‹ St. Jean Chrysostome et l'impératrice EudoxieChapitre 21 sur 93 · Eunap., IV · texte numérisé non relu

Eunap., IV

2. Erat lioc templum et venustate et amplitudine nobilissimum. Sozom., VIII, 15. — Serapidis templum... omnium toto orbe fanorum maximum simul ac pulclieriimum fuisse dicitur. Théodoret, v, 22. — Scrapium atriis columnariis amplissimis, et spirantibus signorum figmentis, et reliqua operum multitudine ita exornatum, ut post Capitolinm, qno se venerabilis Roma in aeternum attoUit, nihil orbis terrarum ambitiosius cernât. Amm. Marcell., xxii, 15. — Rufin, Histor., II, 29.

3. Praefectus Alexandrise et dnx milltum ^gypti Théophile in destruendis templis suppeditias tulere. Socr., v, 16,

4. ... Pngna porro eo usqueprbducta est, quoad caedis satietas flnem malo imposnisset. Socr., v, 16. — Sozom., vu, 15. — Tiieophilus omnes deorum statuas confregit... Statuas conflatae. Socr., ibid.

croit les écrivains du temps, il ne les détestait pas, il en amassa des grandes collections qu'il enfouissait dans les caveaux de son palais épiscopal : c'est ainsi que s'alimentaient les trésors de Théophile.

Les chrétiens laissaient passer sans beaucoup crier ces spoliations cachées sous le voile de l'enthousiasme religieux, mais ils supportèrent moins patiemment celles que le patriarche faisait tomber sur les biens de leurs églises ou sur leurs fortunes privées. Théopliile effectivement se montrait fort impartial vis-à-vis des lieux consacrés à un culte quelconque, pourvu qu'ils fussent riches, et, sans employer la force contre les églises de sa juridiction ou les hôpitaux chrétiens, il les dépouillait sans plus de scrupule que les temples du polythéisme. Aucuns fonds, même ceux des pauvres, n'étaient à l'abri de ses détournements. Il avait près de lui une sœur qui partageait sa passion pour l'or, et extorquait de son côté tout ce qu'elle pouvait de donations ou de legs dont la destination était l'église ou les pauvres; elle le faisait au moyen de fidéicommis dont elle s'appropriait les dépôts. Ses pratiques étaient devenues notoires dans Alexandrie, et, une maladie cruelle l'ayant emportée à la fleur de l'âge, on ne manqua pas d'y voir un châtiment du cieP. Théophile, comme je l'ai dit, employait le fruit de ses rapines, en partie à mener dans son évêché un train magnifique qui éclipsait celui des officiers civils, en partie à construire des églises. Il en éleva plusieurs fort belles, à ce

1 . nia quidem, quum ob multa, tum prsecipue ob eam causam meritis pœnis persolutis moritur, chirurgo maniillas ejus curante. Pallad., dial., p. 21.

qu'il paraît, et faisait grand bruit de ces constructions, fidèle à son abominable système de couvrir toujours ses méfaits de la gloire et du service de Dieu.

Un solitaire renommé pour la sainteté de sa vie, Isidore de Péluse, peignait en termes d'une amertume fort originale l'état où était tombée la chrétienté égyptienne sous un pareil pasteur. « L'Egypte, disait-il, est revenue à son iniquité première; elle rejette Moïse et se range au parti de Pharaon. Elle flagelle les faibles et accable ceux qui sont dans l'affliction; elle bâtit des villes et prive les ouvriers de leur salaire. Voilà ce qu'elle fait sous le bâton pastoral d'un Théophile, ami passionné des pierres, mais surtout idolâtre de l'or^ » Un autre contemporain ajoute que le patriarche d'Alexandrie poussait ses vengeances jusqu'au sang et à l'assassinat, et un troisième résume ainsi son caractère : « Il n'aima et ne favorisa que les méchants, gardant la persécution pour les bons. »

