans l'humilier. Et par une merveilleuse et juste conséquence , les ressources que fournit la bienfaisance des particuliers , inspirée par des motifs plus purs et plus élevés, furent beaucoup plus considérables que ces trésors, fruits de l'extorsion et de la violence, salaire de l'oisiveté et de la bassesse.
On connaît les nobles prodigalités des Paula , des Fabiola (qui fonda le premier hôpital à Rome), des Marcella, des Pammaque, des Nébridius, des Olympias, desCésaire.
Ces fortunes immenses nées de la conquête et des exactions passaient des pères païens et avides dans les mains des enfants devenus chrétiens et miséricordieux, s'en allaient en aumônes, et se purifiaient en s'épuisant. Mais ce qu'il faut admirer après ce généreux entraînement qui emporte les belles âmes, c'est la sagesse de l'Eglise, qui, d'un mouvement spontané, fait sortir une organisation complète de l'assistance publique. Dès l'année 321, Constantin autorise l'Eglise à recevoir les . dotations qui lui seront faites (1). Ces biens, joints aux fonds que fournissaient les collectes faites dans les temples, créaient aux pauvres une fortune, mais à la condition d'être habilement administrés et sagement répartis. Ils le furent. L'entretien de l'évêque, les dépenses du culte, n'en absorbaient qu'une faible part. Le reste n'était pas sottement enfoui, comme le trésor des empereurs, mais converti en propriétés dont des intendants soignaient les intérêts et versaient les revenus dans les mains de l'évêque. Celui-ci était assisté dans cette tâche délicate par un trésorier, un économe, un dépensier. Les revenus étaient consacrés à subvenir aux besoins les plus urgents des pauvres. Avec le reste on fondait des hôpitaux pour les malades, des hospices pour les vieillards, les orphelins, les enfants, les veuves, les vierges, les étrangers. A toutes les misères, à toutes les infirmités on ouvrit un asile. Bientôt tout ce qui souffre, toutes les victimes de l'impitoyable société païenne se pressent en foule dans le sein de l'Eglise. Les malades voient s'approcher de leur lit les descendantes des Scipion et des Paul Emile, des impératrices, qui
(1) Eusèbe, Hist. ecclésiast, X, 3. — Cette loi fut révoquée par Valentinien (Code Théod., 1. xvi, tit. 2, loi 20) , ou plutôt Valentinien interdit aux ecclésiastiques le droit de recevoir des héritages par testament.
cherchent, en soignant les membres de Jésus-Christ, la santé de leurs âmes malades (1). Toutes les classes de la société sont comme prises au filet de TEvangile : les riches, par les aumônes qu'ils apportent; les pauvres, par celles qu'ils reçoivent et qui leur sont à jamais assurées. En présence de ces merveilles de la charité, les païens euxmêmes sont saisis d'émulation; et le plus dangereux, comme le plus noble adversaire du christianisme, Julien, s'écrie : « C'est une honte que les impies galiléens nourx> rissent non-seulement leurs pauvres, mais les nôtres, » que nous abandonnons, et qui sont dénués de tout » secours (2). »
De tous les devoirs imposés à l'évêque, celui de développer et d'employer les ressources fournies par la charité était assurément le plus délicat , mais le plus doux à accomplir. Aussi voyons-nous que presque tous suffirent à la tâche ; et quelques-uns même y portèrent une ardeur et un dévouement devant lesquels l'éloge est déconcerté. L'héroïsme qu'inspira l'amour de la patrie aux grands citoyens des anciennes républiques peut seul donner une idée du désintéressement de ces apôtres de la charité. Abandonner à l'Eglise, c'est-à-dire dans ce temps-là aux pauvres, tous leurs biens, c'était peu pour un Basile , un Ambroise , un Grégoire de Nazianze, un Augustin ; il y en eut qui se livrèrent eux-mêmes pour racheter des captifs (3).
