‹ St Léon le GrandChapitre 13 sur 123 · I. Matth.. X · texte numérisé non relu

I. Matth.. X

•2. Parce que sa vie se trouvait en. contradiction absolue avec les pre'dictions des prophètes, dont la venue de Je'sus-Chrisl est, au contraire, l'exact accomplissement.

lies divinement inspirées ne nous instruisaient pas de l'éternité du créateur et de l'ordre de la création, il forgea des mensonges prodigieux et contradictoires, qui sont un outrage à Dieu et un affront à la belle harmonie de la nature créée. A qui donc pouvait-il persuader ces folies, si ce n'est aux insensés qui détournent leurs yeux de la vraie lumière, à ceux qui, soit aveuglés par l'ignorance, soit poussés par d'ignobles appétits, ont pu s'adonner à ce culte, ou plutôt à ces infamies, sur lesquelles la décence m'empêche d'insister, et dont nous avons d'ailleurs entendu l'aveu le plus complet de leur propre bouche ^ ? »

Ces infamies, qu'il ne faut sans doute pas faire remonter à Manès lui-même, étaient pratiquées par la secte et faisaient en quelque sorte partie de ses rites. Elles auraient pu au besoin suffire à elles seules à justifier Tintervention énergique du pontife et son appel au pouvoir séculier.

Les manichéens avaient déjà été combattus par saint Augustin, qui les connaissait bien pour s'être laissé quelque temps séduire par leurs erreurs; ils avaient été condamnés, en 4o6, par Innocent P^; Léon entreprit d'en délivrer la chrétienté. Il en découvrit d'abord un bon nombre, qu'il convertit par ses exhortations. Puis il se fit apporter une grande quantité de leurs livres, et les fit jeter au feu. Enfin il convoqua, en 44^, une assemblée composée d'évêques et de prêtres et dont il ouvrit les portes même aux laïques, afin de donner aux débats toute la publicité possible -.

' I. Serm. LXXVI, 6-7.

2. Voy. Mansi, Sacrorum conciliorum... coUectio, t. VI (1761), col. 459.

Devant cette assemblée comparut une députation composée des personnages les plus importants de la secte, tant hommes que femmes, lesquels firent des aveux d'une singulière franchise, a Après avoir dévoilé, dit le pape dans l'un de ses sermons, toute la perversité de leurs enseignements et des pratiques de leurs cérémonies, ils avouèrent encore un crime dont on a honte de parler et tout ce qu'ils révélèrent fut vérifié avec tant d'exactitude, qu'il ne put subsister aucun doute, ni chez leurs adversaires, ni même chez ceux qui avaient d'abord refusé de croire au mal^. » Léon s'excuse de parler de ces horreurs ; mais il a pensé devoir le faire, pour ne laisser croire à personne qu'il avait agi à la légère, à la suite d'accusations vagues et incertaines. Et nous devions citer ici quelques-unes de ses paroles, afin de répondre, une fois de plus, à l'accusation d'intolérance qui a été portée contre lui a propos de ces événements.

Il y avait sans doute, parmi les manichéens, beaucoup d'honnêtes gens qui ne soupçonnaient pas ces pratiques ; aussi la révélation qui en fut faite amenât-elle un grand nombre de conversions. Les obstinés seuls furent punis par la loi et envoyés en exil. Une constitution des empereurs Théodose le Jeune et Valentinien III, datée du 19 juin 445 et renouvelant

I. « Quod tanta dilij^entla investigatum est. ut nihil minus credulis, uihil obtrectatoribus relinqueretur ambiguum, Aderant enim omnes personae, per quas infanduni facinus fuerat perpetratum. puella scilicet ut multum decennis. et duae muîieres quae ipsam nutrieraut et huic sceleri praepararant. Praesto erat et adulesrentulus vitiator puellae. et episcopus ipsorum deteslandi criminis ordinator. Horum omniiun par fuit et una confessio.... In bac secta... lex est mendacium, diabolus religio, sacrifîcium turpitudo. » [Senn. XVI, l^.)

une législation plus ancienne, prononça des peines sévères contre les partisans de la secte : considérés comme sacrilèges et coupables de crime envers l'Etat, ils devaient être dénoncés par quiconque les rencontrait, et personne n'avait droit de leur donner asile ; ils ne pouvaient parvenir à aucune dignité militaire, ni habiter les villes, où leur contagion était plus à craindre, ni hériter, ni tester; leurs biens même étaient considérés comme appartenant au fisc; ils étaient privés de tout recours en justice et du droit de faire aucun contrat; enfin il leur était interdit de faire partie d'une milice quelconque, et une amende de dix livres d'or était prononcée contre tout officier qui les y aurait admise

La loi civile n'était pas alors systématiquement séparée de la loi religieuse, et les mœurs du temps admettaient parfaitement cet état de choses, qui devait durer bien des siècles encore. Cette séparation est peut-être nécessaire aujourd'hui, dans l'intérêt même de la loi religieuse ; mais il est certain que la loi civile y perd la plus grande partie de sa majesté, ce qui ne va pas sans un très sensible inconvénient pratique. Quoi qu'il en soit, les législateurs du v^ siècle eux-mêmes tiennent à justifier la sévérité de leurs mesures en rappelant les crimes de droit commun qui étaient reprochés aux coupables 2.

Mais Rome n'était pas le seul repaire des manichéens. Beaucoup d'entre eux s'étaient établis en

1. Constitution de Valentinien III, parmi les lettres de saint Le'on, sous le n° VIII.

2. « Neque enim aliquid nimium in eos videtur posse decerni, quorum incestaperversitas religionisnomine lupanaribus quoque ignota vel pucîenda committit. » {Ibid., injine.)

Italie et dans d'autres lieux, soit avant leur procès, soit dès son début, et il importait de les poursuivre, sous peine de voir le mal renaître en maint endroit. Dès le commencement de l'année 444? l'infatigable pontife avait déjà écrit aux évêques de l'Italie pour leur faire connaître sa conduite envers les hérétiques et les exhorter à l'imiter i. Non seulement en Italie, mais dans tout l'Occident et même en Orient, son exemple fut suivi 2, et le mal parut succomber à tant d'eiibrts. Mais cette secte devait reparaître plus ou moins dans la suite, à plusieurs reprises et sous des noms différents, dont le plus célèbre est celui des albigeois.

Saint Léon, fort peu de temps après, ne montra pas moins de vigueur contre les pélagiens, qui, condamnés avec les nestoriens par le concile d'Ephèse, cherchaient à rentrer subrepticement dans le sein de l'Église. Il voulut que l'on exigeât d'eux, pour les y recevoir, la rétractation formelle de leurs erreurs 3; il a\ertit de veiller à ce que, même convertis ofTiciellement, ils ne continuassent pas à répandre leur doctrine, qui consistait principalement à nier le péché originel et à soutenir que la grâce n'est pas nécessaire pour faire son salut ; enfin, si parmi les convertis il se trouvait des clercs, il défendit de les admettre à un ordre supérieur à celui qu'ils avaient reçu avant leur chute ^.

Quelques années plus tard, en 44/? ce sont encore

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