MORT ET SÉPULTURE DE SAINT LÉON
nom du souverain pontife, pour la vérité contre ccUe assemblée de brigands.
Mais parmi cette suite de i^rands et saints papes qui sont l'honneur de l'Eglise, saint Léon restera toujours un des plus grands, tant par son caractère, ses hautes capacités et la puissance de son intelligence, que par l'œuvre considérable qu'il a accomplie.
Son caractère , nous aimerions sans doute à le pénétrer un peu davantage : il a quelque chose d'impersonnel. Son extrême modestie, l'absence complète d'ambition vulgaire et intéressée, son dévouement absolu à la noble cause à laquelle il a consacré sa vie, font que l'homme disparaît presque devant le pape; mais le pape apparaît dans toute sa grandeur, qui a quelque chose de surhumain^.
Il parle comme il agit, toujours en souverain pontife, ordonnant et décidant comme il a le devoir de le faire, avec autant de simplicité qu'il en aurait mis à obéir si Dieu l'avait appelé à un poste moins élevé.
Dans les luttes qu'il a eu h soutenir, au milieu des crises que l'Eglise a traversées de son temps, et avec des adversaires comme ceux qu'il a rencontrés, les
I. Répondant aux étranges attaques des protestants du xvn» siècle^ Bossuet s'e'crie : « Peut-on seulement songer aux lettres et aux sermons où saint Léon inspire encore aujourd'hui avec tant de force à ses lecteurs la foi en Jésus-Christ, et croire qu'un Antéchrist en ait été l'auteur ? Mais quel autre pape a combattu avec plus de vigueur les ennemis de Jésus- Christ, a soutenu avec plus de zèle et la grâce chrétienne et la doctrine ecclésiasticjue, et enfin a donné au monde une plus saine doctrine avec plus de saints exemples? » [Hist. dea variafions j 1. XIII, ch. xx.)
qualités les plus nécessaires étaient sans contredit une intelligence claire, une décision sûre, une autorité et une fermeté inébranlables. Ce sont aussi celles qui frappent le plus dans son caractère, et qui paraissent à tout instant dans les actes de sa vie. Sa fermeté était douce d'ordinaire, sans rien de froissant ni de despotique, mais invariable le plus souvent; car il ne se payait pas de mots, et il n'acceptait le fait accompli qu'à bon escient et pour des raisons très sérieuses : autrement il était capable, quand il le fallait, de persévérer dans ses résolutions envers et contre tout, dans les circonstances même les plus défavorables, malgré les difficultés et l'inégalité apparente de la lutte, malgré le nombre, la puissance et l'habileté de ses ennemis, qu'il bravait au besoin avec une tranquillité intrépide.
Ses lettres parlent le langage d'un véritable chef, qui est bien éloigné de tirer une vaine gloire de l'autorité qu'il a reçue, qui sent tout le poids de la responsabihté qu'il a acceptée, avec un courage modeste mais sûr de soi, parce qu'il s'en savait digne, et qui est bien décidé à ne la jamais trahir, fût-ce dans les plus petites choses.
Dans ses sermons, dont nous avons eu moins souvent l'occasion de parler, le ton est assez différent. On y senties mêmes qualités dominantes, mais modifiées par les circonstances. Là, ce n'est plus le pape qui parle pour maintenir au loin l'unité de la foi et de la discipline, pour encourager ses défenseurs et leur donner les instructions nécessaires, pour combattre ses adversaires souvent redoutables ; c'est l'évêque de Rome, c'est le pasteur d'un diocèse qui s'adresse à ses ouailles, avec une simplicité toujours