‹ St. Jean Chrysostome et l'impératrice EudoxieChapitre 17 sur 93 · Pro hac ergo legatus ad vos missus sum. Id,, 1. c · texte numérisé non relu

Pro hac ergo legatus ad vos missus sum. Id,, 1. c

choses; mais ce n'est point une raison pour que j'applaudisse au désordre, pour que j'approuve vos séditions. Laissons plutôt tout cela de côté, oublions-le, et vous, cessez vos agitations, rentrez dans le calme, redevenez maîtres de vous-mêmes. Dieu le veut, et c'est aussi le désir de notre très-pieux empereur. Il faut en elTet obéir aux princes, surtout quand ceux-ci obéissent aux lois de l'Église ^ L'apôtre disait : « Soyez soumis aux princes « et aux puissances. » Combien plus encore faut-il l'être quand le prince protège la religion et soutient l'Église! Si doncpar ce préambule j'ai préparé vos esprits à écouter favorablement l'ambassade que je vous apporte... recevez notre frère Sévérien^ »

Cet habile et touchant discours, ce nom de Sévérien suspendu jusqu'à la fin comme un mot que l'orateur craint de prononcer et qui doit entraîner ou repousser l'auditoire, tout cela eut l'effet qu'en attendait Ghrysostome. L'assemblée tout entière se leva, éclatant en applaudissements, et ces applaudissements répétés, universels, montrèrent au pacificateur que la paix était acceptée.

Quand le tumulte fut apaisé, il reprit : « Je vous rends grûce à présent d'avoir si bien accueilU mes paroles. Vous m'avez donné les fruits de votre soumission, et j'ai le droit de me féliciter d'avoir semé le bon grain. Eh bien donc, ne perdons point de temps, rassemblons sans délai les gerbes de notre

1. Oportct enim et regibus obedire, maxime cum et ipsi obtempèrent ecclesiasticis Icgibus. Chrys., Orat. de recip. Sever.

2. Si ergo prœparavi animos vestros ad suscipiendam Icgatiouem meam, recipite fratrem nostrum Severianum episcopum. Chrys., ibid.

moisson, el que le Seigneur Dieu vous rende le prix de l'obéissance et de la bonté du cœur ! Vous venez d'offrir au ciel la vraie victime de propitiation quand vous avez entendu ce nom sans vous troubler, et qu'à ma voix toutes les fumées de la colère se sont dissipées pour ne laisser voir en vous que la charité^ Recevez-le donc les bras ouverts et le cœur calme, libres de tout ressouvenir amer. Aucun germe de dissension ne doit survivre lorsque la paix est conclue, afin qu'il y ait joie au ciel, joie sur la terre, liesse et exaltation spirituelle dans l'Église de Dieu. »

Sévérien n'était pas là, sa présence eût tout fait échouer, puisque son nom même n'avait pu être prononcé qu'avec des précautions infinies; mais il fallait qu'il acceptât cette paix que lui accordait Clirysostome et qu'il vînt à son tour la proclamer devant le peuple. Ce fut la seconde partie de cette grande scène, et elle se passa le lendemain dans la même église, devant un auditoire plus nombreux, plus animé, s'il était possible. Le discours de Chrysostome avait été un chef-d'œuvre d'adresse et de persuasion; celui de Sévérien n'est qu'une amplification de rhéteur, et nous donne l'idée de ce qu'était cette éloquence syrienne, si fleurie, si recherchée, si contournée, quand le génie ne venait pas la vivifier. Au milieu de lieux communs très-délayés sur les avantages de la concorde, il explique les dissentiments survenus dans l'Église de Constantinople

1. Nunc enim veram hostiam pacis obtulistis Deo, quia nemo tiirbatus est aiidito hoc nomine, sed cum caritate suscepistis : siniul ut sermoiie locuti sumus, omnem ex aiiimo fugastis iracundiam. Chrya., Orat. de recip. Sever.

par l'inlerveiition de Satan, et il avait bien raison! Satan s'était glissé là, dans la communion du protecteur et du protégé, du chef et du subordonné, comme autrefois entre le Christ et Judas au banquet de la Pâque.

« La paix, dit-il, c'est le nom même du Christ, car l'apôtre nous dit : « Le Christ est notre paix, » c'est elle qui de deux choses ne fait qu'une, tandis que par la jalousie du démon deux cœurs communs dans la foi se divisent et se combattent. Mais comme, à l'arrivée d'un roi, les rues et les carrefours se décorent avec magniiicence, comme la ville entière se tapisse de soie et se couronne de fleurs afin que rien n'apparaisse qui ne soit digne de l'aspect royal, ainsi en ce moment où vient au milieu de nous le Christ, roi de la paix, écartons tout souvenir triste*. Que le mensonge fuie devant la vérité, la guerre devant l'union des âmes. De même aussi que, dans les tableaux de nos villes où sont représentées les images des augustes frères qui nous gouvernent, l'artiste place derrière eux la Concorde en habit de femme qui les enceint de ses bras maternels, indiquant par là que, s'ils sont séparés de corps, ils ne le sont ni de sentiment, ni de volonté : ainsi maintenant la paix du Seigneur, assise au milieu de nous et nous étreignant contre son sein palpitant, force nos deux âmes à n'en faire qu'une seule en des corps séparés ^

1 . Sicut procedentc rcge et platcœ mundantur et tota ci vitas diversis floribus et ornatibus coronatur, ut nihil sit quod minus dignum vultu régis appareat : ita et nunc prœcedente CÏiristo rege pacis... Severian., Orat. de pace cum Chrys. Chrys., opp.

2. Et sicut fréquenter fieri vidimus ubi reguin vel fratrura tabulée pinguntur, ut in duobus unanimitatis declarentur insignia, artifex

Hier notre père commun, dans un discours où respire l'Évangile, nous offrait les préliminaires de la paix; c'est la paix elle-même, c'est le traité que j'apporte aujourd'hui. Hier, les mains levées vers le ciel, il nous recevait au nom de la paix, et c'est avec ses divins présents que nous allons au-devant du Seigneur, les bras ouverts et la poitrine dilatée : la guerre est détruite, c'est la paix qui règne, »

La paix était donc jurée au pied des autels entre les mains du peuple de Constantinople, juge et ratificateur : l'histoire témoigne que ce ne fut pas Chrysostome qui la rompit.

Ainsi se dissipa ce premier orage, orage d'avertissement et de menace pour l'archevêque, pour l'Église, pour l'État. Au même moment, il s'en formait un second aux extrémité de l'empire d'Orient, non loin de la vallée du Nil, et un souffle ennemi de Chrysostome le poussait d'Alexandrie vers Constantinople. Celui-là portait dans ses flancs la ruine et la mort.

picto femineo habita post tergum utriusque Concordiam statuit, brachiis suis utrumque complectontem... ita nunc pax Doitiini média assistens, et utrumque nostrûm gremio palpante connectens, discrcta corpora in unum convenire animum, ulnis jungentibus docet. Sevcrian., De pace cum Chrys., ut sup.

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