Epist. CLXX
quelquefois aux douteux honneurs de ce monde, c'est le plus souvent aux dépens du véritable honneur de la vie.
Acace succéda à Basile, Anastase à Juvénal, et Gennade à Anatole.
L'élection de Gennade à Constantinople devait avoir enfin une salutaire influence sur les affaires de l'Egvpte. Le nouveau patriarche avait plus de force de caractère que son prédécesseur : il osa lutter contre le crédit d'Aspar, et il finit par l'emporter sur lui dans l'esprit du prince. Celui-ci se décida, en 460, à publier un édit contre Elure, et Stilas, gouverneur des troupes d'Egypte, reçut l'ordre de le faire sortir d'Alexandrie.
Elure fut donc chassé d'Alexandrie, en même temps que son frère Anatole, et banni, comme autrefois Dioscore, à Gangres en Paphlagonie. Mais il commença aussitôt à intriguer, et, peut-être même avant d'arriver au lieu de son exil, il avait obtenu par l'influence de ses protecteurs la permission de venir à Constantinople, sans doute pour essayer de s'y justifier. C'est ce qui résulte assez clairement des termes mêmes d'une lettre de saint Léon à Gennade. Le pape prévoit aisément les artifices par lesquels Elure, dès son arrivée, va s'efforcer de rentrer en grâce : il affectera de croire qu'il n'a été condamné que pour ses fausses doctrines, il fera une profession de foi très orthodoxe qui ne lui coûtera guère, et par ce moyen, grâce aux menées de son parti, il voudra rentrer en possession de son siège épiscopal. C'est donc au patriarche de Constantinople de veiller, de déjouer les intrigues des ennemis de la foi, et de faire tous ses efforts pour
hâter l'élection d'un nouvel évoque à Alexandrie 1.
Le même jour, il écrivait à l'empereur pour lui mander les mêmes choses -. C'est surtout peut-être dans ses lettres aux souverains que l'on peut apprécier le tact et la mesure parfaite que Léon le Grand sut observer, souvent dans les circonstances les plus délicates. Ici comme ailleurs, il rend à l'empereur, fort naturellement et sans aucune flatterie, tous les honneurs qui lui sont dus, et il témoigne au défenseur de l'Eglise une reconnaissance qui n'a rien d'affecté ; mais on sent dans tous ses discours comme une affirmation latente de l'autorité du chef suprême, qui ne renoncera à aucun de ses droits parce qu'il a conscience de tous ses devoirs.
On ne sait pas si Elure alla en effet à Constantinople : aucun auteur ne le dit, et il est permis d'en douter. Mais il alla à Gangres, et il commença aussitôt à s'y agiter, formant des conciliabules et menaçant de troubler le pays de telle sorte, que l'empereur fut obligé de le reléguer jusque dans la Chersonèse Taurique, que nous appelons aujourd'hui la Crimée. Il n'en devait sortir qu'en ^-6, grâce à la faveur de l'usurpateur Basilisque, pour recommencer à diviser et à bouleverser Téglise d'Alexandrie, jusqu'au jour où une mort tragique et volontaire vint mettre fin à ses turbulentes entreprises ^.