CHAPITRE IV
Le ConmicnUitcar.
Si considérable que soit la collection des œuvres de Chrysostôme, elle est encore fort incomplète. Georges d'Alexandrie affirme qu'on rassembla après sa mort quatre mille huit cents homélies , et que cependant ce n'était pas encore tout. Suivant Cassiodore, il aurait commenté tout l'Ancien et tout le Nouveau Testament (1). Il faut joindre à cette liste, déjà si pleine, les traités qu'il composa dans la solitude ou dans les rares loisirs que lui laissèrent ses occupations de lecteur, de diacre, d'archevêque.
Dans l'édition des Bénédictins , qu'a donnée Bernard de Montfaucon, les traités ne forment pas même un volume; les homélies sur divers sujets, avec les lettres, en forment deux à peine ; les neuf autres volumes ne renferment que des commentaires sur les Livres saints. S'il est vrai que Chrysostôme ait commenté tout l'Ancien et tout le Nouveau Testament, nous ne possédons certainement pas la moitié de ses œuvres. Mais cette perte , si regrettable qu'elle soit, ne doit pas être exagérée. Peutêtre même les commentaires qui ne nous sont pas parvenus ne furent-ils jamais rédigés ni par Chrysostôme,
(1) Cassiodore. Instit., eh. 1. — Lenain de Tillemont. Méro. ecclésiast. S. Jean Chrysostôme, t. XI, art. 154.
passion qui inspire et égare Chrysostôme. Les souffi^nces des pauvres l'émeuvent de pitié, il les dépeint vivemeot. Il supplie les riches de l'aider à les soulager; ceux-ci, plus froids, résistent. Le prédicateur s'irrite ; il les injurie. L'inégale répartition des biens lui apparaît alors dans ses effets les plus déplorables ; il ne se demande pas si elle est nécessaire ou non : il la condamne, et la propriété se trouve enveloppée dans cet anathème. — Et alors que reste-t-il? Ce rêve éternel de l'humanité : un état de société dans lequel il n'y aura plus de pauvres, où tous auront selon leurs besoiâs. Cette. belle chimère le ravit. Et quand il voit que ce n'est qu'une chimère, il s'emporte contre ceux qu'il accuse avec raison de vouloir maintenir l'inégalité entre les hommes. Point de théories sans raisonnement. Or Chrysostôme raisonne rarement, et ne prouve presque jamais. Il aime, il hait, il croit, il espère; c'est un homme de passion, et la passion n'a jamais rien démontré qu'elle-même. Ne lui imputons donc ni théorie, ni système. Mais reconnaissons en même temps que sa compassion pour les misères des pauvres le fit chérir du peuple; qu'il ne fut pas insensible à cet amour, et que les écarts mêmes de sa charité, loin de le refroidir, ne firent que l'échauffer davantage.