‹ St. Jean Chrysostome et l'impératrice EudoxieChapitre 65 sur 93 · Voir ci-dessous, livre vn · texte numérisé non relu

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348 JEAN CHRÏSOSTOME

conduite. Il se mit en tête qu'on pourrait le soupçonner à la cour d'être complice de ces démonstrations, qui retombaient directement sur Augnsta, et cette idée le fit frémir; or la peur rendait Pharétrius féroce, quand elle ne le rendait pas lâche'. 11 comptait donc avec impntience les jours qui s'écoulaient sans incident nouveau ; son cœur enfin se détendit lorsqu'il apprit que le départ était fixé pour un jour très procliain, et que l'escorte s'occupait des préparatifs. Gbrysostome avait achevé sans doute la plus grande partie de son voyage, puisqu'il ne lui restait plus que cent vingt-huit milles, environ cinquante lieues à parcourir pour atteindi-e Gueuse ; mais ce qui restait était précisément le plus pénible. Le chemin, ouvert dans d'âpres vallées à travers le Taurus, réservait à un voyageur aussi débile des difficultés et des fatigues bien autrement grandes que celles qu'il avait éprouvées jusqu'alors. On disait d'ailleurs le pays qu'il devait traverser infesté en ce moment par des bandes d'Isaures. Cette dernière circonstance, loin d'attendrir le métropolitain de Césarée, semblait ne lui faire souhaiter que plus ardemment un départ immédiat. Enfin tout était prêt, et l'escorte allait se mettre en route, quand retentit la nouvelle qu'un parti d'Isaures avait paru presque en vue de la ville, fourrageant la plaine, coupant les blés mûrs, emmenant les paysans captifs dans la montagne; on annonça même qu'ils venaient de brûler un des gros villages de la banlieue. Il n'y eut alors

I. Supra modum forniidaiis ut larvas pueruli..., inepte in episcopatu sesc gérons. Pallad., dial., p. 37.

qu'un cri dans Césarée : «aux armes M » C'est ici le lieu de dire ce que c'était que ces Isaures, dont nous aurons lieu bien souvent de parler dans la suite de ce récit.

Au-dessus de ce labyrinthe de montagnes dont Tentre-croisement forme les provinces de Cilici'e, d'Arménie et de Gappadoce, s'élève l'Isaurie, dont les cimes neigeuses dominent au loin les chaînes du Taurus et de l'Anti-Taurus, comme les murailles d'une immense citadelle. Ce lieu, défendu par des ravins affreux et par de longs hivers, semble avoir été prédestiné par la nature à être le repaire d'un peuple de brigands-, et c'est sous ces couleurs en effet que les Isaures nous apparaissent dès les premiers temps de l'histoire. A l'époque des dynasties phrygienne et persane, non moins que sous les successeurs d'Alexandre, les Isaures furent l'eifroi de l'Asie Mineure : tantôt, alliés avec les Oiliciens, ils infestaient de flottes de pirates les mers de la Cilicie et de la Grèce; tantôt, suivant la ligne de leurs montagnes, ils allaient promener leurs dévastations par terre jusque sur les villes du Pont-Euxin^ Au déclin de la république romaine, Servilius les battit et se glorifia du surnom d'isaurique; Pompée leur fit éprouver une autre défaite sur mer. L'empire les con-

1. Ad nos subito affertur Isauros cum infinita hoiniimm manu Csesarieusem agrurn populari ac ingens quoddam oppidum incendlsse cum ingenti clade. Chrys., Epist. 14 ad Olymp.

2. Isauri pro barbaris habentur et quum in niedio romani nominis solo regio eorum sit, novo génère custodianim, quasi limes, includitur, iocis defensa, non hominibus. Tribul. Pol., De XXX tyran., de TribelUano, ap. Script, rer. Aikj.

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