Or, un jour de l'année 402, une riche matrone se présenta chez le grand hospitalier, tenant sous son bras un sac plein d'or, et, prosternée aux pieds du vieillard, elle lui dit: « Ceci est une somme considérable que je destine aux étrangers et aux pauvres. Jure-moi par les serments les plus redoutables que tu n'en laisseras pas

1. iEgyptus hoc semper in more habuit ut inique et perdite se gereret, Mosem videlicet repudians et Pharaonem adscissens; humiles ac demissos flagris lacerans, Jaborantes opprimens; urbes exstruere jubens, et mercedem negans, utque ad hoc usque tempus in iisdem studiis inhaerens, siquideni insano lapillorum amore flagrantem atque aurum pro numine habentem ThLophilum,... in medio profcrens... Isid. Pelus., Epist., 1, 151.

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prendre une obole à Théophile. Je préfère les créatures de Dieu qui souffrent aux créatures de pierre que lepatriarche élève sur leurs douleurs^ » Etcettefemme continua d'embrasser ses genoux jusqu'à ce qu'il eût prononcé le serment qu'elle exigeait de lui. Elle se releva alors et lui remit l'argent. Isidore était un homme rigide, honnête, qui administrait avec économie les dépôts de la charité publique, mais qui n'était pas toujours le maître en face d'un évêque despote et insatiable. Fortifié dans sa résistance par l'obligation de son serment, il ne parla point à Théophile de ce qui s'était passé; mais la matrone fut moins discrète, et cette aventure devint au bout de quelque temps la fable de la ville. Le patriarche en conçut une haine mortelle contre le grand hospitalier, à qui pourtant il n'osa point enlever sa place. A quelque temps de là, le même Isidore se trouva engagé dans une affaire qui devait être plus sensible encore à l'orgueil de son supérieur. Un legs avait été fait à l'église d'Alexandrie par l'intermédiaire de la sœur de l'évêque, comme il arrivait souvent, et le testament était conçu, à ce qu'il paraît, en termes ambigus pour couvrir l'intention réelle de la donation. Théophile fit valoir cette ambiguïté pour réclamer le legs au profit de sa sœur. « II lui avait été destiné et non à l'église, disait-ii : elle en avait reçu du vivant du testateur la promesse verbale en présence du

1. Huic Isidoro nmlier qusedam vidua e magnatibus affert mille aureos, adegitque jurejurando per Servatoris mensam... nihil detecturum Théophile, ne is nummos illos caperet atque comparandis lapidibus insumeret. Pallad., dial., p. 21.

grand hospitalier^ » Isidore, appelé en témoignage, déclara sur sa foi qu'il n'avait jamais entendu rien de pareil, et qu'il ignorait complètement cette at^aire^ Sa perte fut dès lors décidée.

Que trouver cependant contre ce vieillard, ancien ami d'Athanase, et dont la probité était si bien établie qu'on se cachait de l'archevêque pour lui remettre les fonds destinés aux pauvres? Théophile inventa des calomnies qui s'évanouirent faute de preuves. Pour un de ces faits calomnieux qui regardait la discipline de l'Église, il invoqua le témoignage des Longs- Frères, comme au profit de sa sœur il avait invoqué celui d'Isidore; mais il rencontra le même obstacle dans l'honnêteté de ces bons moines. En entendant les griefs articulés contre leur ami, ils crièrent au mensonge, à la fausseté, attestant par serment qu'ils ne connaissaient pas d'homme plus respectable en Egypte. Le patriarche, qui se croyait le maître des Longs- Frères par les semblants d'affection dont il les avait constamment entourés^ se troubla d'abord à leur réponse, puis il insista etprétendit qu'ils témoignassent sur sa parole. Ceux-ci refusèrent avec indignation, et ce furent quatre ennemis de plus que Théophile dut englober dans la perte de son hospitalier. Il eût été difficile de prendre en faute, du moins en faute grave et digne de l'excom-

1. Alicunde id novit Theophilus; nil enim ipsum latebat eorum quœ «bique fièrent et dicerentur, utpote qni habuerit et factorum et dictorum explora tores... Isidorum cvocat... Pallad., dial., p. 22.

