Act. syn. ad Querc, ap. Phot
2. Arsacius archipresbyter... postremo Theophilus Alexandrinus omiics numéro quadraginta quinque. Phot., 59.
et unanimes de l'univers romain'. L' évoque expulsé de Nicomédie, Gérontius, et deux autres Asiatiques chassés comme lui, Faustinus et Eugnomon, profitèrent de l'envoi de ce rapport pour adresser aux princes un récit de leur aventure et une plainte conlre les procédés illégaux de Chrysostome. Le double de la relation destiné à l'empereur d'Orient commençait par ces mots qui regardaient particulièrement Arcadius : « Attendu que Jean , accusé de certains crimes et sentant qu'il était coupable, a refusé de venir se justifier devant nous, et que dans ce cas les lois canoniques prononcent la déposition , nous l'avons déposé. Toutefois les libelles d'accusation contenant, outre les crimes ecclésiastiques, celui de lèse-majesté, c'est à votre piété d'ordonner le bannissement du coupable , afin qu'un si grand crime ne reste pas impuni. Quant à nous, il ne nous appartient pas d'en connaître-. »
La première question de la session synodale venait d'être vidée au gré de Théophile, la seconde était celle des Longs-Frères; mais à celle-là les évêques ne tenaient guère, et le patriarche moins que personne; Après la victoire si complète qu'il venait de remporter, un second combat offrait des périls, et l'importance du vainqueur de Chrysostome ne pouvait que s'amoindrir dans un débat contre de misérables moines. La
1. Scriptae sunt synodicse ad clerum Constantinopolitanum de facta depositione Chrysostomi. Missaquoque relatioad reges. Phot., 59.
2, Libelli autem etiam laesœ nîajestatis crimen continent : jubebit pietas vestra eum vel invitum ejici, et pœnas lîEsse majestatis daro, quandoquidem in hœc inquirere nobis non licct. Pallad., dial., p. 30.
procédure d'ailleurs était difficile : accusé par eux, après les avoir condamnés en Egypte, voudrait-il les juger encore pour le même fait à Chalcédoinc et présider le tribunal appelé à le juger lui-même? S'il se récusait et que les accusateurs fussent libres, nul ne savait ce que pouvait produire sur le concile ou au dehors le tableau de tant de violences et de méfaits présenté par la parole rude et franche des Longs- Frères. La joie du triomphateur s'en trouverait vraisemblablement fort troublée. Qu'arriverait-il encore, si l'assemblée des évêques joannites qui siégeaient à Constanlinople évoquait l'aflaire, ainsi que leur lettre le laissait pressentir, et si l'empereur, qui penchait du côté des moines de Nitrie, donnait de nouveau carrière à ses scrupules? C'étaient là de graves raisons, et une dernière ne l'était pas moins. Le procès des Longs- Frères soulevait inévitablement la question doctrinale de l'origénisme, à laquelle tous les esprits n'étaient pas préparés, témoin le mauvais succès d'Épiphane, et Théophile, qui avait su l'écarter du procès de l'archevêque, devait se soucier médiocrement de la faire renaître pour si peu de chose. 11 résultait de tout cc^ia dans son esprit un vif désir d'assoupir l'affaire; mais les moines étaient des gens difficiles et opiniâtres, ils croyaient à leurs droits, ils étaient aigris par la souffrance, consentiraient-ils à se taire? Des évêques amis de Théophile partirent pour aller tenter près d'eux une conciliation.
L'occasion était favorable, et les négociateurs trouvèrent ces malheureux dans un découragement profond. Depuis l'abandon de leur cause par Chrysostome,
ce protecteur qu'ils étaient venus chercher de si loin, ils désespéraient de la justice et de la charité des hommes. La mort d'ailleurs faisait de larges brèches dans leurs rangs, et, pour ne parler que des chefs, la perte d'Isidore avait été suivie de près par une autre plus déplorable, celle de l'évêque Dioscore, le second des Longs-Frères, leur soutien et leur guide. Il élait mort quelques semaines auparavant, admiré des habilanls mêmes de cette ville inhospitalière, et son tombeau, placé dans la chapelle de Saint-Mucius\ près d'une des portes de Constantinople, attirait un grand concours de pauvres, car ce solitaire presque sans pain leur avait montré qu'il savait jeûner pour donner encore-. Ce n'était pas tout : Ammonius, tombé gravement malade sous le poids de l'âge et des douleurs, menaçait de les quitter bientôt. Le chagrin avait donc bj'isé l'énergie des Longs-Frères, auxquels le^ moines obéissaient comme à leurs abbés. «Ah ! dit à ce propos un historien du temps, si Dioscore avait vécu, si Ammonius mourant n'avait pas été hors d'état de doimer un avis, jamais ces honnêtes gens n'eussent ouvert l'oreille à des propositions déshonorantes M » Voici les propositions qu'on leur apportait. « Le patriarche, qui n'avait rien de plus à cœur que de pardonner, leur offrait la paix. Il n'exigeait d'eux pour cela
L.Dioscorus jam ante mortuus in templo Mucii martyris sepultus. Sozoai., VIII, 17.