Cet amour si ardent pour les pauvres, cette charité si ingénieuse, non-seulement réussirent à diminuer les
(i) Hélène, mère de Constantin ; Flaccilla, femme de Théodose. (Théod., I. V, eh. 28. — Grégoire de Nysse, Oraison funèbre de Flaccilla.)
(2) Julianus, Epist. 49.
(3) Paulin de Noie, Sérapion.
misères de cette triste société; mais, comme tous les sentiments profonds, ce fut une pure et abondante source d'éloquence. Parmi les œuvres si considérables des Pères, ce qui est resté dans toutes les mémoires et au fond des cœurs , ce sont les touchantes homélies où respire encore cette tendresse d*âme qui fut une si grande part de leur génie. Jamais ne furent prononcés plus éloquents plaidoyers en faveur des pauvres; jamais ne retent'u^ent plus pressants appels à la pitié du riche ; jamais plus sympathiques consolations ne relevèrent des misérables courbés sous le poids de leurs souffrances. Ces pages n'ont point vieilli. Elles ont gardé un charme de vérité et de passion qui est éternel. Ou n'en trouvera point de pareilles chez nos grands orateurs sacrés. Ceux-ci prêchent le même devoir ; mais ils n'ont plus le même accent. L'éloquence des Pères jaillit à son heure, et tarit Il n'en est pas un seul que Bossuet ne surpasse par la puissance et la sûreté de son génie ; mais le plus humble d'entre eux a telle parole simple et vibrante que Bossuet ne put jamais trouver sur un tel sujet. Les anciens évêques étaient plus près des pauvres , et moins près des rois.
Tous ont le même but , non le même langage. Chacun d'eux porte dans l'œuvre commune de la charité son caractère propre et l'éloquence de ce caractère. Saint Basile est- pressant , impérieux, austère, souvent ironique dans ses appels aux riches. Ambroise a la vigoureuse logique du Romain , qui porte dans l'accomplissement d'un devoir nouveau Tinflexible rigueur qu'il eût consacrée à la défense de la patrie et des lois. Augustin est insinuant, d'une parole pénétrante, vrai et sincère de cœur sous l'affectation de son langage. C'est lui surtout qui voit et montre Dieu dans le pauvre.
Chrysostôme semble toujours comme escorté des pauvres, dont il est, ainsi qu'il le dit lui-même , Vam-
basmdeur. Il les a près de lui quand il parle; il les montre , il étale aux yeux des riches toutes leurs misères. Impatient , il ne peut commander à ce zèle qui le transporte. Ces riches ne répondent pas assez vite aux prières qu'il leur adresse : il les injurie , puis les implore 9 invoque tour à tour la compassion , l'honneur , la peur y l'intérêt, ta justice, tous les droits de l'humanité y tous les sentiments , toutes les passions. Ses arguments sont des tableaux d'une effrayante vérité , des transports de colère , des élans d'amour. Son imagination ardente, son esprit souvent romanesque l'égarentdans des rêves chiméiiques de partage , de communauté. Cette bonne cause qu'il sert l'anime au point qu il néglige les plus simples moyens de la faire triompher. Il se concilie l'affection des pauvres , ce qui n'était pas iiidispensable , et il éloigne de lui lès riches , dont il ne peut se passer. Il y a en lui , il faut bien le dire , du démagogue : il fait ressouvenir des lois agraires. Et si l'on ne sentait, sous ces exagérations de langage , l'âme la plus honnête , le désintéressement le plus absolu, on pourrait croire que la protection des pauvres est pour lui un moyen plutôt qu'un but. Mais ce soupçon est impossible pour nous. Peut-être ne le fut-il pas pour ses contemporains.
A ces entrafnements de l'imagination et de la sensibilité ils donnèrent uii autre nom : dans le courageux ami des pauvres ils virent l'ennemi irréconciliable des riches; dans l'avocat de la charité, un factieux. Chrysostôme fut surtout un utopiste, mais un utopiste passionné. S'il n'eût été qu'un rêveur paisible, une sorte d'abbé de Saint-Pierre , il n'eût excité ni tant d'amour , ni tant de haines. Mais il flatta les plus chers. penchants du peuple , ses moins raisonnables désirs , et , par là , excita la défiance et la colère de ceux qui , plds sensés
et plus intéressés , ne veulent être ni des niveleurs ni des dupes.
