Quod Christus bomo factus non esset. Id., 1. c
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S'il n'avait pas voulu proférer l'impiété dont on l'accusait et affirmer tout simplement que rincarnation du fils de Dieu était un mensonge, au moins avait-il pris le nom du Sauveur en vain, et profané par un emploi frivole la redoutable formule de nos mystères. De la part d'un prêtre, ce second crime égalait presque le premier, au jugement de Glirysostome. Faisant donc venir Sévérien, il le retrancha de sa communion, lui interdit l'entrée de toutes ses églises, et, au dire des historiens, le condamna à sortir de Gonslantinople '. Cependant le bruit de ce débat ayant transpiré au dehors, des hommes du peuple employés aux affaires de la basilique, principalement les decani ou dizain iers, chargés de l'enterrement des pauvres, répandirent dans le quartier la nouvelle que Sévérien insultait l'archevêque ^ Il n'en fallut pas davantage pour qu'en quelques minutes une foule ameutée n'accourût vers l'archevêché, comme si les jours de Chrysostome eussent été menacés. En de telles circonstances, Sévérien crut qu'il n'avait rien de mieux à faire que de quitter la ville : gagnant le port précipitamment, il prit une barque et passa à Gh'alcédoine.
Le temps avait manqué au fugitif pour aviser la cour de son aventure et se placer sous la sauvegarde d'Eudoxie; mais, informée de tout par ses partisans, l'impératrice adressa de vives plaintes à l'archevêque, or-
1. Ob ha?c accusatus Severiaims, urbe expulsas est a Joanne, tanquam "contumeliosus et impie locutus in Deum. Sozom., viii, 10.
2. Quod adversus Severianum commenta et insidias struxit, irritans adversus eum decanos. Act. synod. ad Querc, apudPhot., 59, et in Baron,, 403, xvii et seq.
donnant de plus que Sévérien rentrât sous le plus bref délai à Constantinople. Celui-ci ne se le fU pas dire deux fois et repassa triomphalement le Bosphore. Ce n'était pourtant là qu'une réparation incomplète, car l'interdit ecclésiastique subsistait et ne pouvait être levé que par rarchevêque lui-même. Eudoxie l'en sollicita ardemment à plusieurs reprises; l'empereur lui-même le demanda, mais sans succès: Chrysostome refusanonseulement de recevoir lefaux ami, l'impie, dans sa communion, mais de lui parler et de le voir K Humiliée de la résistance de ce prêtre, et non moins opiniâtre que lui, l'impératrice prit une de ces résolutions violentes en rapport avec l'impétuosité de son caractère, et elle saisit l'occasion d'une grande fête à l'église des Apôtres pour amener entre elle et son adversaire une scène publique et décisive. Entrée subitement dans la basilique avant le commencement du sacrifice, sans autre suite que le jeune Théodose, porté à bras derrière elle, elle traversa la nef à grandspas, pénétra dans le chœur, et, arrivée en face de l'archevêque assis sur son trône au fond de l'abside, elle déposa l'enfant sur ses genoux; puis elle le conjura sur la tête de ce fils, rejeton du grand Théodose, de pardonner à Sévérien. Plusieurs fois elle répéta son adjuration à haute voix et la main étendue sur son enfant -. Chrysostome étonné
\. Joannes vero ab ipsius familiaritate se removit, nec ulli ipsum ad hoc hortanti obtemperavit. Socr., vi, \ 1.
2. Et per illius caput crebro eum obtestans, aegre ab illo obtinuit ut Severianum in amicitiam suam admitteret. Socr., ibid. — Donec Augusta in ecclesia Apostolorum, imposito Joannis genibus Theodosio filio, illuin identidem obsecrans atque adjurans... Sozom., via, 10.
balançait; la vue de cet enfant déjà auguste et qui aurait un jour besoin de pardonner le toucha sans doute, il pardonna.
Ce n'était pas tout du pardon de Chrysostome, il fallait encore celui du peuple, attaché à la cause de son évoque plus vivement que lui-même peut-être. En effet, depuis le retour de Sévérien, il ne se passait pas de jour que des rixes parfois sanglantes ne montrassent la ferme volonté du peuple de faire respecter, visà-vis d'un traître et d'un usurpateur, l'honneur et le droit de son chef spirituel. Une de ces rixes avait même dégénéré en sédition, et Sévérien n'eût pas osé, sans péril pour sa vie, forcer l'entrée des églises, qui lui étaient interdites et dont le peuple s'était constitué le gardien.
Ce dévouement absolu et presque fanatique créait pour Chrysostome une situation délicate. Il comprenait qu'il ne pouvait trahir des sentiments qui faisaient son orgueil et sa sécurité, et, tout en pardonnant, sur les instances du prince et d'Augusta, il avait dû songer à sa propre justification devant ses défenseurs et ses amis. Les hommes rudes et passionnés qui s'étaient compi'omis pour sa cause avaient besoin de savoir pourquoi il faisait la paix, et dans une affaire devenue commune entre eux, ils conservaient un droit d'approbation ou de blâme sur sa conduite; ils pouvaient la condamner ou l'absoudre, Chrysostome le jugeait ainsi. Il voulut donc obtenir du peuple une réconciliation publique, à ses yeux du moins inséparable de la sienne. Alors eut lieu dans sa basilique épiscopale une de ces grandes scènes du forum chrétien qui jettent
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tant d'animation et d'éclat sur l'histoire ecclésiastique des premiers siècles. Du haut de sa chaire, il se présenta à l'auditoire pressé cà ses côtés comme un ambassadeur qui propose la paix et veut qu'elle soit ratifiée. Par une faveur inappréciable du hasard, son discours, non compris dans le recueil de. ses œuvres tel que nous l'avons aujourd'hui, a été retrouvé dans une ancienne traduction latine, ainsi que celui par lequel Sévérien vint à son tour devant le même auditoire demander merci. On verra par les ménagements de langage et les timidités dont les paroles de Chrysostome sont empreintes à quel point ce peuple inflammable était ménagé par les chefs môme de son choix, et combien, dans cette sorte de démocratie religieuse fondée par Chrysostomeà Constantinople, le tribun avait à compter avec son forum.