2. Sepultus in martyrio quod est ante portam, ita ut plurimaî mulieres, oinissis per sanctum martyrem juramentis, pur procès Dioscori jurarent. Pallad., dial., p. 63.
:{. Quod opinor non ita sueccssisse si una cum reliquis monachis, Dioscorus et Ammonius adfuissent. Sozom., viii,4)[7.
aucune rétractation formelle; il ne voulait ni controverser avec eux sur des points de doctrine, ni disputer sur des faits consommés : il oubliait tout, et ne demandait à ces moines séparés de son obédience qu'un acte de soumission à leur supérieur. Que les Longs-Frères et leurs compagnons vinssent donc déclarer en face du concile suivant la formule réglée par les constitutions monastiques que, s'ils avaient péché, ils se repentaient; le concile sans discussion les recevrait en grâce, le décret synodal d'Alexandrie qui les avait condamnés serait aboli, et le patriarche lèverait l'excommunication. Ils pourraient alors retourner en Egypte et rentrer dans leurs monastères ^ » Les Longs-Frères n'eurent pas le courage du refus, et, emmenant avec eux la troupe entière de leurs compagnons, ils suivirent les négociateurs à Ghalcédoine. Aucun n'y manqua, pas même Ammonius, qui gisait sur son grabat et rendit l'âme quelques heures après-. Peut-être en reconnaissant cette église et ce riche palais où dix ans auparavant, sur la réquisition du préfet du prétoire Ruiin, il était venu du fond du désert recevoir dans ses bras', au sortir de la piscine baptismale, ce fils bien indigne d'un tel père, le vieillard éprouva-t-il un remords; mais cet acte de vaniteuse faiblesse était aujourd'hui cruellement expié.
1. Scetenses istos monachos ad pœuitentiam invitabat, poUicitus se neque injuriae accepte fore memorem, nequemali qnidquam esse facturum. Sozom., vin, 17.
2. Ammonius autem... postquam ad Quercum trajecisset, moibo gravius correptus finivit vitam. Sozom., ibid.
3. Nouveaux Récits de l'histoire romaine au v"^ siècle : Trois Ministres, etc., p. 23.
Les moines, à peine arrivés, furent conduits devant le concile, où tout se passa comme il avait été convenu. Chacun effectivement avait son rôle dans cette scène arrangée. Les Longs-Frères prononcèrent la formule de pénitence et de rentrée en grâce des moines punis par leur évoque : « Si nous avons péché, nous nous repentons et prions qu'il nous soit pardonné. » Théophile se levant prononça la formule du pardon, et le concile , par un décret d'absolution , révoqua celui d'Alexandrie'. Le pardon de Théophile s'étendit, à ce qu'il paraît, des origénistes à Origône lui-même, car l'histoire témoigne que de ce jour il ne fit plus de difficulté de relire ces livres dont il poursuivait si violemment naguère l'interdiction, et que, quelqu'un lui ayantdemandé la raison de sa conduite, ilavait répondu par ces mots restés célèbres : « Les livres d'Origène sont un jardin mêlé de fleurs et de broussailles ; je laisse les épines et j'admire les fleurs-. » L'humiliation des Longs-Frères et l'impudence de Théophile n'étaient pas arrivées à leur terme ; il y fallait encore des éloges et une apologie que les pauvres moines subirent comme leur dernière persécution. On rapporte qu'en apprenant la mort d'Ammonius le patriarche s'écria : « Je le pleure sincèrement , car c'était un saint moine, et je voudrais qu'il y en eût beaucoup de pareils^. » Après cette lamentable comédie, l'émigra-
1, Cum autem Theophilus libenter eos in gratiam recepisset, et communionem eis restitiiisset, finita est qusestio de injuriis monachoruin scetensium. Sozom., vin, 17-.
2, Socr., VI, 17,
3, Caetcrum Theophilus hoc audito lacrymas fudisse dicitur, cunc-
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tion de Nitrie et de Scété se dispersa ; un petit nombre seulement parvint à regagner l'Egypte, accablé d'amers souvenirs et de déceptions plus amères encore.