Le peuple est comme les enfants , tout entier au présent , peu soucieux de ménager l'avenir, il ne comprend guère la prévoyance et l'économie. Le pauvre préférera toujours l'aumône qui lui sera faite de la main à la main , et qu'il pourra dépenser sur-le-champ et comme il lui plaira , à l'argent qui , placé sur sa tête , lui rapporterait un revenu faible , mais assuré. Cette imprévoyance est naturelle chez des malheureux pour qui l'existence de chaque jour est un problème. Ils courent au plus pressé ; mieux vaut beaucoup aujourd'hui que trop peu tous les jours. Mais que penserait-on d'un prince ou d'un philanthrope, (l'évêque alors était Tun et l'autre) qui distribuerait aux pauvres une grande somme d'argent , au lieu de fonder un hospice pour les malades, un lieu de retraite pour les vieillards , un asile pour les enfants trouvés? En un jour serait détruit tout le bien qu'il eût pu faire pendant de longues années. Une profusion aveugle ruine les ressources de la charité et , ce qui est plus grave , lui ôte son caractère moral.
Chrvsoslôme se déclara ouvertement l'ennemi de la thésaurisation. Il en avait pu constater les abus , les prévoir peut-être ; il n'en voulut pas comprendre les avantages. Tels sont les esprits romanesques et passionnés. Ils n'aperçoivent qu'un côté des choses.^^es opinions sur ce point plurent singulièrement au peuple, dont il flattait les secrets instincts d'imprévoyance. Cependant il ne pouvait s'empêcher de reconnaître combien était plus avantageuse une sage et économique administration des biens de l'Eglise , qui transformait les aumônes incertaines, passagères, en fondations assurées. N'avait-il pas, pendant son diaconat, apprécié par lui-même les avantages de cette institution? L'Eglise d'Antioche nour-
rissait trois mille pauvres (i). L'eùt-elle pu faire si elle n'eût eu d'autres ressources que celle des collectes quotidiennes? Trop respectueux pour ne pas suivre Texemple donné par les plus illustres évêques, et devenu une loi dans TEglise , il gémissait cependant sur cette triste nécessité d'économiser les ressources du jour pour faire face aux besoins du lendemain. Ces misérables calculs' lui semblaient indignes de vrais chrétiens. Comme sa charité était inépuisable , il ne pouvait admettre que celle des autres ne le fut pas. A ses yeux , ces mesquines précautions étaient comme un manque de foi et une insulte à la Providence.
Diea laissa-t-il jamais ses enfants au besoin?
Et de plus , il supportait impatiemment le fardeau de l'administration des biens commis à sa garde , et tous les ennuis de la propriété. Dans un élan de zèle il rappela un jour ce texte de saint Matthieu : « Si quelqu'un veut t'enlever ta tunique, abandonne-lui encore ton manteau. » Et il représenta en termes éloquents l'éclatante nudité d'un chrétien assez parfait pour suivre ce précepte,
a S'il se trouvait , dit-il , un homme assez impitoyable pour pousser la dureté jusque-là , il se rencontrerait en bien plus grand nombre des hommes prêts à couvrir un chrétien si parfait , non-seulement de leurs vêtements , mais de leur propre chair , s'il était possible. Et quand même un tel effort de vertu nous réduirait à marcher nus, il n'y aurait à cela aucune honte. Adam était nu, Job était nu (2). »
Malheureusement le danger d'aller nu n'était rien au-
(1) Chrysost., hom. in Matth. 66, t. VII.
(2) Chrysostôme, t. Vil, p. 269.
près du malheur de voir se dissiper les ressources fournies par la chanté, et dont l'Eglise était responsable. Ghrysostôme le sentait bien. Aussi se soumit-il à la dure nécessité de l'économie , mais il gémit et s'indigne qu'il en soit ainsi (1).