« De même que le corps adhère à la tête, dit-il au début de son allocution, l'Église adhère au prêtre et le peuple au prince. Comme aussi l'arbuste ne saurait se séparer de sa racine et le fleuve de ses sources, ainsi les fds sont inséparables du père, et les disciples du maître '. Ce que je vous dis là n'est pas un vain rappel à votre attachement pour ma personne, mais, comme j'ai à vous entretenir de choses graves, il faut que nul ici ne soit troublé ni ne trouble, et qu'aucune interruption ne s'élève pendant que je parle. L'obéissance des disciples pour le maître, l'affection des fils pour le
1. Sicuti capiti corpus cohserore ncccssarium est, ita ecclesiam sacerdoti et principl populum : utque virgulta radicibus et fontibus fluvii , ita et filio patri et magistro discipiili. Clirys., Orat. de recip. Severian,, ap. Baron, ann. 403.
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père doivent apparaître en vous tout entières. — 0 mes fils, ornez-moi de vos vertus, placez sur mon front la couronne de votre obéissance, faites que tous me jugent heureux de posséder un tel troupeau, et glorifiez mon enseignement par votre soumission, selon le précepte de l'apôtre qui nous dit : « Soyez soumis à vos chefs, c( car ils veillent pour vous et rendront compte un jour « de vos âmes ^. »
<' Je vous devais cet avertissement de peur qu'aucun de vous ne se révoltât contre une réprimande que je veux vous adresser. Je suis père et dois conseil à mes enfants : ce devoir que la nature met au cœur du père naturel, la grâce de l'Esprit-Saint l'a mis au mien. Oh! oui, je suis père, et père tellement tremblant pour ses fils, que je suis prêt à répandre ici même mon sang pour VOUS; mais vous, n'en feriez-vous pas autant pour moi? Nos liens sont communs, nos devoirs les mêmes ^ et je pourrais écrire de vous ce que disait saint Paul de ses disciples chéris : « Saluez de ma « part Priscilla et Aquila, mes compagnons et auxi- « Maires dans le Christ, eux qui ont offert pour moi « tête pour tête. »
« Non, point de séparation entre les frères; c'est ainsi que la ville est forte et la citadelle inexpugnable. Le loup dévorant, le diable, n'attaque point des cœurs unis, et un rempart de charité vaut mieux pour notre
1. Obeditc pr?epositis vestris... quia ipsi pervigilant pro vobis, quasi pro aniniabus vestris rationcm reddituri. Paul, ad llœhr., XIII, 17.
2. Sed et vos eadeni facite pro iiobis; simili namque ei-ga nos devincti estis affectu. Chrys.,' Orat. de rectp. Severian., ub. sup.
défense qu'un rempart de diamant *. Je mets en avant ces vérités comme une préface à mon discours, afin que vous ne soyez ni surpris ni troublés de ce que je vais vous dire, et je vous parlerai en effet d'une chose digne d'être exposée dans une église et digne d'y être écoutée : c'est de la paix que je vous parlerai. Rien ne convient mieux à un prêtre de Dieu que de parler de paix à son peuple, et plus le sujet de l'ambassade est saint, plus l'ambassadeur a besoin de se savoir écoutée
i( La paix ! c'est pour l'apporter aux hommes que le fils de Dieu est descendu en ce monde et a pacifié par son sang non-seulement les choses d'ici-bas, mais celles d'en haut, afin qu'il n'y eût plus guerre désornuùs entre la terre et le ciel. C'est pour la paix que le fils de Dieu a souffert, qu'il a été crucifié et enseveli, et il nous l'a laissée en héritage comme un mur de défense à l'Église, un bouclier contre l'enfer, un glaive contre les démons, un port tranquille pour les cœurs fidèles, une repropitiation de nos âmes vers Dieu et une absolution de nos fautes. Oui, c'est pour cette paix sainte, ce don sacré, que je suis envoyé vers vous en ambassade \ Ne me rejetez pas, je vous en supplie; ne faites pas que je sorte d'ici comme un ambassadeur chassé, le deuil au cœur, la rougeur au front.
« Oh! sans doute, je l'avoue devant Dieu, il s'est passé depuis longtemps dans cette église de tristes
1. Cum enim inseparabiles fuerint ab eo, lupum, diabolum non timebant : mur us enim caritatis firniior est adamante. Glirys., De rer. Sev.
2. Pro pace loquimur ad vos. Et quid ita conveniens quam sacerdotem Dei pacem populo persuadere? Contradictio nulla est, ubi et legatio sancta et legatus acceptus est. Id., ibid.