Saint- Léon. CLVÎ
SOULÈVEMENT Ex\ EGYPTE. 187
partisans, habilement excités par lui, se soulevèrent de nouveau et se mirent h la poursuite de Protérius, qui leur échappa une première fois et se retira dans le baptistère. (]'était le jeudi saint'. Mais ni la sainteté du jour ni celle du lieu ne purent le garantir contre la rage de ces scélérats. Ils pénétrèrent dans cet asile sacré, et, y trouvant le saint vieillard en prière, ils le tuèrent d'un coup d'épée dans le ventre et le percèrent de plusieurs autres coups. Ensuite ils suspendirent son corps dans un lieu appelé Tétrapyle, ou les Quatre-portes, et, après l'avoir insulté de toutes les façons, ils le traînèrent par la ville et le mirent en pièces; quelques-uns même, dit-on, grisés par ce spectacle d'horreur et transportés d'une sorte de folie furieuse, allèrent jusqu'à manger de ses entrailles ; enfin on brûla ses restes, et Ton en jeta les cendres auvent ^. Six autres personnes périrent avec lui en ce jour. *
Dès lors l'insolence d'Élure passa toutes les bornes. Il exerça librement les fonctions épiscopales; il s'empara des biens de l'Eglise destinés aux pauvres, et il les prodigua pour payer les services de ses partisans ; il anathématisa le concile de Chalcé-
1. Le vendredi saint selon d'autres. The'ophane dit : « ...'£v -cr) T^pw-crj TTJç TiaayaXfaçTj-jLîpa » ; Liberalus : « ... Ante triduum paschae, quo coena Domini celebratur » 5 et Victor de Tunones, dans sa Chronique qui fait suite à celle de Prosper : « ... Sexta feria ullimae jejuniorum hebdomadae, die qua noster Salvator et Dominus a Judaeis est crucifixus. »
2. Saint Protérius, aussitôt après sa mort, fut reconnu comme martyr par Jean d'He'raclée, -exarque de Thrace, et par le concile de cette province. Les Grecs l'honorent le 28 iPe'vrier. Nous n'avons conservé de lui que la lettre qu'il e'crivit à saint Léon sur la piique, mais Gélase, en parlant de lui, fait allusion à d'autres ouvrages.
doine, prétendant qu'il avait condamné saint Cyrille et approuvé Nestorius; il anathématisa le pape et tous les évêques catholiques ; il anathématisa Eutychès lui-même pour avoir cru que la chair de Jésus- Christ n'était pas consubstantielle à la nôtre; il défendit d'ofiPrir le sacrifice delamessepour Protérius^, et il ôta son nom des diptvquespour y mettre le sien propre et celui de Dioscore; s'acharnant contre l'évêque défunt, il fit briser et brûler les chaires où il s'était assis, et laver à l'eau de mer, à l'exemple desdonatistes, les autels sur lesquels il avait célébré ; il persécuta même sa famille, dontil ravit les biens; enfin il troubla en tous lieux les monastères d'hommes et de filles en leur imposant des clercs de son parti, qui se conduisaient de telle sorte qu'ils obligeaient à fuir les moines et les religieuses catholiques.
La persécution s'étendit bientôt à toute l'Egypte, et elle fut si violente que saint Léon compare l'église d'Alexandrie à une caverne de voleurs-.
Dès que la nouvelle de ces événements fut parvenue à Constantinople, Anatole se hâta d'en avertir le pape ; il ajoutait que les hérétiques réclamaient un nouveau concile pour réformer les décisions de Chalcédoine, mais que l'empereur, de lui-même, avait déjà refusé d'admettre cette prétention. L'empereur Léon était en effet dans de très bons sentiments : il avait envoyé par tout Tempire une ordon-
1. « Aussi un martyr n'en a pas l)esoin ». remarque Tillemont. {Saint Léon, CL\ III.)
2. « ... Ne alexandrina ecclesia. quae semper fuit domus orationis, spelunca nune sit latronum. » {Epist. CLVI. ad Leonem augustum, c. y.)
nance adressée aux. métropolitains, par laquelle il confirmait toutes les ordonnances de ses prédécesseurs, en particulier de Marcien, en faveur de la foi orthodoxe, et se déclarait protecteur du concile de Chalcédoine. Anatole ajoutait pourtant qu'il serait peut-être utile de lui écrire afin de le confirmer dans ses bonnes dispositions.
C'est ce que le pape ne manqua pas de faire. Nous jivons de lui trois courtes lettres^ du ii juillet 4^7, adressées à l'empereur, h Anatole et à Julien de Cos, dans lesquelles il insiste sur la nécessité de s'en tenir aux décrets du dernier concile. Le i^^ septembre suivant, il écrivait encore, sur le même sujet, à Basile d'Antioche, à Euxithée de Thessalonique, à Anatole, à Julien de Cos, à Aétius^, et enfin à l'empereur 3 pour l'exhorter à se montrer le vrai défenseur du concile de Chalcédoine, ainsi qu'il l'avait promis. Dans ses lettres postérieures même, il revient encore plus d'une fois, avec une consciencieuse persistance, sur cette importante question.
Cependant plusieurs évêques catholiques d'Egypte, obligés de fuir devant la persécution d'Élure, se réfugièrent à Constantinople. Là, ils présentèrent à l'empereur une requête dans laquelle ils lui racontent en détail tout ce qui s'est passé dans leur pays, et lui demandent de chasser l'usurpateur, puis de faire en sorte qu'un concile de toute la province d'Egypte soit réuni pour élire un patriarche digne d'occuper le siège de saint Marc, en un mot de rétablir toutes choses dans l'ordre. Cette requête, qui parle au nom