<K Ce qui appartient à l'Eglise se détruit avec le temps ou devient la proie des ravisseurs , tandis que ce qu'on donne soi-même aux pauvres le diable ne peut l'enlever. Aujourd'hui l'Eglise possède des champs, des maisons, des fermes , des chars , des attelages , des mules , une foule d'autres biens ; et cela à causé de vous , à cause de votre dureté. C'est chez vous que devrait être le trésor de l'Eglise , c'est dans votre zèle que devraient consister ces ressources. Mais au lieu de cela , il arrive deux choses également mauvaises : vous restez stériles en bonnes œuvres , et les prêtres s'occupent de choses étrangères à leurs fonctions. On eût pu aussi, du temps des apôtres, conserver des champs et des maisons. Pourquoi donc les vendit-on ? Parce que cela valait mieux. C'est votre fureur à acquérir les choses du siècle, à amasser des biens au lieu de les répandre , qui a fait craindre à vos pères de voir mourir de faim les veuves, les orphelins, les vierges. De là la nécessité de l'organisation actuelle. Us voulaient éviter une telle hpnte ; ils espéraient trouver dans votre charité les ressources nécessaires , et pouvoir se livrer exclusivement à la prière. Mais vous les avez forcés d'imiter les hommes livrés à l'administration des biens temporels, et c'est là ce qui a tout bouleversé. Car
(1) Cependant un de ses premiers actes à Constantinople fut la fondation d'un hôpital. Et plus d'une fois il reprocha à Olympias le peu de discernement qu'elle apportait dans la distribution de ses aumônes. Il est vrai que des prêtres cupides en arrachaient la meilleure part. (Palladius, p. 46. — Sozomène, 1. vm, eh. 9.)
si nous» les prêtres, et vous , les laïques, nous vaquons aux mêmes soins , qui priera Dieu (1)? »
J'abrège ces plaintes , si curieux que puisse être aujourd'hui le langage d'un évêque qui déplore la richesse de l'Eglise. Chrysostome entre avec amertume dans le détail de tous les ennuis attachés à la propriété : percevoir les revenus , signer les baux , vendre les récoltes, chicaner sur les prix , être injurié au marché , voilà le rôle qu'impose à un évêque la froideur de la charité ! Ces doléances sont évidemment exagérées. L'Eglise avait des économes, des intendants ; l'évêque se contentait d'exercer une haute surveillance sur l'administra tion des biens, voilà tout. Mais, nous le verrons plus d'une fois, Chrysostome ne connaît guère la mesure et la sobriété. La fin de cette homélie en est une preuve.
« Cette parole : Vends tout ce que tu as, et donne-le aux pauvres , et viens , et suis moi ; on pourrait la dire avec raison aux chefs de l'Eglise pour les biens de l'Eglise. Car nous ne pouvons suivre Dieu comme il l'exige, si nous ne sommes débarrassés de ces viles occupations.»
Regret égoïsle! N'est-ce pas suivre Dieu, que nourrir ceux qui ont faim? Mais quel est donc le remède qu'il propose? Le voici : Il compte cent mille chrétiens à Antioehe. Que tous donnent chaque jour un pain et une obole, et il n'y aura plus de pauvres, et les prêtres ne seront plus transformés en intendants (2).
Il est beau , assurément , d'avoir une si haute idée de la charité , de se la représenter ainsi inépuisable , et s'élevant par sa prodigalité infinie au-dessus de tous les calculs de l'économie qu*elie rend superflus.
(1) Chrysostome, t. VU, p. 85.
(2) Ibidem , idem. — Voir une proposition à peu près semblable , t. VU , hom. 66.
