‹ St. Jean Chrysostome et l'impératrice EudoxieChapitre 38 sur 93 · Mihi bœc omnia aranea suiit viliora. Chrys., ibid · texte numérisé non relu

Mihi bœc omnia aranea suiit viliora. Chrys., ibid

« Savez-vous, mes bien -aimés frères, pour quel motif on veut me perdre. C'est que je ne fais point tendre devant moi de riches tapis, que je n'ai jamais voulu me vêtir d'habits d'or et de soie, que je ne me suis point abaissé à satisfaire la gourmandise de ces gens-là en tenant table ouverte pour eux. La race de l'aspic domine toujours ; il reste de la postérité de Jézabel, et la grâce combat encore contre Élie^ Hérodiade aussi est là, Hérodiade danse toujours en demandant la tête de Jean, et on lui donnera la tête de Jean, parce qu'elle danse-.

« Mes frères, c'est ici un temps de larmes. Tout se tourne vers l'infamie. L'or seul donne ici l'éclat et la gloire. Écoutez cependant ce que dit David : « Si vous possédez une abondance de richesse, n'y placez point votre cœur. » Et qui est-ce qui disait cela? N'était-ce pas un homme élevé sur un trône royal? Ne gouvernait-il pas son empire avec une autorité souveraine? Eh bien, jamais il ne jeta les yeux sur la fortune d'autrui pour y exercer des rapines-, jamais il n'employa sa puissance à détruire la religion. Il se mettait en quête de posséder des soldats plutôt que des trésors, et ne se montrait point dans son gouvernement l'esclave d'une femme. Oh ! malheur, malheur aux femmes qui ferment l'oreille aux avertissements du ciel, et ivres, non de vin, mais d'avarice et de colère,

1. Floruere aspidis foetus, adhuc relictum est Jezabelis semen : venim adhuc etiam gratia cum Helia concertât. Chrys., Homil. ant. exil.

2. Sed Herodias Joannis caput expetit, rursus saltationcm iniit... Clirys,, ibid.

ET L'IMPÉRATRICE EUDOXIE. 21i>

assiègent leurs maris de mauvais conseils pour les entraîner à l'injustice M... »

11 y avait dans ce discours, fort clair d'ailleurs, un mot qui .ne permettait aucun doute sur les intentions de l'orateur, mot plus fort que les allusions, si transparentes qu'elles fussent, mais qu'on ne peut rendre en français, parce qu'il joue sur le nom même de l'impératrice. Eudoxia veut dire en grec bonne renommée, honneur; Adoxia est le contraire et veut dire déshonneur, infamie. Or, en disant que dans cet empire qui n'avait plus de lois que le caprice d'Eudoxie tout se tournait vers le déshonneur, Chrysostome s'était servi du mot adoxia qui rappelait le nom de la femme d'Arcadius : on comprend disément le reste.

Ce discours fut tenu le second jour après la condamnation, et suivant toute apparence vers le soir. Le lendemain matin avant midi, Chrysostome voyait entrer chez lui un comte du palais impérial, qui le somma, au nom de l'empereur, de quitter la ville surle-champ -. « L'empereur ne veut plus de retard, lui dit-il; un navire est prêt pour te conduire au lieu marqué pour ton bannissement : au moindre signe de résistance, j'ai l'ordre de te faire enlever par des soldats, » C'était infailliblement une bataille qui s'annonçait aux portes de la basilique et une terrible effusion de sang. Celte image se présenta à la pensée de Chrysostome et le fit frémira S'approchant de

1. Alise vero absque vino satiatîe sunt, et cbrise avaritia... Clirys., Homil. ant. exil.

2. Misso ad id comité cum militari manu non secus ac ad prœlium adversus barbares. Pallad., dial., p. 30.

3. Cavobat cuiui no ipsius causa seditio nasceretur. Socr,, vi, 15.

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l'officier impérial et des appariteurs de son escorte, il leur dit : « Me voici, conduisez -moi où vous voudrez. » L'officier le remit à la garde d'un curieux (on appelait ainsi les agents supérieurs de la police), et reprit avec ses appariteurs le chemin du palais en traversant la foule ^ Il devait retrouver Chrysostome dans un autre lieu. Le cloître qui séparait la basilique de l'archevêché communiquait par une porte secrète avec un quartier retiré de la ville. Chrysostome et son gardien sortirent par là sans être aperçus, et gagnèrent une maison située dans le voisinage où ils restèrent cachés jusqu'au soir. La nuit venue, le curieux et le prisonnier se mirent en marche vers Je port par des rues détournées, espérant n'être point reconnus-; mais, comme ils approchaient du port, des gens du peuple signalèrent Chrysostome, et le bruit se répandit aussitôt dans la ville qu'on enlevait l'archevêque. Des groupes nombreux accoururent alors pour empêcher son départ, mais Chrysostome les contint avec autorité. « Laissez-moi partir, leur dit-il; je dois obéissance à l'empereur, et d'ailleurs une goutte du sang de mon peuple ne sera pas versée pour moi. Je confie ma cause au futur concile ^ » L'obscurité , de plus en plus épaisse, protégea sa retraite. Le même comte impérial était au port avec des soldats et des matelots; ils entourèrent l'archevêque et montèrent

1. Tractus a curioso... Chrys., Epist. ad Pap. Innoc; Pallad., dial., p. 6.

2. Procedente jam vespere in navim conjicior et noctu abnavigo. Chrys,, ibid.

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