‹ St. Jean Chrysostome et l'impératrice EudoxieChapitre 37 sur 93 · Georg., Vit. Chrys., p. 2G · texte numérisé non relu

Georg., Vit. Chrys., p. 2G

3. Crastina vobiscum cxibo ad orationes; et ubi ego sum, ibi et

Un acte impudent de Sévérien tira le peuple de cette tranquillité inquiète et douloureuse où le retenait l'ascendant de Chrysostome. Théophile n'avait pas osé reparaître à Constantinople, mais Sévérien eut cette audace le second jour après la condamnation; ileutaussi l'audace d'entrer dans une église, de monter en chaire et d'y parler sur les événements qui venaient de s'accomplir. Il présenta la condamnation de l'archevêque comme le châtiment de son orgueil. « Son orgueil seul l'eût justifiée, disait-il, quand bien même il n'eût pas commis d'autres crimes ^ » L'auditoire se souleva contre ce lâche avec une telle violence qu'il eut à peine le temps de s'échapper et de regagner le détroit. Toutefois cette bravade insultante vis-à-vis d'un homme tombé, d'un ancien ami, d'un protecteur olTensé, de la bouche de qui Sévérien recevait naguère le pardon et la paix, mit Chrysostome hors de lui. 11 vit là une insulte de l'impératrice elle-même par l'intermédiaire de cet évêque de cour, sa créature, et, confondant la souveraine avec le conseiller, il tint au peuple dans sa basilique un discours resté fameux et qui décida vraisemblablement sa ruine, encore suspendue.

vos critis, et ubi vos estis ibi ero et ego sum. Unum corpus sumus, neque caput a corpore, ncque corpus a capite separabitur, etiamsi loco dividamur,sed caritate conjungimur. Ghrys., Sermo de expulsione sua, t. III, p. 420.

1. Tum etiam Severianus cum in ecclesia verbum Dei prœdicaret, visus est importune Joannem carpere, ita dicens : Et si ob nihil aliud cssot condcmnatus Joannes, ejus tamen insolentia satis grave crimen est, ut ob eam solam deponi meruerit. Socr., vi, 16. — Depositionis sententiam laudavit, utpote" in bominem arrogantem, et si nuUum aliud crimen esset, prolatam. Sozom., viii, 18,

« Mes frères, dit-il à cette foule frémissante autour de sa chaire, une furieuse tempête nous assaille, et les flots nous battent avec plus de force que jamais; mais nous ne craignons point d'être submergés, car nous sommes fondés sur le roc. Que la mer sévisse tant qu'elle voudra, ce roc ne saurait être ébranlé. Que les flots s'enflent et débordent, le navire de Jésus ne sombrera pas. Et qu'ai -je à craindre, je vous prie? La mort? Je dis comme l'apôtre : « Ma vie est le Christ, « et la mort m'est un gain. » — L'exil? La terre est au Seigneur avec tout ce qu'elle contient. — La confiscation? Je n'ai rien apporté en ce monde, et je n'en remporterai rien. Tout ce qui peut faire trembler les hommes, je le méprise. Je me ris des biens, je me ris des dignités que les autres convoitent. Richesse ne m'est pas plus que pauvreté, et si je désire vivre, c'est pour être avec vous, c'est pour travailler à votre perfectionnement spirituel. Je vous parle comme je fais et j'en appelle à votre amour pour que cet amour soit confiant. Non, non, on ne scinde pas, on ne mutile pas l'Église; l'Église est indivisible. On n'y sépare pas le chef des membres, ils restent unis malgré tout. Ce qui a été dit de l'homme et de la femme est encore plus vrai du pasteur et du troupeau : ils ne font qu'un, et ce que Dieu a uni, l'homme est impuisscint à le séparer'... Que sont devenus, dites-moi, les tyrans qui tentèrent jadis d'opprimer l'Église? Dites-moi où sont leurs chevalets de torture, où sont leurs fournaises,

1. Si nuptias non potes dirimere, quanto minus ecclesiam Dei potes dissolvere! Chrys., Homil. ante exil.

OÙ sont les dents de leurs bêtes féroces et les glaives aiguisés de leurs bourreaux? Ils ont voulu agir et n'ont rien fait. Le même silence et le même oubli recouvrent pour toujours les tyrans et l'arsenal de leurs crimes; mais l'Église où est-elle? Elle resplendit, plus éclatante que le soleil \ sur tout Tunivers, et si les tyrans n'ont pu étouffer la foi quand il existait à peine des chrétiens, comment peuvent -ils l'espérer aujourd'hui que les chrétiens couvrent la terre?

« On vit parfois au temps des martyrs toutes les cruautés imaginables s'exercer sur' une jeune fille à peine nubile, et cette vierge se montrer plus forte que les aiguillons de la torture ou que les morsures de la flamme. Les dents de fer avaient beau labourer ses flancs, sa foi restait inébranlable, et l'on espérerait venir effrayer tout un peuple M Ah! ils ne nous connaissent guère ! Le Christ est avec moi, que craindrai-je? Son Évangile que je tiens est le bâton qui m'appuie. C'est là ma sécurité, c'est le port tranquille de mon âme. Les tempêtes qu'on souffle, les flots qu'on pousse, la mer qu'on lance contre moi, les fureurs des princes et des grands,... je ne fais pas plus de cas de tout cela que d'une toile d'araignée \ et si notre affection mutuelle ne me retenait dans ce lieu, je ne ferais aucune difficulté d'aller ailleurs...

1. Ubinam sunt hostes illi? silentio et oblivioni traditi sunt. Ubinam ecclesia? plus quam sol splendescit. Chrys., ub. sup.

2. Ingressa stepe est piielia tenera innupta: cera mollior erat, sed petra solidior exstitit. Ejus iatera laminabas, et fidem non auferebas et tantum populum te superaturum confidis? Chrys., ibid.

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