Mai^ c'est là une chimère. Cependant les pauvre d^ valent accueillir avec faveur cette éloquente condamnatioD de l'épargne et de la prévoyance. Quel heureux état de société que celui ou les secours suffiraient chaque jour aux besoins et même les devanceraient ! Mais n'était-ce pas décourager le bon vouloir, glacer la charité des riches, que de leur imposer chaque jour de nouveaux sacrifices? Quelle richesse pourrait jamais combler legoufe de la misère ? Quel cœur si désintéressé ne se lasserait de l'essayer toujours en vain? L'obligation de donner sans cesse impliquait donc l'éternelle durée de l'indigence? Combien il était plus sage , plus avantageux aux riches comme aux pauvres , d'assurer à ceux-ci un patrimoine inaliénable, des revenus qui pourraient s'accroître avecle temps, et subsister encore le jour où, le zèle des chrétiens se refroidissant , l'œuvre de la charité se continuerait néanmoins ? Les ennuis de la propriété, de la gestion des biens n'avaient plus rien de rebutant, si l'évêque considérait les avantages incalculables qu'en devaient retirer les pauvres. Mais le patrimoine des pauvres était-il en . sûreté dans les mains de certains évéques? Evidemment cette crainte préoccupa Chrysostôme, et, il faut le reconnaître, elle était fondée. Ils ne le lui pardonnèrent pas. D'un autre côté , cette nécessité de donner sans cesse, qu'il imposait aux riches, faisait des pauvres leurs ennemis , pis encore , leurs créanciers. Et en même temps elle entretenait chez eux , par l'assurance d'être toujours secourus , ce désordre , cette imprévoyance , qui malheureusement sont les compagnons ordinaires de l'indigence. Qui ne possède rien , ne sait épargner.
C'était donc là une illusion, il le sentait, mais il ne pouvait s'en détacher qu'avec regret. Et comme les esprits romanesques qui, forcés de reconnaître une erreuret de l'abandonner , la remplacent aussitôt par une autre ,
et se maintiennent ainsi éternellement dans les vagues espsices du rêve^ Cbrysostôme, de cette utopie, se laissa glisser à une autre : celle de la communauté des biens. Il expliquait aux habitants de Gonstantinople le passage si i*emarquable et si souvent cité des Actes des J^tres : <>^ Ils n'avaient qu'un seul cœur et qu'une seule âme. Nul i^'^ppelalt sien ce qu'il possédait ; mais tout était commun entre eux.
:» Et il n'y avait point de pauvres parmi eux ; mais tous qui avaient des champs et des maisons les venlent, en apportaient le prix,
Et le déposaient aux pieds des apôtres. Ensuite le par-
;e se faisait suivant les besoins de chacun (1). »
Que cette touchante communauté ait existé aux temps
cle la primitive Eglise , sous la direction des apôtres , on
ne peut en douter. C'est là un miracle de charité que
peuvent expliquer les vertus héroïques des premiers
elirëtiens. Peu nombreux , et comme mis en dehors de
1^ société par leur foi et les persécutions dont elle était
l^objet, on comprend qu'ils se soient unis et comme en-
cliainés les uns aux autres, quand autour d'eux tout
était ennemi y menaces, dangers. Mais de ce mouvement
spontané, de cet élan de renoncement si admirable et
^oot les effets durèrent si peu , vouloir faire une obli-
S^t^ion à des hommes devenus tiëdes dans la foi , atta-
^Hés aux biens terrestres, désireux de concilier ce
^^*îls croyaient devoir au monde, à leur rang, à leur
'^^^ïnille , avec ce que réclamait le soin de leur salut, c'est
*^^connaître les instincts invincibles de la nature hu-
"^^îne, effrayer sans profit les riches disposés à l'an-
^^ne, mais résistant à se laisser dépouiller, enfin
irsuivre une chimère. Ce qui frappe le plus dans cette
^ 1) Àetes des ap., oh. 4, versets 83, 34, 86.
utopie de communauté, c'est le mélange du rêveetdeh I: réflexion ; ce sont les chiffres invoqués à 1 appui de celle impossible réforme, et qui la ru'nent par la base.