Restait l'affaire d'Héraclide d'Éplièse, qui fut introduite devant le concile à sa treizième séance. Cet évêque, choisi par Chrysostome, avait été chassé de son siège par une émeute des Éphésiens laïques et clercs, et forcé de se cacher pour éviter un pire traitement. On accusait ce prélat joannite d'une infinité de crimes et en particulier de larcin. Un autre évêque, celui de Magnésie, nommé Macarius, se portait son accusateur, et cette cause amenait naturellement celles de toutes les églises d'Asie dans le gouvernement desquelles l'archevêque s'était si malencontreusement ingéré. Les plaignants asiatiques étaient là présents, animés de passions furieuses, et la persécution se préparait contre tous les évêques imposés par Chrysostome, lorsque survinrent à Gonslantinople des événements qui absorbèrent l'attention du concile, interrompirent la procédure et provoquèrent au bout de peu de jours la dissolution de l'assemblée.
La relation du concile sur la condamnation de Chrysostome était sous les yeux de l'empereur, qui avait donné son approbation à la décision synodale par une lettre mentionnée aux Actes; mais aucune mesure
tisque audientibus dixissc, neminem inter sui ternporis moiiaclios parem Ammonio exstitissc. Sozom., viii, 17.
n'était prise pour l'exécution de la sentence, Chrysostonie continuait d'occuper le palais épiscopal et la basilique. Cet état d'indécision dura trois jours. L'Église de Gonstantinople, pendant ce temps-là , restait en proie à un désordre inexprimable. Les membres du clergé métropolitain , interdits ou non par l'archevêque, rentraient de toutes parts dans les basiliques; les premiers le faisaient avec un air de défi insolent, mais le peuple les chassait ou désertait leurs offices'. Sous le coup du décret synodal, les évoques jusqu'alors fidèles se dispersaient peu à peu, et le triclinium fut bientôt déserL De temps en temps un officier impérial avec quelques appariteurs allait au palais épiscopal signifier à l'archevêque qu'il devait se préparera partir; farchevêque opposait un refus, l'officier se relirait, et Tempereur défendait d'employer la force. Réuni en masse compacte autour de la basilique et de l'archevêché, qui se rehaient l'un à l'autre par un cloître, le peuple se tenait en sentinelle, jour et nuit, balancé entre l'espérance et la crainte. Point de menaces pourtant, point do paroles outrageantes contre le prince et ses officiers : un seul cri sortait de toutes les bouches et allait retentir par intervalles jusque sous la demeure d'Arcadius : « Nous demandons un concile général! il faut un vrai concile pour juger l'archevêque'! » C'était le mot d'ordre du peupile, c'était aussi celui de Chryso-
i. Pallad., dial., p. 30 et sequent. '
2. Plebs Constantiiiopolitana ciiin ha3c sub vesperam cognovisset, ad scditionem prorupit, et prima luce coacursu ad ecclesiam facto tum alia multa vociferati sunt, tum majorcm synodum de hac causa cogiiosccre debere. Sozom., viii, 18. — Socr., vi, IC.
stome, « Un faux concile m'a condamné, répétait-il, un vrai concile doit m' absoudre ici, dan» mon église, et prononcer entre mes juges et moi. »
Bloqué pour ainsi dire et comme emprisonné dans cette muraille vivante que lui créait TafTection du peuple, et qu'il y eût eu péril à vouloir rompre pour user de violence envers lui, il passait incessamment de sa demeure à la basilique et de la basilique à sa demeure. Ici il avait à consoler ses serviteurs et quelques prêtres fidèles, là une foule éperdue que sa vue et ses paroles remplissaient de douleur et de joie. Les nouvelles qui se succédaient d'instants en instants devenaient de plus en plus sinistres. On signalait des députations d'évêques venus coup sur coup de Ghalcédoine supplier l'empereur d'assurer par la force la sentence et l'autorité du concile, et Timpératrice se joignait à eux, essayant toutes ses séductions sur son faible mari. Déjà, disait-on, il s'agissait non plus de l'exil, maisde la mort; on ne balançait plus qu'entre la hache et l'épée ^ Tels étaient les bruits répandus, l'archevêque lui-môme croyait sa mort prochaine et prêchait au peuple la résignation. Les litanies cependant retentissaient toute la nuit par la ville avec un redoublement de lamentations et de prières^. Le peuple voulut y entraîner l'archevêque, qui sembla consentir d'abord; puis, se rétractant, il leur dit : « Allez y et priez, je serai avec vous en esprit, par la charité qui réunit le chef aux membres ^ »
1. Et illi quidem mirabiles viri ipsum gladio obtruncandum cupiebant. Pallad., dtal., p. 30.