‹ St. Jean Chrysostome et l'impératrice EudoxieChapitre 75 sur 93 · Chrys., EpisL 4 ad Olymp · texte numérisé non relu

Chrys., EpisL 4 ad Olymp

-était à celle des autres. Dénué de tout, infirme et à la merci d'un climat impitoyable, il professait pour luimême ce qu'il avait prêché au milieu des splendeurs du premier siège de l'Orient, à savoir que la possession des biens de la terre n'était qu'un prêt que Dieu nous faisait pour le restituer par l'aumône: il n'avait jamais su thésauriser que dans le ciel.

Au plus fort de ces soins divers, son inépuisable besoin d'activité ne lui permit pas un instant de repos. Ce ne fut pas assez de sa lutte formidable contre l'empereur, trois patriarches schismatiques et une coalition d'évêques intéressés à le perdre; il aimait la guerre et en chercha une qui fût, pour ainsi dire, un délassement à ses persécutions personnelles. C'est une chose étrange autant qu'admirable de le voir, du fond de cette prison de Gueuse où il se mourait, traqué par des brigands, se jeter dans trois grandes entreprises dont une seule eût suffi à toute l'activité d'un homme ordinaire. Ces entreprises n'étaient pas moins que le triomphe complet de la foi chrétienne en Phénicie, le raffermissement de l'orthodoxie dans l'Église catholique des Goths, et, ce qu'on aurait peine à croire, la conversion du royaume de Perse.

J'ai parlé, dans le cours de ces récits, des premières tentatives de Ghrysostome pour extirper le culte païen de la province de Phénicie, et j'ai dit combien cette œuvre était difficile, soit par l'opiniâtreté des croyances païennes dans le cœur des habitants, soit par la mollesse des" magistrats, qui ne se souciaient ni de se donner la peine d'une propagande

officielle, ni d'exciter, par une tolérance trop affichée, des soulèvements qu'il leur faudrait ensuite réprimer. Chrysostome, dès la première étape de son exil, avait organisé à Nicée, comme on l'a vu, une mission de moines et de prêtres dans le dessein de renouer à Tyr et à Béryte les fils de la propagande interrompue; cette mission , malgré de généreux elTorts , avait complètement échoué, en grande partie par le mauvais vouloir des évoques schismatiques de ces contrées, qui aimaient mieux laisser en paix les adorateurs d'Hercule et de Vénus Astarté que de devoir leur conversion à un exilé de la cour. L'héroïsme des démolisseurs de temples avait donc été paralysé presque partout par l'opposition des clergés locaux. Les pauvres moines n'avaient pas lardé à manquer de tout, et la charité n'y suppléait pas. Quand ils mouraient de faim, il ne manquait pas de prêtres schismatiques pour leur dire : « L'homme qui vous envoie ne peut rien pour vous; il n'a pas une ohole pour vous donner du pain, pas une omhre de crédit pour vous protéger dans vos expéditions; vous n'êtes que des insensés qui vous offrez en holocauste à sa vaine gloire. » Ces propos et d'autres pareils ne laissèrent pas de décourager des gens dont le chef était un proscrit; les marteaux leur tomhaient des mains , et les païens les assommaient à leur tour. Les églises qu'ils commençaient à construire étaient rasées, les temples relevés tant hien que mal, et la Phénicie n'otfrait plus qu'un triste spectacle de débris païens ou chrétiens. Les anti-joannites triomphaient de la victoire des polythéistes.

Ces nouvelles, apportées à Gueuse par le prêtre Conslance, qui, de refuge en refuge, avait pu y parvenir, poursuivi qu'il était par les espions et les sicaires de Porphyre, remplirent l'exilé de consternation. Le tableau de ces désastres lui navra le cœur. « Il faut y retourner, dit-il au prôlre d'Antioche, il faut y retourner, coûte que coûte! » Et, prenant une assez forte somme qu'il avait mise en réserve sur les aumônes qu'on lui adressait, il la lui remit : « Pars, ajouta-t-il, et ne crains rien des méchants; voici ce qui peut pourvoir à l'œuvre de Dieu en beaucoup de choses. Que les moines désormais ne manquent de rien, qu'ils soient nourris comme dans leurs couvents, vêtus comme dans leurs couvents, et, puisque les souliers leur font défaut, qu'on leur en achète; je veux qu'ils se trouvent aussi bien que dans leurs monastères ; je veux aussi qu'une partie de cet argent soit employée à relever les églises •. » Constance était de la même trempe d'Ame que son ami; il n'hésita point à partir sur-le-champ, en dépit de ses propres dangers, pour prendre le commandement d'une nouvelle expédition. Vers le même temps, un citoyen d'Antioche, nommé Diogène, adressait à Chrysostome , par son intendant Aphraate, une somme d'argent assez considérable; Chrysostome la refusa en répondant à Diogène : « Je n'ai pas besoin de cela, mais mes frères de Phénicie en ont besoin, » et il la lui renvoya par son serviteur. Il fit plus; s'étant aperçu, en sondant Aphraate, qu'il était homme de résolution et de foi, et

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