c Si cela se faisait aujourd'hui , nous serions bien plus heureux, riches et pauvres. Oui, les riches y* trouveraient autant de bonheur que les pauvres. Traçons, si vous le voulez, un tableau de cet heureux état; jou» — sons-en , ne fût-ce qu'en parole , puisque vous ne vou^ — lez pas en jouir en réalité. Ce qui se passa du temps de^ apôtres montre bien que ceux qui vendaient leurs biea^ ne tombaient pas pour cela dans l'indigence : ils trains ^ formaient les pauvres en riches. Eh bien , imaginons ud tel état. Que tous vendent leurs biens et les apporte» 1 en commun (c'est une supposition que je fais. Que niml ne s'alarme , riche ou pauvre) , combien d'or réuniraiton, selon vous? Pour moi, je présume, car il ne peu I y avoir de certitude là-desus, que si tousapportaientk^ tout leur argent, s'ils faisaient abandon de leurs champs, de leurs maisons, de leurs propriétés, peut-être réunirait-on un million de livres d'or , peut-être deux fois, trois fois plus. Car, dites-moi, à combien s'élève A nombre des habitants de cette ville? Combien supposezvous qu'il y ait de chrétiens? Cent mille? Combien de gentils? Combien de juifs? — Quelle immense quanlilé d'or on ramasserait ! Et quel est le nombre des pauvres? Je ne pense pas qu'il dépasse cinquante millei N'y aurait-il pas de quoi les nourrir abondamment tous les jours? Il faudrait moins d'argent, si on les nourrissait en commun , à la même table. — Mais que ferions nous, dites-vous, après avoir ainsi perdu tous nos biens? Et pensez -vous donc qu'ils fussent perdus? b grâce de Dieu ne se répandrait-elle pas avec mille fois plus d'abondance? Enfin , ne ferions-nous pas de la terre le ciel ? Si trois mille , si cinq mille personnes firent voir
m âu monde cette merveille, si nul parmi eux ne se f /^/îignit de la pauvreté, n'en serait-il pas de même, à plus forte raison, parmi une multitude si considérable? t-^s étrangers eux-mêmes s'empresseraient da contribuer (1) »
Il niontre ensuite par l'exemple des monastères les avantages de l'association. «Personne, dit-il, n'y est enj> coi^c mort de faim. Et cette immense communauté se- » raî t le plus sûr moyen d'attirer les gentils à notre reli*- » gioïi. Du reste, si nous avançons dans cette voie, » j'^s^père que, par la grâce de Dieu , cela se réalisera, » Ec*cDutez-moi seulement, et nous réussirons peu à peu. » Si Dieu nous donne vie , je compte que nous organise- » îc^ns bientôt une telle société. »
liiriagination , sensibilité , folie. La passion transforme ena^rguments, pour démontrer une utopie, des faits qui en sont la condamnation la plus formelle. Peut-être pourrit-* il se former une association entre trois mille per- ^nnes, quoique le chiflre soit déjà bien élevé; mais en conclure qu'à plus forte raison cent mille personnes pourraient embrasser un tel état, c'est ,1a plus fausse et '^ plus dangereuse des inductions. De quels sentiments ^^vait être agité l'auditoire de Chrysostôme tandis qu'il ^® laissait entraîner aux excès d'un zèle si peu raison- '^^ble (2) ? Sans doute , ceux à qui le partage des biens
(1) T. IX, in Act. apost., hom. 11. •— Chrysostôme fit une ^^^position à peu près semblable aux habitants d'Ântioche. ^T. vn^ hom. in Matth. 66 )
(2) En effet, il y a entraînement. Les homélies sur les Actes ^^s apôtres, le plus faible de tous les commentaires de Chrysos- ^^'ï^e, furent prononcées à Constatitinople dans les premiers *^*ï>ps de répiscopat. La multiplicité des occupations de Tévê- ?^^ laissait peu de temps à l'orateur. Toutes^ces homélies sont **^provisées. Le style en est fort négligé, diffus ^ parfois incor-