2. Testiflcari recusavit socorem Tbeophili a nescio quo hœredem scriptam fuisse. Sozom., viii, 12.

3. Quos plusquam episcopos honoraverat ut magistros, propter vitam, doctrinam et aetateni. Pallad,, ibid.

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munication pour leur conduite dans les choses du monde, des solitaires qui n'y vivaient pas, et que l'on considérait au désert comme le modèle de la vie ascétique : Théophile, pour les frapper, eut recours à l'arme qu'il tenait en réserve dans les cas extrêmes, le crime d'hérésie ^ C'est ici que l'histoire des Longs- Frères et du patriarche Théophile se rattache par un lien intime et fatal à l'histoire de Jean Chrysostome.

On était alors au plus fort des disputes de l'origénisme, commencées à Bethléem par Jérôme, à Jérusalem par Épiphane, évêque de Salamine en Chypre^ La querelle roulait sur les limites où il fallait ren fermer l'autorité d'Origène en tant qu'écrivain dogma tique, c'est-à-dire sur, ce qu'il fallait prendre ou laisser dans les opinions de ce grand docteur d'Alexandrie, qui avait mêlé l'imagination à la foi et des erreurs d'une poésie séduisante à de plus nombreuses vérités. De ses propositions les plus aventurées, les unes, depuis un siècle et demi qu'il était mort, avaient été condamnées formellement par l'Église, les autres disparaissaient peu à peu devant le progrès de la science exégétique et la fixation canonique du dogme par les conciles. Toutefois l'école subsistait, bien que modifiée, et le nom d'Origène y régnait entouré d'une auréole presque divine. Dans le reste de la chrétienté, on admirait sans fanatisme les livres de cet esprit sublime, fondateur de

1. Praetextans dogmatum perversitatem. Pallad., dial., p. 22.

2. On peut consulter là-dessus mon ouvrage sur Saint Jérôme, I. 8 et suiv.

ET L IMPÉRATRICE EUDOXIE. iVô

rinterpi'étalion mystique des Écritures, chacun individuellement adoptant ou rejetant suivant la trempe de son génie; mais en Orient, en Egypte surtout, ce clioix ne se faisait pas sans discussion et sans combat.

Celle des propositions d'Origène qui avait soulevé le plus de discussions sur' les bords du Nil concernait l'incorporéilé de Dieu *. Pur esprit, Dieu ne pouvait, suivant l'opinion d'Origène, avoir une forme; être des êtres, source delà vie dans le monde physique, du beau et du vrai dans le monde nîoral, il ne revêtait de figure déterminée que dans les circonstances contingentes où il voulait se manifester aux hommes. C'était là la vraie doctrine, celle de la philosophie et de la religion. Pour des intelligences habituées à l'interprétation littérale de l'Ancien Testament et qui ne concevaient rien au delà, le Dieu d'Origène manquait de personnalité. La Bible disait que Dieu forma l'homme à son image ; les livres saints parlaient fréquemment des yeux, des oreilles, des bras de Dieu, de sa colère, de son repentir: Dieu ressemblait donc à l'homme et avait un corps. Telle était la conclusion où était arrivée une secte de moines grossiers, auxquels les origénistes par mépris donnèrent le nom d'anllwopomorphitcs, c'est-à-dire de gens ayant un Dieu à figure humaine*. Les anthropomorphites, au contraire, qualifiaient les origénistes d'athées. Athées et anthropomorphites se battaient dans

1. Mota ftierat paiilo antea.quaestio, ntrum Dous corpus sit, et humana figura prfeditiis; an incorporeus non solum ab humana, sed ab omni omnino corporea figura. Sorr., vi, 7.

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