eût créé une fMtmie , ceux qui, indépendainmeiit des arantages matériels, y eusseot encore trouvé cette satisfiM^tioD de voir descendre à leur niveau les citoyens opulents dont le hsîe semblait insulter à Findigence: ceux-là applaudissaient aux paroles de Torateur, et se sentaient tout- prêts à déposer aux pieds du nouvel apôtre les biens qu ik ne possédaient pas. Mais comment les riches accu«llaient-ils ces propositions de partage? Ce retour aux moeurs héroïques des chrétiens primiUfs était fort peu de leur goût. Et qu'arriva-t-il? Le peuple, c'est-à-dire ceux qui désiraient le partage sans bien se demander s'il était possible , et surtout s'il était juste , étaient témoins du mauvais voukûr de ces riches enduros; et, le feu des mauvaises passions une fois allumé, ils passaient facilement de l'Aivie à la colère , à h haine. La terrible malédiction : Vœ vobis diviiibus ! prononcée par l'Evangile , et si souvent conun^itée par Chrysostome (1) , était répétée au fond de tous ces cœurs ulcérés, et l'interprète de l'Evangile , le minbtre d'une loi de paix et d*amour , avait divisé les âmes au lieu de les unir , et comme prêché la guerre en prêchant la charité. Les pauvres accouraient en foule , avides d'entendre Té-
rect. Des redites continnelles. Les mot attire le mot; ndéeoaft de rencontres fortaites. C*est un chaos. Pbolius et Bernard (fe Montfeucon (t. IX , Prsfatio) reconnaissent rinferiorité réellft qui distingue les ouvrages de Fépiscopat de Chrysostâme. (1) Il Êiudrait citer tout Chr^sostôme. — On peut voir :
T. I , hom. de Lazaro.
T. IX, ad Romanos, hom. il.
— in Act. apost., hom. 45.
T. lY, hom. in Annam.
T. XI, hom. ad Timoth. 14 et S.
T. VII, in Matth., p. 557.
T. XI, ad Coloss., hom. 7 et 1t.
T. XI, ad Ephesios, hom. 15.
loquent avocat qui plaidait si chaudement leur cause ; mais la plupart des riches ne se souciaient pas de s'exposer une seconde fois à ces appels trop pressants et aux regards irrités de leurs frères qui les conviaient à une société trop étroite à leur gré. Mais leur absence ne les mettait pas à l'abri des coups de Chrysostôme. Cette retraite prudente ne servait qu'à l'exaspérer. Il l'attribuait à l'orgueil : il eût été plus juste peut-être de l'attribuer à la peur.
< Je voudrais bien savoir où ils sont, ces gens qui nous ont fait supporter l'autre jour l'ennui de leur présence, cap leur présence était un ennui. Je voudrais bien savoir ce qu'ils font, et s'ils ont, pour ne pas venir ici, une occupation plus importanteque la nôtre. Mais ils n'ont pas d'occupation; ils n'ont que de l'orgueil. Peut-on rien voir de plus insensé? Car pourquoi donc, ô homrae, cet orgueil? Crois- tu, quand tu viens entendre ici les paroles qui peuvent sauver ton âme, crois- tu donc nous faire une grâce? D'où vient, dis-moi, cette hauteur? Parce que tu es riche? Parce que tu as des habits magnifiques? Mais ces habits sont le travail des vers, l'industrie des barbares. Ces habits , les prostituées les portent, les efféminés, les voleurs , les profanateurs de tombeaux. Reconnais quelles sont les véritables richesses , et abaisse un peu cet orgueil si haut et si vide. Vois la misère de la nature. . Tu es terre et.poussière , cendre, fumée, ombre, herbe des champs. Voilà ta nature, et tu es fier! Dis-moi, o'est-ce pas là le comble du ridicule? — Mais tu commandes à beaucoup d'hommes? — Et qu'importe que tu commandes à beaucoup d'hommes , si tu es l'esclave de tes passions? On dirait un homme qui, roué do coups chez lui par ses esclaves , viendrait ensuite sur la place publique se glorifier de commander à beaucoup d'hom- ''^^s. Ainsi toi, tu es frappé par ta vanité; ta luxure te
couvre de plaies ; tu es l'esclave de toutes les passions ; et tu viens après cela t*enorgueiHir de commander à tes semblables! Plût au ciel que tu leur commandasses! Plût au ciel que tu les valusses (1) ! »
C'est là une déclamation, je le sais, un vieux souvenir de l'école des rhéteurs. Mais un orateur sacré doit-il jamais oublier que la présence d'auditeurs , même riches, ne peut-être un ennui? Est-ce par des injures qu'il peut espérer faire tomber de ces mains toujours fermées pour donner, toujours ouvertes pour recevoir (2), l'aumône qu'il réclame ? Ces violences vulgaires de langage semblent n'avoir eu d'autre but que de bannir de l'église une certaine classe d'auditeurs. Ce but fut atteint en effet. Bon nombre de riches désertèrent le temple, et on leconçoit. C'est à ces exagérations déclamatoires qu'il faut aussi demander le secret de la popularité du prédicateur. En effet, souvent l'aumône est pour lui une arme qu'il semble mettre dans la main du pauvre pour que celui-ci en frappe le riche. C'est peu de solliciter la compassion de ceux qui possèdent, d'accuser la dureté de leurs cœurs, leur orgueil : il leur conteste même la légitime possession de leurs biens.
« Mes paroles vous étonnent peut-être; mais je vais vous citer les saintes Ecritures, qui disent : Que non-seulement dérober le bien d'autrui, mais ne pas faire partaux autres de ce qu'on possède, c'est vol, rapine, spoliation. Dieu adresse aux Juifs, par la bouche de son prophète, les reproches suivants : La terre a produit sa moisson, et vous navez pas apporté la dîme ; mais la dépouUk du pauvre est dans votre demeure. — Parce que , dit-il, vous n'avez pas fait les offrandes ordinaires, Vous avez
(1) Homil. in Inscript, altaris, t. III, p. 62. (3) Bourdaloue. Sur TAumône.
enlevé le bien du pauvre. En parlant ainsi, il déclare aux ridi^ qu'ils possèdent le bien des pauvi*es, quand même ils rauraient par héritage , de quelque côté que leur vienne leur fortune. Ailleurs , il dit encore : Ne vole pas ia vie du pauvre. Qui vole, vole autrui. On appelle vol i'aetion de prendre et de retenir le bien d'autrui. En conséquence, sachons bien que chaque fois que nous aurons <*efusé de faire Faumône , nous serons aussi sévèrement punis que Jes voleurs (1). »
Ailleurs, il dit en termes plus clairs encore : « D*oii as-tu tiré ta richesse? — Et cet autre? — De wion aïeul , diras-tu, de mon père. Remonte aussi haut que tu voudras dans la suite de tes ancêtres, et mon-- ^^^-—moi, si tu peux , que cette possession est légitime : ^^ ne le pourras jamais. Le principe et la source de ces i^îens, c'est l'injustice, il le faut nécessairement. Pourquoi? Parce que Dieu dans le principe n'a pas créé celui- ^^ riche, celui-là pauvre. En les introduisant dans le '^c^nde, il n'a pas versé aux pieds de l'un des trésors, tan- ^^^ qu'il les refusait ti l'autre. Mais il leur a donné à tous *? Hfiéme terre , qui est commune à tous les hommes. ^5^iarquoi donc toi possèdes-tu tant et tant d'arpents, tan- ^^^ que ton voisin n'a pas une motte de terre? C'est mon P^re, dis-tu, qui me les a légués. — Et de qui les avait- ^* ï'eçus? — De ses ancêtres. — Mais il faut toujours re- ^^ on ter au principe...
p C'est parce que quelques hommes ont essayé de s'ap- Pl»oprier exclusivement des biens , que les guerres ont ^claté : comme si la nature se révoltait de ce que l'homïtie tente de diviser ceux que Dieu a unis, en revendiquant la propriété exclusive de certaines choses, en prononçant ces tristes mots, le mien, le ^^en. Voilà le principe
(1) De Lazare, hom. 2, t. I.